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d’affections pures et paisibles , de liens aimables et touchants qui l’attachent à son existence actuelle, plus ne seroit-il pas douloureusement frappé de l’approche inévitable du dernier terme où tous ces souvenirs vont s’effacer , où toutes ces affections vont s’éteindre, où tous ces liens vont se déchirer pour jamais, si, au-delà de ce terme fatal et dont chaque jour, chaque instant le rapproche si sensiblement , il ne voyoit qu’une obscurité profonde, éternelle , sans un seul rayon de lumière et d’espoir P Ah ! c’est sur-tout pour le vieillard qu’il n’est point de bonheur sans la derniere espérance , la seule qui puisse nous consoler et des illusions et du néant de toutes les autres. Mais , grâce au ciel , c’est aussi pour lui que cette espérance semble s’accroître à mesure que toutes les autres s’évanouissent. Le recueillement auquel cet âge est naturellement plus disposé donne aux méditations les plus propres à nourrir cette espé-
rance un plus haut degré d’énergie , par la raison même qu’elles ont pour cet âge un plus haut degré d’intérêt. L’indulgente nature a bien voulu prendre soin de ménager dans toutes les époques de la vie un admirable accord entre nos opinions et nos besoins.
La vérité la plus élevée au-dessus de l’horizon vulgaire de nos idées semble suivre pour nous le cours merveilleux de l’astre du jour. C’est aux deux extrémités opposées du cercle borné de la vie , l’enfance et la vieillesse , que cette vérité céleste trouve l’ame plus ouverte à sa douce lumière. C’est au moment où le soleil se leve, comme au moment où le soleil se couche, que sa clarté bienfaisante se rapproche de nous , qu’elle nous éblouit moins , et qu’elle nous touche davantage. Il en est de même de cette vérité si sainte et si consolante ; ce son t ses premiers et ses derniers rayons que nous recueillons avec le plus de confiance et de bonheur.
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Après avoir passé la plus grande partie de ma vie dans une alternative continuelle de peines et de plaisirs , depuis l’instant où l’éclat malheureux d’une imprudence philosophique m’eut banni de ma patrie pour sauver ma tête menacée de tous les anathèmes du fanatisme, de toutes les persécutions de l’envie républicaine, jusqu’à l’époque où la plus terrible des révolutions m’enleva les trois quarts de ma fortune et m’exila de ce doux pays de France, devenu ma seconde patrie, comment ne bénirois-je pas le ciel des paisibles destinées qu’il a daigné réserver à mes derniers jours ! J’ai retrouvé dans ma vieille patrie une modeste aisance qui suffit à mes désirs et me laisse encore quelquefois assez de ressources pour faii’e un peu de bien. Je n’ai point perdu le goût des études qui m’ont occupé dès ma première jeunesse , et j’ai rassemblé dans ma petite bibliothèque les chefs-d’œuvre de la littérature ancienne et moderne ,
SUR LA VIEILLESSE. Il3
auxquels je dois encore aujourd’hui l’emploi le plus utile et le plus intéressant de mes heureux loisirs. Je suis encore sensible au charme des beaux arts , dont quelques doux souvenirs parent les simples lambris de ma tranquille cellule *. Je suis peut-être plus sensible que jamais, plus sensible au moins que je ne le fus durant un long intervalle de ma vie, aux touchantes beautés de la nature. Un beau jour est à mes yeux un vrai jour de fête; il me fait jouir de la variété romantique des sites ravissants dont ma retraite se trouve entourée avec un plaisir toujours nouveau. J’ai conservé dans les différents pays où j’ai vécu des liaisons qui
(*) Le charme des beaux arts, a dit un poëte allemand, est comme cet arc merveilleux qu’éleve au haut des airs la rencontre subite de vapeurs orageuses et d’une lumière céleste; il semble lier pour nous la terre avec les cieux , et nous transporte dans l’empire des plus sublimes espérances, des plus pures félicités.