‹ Lettres sur la vie d'un nommé JésusChapitre 3 sur 37 · PREFACE. XVII · texte numérisé non relu

PREFACE. XVII

avec tous SOS adhérents, sont, entre mille autres, à lu remorque do ces idées écloses dans les cerveaux fêlés des docteurs d'outre-Rhin : on les lit jusque dans les organes officiels de la Presse [l'^ ; on les enseigne jusque dans les chaires puhliques, aux frais du gouvernement, on les retrouve jusque dans les chaumières au foyer du lahoureur.

Le culle du soleil, que M. Renan célèbre, compte déjà, jusque dans la prétendue capitale du monde civilisé, de nombreux et fervents adeptes. Il n'est pas rare, dans les campagnes, de rencontrer de pauvres gens, sachant lire, écrire et compter, qui font dévotement, malin et soir, leur prière à l'astre du jour. Un de nos amis, célèbre missionnaire, nous a assuré en avoir trouvé, dans un seul des hospices de Paris, plusieurs centaines, et avoir dû prêcher contre l'adoration du soleil, pendant une mission qu'il donnait dans un département du centre de la France,

Et nous-même avons vu des cultivateurs, crétinisés par la lecture de mauvais livres, adresser au : (( dieu particulier de notre planète, » un culte idolàtrique , en faisant , , . qui le croirait? le signe de la croiv en son honneur !

Voilà ce que nos philosophes ont fait des intelligences, dont la culture avait été confiée à leurs soins.

A ceux qui tentent de déraciner du fond de l'àme humaine le culte de l'Homme-Dieu, nous adressons, en terminant, quelques mots, non pas, sans doute, pour établir une doctrine qui exigerait des développements que ne comportepas la nature de cet écrit, mais, uniquement, pour montrer à quelles désastreuses conséquences s'exposent ceux qui tentent certaines œuvres

(1) On lit d;ins le Moniteur du U octobre 18G3; « La pajsion refait riioiiiiDe tigre et serpent, ce qu'il a [lent-cIre été autrefois, et <:e qu'il redericndra peui-(irc un Jour, dans la succession des siècles zoologiquo^ à parco'.irir. »

XVni rREFACE.

de destrucliuii, sans avoir aucun des matériaux nécessaires pour rebâtir.

Si, au savant et àTlieurcux; du siècle la science et le plaisir suffisent , grand bien leur fasse ; mais la foi en la divinité de Jésus-Christ est la seule consolation de celui qui souffre, et la seule science de l'ignorant; de quel droit vient-on porter la main sur son unique patrimoine ?

Depuis dix-huit siècles, la doctrine de l'Évangile a suffi pour rassasier des millions d'àmes , affamées de la parole qui donne la vie ; sécher les larmes de celui qui pleurait; donner, aux déshérités de ce monde, la magnifique consolation jaillissant des futures espérances; faii'e prendre patience à l'innocent qu'on opprimait, à Lazare assis sur le seuil de vos riches demeures et mendiant un pain que vous ne lui donniez pas.

Quand l'épouse outragée rêve de vengeance, quand la victime sent la colère lui monter au cœur, quand l'ouvrier brisé de fatigue sort de son atelier, pour rentrer dans sa mansarde froide, et se demande pourquoi il n'a qu'un si maigre salaire à porter à sa femme malade et à ses petits enfants qui ont faim ; tandis que celui pour lequel il travaille a gagné miUe francs dans son oisive journée, avec le labeur d'autrui, sans quitter le coin de son feu, et écoulant, du fond d'un moelleux fauteuil, la pluie qui fouette les vitres , et qui perce la blouse rapiécée de l'artisan , qui s'en va s'asseoir devant l'àtre glacé; quand, en un mot, le pauvre et le déshérité du monde, comprennent que la graisse delà terre est, le plus souvent, le partage de celui qui ne porte le poids ni du jour ni de la chaleur; qui pensez-vous que soit celui dont le souvenir sera assez doux pour amollir ces âmes, et le bras assez fort pour comprimer leurs terribles instincts? Quel est celui dont la parole aura l'efficacité suprême de persuader

m E FACE. XIX

à l'épouse de demeiii'er fidèle à un traître; à Lazare de respecter la propriété du riche sans entrailles ; à la victime de jeter an loin son poignard; au désespéré de porter jusqu'au bout le fardeau de l'existence; et à l'ouvrier, qu'on exploite, de résister h la tentation qu'il a de changer de rôle avec vous? Croyez- vous de bonne foi, M. Renan, que les charmes de votre éloquence el les théories de MM. Michelet, Quinet, Hugo et compagnie, auront assez de puissance pour mettre un frein au coursier qui écume et frémit, en rongeant son mors?

Pensez-vous que vos articles et vos romans hy])rides opposeront longtemps un digue suffisante au flot de colère, montant des ijas-funds de la société qui fermente, quand même celte digue serait renforcée des épaules de mille gendarmes?

Etes- vous donc insensés à ce point , ô grands Apôtres de la Révolution , de supposer que le peuple se laisserait toujours prendre à l'appât de vos insipides promesses? et, quand il tient la réalité sous sa main, qu'il se contenterait d'une espérance plus que douteuse, fondée sur les grands progrès de la chimie, et réalisable dans des milliards de siècles?

Alors qu'une âme est en révolte et bouillonne de colère, quand le vase trop plein commence à déborder, si une voix amie s'approche de son oreille et lui dit le nom de Jésus; de Jésus, homme et Dieu , de Jésus ouvrier aussi, pauvre aussi, délaissé, méprisé, calomnié, persécuté, trahi, crucifié et mort pour nous enseigner cà vivre et à souffrir, à mourir et à attendre l'heure du salaire éternel, dans l'espoir, la patience et l'amour; à ce nom mystérieux et divin toute révolte s'apaise, le calme renaît au cœur, les plaies se cicatrisent, les colères s'éteignent , l'envie meurt; et vous venez, vous, troupe insensée et folle, conspirer contre le nom de celui par qui seul vous pouvez vivre, et

XX rUEFACE.

ébranler la seule colonne sur laquelle repose la vuùlc chancelante de l'édifice social!

On condamne justement l'homme qui s'approprie injustement le hiend'autrui : on l'appelle malfaiteur, on le met au bagne et on fait bien. Il est flétri, déshonoré dans l'opinion publique; ses enfants, eux-mêmes, héritent de sa honte en héritant de son nom; et il y a en cela une sorte de justice, car, du moins, cette appréciation sévère est la manifestation d'un sentiment vrai, savoir, que le vol est le plus avilissant des crimes, et que la propriété est une chose sacrée. Je doute que vous consentiez à donner votre fille en mariage au fils d'un forçat condamné pour un vol.

Et vous, larrons de la pire espèce, vous venez, avec escalade et effraction, brisant l'enceinte sacrée et franchissant les murs du temjde qui vous protège, vous venez, la main armée de calomnies et de mensonges, au sein de la nuit qu'enfantèrent vos systèmes, dans la société d'autres malfaiteurs plus ou moins lettrés comme vous ; vous venez surprendre le pauvre dans sa demeure, et lui dérober son unique trésor; et on vous laisse circuler liljremcnt dans les rues et les places de nos cités ! Allez , vous n'êtes pas dignes de porter la chaîne et de traîner le boulet du forçat !

Si Jésus-Christ n'est pas Dieu , c'est qu'il n'existe aucun Dieu, au ciel ni sur la terre. Si je ne dois plus croire à sa divinité, je ne vois plus en lui que le plus vil des imposteurs.

Et alors, que reste-t-il debout en ce monde, si j'ai été trompé par un tel homme ?

Supprimez la notion de Dieu, et je vous porte le défi de démontrer que la chasteté est préférable à l'adultère, la justice au larcin, l'amour à la haine; et que le docteur es sciences est supérieur à son chien.

Vous n'êtes pas de taille à rédiger un code qui , en vingt pages, satisfasse aux exigences de tous les temps,

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aux besoins de tous les peuples, aux aspirations de tous les cœurs. Jésus a fait mieux encore, et plus que cela, il a conquis le monde et illuminé tous les siècles par sa parole divinement féconde, et n'a, pourtant , rien écrit ; faites-en du moins autant que lui, avant de supprimer la doctrine.

Si Jésus est le patrimoine de tous, il appartient , principalement, aux faibles, aux pauvres, aux petits dont il est la seule richesse et l'unique bien.

Ah! vous opposez votre Uévolution à l'Eglise, ci vos progrès au principe chrétien! je voudrais bien savoir, vraiment, ce qu'elle a produit, cette rare merveille, dont nous ayons le droit de nous montrer si fiers. Je vois, grâce à vos leçons, toute autorité méconnue, tout principe mis en question, toute puissance ébranlée : le passé rougi de sang humain, le présent transformé en tripot, l'avenir sombre. La Presse, divisant et subdivisant les intelligences, jusqu'au point de ressusciter la fameuse période atomique et le culte du soleil; le commerce dépravé, les arts en décadence, et la littérature tombée dans le feuilleton; des dettes partout, trois millions de baïonnettes nécessaires au maintien de la paix européenne; le vol érigé en dogme; la seule légitimité reconnue, devenue celle des faits accomplis ; un faible et saint vieillard persécuté pour le seul motif qu'il défend la cause de l'équité et du droit; et une nation, prétendue civilisée, lui préparant le martyre, tandis que les autres se disposent à maintenir l'ordre... sur la place de l'exécution, en y assistant, l'arme au bras.

La calomnie et l'impiété vomies, quotidiennement, à deux cent mille exemplaires par dos feuil'es périodiques que nul pouvoir ne réprime; i'nthéisme prêché dans des chaires publiques aux frais deTEtal ; le peuple invité à retourner au culte des idules; les hautes classes englouîies dans la Banque et la Bourse; les classes

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