LETTRE XII
Ce n"est pas malin Je chasser le di ible. — Le grand principe homceopathique. — Une légère bizarrerie. — Qui vaut le mieux du coquin ou de sou complice"? — Mieux vaudrait adorer Judas. — Sublime plirssôologie de M. Renan. — Dans des millions de siècles, qui vivra, verra. — Le réveil des gens qui ne dorment pas. — Jean Loyseau offre en prime son sansonnet et sa pipe. — Le feu dévorant, le génie sombre et le pressentiment grandiose. — Invitation aux socialistes. — Le diocèse de Marseille n'a pas de premier évèque, il faudra qu'il se contente d'en avoir un second. — Le grand Lutber gêné par un petit mot. — Invention d'un huitième sacrement. — Le poisson voy.igeur. — Manière d'égayer le moment du dessert. — Une traduction joliment réussie. — Si j'étais M™" Renan. — A qui il est vexant de présenter des perles.
Dans votre singulière théorie dos miracles, vous insinuez, avec une adresse rare, que a l'expulsion des démons ou l'exorcisme est un des genres de guérison que Jésus opérait le plus souvent (1^; vous nous déclarez cela, sans aucun doute, dans l'intention de réduire sa puissance à peu de chose : et, pour démontrer qu'en effet il n'avait pas grand'peine à opérer ce genre de prodiges, vous daignez nous apprendre que ceux qu'on appelait possédés étaient, tout uniment, des fous. Quand ce ne serait que cela, il me pavait que cette cure en vaudrait Inen une autre. N'avez-vuus pas eu l'envie, quclijuefois, d'en pruliler pour votre compte? Mais non, il ne faut pas s'y tromper, les fous d'alors
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étaient « des gens qui avaient seulement quelque bizarrerie (1^; » et, dans ce cas, « une douce parole suffit souvent pour chasser le démon (2 ; » ce n'est donc pas votre affaire. Ainsi, ces individus dont parle l'Evangile, qui avaient la petite bizarrerie d'assommer les passants, étaient guérissables par une douce parole. Je vous conseille d'aller essayer d'appliquer cette méthode à Charenton. Tous aurez tant de prise sur eux, en vertu du principe homœopathique : Similiasimilibm curantnr, que je ne doute pas un instant de la guérison instantanée et radicale de tout ce pauvre monde. Désormais, si j'entends parler de fous en France, je vous proclame un être sans pitié. Puisque vous connaissez le remède, vous devez l'employer, au bénéfice de l'humanité souffrante.
Puis, selon votre système habituel de contradictions insipides, voici que vous nous dites : « Jésus, convaincu que l'attouchement de sa robe, l'imposition de ses mains faisaient dubienaux malades, aurait été dur, s'il avait refusé à ceux qui souffraient un soulagement qu'il était en son pouvoir de leur accorder (3). »
Je tourne le feuillet et je lis : <( Nous admettons donc sans hésiter 'peste !j que des actes, qui seraient maintenant considérés comme des traits de... folie, ont tenu une| grande place dans la vie de Jésus... (4). Le coté ingrat de sa vie,» c'est d'avoir voulu passer pour sorcier sans l'être. Quelle noble ambition !
Mais, pour Dieu ! illustre Maître, enseignez-moi, de
<1) P. -2C3. - [i, P. 2C'..— ^3) p. 2Gi. — ^4) P. 2C6.
grâce, ce qu'il faut croire. A vous entendre, ceux qui, de nos jours, ne sont ni dur.-;, ni sans piti€, passent donc pour des fous? Et le côté ingrat d'une si belle vie consiste à n'avoir pas refusé à ceux; qui souffrent, le soulagement qu'il était en son pouvoir de leur accorder, et qu'il eût été dur de refuser ? Franchement, vous avez bien l'air de quelqu'un qui a besoin de se faire guérir d'une légère bizarrerie.
Mon, monsieur, parmi vos lecteurs, jel'^spère, il ne s'en trouvera pas un seul pour admettre cette doctrine avilissante et déshonnête. Si votre héros savait (comme vous dites qu'il le savait) jouer le rôle d'un charlatan, vous devez, sous peine de complicité, flétrir l'hypocrisie, en lui arrachant son masque. L'historien qui ose qualifier un misérable imposteur comme vous qualifiez votre héros, en l'affublant des noms de divin et de sublime, tombe au-dessous môme de celui qu'il se sent le honteux courage d'aduler. Il n'y a qu'une chose plus immonde que le mensonge, c'est le panégyrique du mensonge.
Je ne vous reproche ni vos théories, ni vos contradictions, ni mOme vos sophismes : adorez qui bon Vous semble, ou n'adorez rien du tout ; croyez au diable ou à Çakya-Mouni ; lisez le Talmml ou lePirhé- Abof/i, c'est votre affaire ; si vous pensez pouvoir tenter d'éteindre l'auréole, soixante fois séculaire, qui ceint le front du Dieu fait chair, je vous passe encorecette bizarre fantaisie; être insensé, ce n'est pas toujours èlre impur; mais substituer au nimbe céleste et lumineux qui illumine sa face, h s hal)iletés calcu-
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lées d'un fourbe ; et venir, avec une impudence jusqu'à vous sans exemple, faire" l'apothéose du crime, et nous inviter à nous prosterner, avec vous, devant le vice le plus bas ; voilà ce qu'une âme droite n'acceptera jamais. Libre à vous de vous façonner une idole à votre guise, et de trouver que ce qu'il y a de plus vil est ce qu'il y a de plus grand. Libre à vous de pousser la ])assesse jusqu'à diviniser l'infamie ; mais restez seul, le front dans la poussière, aux pieds du sorcier de vos rcves. Vous m'apprenez pourquoi mon Dieu n'est pas le vôtre. Trop grand pour V(jus, le Jésus de mon Évangile ne sut jamais mentir; et c'est pouiquoi, s;ins doute, vous lui refusez vos hommages. Vous avez voulu le rapetisser à votre taille, pour pouvoir lui adresser un culte; et vous n'avez consenti à courber la tète devant lui, qu'après l'avoir dépouillé, môme de la plus vulgaire probité. Voilà pourquoi votre Jésus n'est pas le mien. Avant d'adorer celui-là, je crois que j'adorerais l'Iscariote ou Barrabbas. S'il fut tel que vous nous le dites, les Juifs ont fait une œuvre sainte le jour qu'ils sollicitèrent sa mort; et jf trouverai dans ma conscience un éloge pour ses bourreaux, avant d'y trouver une excuse pour ses apôtres.
Mais passons et passons vite sur « la pensée à doubh^ face (1) » de Jésus ; et <( pardonnons-lui » ce <( rêve qui Ta rendu fort contre la mort i2;. » Quand vous arrivez à ces énormités, on dirait que la langue française ellc-
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même, scandalisée, vous refuse son concours. C'est alors que nous lisons, dans votre poëme, des phrases comme celle-ci : « En acceptant les utopies de son 1-cmps et de sa race, Jésus sut ainsi en faire de hautes vérités, grâce, à de féconds malentendus (1); » ou encore ceci, qui est bien plus élevé : « Son royaume de Dieu, c'était sans doute la prochaine Apocalypse qui allait se dérouler sous le ciel. Mais c'était encore, et probablement c'était surtout le royaume de l'âme , créé par la liljerté et par le sentiment filial que l'homme vertueux ressent sur le sein de son père. C'était la religion pure, sans pratiques » (sauf le baptême, l'Eucharistie et les autres sacrements^ « sans temple» (mais avec mille églises), «sans prêtres » (sauf ceux qu'ordonneraient les apôtres) ; « c'était le jugement moral du monde décerné à la conscience de l'homme juste et au bras du peuple (2). )> Voilà du ■ style ! Si j'avais tourné une page de français dans ce ton-là, quand j 'allais à l'école, mon maître m'aurait tiré les oreilles et inflige des pensums; et il eût bien fait. Qu'est-ce que c'est encore, je vous prie, que « cette sorte de di.ciiutfion (/randiosc^ qui semjjle a\oir tenu Jésus dans un l'ag/ic sublime, embrassant à la fois divers ordres de vérités? yS » Qu'est-ce que c'est que cette belle espérance, que vous donnez à vos élèves, à «ceux qui ne se plient pas à concevoir l'homme comme un composé de deux substances, et « qui rejettent le dogme déiste de l'immortalité de l'âme, comme étant
d"uX nommé JÉSUS. lil
en contracUtion avec la physiologie? » A ceux-là vous daignez promettre , pour consoler leurs âmes , qui ne doivent pas ressusciter, « une réparation finale, qui, sous une forme inconnue, satisfera aux besoins du cœur de l'homme ; » car, « qui sait si le dernier terme du progrès, dans des millions de siècles, n'amènera pas la conscience absolue de r univers {sic\ et, dans cette conscience, le réveil de tout ce qui a vécu (1 ?»
Je vous jure que je n'y mets pas de mauvaise volonté; mais si quelqu'un parvient à m'expliquer cc que veulent dire cette réparation finale d'un c\.vequine ressuscitera pas, et qui n'est pas immortel, et ccprcfjrès amenant une conscience absolue ; et, dans cet le conscience, le réveil de tout ce qui ne doit pjas ressusciter, n'étant pas immortel; si, dis-je, quelqu'un parvient à me démêler cet échevcau, embrouillé par le diable ; je ne suis pas riche, mais je lui promets dix francs, avec mon sansonnet, et ma pipe par-dessus le marché !
Puis, des contradictions él)louissantes de candeur ! Ici, vous nous représentez la doctrine du renoncement, prcchée par Jésus, comme tellement destructive, que c'était : « un feu dévorant la vie à sa racine et réduisant tout à un affreux désert;... » doctrine issue d'un « sentiment âpre et triste de dégoût pour le monde, d'abnégation outrée qui caractérise la perfection chrétienne,... et qui naquit au cœur d'un « génie sombre
^Ai LETTRES SUR LA VIE
qu'une sorte de pressentiment grandiose jetait de plusen plus hors de l'iuimanité (T. »
Je me crois fixé : Je me méfierai, désormais, du géant sombre, du pressentiment grandiose et de l'abnégation outrée. Pas du tout! voici la gii'ouette qui tom'ne.
« Les tentatives socialistes de notre temps resteront infécondes jusqu'à ce qu'elles prennent pour règle le véritable esprit de Jésus, je veux dire de l'idéalisme absolu, le principe que , pour posséder la terre, il faut y renoncer (2' ; » ce qui veut dire que le socialisme, probablement, réussira quand il se fera chartreux ou trappiste. J'ai bon espoir.
Juste ciel ! est-il permis d'écrire de pareilles ineptieseldenepas mourir de honte ! Jamais Victor Hugo n'est arrivé à ce degré-Là, et encore a-t-il eu le bon sens dene pas se draper en historien. Du moins, je ne pense pas qu'il ait jamais poussé la facétie jusqu'à se proclamer ((plus authentique continuateur de Jésus S wque saint François de Sales et saint Vincent de Paul.
J'arrive à un endroit de votre livre oii je me sens^ contraint d'avouer un non médiocre embarras. Il ne s'agit plus ni de la (( fine ironie » avec laquelle Jésus disait : (( Je ne suis pas venu perdre les âmes, maisles sauver (4' ; » ni de cette bévue, qui vous fait dire que (( Lazare et Marie de ^Magdala , » après la mort d(v Jésus , (( n'entrèrent , ce semljle , da ns aucune église i 5; ; »■
(l) P. 312.— (-2; P. 288. — (:Vj P. 287.— ('.) P. 294. — (5; P.297.
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oubliant, comme vous en avez parfaitement le droit, même l'histoire de France , et la fondation du diocèse de Marseille. Après ce que nous avons vu, il est peu de choses dont on ne puisse vous supposer capable ; et, cependant, vous avez trouvé moyen de me surprendre : vous êtes très-fort. Voici ce dont il s'agit; mais ceci demande une toute petite explication.
Dans notre simplicité de catholiques, nous avons la bonhomie de prendre Jésus -Christ pour un Dieu; «t, conséquents à notre doctrine, nous admettons ses paroles comme ayant un sens, et une valeur sérieuse. Ainsi, par exemple, quand nous le voyons instituer un sacrement, le sacrement de l'Eucharistie, je suppose, voici comment nous raisonnons : Jésus est Dieu : il connaît les besoins de notre âme, puisqu'elle est sortie et qu'elle est façonnée de ses mains ; et, comme, non-seulement il nous connaît et nous aime, mais il peut, en outre, nous manifester son amour, il possède la science de ce qu'il nous faut, et la puissance de nous le donner.
Or, il nous faut une nourriture spirituelle et divine : et l'âme chrétienne, ayant non-seulement besoin de naître, mais encore besoin de se nourrir, Jésus invente, par un incomparable excès d'amour, un moyen de vivre invisiblement et réellement présent parmi nous, même après sa mort, et de nous unir a lui par la communion à son essence divine, essence que nous recevons, en recevant tiuit son être dans l'Eucharistie. Aussi, après avoir promis ce miracle, l'accom- 2)lit-il avec une adoraljle tendresse, sura])ondantc do
IM LETTRES Sun LA VIE
puissance, de sagesse et d'amour, et nous laisse-l-il, pour aliment, sa divine et humaine personne, dans le mystère commcmoralif de son sanglant sacriilco.
Pour réaliser son prodigieux dessein, il donne à soi! Eglise le pouvoir et l'oljligation de consacrer, sous de pures espèces, son corps et son sang; en se servant des paroles par lui déjà pruférécs : ceci est mon corps, ceci est mon sang.
Luther, qui, selon vous, est, lui aussi, un grand homme, n'a pas pensé pouvoir se soustraire à l'évidence des paroles du Sauveur, et a cru cà l'efficacité des mots consécratoires , prononcés par Jésus , et répétés par son Église. Cela le gênait hien un peu, dit-on, et disait-il lui-même ; mais, outre la foi inaltérée et non interrompue de seize siècles, il ne pouvait échapper à la suprême énergie de ce petit mot Fst, constaté par l'apôtre saint Paul et trois Evangélistcs.
Saint Jean seul, prévoyant, peut-être, que vous l'accuseriez encore de faire un sermon monotone, ne raconte que la promesse, et ne parle de l'institution de l'Eucharistie que sous la demi-transparence d'un mot, laissant, d'ailleurs, à saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Paul, le suin de nous donner les détails, avec une rare surahondance.
Rien ne vous était plus facile que de passer ce fait sous silence; vous en avez oublié tant d'autres! Mais une démangeaison, plus vive que de coutume, vous a saisi; et, pour montrer jusqu'à quel point vous pouviez pousser le grotesque et l'impie, vous avez tenté
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(le nous CKpliqucr r;- qui était déjà, pour nous,athmraljlenient clair.
A^oici donc votre précieux commentaire : Mais , avant de vous citer, j'ai peur que mes lecteurs ne croient que je vous ai ridiculisé à dessein. C'est tellement énorme, qu'on pensera que j'invente. Je puis affirmer cependant, sur l'honneur, que je ne ferai qu'abréger. Je vous laisse donc la parole, demandant pardon aux hommes et à Dieu de souiller mon papier d'un exposé semblable.
(c La secte ;) (mot poli pour qualifier l'Église; (( n'avait-elle pas quelque sacrement, quelque rite, quelque signé de ralliement? Elle en avait un, que toutes les traditions font remonter jusqu'à Jésus. Une des
idées favorites du maître, c'est qu'il était le pain,
pain très-supérieur à la manne et dont l'humanité allait vivre. Cette idée... prenait quelquefois dans sa bouche des formes singulièrement concrètes. Une fois, surtout, il se laisse aller. . . à un mouvement hardi qui lui coûte plusieurs disciples. « Oui, oui, je vous » le dis.., c'est moi qui suis le pain de vie; celui qui » vient àmoi n'aura jamais plus faim, et celui qui croit » en moi n'aura jamais soif.,, » (murmures. — Une note nous apprend que ce fut un « un malentendu ,1^ ; .» — nous allons bien voir).
« Jésus insistant avec plus de force encore... :je suis le pain vivant ; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c'est
ma chair pour la vie du monde (1), » le scandale fut au comhle ; (quoiqu'une note nous apprenne que (( ces discours portent trop l'empreinte du style... de Jean pour qu'il soit permis de les croire exacis ; » mais que cependant, ils doivent être exacts, puisque « l'anecdote ne pouvait être dénuée de réalité historique (2). » C'est très-drôle ; mais c'est comme ça.) « Jésus ren- » cliérissfint encore : Oui, oui... celui qui mange ma » chair el qui boit mon sîvng, demeure on moi et moi » en lui. Comme je vis par le Père qui m'a envoyé, » ainsi celui qui me mange vit par moi... » Une telle obstination dans le paradoxe révolta plusieurs disciples. » — Vous croyez que Jésus va s'expliquer : Ah ! hien , oui . — (( Jésus ne se rétracta pas . . . Les douze restèrent îîdcles, malgré cette prédication bizarre. »
« Il est probable que, dès lors, dans les repas communs de la secte )> (liêcz l'Eglise), « s'était établi quelque usage » analogue... « // est probable -d (que le bon Dieu vous bénisse avec vos probabilités enragées), « il est probable que c'était là une de ses habitudes, et qu'à ce moment » (le moment du diner), « il était particulièrement aimable et attendri... la présence du poisson sur la table (indice frappant (jui prouve que le rite prit naissance sur le bord du lac de Tibéiiade) (3), voyez r\îatinieu, Marc et Luc... »
(J'c -N eux être me.ngé vif si Matthieu, Marc et Luc parlent d'autre chose que l'agneau pascal, à Tocca-
(3) I.c loi'leur est suiiiilio île no pns ni'.i'liibucr ccUc stiipide parcnlliè.-c; c'est du Rer,;ia le i lus inu'. J. L.
d'un nommé Jésus. 147
sion de la Cène; mais le besoin d'une note se faisait généralement sentir; note destinée h nous appi'endre que c'était « dans le bassin du lac de Tiljériade qu'on mangeait le plus de poisson. » Ce qui prouve victorieusement, qu'il y en avait sur la table, dans le Cénacle, à Jérusalem, distante de cent vingt kilomètres ! Il y a de quoi devenir crétin, à vous lire !)
... « La présence du poisson sur la tai)lo fut ellemême presque sacramentelle, et devint une partie nécessaire des images qu'on se fit du festin sacré, » 0 quintessence de l'ignorance ! dire qu'à votre âge, vous ne savez pas quel était le sens symbolique de l'anagramme V/fiv(, (1) ! C'était bien la peine de voyager aux Mis de l'État ! Les petits enfants apprennent cela au catécbisme! Mais suivons :
A dîner, le muîîre avait une conversation « pleine de gaieté. Jésus aimait cet instant... la participation au même pain était considérée comme une espèce de communion... le maître usait alors de termes... qui furent pris plus tard avec une littéralité effrénée. Jésus est à la fois très-idéaliste dans les conceptions et très-matérialiste dans l'expression. »
Voilà la mise en scène , le lecteur est parfaitement préparc : Le charmant Jésus, tout réjoui et fort gai,
(I) Les Ictlres l, y, 6, ù, ;, sont les premières lettres de cinq iiii Is srecs iT.ï'jr, Xc'.îToç, 6£&-j, uio;, !70JTr,p, qui sii-iiilicnt : Jésits-Clirist li!s de Dieu sauveur. C'était coaiine un siu'ne de ralliement panni les anciens clirLJiens. Le mot 1/6j; signifle, en réalité : poisson; mais -i quelqu'un peut en ignorer la sigiiiiication cachée et le sens symbolique, ce n'est assurément pas notre auteur. l\ ne pèche pas par défaut de mémoire. J. L.
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(lisant des mots pleins de fine ironie el faisant les fmis de la conversation, au milieu des douze grossiers personnages quïl a, faute de mieuK, choisis pour ses apôtres, avait donc l'habitude, au dessert, de rabâcher toujours à peu près la même chose, pour varier ses discours; et de les assaisonner de la fine plaisanterie suivante. — Pas un Évangéliste n'en parle ; mais ce n'en est que plus certain : On sera sûr, cette fois, qu'il n'y a pas d'interpolation. — « Il disait donc à ses disciples : je suis votre nourriture, phrase qui, tournée en style figuré, devenait : ma chair est votre pain, mon sang est votre breuvage. Puis les habitudes de langage » (c'est diabolique les habitudes) « l'emportaient plus loin encore. A table, montrant l'aliment » (le poisson, sans dûute\ « il disait : me voici tenant le pain : ceci est mon corps ; tenant le vin : ceci est mon sang; toutes manières déparier... (1) » pleines de bonnes grâces et de sel, assurément ; mais, comme vous le dites en termimnt, « c'est impossible de traduire cela dans notre idiome (2\ »
Vous l'avez cependant joliment réussie, votre traduction.
Eh bien ! mon beau docteur, je vous affirme, sur mon âme et conscience, que si j'avais l'inestimable honneur de m'asseoir à votre table, et si vous saupoudriez habituellement vos repas de cet agréable calembour, dussiez-vûus me le faire en hébreu ou en sanscrit, je préférerais manger mon pain sec, ou même
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rester à jeun, plutùl que crcavalei* vos saumons et vos huîtres, assaisonnés d'une pareille sauce ; et je crois fermement que votre Hillel, qui permet au mari de profiler du bénéfice du divorce, si sa femme ne lui fait pas bien la cuisine, aurait, sans aucun doute, autorisé la femme à divorcer pour son propre compte, si elle eût dû dîner en compagnie d'un pareil mari. Je ne doute pas un instant do l'amour conjugal de madame Renan, non plus que de l'amour filial de vos enfants, si tant est que ^■ous soyez père de famille ; mais essayez, seulement pendant quinze jours, de leur dire, en montrant les sardines ou les anchois : ceci est mon corps ; et en leur versant même du château-Lafitte : ceci est mon sang, et vous verrez la belle grimace que fera épanouir cette spirituelle plaisanterie sur leur gracieux visage ; et si vous la répétez durant un mois, je veux cesser de m'appeler Jean Loyseau, s'ils ne formulent pas contre vous une demande en interdiction, ou une requête en séparation de corps, par-devant IVBI. les président et juges composant le tribunal de première instance du département de la Seine.
Allons donc, farceur que vous êtes, si votre Jésus est l'habile homme que vous dites, pourquoi le transformez-vous, sans besoin, en un massif imbécile, s'amusant à perdre ses disciples pour le plaisir de leur faire avaler un niais calembour ? Vous l'abaissez j usqu'à jouer le rôle d'un hypocrite infâme, pour accroître sa secte ; et, deux pages après, voilà que vous lui faites compromettre tous ses succès pour le plat divertissement de faire un fade jeu de mots. Laissez-nous donc
iriO LETTRES SUR LA VIE
tranquilles, Pierre-Michel Vintras ne serait pas si bote que cela.
Non, non, mon ])eau pliilosophe, lorsqu'on sent la mort à la porte, on n'a pas envie de rire, ne fùt-on. même, autre chose qu'un coquin vulgaire. Je ne puis, à plus forte raison, admettre qu'une pareille niaiserie soit possible, quand il s'agit de l'Être que j'adore comme un Dieu. Je vous porte le défi éternel de trouver, dans les Évangiles, un seul mot qui autorise votre supposition nauséabonde. Vous ne pouvez être assez ignorant pour avoir oublié à quel moment suprême fut instituée l'Eucharistie. Vous savez, comme moi, que ce fut après que le Sauveur, connaissant qu'il allait bientôt mourir, eut affirmé à ses disciples que, désormais, il ne leur parlerait plus en paraboles; ce fat, dis-je, apjrès cette protestation solennelle, qu'il daigna consacrer pour les apôtres le sacrement de son amour, et formuler le rite auguste, destiné à en perpétuer, ici-bas, la présence et la durée. Quant à vous, croyez-en ce que bon vous semble ; si vous pensez qu'une friture de goujons de la Seine suffise à l'alimentation de "S'otre âme, grand Ijien vous fasse; mais nous, qui sommes chrétiens, nous osons croire que nous avons besoin d'associer notre vie immortelle à la vie d'un Dieu. Mangez des carpes et des écrevisses tant que vous voudrez, si telle est votre dévotion sublime ; pour nous, qui savons que l'homme ne %dt pas de pain seul, ni même de charcuterie, nous nous rirons de votre grosse joie comme de votre splendide ignorance, et nous continuerons à participer au ban-
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quel divin, dressé parle Christ et servi par son Eglise. Nous sommes les fils de ceux qui, plulùt que de s'en voir privés, choisissaient de suhir le plus âpre marlyre; et si je me suis vu contraint à vous parler de ces choses, c'a été avec la répugnance qu'éprouverait n'importe qui de se trouver obligé, pour se délivrer de l'obsession de certains êtres, de s'en débarrasser en leur jetant des perles.
La comparaison n'est pas de moi, mais de saint Alexandre T'", pape et martyr, et fut employée en seniL'lable circonstance. Si, par malheur, vous la trouviez peu polie, vous aurez la ]3onté de vous en plaindre ù lui. ,