XXXII INTRODUCTION
Un homme qui réunit en lui seul l'ignorance et l'outrecuiclance de tous.
Je voudrais que cet homme eût été nourri par ton Église, dan double pain : le pain du corps, et celui de l'intelligence ;
Aiin qu'on eût moins de tristesse à le combattre, en pensant qu'il n'était qu'un ingrat.
Je voudrais que cet homme, poussé par le démon d'orgueil, fût un apostat de la Foi, qu'il avait puisée aux lèvres de deux mères :
Afin d'expli(iuer sa sourde colère contre le sein qui l'a porté, et le besoin vaniteux qu'il éprouve d'excuser sa défection et sa rancune ;
Je voudrais que cet homme, déserteur delà table et du foyer paternel, se fût nourri de la quintessence d'une philosophie purement négative, et en résumât en lui toutes les brumeuses émanations.
Je voudrais qu'il représentât presque officiellement son école, étant devenu professeur dans une des plus hautes chaires de son pays.
Je voudrais qu'il unit l'absence de bonne foi à l'absence de savoir, et qu'il fût pris la main dans le sac en flagrant délit d'emprunt scicnlifuiue ; escamoteur maladroit des découvertes d' autrui :
Afin qu'on sût jusqu'où peuvent aller les accommodements avec l'honnêteté littéraire, dans la conscience d'un Sceptique.
llnfin, ô Seigneur, si c'était conforme à ta volonté toujours sage et discrète, je voudrais que cet homme eût assez de style pour que le public prît la patience de lire toutes les inepties de son école, et qu'il y joignit assez de naïveté pour en dévoiler les ficelles :
De sorte que pour lui eulever le vernis scientifique dont
IXTROPUCTIO.X. XXXIII
iî se hatligconnc, et livrer sa bounc foi et sa logique aux. sifflets universels, il siiHisc de la main d"un cordonnier.
ni.
Ainsi pria le patriarche bcdouin: et le Trcs-Ha'.t exauça, en partie, sa prière.
La terre étonnée vit, chez les nations à laquelle fut confié Vempire de l'air {[), poindre l'aube de la philosophie dite naturaliste.
Et, du sein de cette aurore ténébreuse, s'élever avec une incomparable majesté, "le nouveau soleil, prophète de la religion moderne, le grand émule du grar.d précurseur... du grand Ormuzd.
Seulement, comme dans cette religion il ne devait pas y avoir de Dieu, on dut renoncer à y placer un Messie, et se contenter d'ouïr chanter le prophète.
Pour apaiser les gens qui s'étaient sottement habitués à donner un objet réel à leurs croyances, le proplièteleur laissa, par pure bonté, le choix d'adresser leurs hommages à l'Etre sui)rêmeouàson é({uivaIent,dont la délinitionfut :
« La catégoi'ic de l'idéal (i}. »
Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende.
11 fallait aux idées nouvelles, qui marchaient avec peine, sous leurs armures de plomb, un plus léger costume. Le prophète se chargea de s'en faii'e le tailleur. C'était un ingrat travail : on eût dit « un peloton dévidé par le dia-
(l j Ce mot est d'un rélèljie et «iiiiitueî dip'.nmate. On iiaiiait devant I;ii des principales puissances de l'Euiope : « L'Aniilelerre a reçu, disait-on, rcmpi:e de la mer: la France, celui de la {erre, que leste-t-il aux Allemands? » — L'empire de l'air, réponlit-il, faisant allusion aux tendances iicbulcuses et inconsistantes de la pliilosopliie allemande moderne. (Jean Lotseac.)
{".) Renan, Etudes d'hlitoi.rerelifjkHse. o'cd.,]). 419.