De là Tient son nom de Kiœbenharn (port marchand
châTgén dô produits étrangers entrèrent dans le poil arec les pauvres barques chargées de filets. Les rois de Daae«^ mark^ qui habitaient alors aux environs de Roeskilde, eommencèrent à tourner les yeux de ce côté , et cotmprire^t qu'ils aéraient mieux là qu'à Leire. Mais plus la cité naissante prenait de développement, plus le chapitre métro* politain de Séeland tenait à la conserver. L'acte primitif qui la lui concédait -était en très^boxine forme ; le pape hd-^méme l'avait sanctionné. Le moyen, dans oe temps, d'oser rompre un contrat visé par le pape S Les rois de Danemark n'eurent pas ce courage, mais ils en vinrent aux négociations. Ils offrirent, en échange de Copenhague^ de l'argent et des terres. Le marché était accepté pour la durée d'un règne, puis, au règne suivant, l'évêque de Roeskilde reparaissait avec son acte de donation d'une main , sa bulle de l'autre, et il fallait de nouveau négocier et payer. En 1443, Christophe de Bavière établit déflniti* rement sa résidence à Copenhague. On eût pu croire alors que la ville appartenait à la royauté ; mais quand Chré* tien I*' mcmta sur le trône, il subit encore les réclamations des chanoines de Roeskilde, et n'obtint la paix qu'en leur eédant l'Ile de Mo.
L'histoire de Copenhague, edmme ville capitale, ne date donc que du xv* siècle ; comme vîUe littéraire, eue ne remonte pas plus haut. En 1479, die est dotée d'une uni** Versité ; en 1499, un Allemand y apporte l'imprimerie* Ce n'était encore, à cette époque, qu'une cité irrégulière , mal coupée et grossièrement bâtie. Chrétien IV se plut à l'em'bellir ; il élargit les rues, ouvrit des canaux et construisit des ponts. Il bâtit l'hôtel de ville^ la Bourse, dont la tour est formée par quatre dragons qui entrelacent leurs queues dans l'air, et le château de Rosenborg, charmante iantai-» sie de prince, joyau gothique qui renferme aujourd'hui les anciens joyaux de la couronne, le trône et les plateaux en argent massif, les magnifiques v^reries de Venise^ les bi-
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JQUz en or et en dicopapts , restes d'une opulepoe royale qui n*est plus et qui ne renaîtra plus.
Deux événements désastreux servirent encore à embellir Copenhague. Bn 173B, un incendie consuma sept cent quarante maisons; en nSf4, un autre incendie réduisit en cendres un quart de la viUe. Les quartiers ravagés furent reh&tis avec plus d'élégance, les maisons en bois remplacées par des nuisons en pierre, les rues élargies et alignées. Anjourd'lmi on ne voit plus à Copenhague que deux genres d'architecture : l'un demi-gothique et demi-I\enaissance , iacades à pignon, fenêtres arrondies, portes enjolivées, assez semblable h la plupart des anciennes constructions d'Augs* bourg; l'autre tout récent, simple, régulier, confortable. Les maisons en général sont hautes et solidement bàtiea. Je leur voudrais seulement un étage de moins, l'étage souterrain, dont la porte s'ouvre au bord du trottoir comme une trappe perfide sous les pieds des passants. Mais c'est là que les bons bourgeois vont h 3oir savourer l'arôme des vins de France et le parfum des saucissons de Lubecjc. L'enseigne est placée là juste à la hauteur du rayon visuel. Impossible de passer sans être frappé de l'aspect de ces joyeuses figures de vendangeurs peints sur un fond ro9e et chargés de grappes de raisin plus grosses que œlles de la terre promise. Rien qu'en jetant les yeux sur ces figures ensorcelées, l'âme du buveur se dilate dans les pressentiments d'une joie surnaturelle. S'il regarde un peu plus bas , il aperçoit derrière les vitres du comptoir les bouteilles étincelantes , les coupes roses de la Bohème, les coupes vertes des bords du Rhin, et les larges verres évasés qui semblent l'appeler. 11 n'a que trois ou quatre marches à descendre, et le voilà dans une retraite de bénédiction, dérobé aux regards des envieux, aux vains bruits de la rue, aux distractions du monde , ne voyant autour de lui que ces riches rayons de bouteilles , plus poétiques mille fois et plus savants que les rayons d'une bibliothèque. Il s'as-
sied sur un large canapé , auprès d'un poêle en fonte dont la chaleur le réconforte ; il allume sa pipe, s'enveloppe d'un nuage de fumée, et oublie le poids des affaires, le chiffre des impôts. Quel est l'édile audacieux qui oserait porter atteinte à une telle béatitude, faire fermer pour cause de sécurité publique l'entrée de ces douces cellules, et placer le comptoir du marchand de vin au niveau des autres? Non, à Leipzig, à Hambourg, à Copenhague, dans toutes ces villes privilégiées où le bourgeois a connu les charmes de la kellerj le règne de la police ne commence qu'à la surface du pavé, le monde souterrain appartient aux buveurs. Que les passants se cassent une jambe en glissant sur les bords du caveau, peu importe ; mais que les dignes enfants de Silène vivent en paix dans, leur empire : la loi le veut. Il y a pour le pauvre piéton , à qui la fortune ne permet pas de goûter les jouissances aristocratiques du coupé, un autre inconvénient dans les mes de Copenhague : c'est le pavé. Quand je dis le pavé, c'est que le dictionnaire ne me fournit pas un autre mot qui me sauve de la périphrase. C'est plutôt un assemblage de cailloux aigus, brisés, disjoints, qui nécessite l'emploi d'une botte large, d'une semelle souple et d'une adresse d'équilibriste. La nouvelle place Royale , que l'on regarde comme une des plus grandes places de l'Europe, est surtout quelque chose de formidable. En hiver, quand elle est inondée d'eau ou couverte de verglas, quand la lune n'ajoute pas quelque bienfaisante clarté aux pâles réverbères qui l'entourent, la traverser, c'est entreprendre, en quelque sorte, un voyage de découvertes. On ne se figure pas tout ce qu'il y a là d'endroits perfides, de ravins inattendus et de bords escarpés. Les habitants de Copenhague l'appellent la Suisse danoise. Le malheur de cette pauvre place ne provient, du reste, que du grand intérêt qu'elle a excité. Ceci ressemble à un paradoxe; c'est pourtant uniait avéré. Les magistrats de la ville ont eu un jour l'idée de l'aplanir.
Là-dessus est arrivée l'académie des arts, tout inquiète de savoir ce que deviendrait, dans cette œuvre civique, une méchante statue de Chrétien Y, habillé en empereur romain, et entouré de quatre malheureuses figures allégoriques qui font pitié. Puis est venu le corps du génie, sans lequel, en Danemark comme en France, rien ne peut plus se faire dans aucune ville et dans aucune bourgade. Les trois pouvoirs entrèrent en conférence, tous trois avec leur thème fait d'avance et leurs prétentions. On discuta, on discuta; et comme les discussions ne pouvaient rien condUer, les trois partis abandonnèrent le champ de bataille, et la place Royale resta dans son état d'infirmité. Dernièrement un des journaux de Copenhague a essayé d'éveiller quelque sympathie envers elle, ou plutôt envers ceux qui sont condamnés à la traverser. En attendant que ces vœux soient accomplis, il serait à souhaiter qu'un ingénieur habile fit la topographie de cette place , en indiquât soigneusement les écueils, les îlots et les bas-fonds : il rendrait par là un grand service aux voyageurs.
Cette place sert de point de jonction aux deux principaux quartiers de la ville. D'un côté sont les rues élégantes nouvellement construites, les hôtels des diplomates et de l'aristocratie, l'enceinte d'Amalieborg avec ses quatre palais, le port et la mer ; de l'autre côté sont les marchands et les ouvriers, les bourgeois et les hommes d'affaires, la Bourse, dont les arcades renferment toute une compagnie de brocanteurs , et plus loin l'université , retirée à l'écart des rumeurs du commerce comme un cloître , et bâtie au bord de la plaine comme une ruche d'abeilles. Dans cet espace, dont nous ne faisons en quelque sorte qu'indiquer les contours, on rencontre plusieurs monuments remarquables. Ainsi, par exemple, l'église cathédrale, qui possède aujourd'hui l'une des plus belles œuvres de Thorvaldsen, le Christ et les douze Àpâtres ; la tour de Chrétien IV, au sommet de laquelle on peut monter en voiture, et le
vaste cliàteau de Ghmtiaiiborg, que les Danois ne peuvent voir sans un douloureux souvenir. Sur le sol qu'il occupe s'élevait autrefois la forteresse construite par Àbsalon. Chrétien III l'agrandit, Frédéric IV la fit rebâtir presque en entier; Chrétien VI renversa cet édifice de fond en comble, acheta les maisons qui l'entouraient, les démolit et commença avec une sorte d'ardeur fiévreuse cette construction démesurée. Pour consolider le sol qui devait la porter, on y enfonça dix mille poutres de vingt, trente et quarante pieds de longueur. Pour le déblayer, il fallut mettre en réquisition toutes les charrettes de la ville et de la banlieue. Deux mille ouvriers travaillèrent chaque jour pendant six ans à ce château. Il subsista un demisiècle, et fut dévoré en une nuit par les flammes. Le dex^ nier roi de Danemark a eu le courage de le Mre rebâtir dans les mêmes proportions, et ne l'a jamais occupé. Au nombre des édifices dont s'enorgueillit Copenhague, je ne dois pas oublier de citer le théâtre. C'est un bâtiment d'un extérieur fort modeste, mais assez bien distribué et parfaitement décoré. On y joue le drame, le vaudeville et l'opéra; on y joue tant de choses étrangères et étranges, qu'il perd peu à peu toute espèce de caractère national. De loin en loin les directeurs remettent à l'étude une comédie de Holberg, un drame d'OËhlenschlàger, et, le reste du temps, la scène est abandonnée aux vaudevilles de M. Seribe, septentrionalisés souvent fort habilement par M. Heiberg.
Non loin de là est une maison à laquelle se rattache un souvenir d'amour* C'est celle de Dyveoke, cette fiUe d'un aubergiste de Hollande , qui devint la maîtresse adorée à\i roi. Chrétien II la rencontra dans un bal à Bergen, et la ramena à Copenhague. La jeune fille était une de ces bonnes et tendres natures de Madeleine dont l'âme s'ouvre facilement aux douces émotions, et qui préfèrent à l'éclat des grandeurs le bonheur d'aimer. Elle accepta sans ar-
liàre^ensée Tamour de Ghrétieni oubliant » royauté en voyant sa jeunesse, et son pouvoir suprême en éeoutant ses serments. Mais la mère de Dyvecke, la vieille Siegbrit, était une femme adroite et ambitieuse qui ne tarda pas à prendre un déplorable ascendaiît sur Tesprit du roi, et le conduisit de la royauté à Texil, et de l'exil à la prison. Dyvecke mourut à la fleur de Vâge, et Siegbrit conserva son empire. Personne n'a encore pu expliquer par quels moyens cette femme vieille, laide^ disgracieuse et méchante, maintint son pouvoir après la mort de sa allé. Le fait pourtant n'est que trop démontré par la douloureuse histoire de Chrétien. Siegbrit devint sa conseillère intime, son premier ministre, sa parole et sa loi. C'était elle qui présidait aux délibérations des ministres ; c'était elle que l'on consultait dans toutes les grandes occasions. Pas une place impor* tante ne se donnait sans qu'elle eût d'abord ei^aminé les titres des candidats* Les employés subalternes tremblaient devant elle^ et les grands fonctionnaires, lui demandaient humblement ses ordres. On voyait, dit Hvitfeld, les présidents de la justice, les chefs des administrations se rassemibler le matin, en hiver, devant la demeure de cette femme, et attendre, en grelottant à sa porte, qu'elle fût éveillée et <pi'elle daignât les recevoir. Le peuple avait peur elle un sentiment d'horreur qu'il manifesta plusieurs fois d'uqe oiaûière assez énergique. Mais rien ne pouvait dessiller les yeux du roi» Quand ses sujets se révoltèrent contre lui, quand il ae vit forcé de quitter son royaume, il e^t^ssa ^^ des caisses et embarqua sur ses navires ce qu'il possédait de plus précieux ; l'une de ces caisses renfermait Siegbrit, Il avait fallu l'enfenner entre les planches pour 1& dérober aux fureurs de la populace. A quelque diatapqe ^ela côte, on la tir^ de son cercueil. Chrétien était debout i l'arrière de aon vaisseau, regardant avec douleur le rivage ^ois, qui peu à peu s'effaçait dans le lointain. Comme le roi Rodrigue, il avait eu sa funeste Cava, et comme
lui il pouvait dire : « Hier j'étais roi d'un beau royauine ; aujourd'hui , je ne le suis d'aucune ville^ • Siegbrit s'approcha de lui , et s'écria en riant d'un rire diabolique : « Allons, n'allez-vous pas pleurer comme un enfant parce qu'une méchante troupe de révoltés vous a chassé de votre palais ? Eh bien ! si vous ne redevenez pas roi de Danemark, vous pouvez être encore bourgmestre d'Amsterdam. » Le malheureux Chrétien ne devint ni souverain de Danemark ni bourgmestre d'Amsterdam : il mourut en prison. Il avait été roi des trois contrées Scandinaves. Son règne n'a laissé qu'un roman scandaleux dans les annales de la Norvège, une page ensanglantée dans l'histoire de Suède, et une page honteuse dans celle de Danemark. Le château où Siegbrit s'installa auprès de lui comme une reine n'existe plus , et la maison où il allait voir sa jolie Dyvecke est occupée aujourd'hui par un changeur juif.
Près de cette maison commence YOestergade^ la rue Vivienne, le bazar, la merveille de Copenhague. C'est là que la mode parisienne, cette folle déesse, s'assied sur une corbeille de fleurs artificielles. Là sont étalés les chapeaux que le bateau à vapeur de Kiel .apporte en même temps que les lettres et les gazettes. Là sont les soieries de Lyon, les toiles peintes de Mulhouse , et ces mille objets de fantaisie destinés à parer l'étagère d'un salon, à amuser les loisirs d'une femme. Car il est bien convenu depuis longtemps, en Danemark comme en Suède , en Russie, que les femmes du monde abdiqueront dans leur toilette tout ce que les bonnes vieilles gens ont encore coutume d'appeler esprit de nationalité, pour se soumettre à notre goût et adopter notre industrie. L'Oestergade est le riche musée où les belles dames de Copenhague viennent étudier les effets de lumière sur les nuances d'une nouvelle étoffe et les plis d'une nouvelle robe. C'est l'académie savante" où
1* Ayer era rey de Espana;
Hoy no lo soy de una yiùa. Romancero,
le marchand, debout devant son comptoir, rapporte à mi gracieux auditoire les leçons qu'il a apprises dans son dernier voyage en France, et démontre par des arguments infaillibles la théorie des couleurs, l'esthétique de la toilette, et la plastique de la draperie. L'Oestergade enfin est le paradis terrestre que les jeunes filles nomment avec amour dans leurs causeries du soir, et entrevoient dans leurs rêves. Heureuses celles qui peuvent en contempler de près les merveilleuses richesses , celles c[ue l'implacable misère, avec son teint hàlé et son glaive couvert de rouille, n'a pas encore bannies de cet Eden, et qui, en traversant la ville, ne sont pas obligées de baisser les yeux à la vue de ces créations du génie parisien !
Au sortir de ce domaine du bien et du mal , on entre dans le domaine de la librairie, dans le royaume de la science. Le temps n'est plus où les rois de Danemark étendaient leur domination jusqu'aux rives de la mer Glaciale et jusqu'aux limites de la Prusse. Mais Copenhague est toujours la capitale scientifique du Nord. Sa position géographique lui indique sa mission : elle est placée sur les bords de la mer Baltique comme pour recevoir toutes les nouvelles du midi de l'Europe et les répandre dans les contrées septentrionales. Aussi voyez les Annales scientifiques et littéraires de la Scandinavie : c'est Copenhague qui en a. rempli les plus belles pages; c'est Copenhague qui, à toutes les époques , a donné l'impulsion. Ici furent établies les premières écoles et les premières imprimeries; ici l'on reconnaît les premières traces d'un développement littéraire et les premières études sérieuses de l'histoire. La Suède a eu aussi des noms éclatants, mais elle est venue plus tard , et les deux universités de Lund et d'Upsal et l'université^de Christiania sont encore , par l'exiguïté de leurs ressources et par leur situation , inférieures à celle de Copenhague ; cette ville renferme les plus beaux et les plus riches établissements scientifiques , musée d'histoire
naturelle, musée d'ethnograpihie, musée d'antiquités nationales, et trois grandes bibliothèques.
Le goût de la lecture est ici généralement répandu. Pour la classe marchande comme pour la classe universitaire, c'est plus qu'une distraction, c'est un besoin.
Il n'y a pas un pays où il y ait plus d'écoles et des écoles mieux administrées qu'en Danemark. L'instruction du peuple n'est pas seulement encouragée par les ministres, elle est prescrite par les lois. Si le âls d'un paysan ne savait pas lire, il ne pourrait être confirmé, et s'il n'était pas confirmé, il n'aurait pas un- droit civil, pas même celui de se marier. Les plus pauvres habitants des campagnes possèdent donc au moins les premiers éléments de l'instruction; ceux des villes vont beaucoup plus loin. Si un père ne peut assurer de dot à sa fille, il emploie tous ses moyens à lui donner une éducation complète. Il n'est pas rare de trouver dans la maison d'un fonctionnaire qui n'a que de très-modiques appointements, des jeunes filles douées d'un talent musical remarquable , et tout cela sans prétention et sans pédanterie. Il y a beaucoup de femmes à Copenhague capables d*analyser d'un bout à l'autre les œuvres de Goethe, de Byron, de Racine ; mais une sage réserve les maintient dans les régions aimables du savoir, et les empêche de tomber dans le ridicule du bas-bleu.
A ces qualités de l'esprit se joignent celles di^ cœur, la confiance dans les relations, l'hospitalité envers les étrangers, ces douces vertus des populations du Nord qui rendent à jamais les pauvres contrées boréales chères à celui qui a eu le bonheur de les connaître. Les femmes ont, il est vrai, abdiqué l'antique costume de leurs mères pour adopter la robe et le chapeau parisiens , qui du reste parent élégamment leur fraîche beauté ; mais elles ont conservé cette simplicité des mœurs et ces pieuses croyances dont parlent les vieilles chroniques. Dans cette grande ville de Copenhague, comme dans les bonnes et honnêtes
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GÎIte de la Staxe^ FiiitéiifiiiF de fanoUe subsiite encore gé* néraleraenl dans toute sa pureté primitive. La vie est calme, retirée à l'écart sous le patronage des dieux du foyer, et s'écoule à petit faruit comme le sable de la clepsydre. Elle a pour chaque saisoa de Tamiée ses solennités régulières , pour chaque jour ses joies inuocen^te». L'été, c'est la promenade du dimanohe au paro« l'excur-^ sion au bord d'un des beaux laes de Séeland , et , pour les plus aisés, le séjour à la campagne ei^tre les bois et les fleurs. L'hiver, c^est le bal d'une maison amie, le concert d'un artiste en renom , parfois le théâtre , et le plu9 souvent la soirée passée autour de la théière , célébrée par Cowper, avec de naives causeries , avec un piano et des livres. Pour ceux à qui il faut chaque matin la terrible pâture de vingt journaux , l'émotion des rivalités littéraires et le tumulte des luttes politiques , une telle existence doit paraître bien monotcme. Mais beaucoup de ceux qui de loin la regardent avec dédain , s'ils pouvaient une fois la goûter, j'en suis sûr, s'y laisseraient prendre. Car il y a là une atmosphère bienfaisaute au milieu de laquée on sent son âme se rafraîchir, un parfum de bonne conscience qui retrempe la pensée , un repos qui peu à peu tempère les mouvements tumultueux de l'esprit. Pour moi, je me rappelle encore.... Mais que sert de vouloir ajouter plus d'images à ce tableau? Au moment où j*écris ces lignes, les graves discussions de la tribune retentissent déjà de tout côté, et mon idylle danoise reste ékoiififée sous les colonnes des premiers^Fcm^K
La société de Copenhague se compose presque en entier de fonctionnaires, de professeurs et de négociants. La révolution de laao , en supprimant les privilèges de la noblesse, Im porta une atteinte mortelle. Il n*y a plus eu Danemark que très-peu de Isimilles nobles, et elles ne sont m riches ni influentes. En 1809, elles perdirent encore une partie de leur prestige. Le Danemark était alors dans
un état désastreux : le gouvernement sollicita un emprupt. et, pour Tobtenir plus facilement, mit aux enchères ic titres que l'on n'acquérait autrefois que dans les hautes fonctions de l'Ëtat ou sur le champ de bataille. Pour un capital de 20000 fr. à 5 p. 100 d'intérêt, il accordait la 1 qualification de noble; pour un capital de 52000 fr., ! celle de baron; et pour un capital de 140000 fr., celV de comte. Quatre bourgeois seulement voulurent êi nobles, et deux devinrent barons. Il fallait en vérité qii. les fortunes particulières fussent dans un état bien délabré ou bien précaire pour que cette curieuse ordonnance de 1809 n'inondât pas la ville et les campagnes de devises et d'armoiries ; car l'on sait avec quelle ardeur ces bon^] Danois, ces descendants des fiers Vikinger, courent à la curée des signes honorifiques. Je crois qu'à cet égard ils l'emportent encore sur les Allemands, à qui la Providence, dans sa commisération, a donné une quantité de princes qui distribuent une quantité de titres. Il n'y a pas un Danois quelque peu lettré qui ne trouve qu'un habit est fort disgracieux s'il n'a le droit de déployer dans toute l'étendue de sa large boutonnière un ruban bicolore ; pas un Danois qui ne se croie exposé aux fluxions , aux catarrhes , à toutes les dangereuses conséquences du froid et de l'humidité, si, comme préservatif, il ne peut mettre sur sa poitrine, au lieu de la cuirasse de fer de ses ancêtres, une bonne croix en or ou en argent. Enfin sa vie ne lui semblerait pas complète, son nom sonnerait mal à ses oreilles s'il ne pouvait y ajouter im titre , n'importe lequel , pourvu que le nom n'aille pas tout seul. Le gouvernement, dans sk sollicitude paternelle, a compris ce besoin national et s'est efforcé d'y satisfaire : 140 pages du calendrier de la cour, in-4* à deux colonnes, sont employées à relater les différents titres que de magnanimes ordonnances ont répandus dans de bienheureuses familles. Il y a dans le royaume de Danemark 1 50 chambellans, 300 gentils-
hommes de la chambre , 18 conseillers de conférence in- ^^f^ne, 32 consfillers de conférence ordinaire, 130 conseillers d'État réels (virkelige etaats raader)^ 39 conseillers Jionoraires, et un nombre indéterminé de conseillers de justice, de commerce, de chancellerie, etc. Dans cette généreuse distribution de dénominations honorifiques, les jjiarchands et les ouvriers eux-mêmes n'ont pas été oujl^és. Quelques centaines d'entre eux ont le droit de ^'appeler marchands et ouvriers de laicour. On les dis- .>^gue à la coquetterie de leur étalage, au luxe de leur enseigne, et, en vertu de leurs privilèges, ils sont exempts du service de la garde civique.
^; On se figurerait peut^tre qu'une telle quantité de titres doit produire entre ceux qui en sont décorés des conflits ^perpétuels d'amour-propre et soulever à chaque instant des questions de préséance, comme il en existait autrefois entre les gens de robe et les gens d*£glise, les vassaux et les suzerains. Mais point; et c'est ici surtout que j'admire la sagesse quia présidé à cet état de choses. Tous les fonctionnaires, tous les hommes titrés et décorés sont divisés en neuf classes , et chaque classe subdivisée en dix ou douze catégories. D'abord vient le chevalier de l'Eléphant, ce noble et puissant personnage qui, de même «que le chevalier du Séraphin en Suède et de l'Annonciade en Sardaigne , marche en tête des ordres de l'Ëtat, et prend même le pas sur le corps diplomatique ; puis les grand'croix de Dannebrog , qui vont de pair avec les comtes du royaume ; puis les employés civils et militaires, selon l'assimilation de leurs grades. L'évêqué a le rang de baron; Vamtmand ou préfet, le rang de conseiller d'Etat ; le professeur de l'université est classé comme un heutenant-colonel, et un docteur en théologie est au même niveau que le capitaine. Les premières classes ont leurs grandes entrées à la cour, et le conseiller d'Etat est admis à l'honneur de dîner à la table du roi.
Ce titré de concilier n'impose aucun devoir et n'indique aucune position spéciale. On â vu de très-^'pacifiqiies bn,^ bitants dé la campagne élevés au rang de cons^iers da guerre; dés poètes éminents sont devenus conseillers de commercé* Thorvaldsen, le grand artiste , est conseiller de conférence ^ et l'un des critiques les plus actifs et les plus redoutés de Copenhague porte le titi^e de conseiller de justice.
On monte en grade dans la hiérarehie des conseiller^ comme dans la hiérarchie militaire. Les femmes elles-» mêmes partagent cette heureuse destinée* Les femmee portent le titre de leur mari ^ occupent le même rang que lui et jouissent des mêmes prérogatives^ T^nt de bonheur ne peut être acquis sans quelque sacrifice. A chaque titre est attaché un impôt, et plus la qualification ho^ noriôque devient sonore, plus le tribut augmente. Lapre^ mière classe des dignitaires paye, par an , 80 rixdalers ou 240 fr/, la deuxième 70, la troisième kO^ et cela va ainsi en diminuant jusqu'au très*humble titulaire de la neu«vième classe, qui paye encore 6 écus. Ce tarif basé $ur rétendue d'une carte de visite , cette échelle de finances appliquée aux gradations d'une hiérarchie purement nominale, cette tBXB qui suit la vanité, me semblent» de }2| part du fisc , l'une des plus spirituelles iûV^itions qai existent.
ÉTABLISSEMENTS LITTÉRAiaES
A M, DB SALVANDT.
Depuis que nous avons commencé à sortir de qo$ fron» tières et à regarder autour de nous ♦ nous n'avons eocora appris à conoaitre que l'Angleterre et l'Allemagne ; <}uand on £era un- pas de plus, quand on viendra jusqu'en Dane-* mâfk, on sera surpris de voir ce qu'il y a de trésors scientifiques amassés dans une ville à laquelle nous n'at* tribuons pas une grande influence , et d'hommes savants dispersés àtrarers un pays qu'un de nos journaux appelait encore dernièrement un pays presque barbare. Ici il y a de grandes bibliothèques et de riches musées; ici il y a une vie d'études sérieuse et persévérante; ici on aime vraiment la science pour la science. Les professeurs qui s'y dévouent ne reçoivent qu'un mince salaire, et les faonmies qui écrivent ne s'enrichissent guère par leurs tr;^ vaux. En France, en Allemagne , en Angleterre, quand un poëte s'abandonne à ses inspirations, quand un savant publie un livre, il s'adresse au monde entier. En peu de temps son livre est connu, traduit et répandu d'un bout de l'Europe à l*âutre. Eu t)ànèiîiàrk , ce livré est tiré à quelques centaines d'exemplaires , annoncé par quelqufis;
journaux ; il va de Copenhague dans les provinces , et peut-être arrive-t-il, très-lentement et très-difficilement, en Norvège et en Suède. Mais le Holstein l'ignore ; les universités allemandes ne s'en occupentpas,et la France n'en entend jamais parler. Si OËhlenschlâger n'avait pas lui-même traduit ses œuvres en allemand, peut-être ne connaîtrionsnous pas OËhlenschlâger, un vrai et grand poète. Nous ne connaissons pas Finn Magnussen, qui a écrit une mythologie plus érudite et plus profonde que celle de Creuzer , ni OErsted , Schlegel , Rosenvinge , qui ont éclairci le labyrinthe de la législation du Nord. Nous ne connaissons pas Grundtvig, poète original, philosophe religieux, d'une nature parfois bizarre et confuse, mais grandiose comme celle de Grœrres. Nous ne connaissons pas Rask, cet honmie qui avait saisi le génie de toutes les langues , ni Mûller , qui s'avançait avec tant de sagacité dans l'étude des antiquités Scandinaves , ni plusieurs autres savants zélés , laborieux, comme Werlaufif, Molbech, Engelstoft, OErsted le professeur de physique, qui ont consacré leur vie à des travaux utiles, et dont les œuvres n'ont pas traversé l'Elbe. Ces hommes-là ont écrit en Danois, et les savants étrangers ne les ont pas lus, et le libraire ne leur a presque rien donné *. Pourquoi tant d'efiforts, s'il n'y avait au fond de leur cœur un sentiment qui supplée à tout intérêt matériel? Pourquoi tant d'études silencieuses, ignorées, s'ils n'aimaient réellement l'étude î
L'éducation des jeunes gens est longue et sérieuse. Aucun d'eux ne peut aspirer à un emploi s'il n'a subi divers examens. Il passe six ans au gymnase et quatre ans à l'université.
1 . Les rédacteurs du journal littéraire qui porte le titre de Maaneds Tidthrift reçoivent 9 à 10 écus par feuille de 16 pages (25 à 38 francs). Les trois rédacteurs des Archives de Jurisprudence reçoivent 100 écus pour un volume de vingt feuUles. Le libraire donne à ces professeurs , pour un livre classique , 12 écus par feuille , et à un romancier aimé du public , 8 à 9 écus.
Le même roi qui établit sur le trône de Danemark la branche actuelle d'Oldenbourg, Chrétien 1", fonda en 1479 l'université de Copenhague. Il lui fit donner des statuts par l'archevêque de Lund; il lui accorda plusieurs privilèges et la dota de quelques terres. Mais il était peu riche. Quand sa fille se maria avec Jacques III d'Ecosse, il engagea, pour payer sa dot, les lies Orcades et Shetland, et jamais il n'a pu les recouvrer. L'université languit faute de secoursl Pendant l'espace de soixante ans, elle eut si peu de vie , que son histoire à cette époque est à peine connue. Mais au commencement du xyV siècle, lorsque la Réformation eut pénétré en Danemark , Chrétien III prit en pitié la pauvre école si longtemps oubliée. Il l'enrichit des biens enlevés au clergé, et lui donna , en 1539, im nouveau règlement. En 1788 , Chrétien VU augmenta le nombre des professeurs , et- remplaça les anciens statuts par une ordonnance qui subsiste encore aujourd'hui, sauf quelques modifications.
Sept à huit cents étudiants fréquentent annuellement l'université. Plus de deux cents jouissent d'un stipende fondé par des rois ou des particuliers.
En 1596, Frédéric II établit la communauté où cent étudiants devaient être logés et nourris gratuitement. Il lui assigna un cloître à Copenhague, des biens en Séeland et à Falster, et des dîmes.
En 1623 , Chrétien IV fonda pour cent étudiants le collège de la Régence , qui existe encore.
Plus tard, d'importantes modifications ont eu lieu dans ces institutions. Cent étudiants logent encore à la Régence, mais on ne les nourrit plus : on leur paye une certaine somme. Il y a soixante stipendes à un écu par semaine , quarante à un écu et demi , trente à deux écus. L'élève
peut solliciter le moindre de ces stipendes dès qu'il a passé
son examen philosophique, et il obtient successivement
les autres. Les fonds de la communauté sont employés à
98 LETTRES SUR IiE ffCXRD.
payer une partie de ces stipendes ; et coQune tU» était trop riche» on a pris sur ses revenus pour subvenir aux besoins de l'université. Les revenus de Tunivendté s'élè*^ vent chaque année à 63 000 écus , ses dépenses à 73 OOO. La communauté comble le déficit.
Il y a, outre ces fondations royales, trois collèges établis par des particuliers, et où seize élèves sont logés et reçc»^* vent par an une somme de &0 à 60 écus»
HoU)erg le poëte a aussi fait un legs à l'université : il lui a donné \)ne rente de 500 écus pour marier les fiUes de professeurs.
Les stipendes d'étudiants sont accordés par le consis^ toireà la pluralité des voix, quand U a été bien constaté que rélève n*a pas de fortune et qu'il a le goût du travail. Autrefois les bénéficiaires étaient obligés de soutenir de temps à autre des thèses latines , et , sous Frédéric II, ils devaient jouer Les comédies de Tér^ce ^ Maintenant ils sont seulement tenus d'assister avec exactitude aux cours et de remplir leurs devoirs.
Pès l'ordonnance de fondation de Chrétien I", les étudiants ont été soumis à la juridiction universitaire. Elle est ex^cée par le consistoire, composé de seize professeurs ordinaires : trois de théologie , trois de médecine^ trois de jurisprudence, sept de philosophie. Le plus jeune remplit les fonctions de secrétaire. Les professeurs de la faculté entrent dans le consistoire par droit d'anci^tneté* Le rec^ teur est choisi par ses collègues , une année dans chacune des trois facultés, et deux années dans celle de philosophie.
Q y a douze professeurs extraordinaires : un de théo]lo<^ gie , un de jurisprudence, un de médedne', neuf de philosophie , et trois professeurs de littérature française , an*
I. En'Wl , ils furent app^éf I jo«9r Ml ^(U«au po^r i$ jùsic df k Baiflcaneç de Cl^rétieu IV.
ÉTABLISSElISNtS LITTélUlRES D£ COPENHAGUE. 99
glaise, all^manâè. D'après Fâaaimiktiofn de grade à laqtielle tous \e& fbnctionûaires de Danemark sont soitmis » les professeurs ordinaires ont le rang de lieutenant-colofiel , les professeurs extraordinaires le rang de major.
Leur traitement varie selon la faculté à laquelle ils appartiennent et leur rang d'ancienneté.
Chaque professeur fait un cours public gratuit et un cours particulier, pour lequel les élèves payaaf 4 écus par semestre ; mais ceux qui ne sont pas riches demandent à être exemptés de cette rétribution et l'obtiennent facilement.
Les biens de Tadministration sont régis par im questeur, sous la surveillance de deux membres du consistoire, qui portent le titre d'inspecteurs.
L'administration de l'université , ainsi que celle des écoles, est confiée à une direction composée de trois mem« bres ,. qui transmet ses rapports directement au roi.
En 1829, on a joint à l'université un établissement d*instruction pratique qui porte le titre à^InsHlutpùlyieehnique, Mais on se tromperait si, d'après le nom qui lui a été donné, on le rangeait à côté de notre Ecole polytechnique. Il ressemble beaucoup plus à nos écoles d'arts et métiers. Le but des fondateurs est d'élever les jeunes gens dans la théorie et la pratique des sciences physiques et industrielles. Six professeurs et un chef d'atelier sont attachés à cet institut. Ils enseignent :
!• Les mathématiques, l'algèbre, la trigonométrie, la géométrie, le calcul intégral et le calcul diflférentiel ;
2* La chimie , et surtout la chimie pratique ;
3* La physique : leçons sur la chaleur , l'électricité , le galvanisme , le magnétisme , la physique du globe ;
4* La mécanique et la technologie ;
5* L'histoire naturelle , la minéralogie, la botanique, la zoologie ;
6* Le dessin géométrique et le dessin des machines.
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Les cours durent deux ans et sont publics. Mais les jeunes gens qui veulent être inscrits comme élèves , et suivre la carrière que cet établissement leur ouvre, doivent subir un examen sur l'histoire, sur la géographie , sur la géométrie et les logarithmes. Ils doivent aussi savoir assez bien le français et l'allemand pour pouvoir lire un livre écrit dans ces deux langues.
Cette institution doit beaucoup à l'esprit intelligent, au zèle éclairé de M. le professeur Oersted, qui en est le directeur, et, depuis sa fondation, elle a déjà porté d'excellents fruits. Vingt-deux jeunes gens y sont entrés conmie élèves , et plus de deux cents personnes ont suivi assidûment les cours de physique.
Le malheur est qu'en sortant de là les élèves trouvent difficilement une occasion de mettre en pratique les connaissances qu'ils ont acquises. Il n'y a pas en Danemark de grandes fabriques où. ils puissent être employés, et le gouvernement a peu de places à leur donner. Ils sont donc réduits, pour la plupart, à redescendre en quelque sorte au-dessous de l'éducation qu'ils ont reçue, à devenir, dans quelques médiocres manufactures, chefs d'atelier, s'ils n'aiment mieux s'expatrier. Cette perspective n'est pas fort encourageante.
L'université de Copenhague a été illustrée plusieurs fois par d'importants travaux , par des noms chers au Danemark. Les sciences naturelles y ont été cultivées de bonne heure et avec succès. L'histoire , et surtout l'histoire du Nord, y a trouvé d'éloquents interprètes. Ole Worm et BarthoÛn ont tous deux enseigné ici la médecine; Holberg y a donné des leçons de littérature, et, en 1574, Tycho- Brahé y a fait un cours sur la théorie des planètes. A deux lieues de Copenhague est l'Ile de Hveen, où l'illustre astronome avait, construit son observatoire, sa forteresse d'Uranie (Uranienborg). Il avait là une forge pour fabriquer ses instruments, une papeterie et une imprimerie.
Auprès de sa tour astronomique s'élevaient l'église du village et les maisons des paysans qui étaient venus s'abriter autour de la demeure du savant, comme des vassaux autour de leur seigneur. Les savants, les étrangers de distinction qui voyageaient en Danemark, faisaient un pèlerinage à Hveen, et s'enorgueillissaient d'avoir vu Tycho- Brahé dans son observatoire. Les instruments qu'il avait inventés, les constructions qu'il avait fait faire, étaient, pour le temps où il vivait, de vrais prodiges. Il fallait que le peuple l'aimât beaucoup pour ne pas l'accuser de sorcellerie. Mais il avait des ennemis à la cour , et ces ennemis le perdirent. Un jour il fut obligé de quitter la solitude qu'il s'était choisie , la terre silencieuse où il avait passé tant de nuits consacrées à la science, tant d'heures de travail et de contemplation. Il fut obligé de quitter le sol du Danemark, où il était revenu avec amour, où il avait bâti Tédifice de sa gloire. Quand il s'en alla, il ne prononça point le mot àHngrata patria; il écrivit ces vers, que Ton ne saurait lire sans émotion :
Dania, quid merui? quo te, mea patria, lœsi, Usque adeo ut rébus sis minus sequa meis*?
Et ceux-ci où respire une noble fierté :
Scilicet illud erat, tibi quo nocuisse reprendar, Quo majus per me nomen in orbe géras.
Die', âge , quis pro te tôt tantaque fecerat ante , Ut veheret famam cuncta per astra tuam *?
Il mourut, comme on sait, en 1601, à Prague, à la cour de l'empereur Rodolphe II, qui lui fit faire des funérailles dignes d'un roi. Avant de mourir, il avait travaillé pour
1. Danemark, comment Vai-je offenaé? D'où ^ient, ô ma patrie, que tu rendes si peu justice à mes œuvres ?
2. Mon crime c'est d'avoir agrandi ton nom. Dis, quel homme a tant travaillé pour toi? Quel homme a jamais fait de si grandes choses pour répandre ta gloire dans toutes les contrées?
Faveûir d6 la science; il avait pris pour disciple Jean Keppler.
Le peuple de Danemark a conservé dans ses traditions le souvenir de Tycho-Brahé. On raconte qu'il était trèssuperstitieux. Il croyait qu'il y avait dans l'année trente** deux jours néfastes pendant lesquels il ne fallait rien en<treprendre , si l'on ne voulait pas s'exposer à quelque catastrophe. On les appelle encore à Copenhague les jours de Tycho^Brahé. Un de ces jours-^là» il s'était marié, lui, descendant d'une vieille et noble famille, avec la fille d'un paysan, et il avait été malheureux* Un de ces jours-là , il avait rencontré Parsbierg dans une noce à Wittemberg, et Parsbierg, d'un coup de sabre, lui trancha le bout du nez.
La maison de Tycho-Brahé est tombée en ruines; sa for-^ teresse d'Uranie s'est écroulée. Il ne reste de cet édifice scientifique que quelques pierres couvertes de mousse^ La tour ronde de Copenhague^ au haut de laquelle Pierre !•' monta, dit*-on, en voiture , a servi d'observatoire dans le temps où l'on croyait que plus un observatoire était élevé, plus il était facile d'y faire des expériences. On en a construit depuis un autre à Copenhague, qui est occupé par M. Olufssen, et un -autre à Altona, qui est occupé par M. Schumacher.
La bibliothèque de l'université fut fondée vers le miUeu du XVI* siècle. [în grand nombre de savants « de professeurs, se plurent à l'enrichir. Un siècle après sa fondation, elle pouvait passer pour une des plus belles bibliothèques universitaires de l'Europe. L'incendie de 1738 l'anéantit en un jour. U fallut en créer une toute nouvelle. Mais plus la catastrophe était grande, et plus les Danois mirent de zèle à la réparer. Elle joignit en peu de temps plusieurs dotations importantes à celles qu'elle possédait déjà, et Ame Magnussen lui légua Tinestimable trésor qu'il avait sauvé des flammes , c'est-à^lire deux mille manuscrits islandais, danois et suédois. Plus de deux mille autres étaient brûlés.
La bibliothèque possède aujourd'hui environ quatrevingt mille volumes bien choisis et une précieuse collection de manuscrits. Les legs qui lui ont été faits sont malheureusement assujettis à diverses conditions. D'à» près les vœux des donataires, certaines collections particulières ne doivent être ni déplacées ni mêlées à d'autres collections, et certaines rentes ne peuvent être employées qu'à des achats prescrits d'avance. Ce sont autant d'obstacles pour le classement régulier des livres et les acquisitions que le temps , les progrès de la science , la direction nouvelle des études lui prescrivent. Mais elle est dirigée avec soin, avec habileté, et s'enrichit chaque année d'une manière notable.
La bibliothèque du roi est beaucoup plus importante. Elle renferme près de quatre cent mille volumes, plusieurs manuscrîtâ islandais d'un très-grand prii, notamment les deux Edda, et vingt mille manuscrits orientaux que Niebuhr, Rask et Fuglesaûg ont rapportés de leurs voyages. Elle M fondée par î*rédéric III , qui travailla sans cesse à Tagraûdir. Mais elle doit plus encore à la générosité de quelques particuliers qu'à la munificence des rois. Tott, qui avait formé une bibliothèque de cent vingt mille volumes, lui légua vingt mille volumes de paléotypes ; Suhm lui légua, pour une rente viagère de SOOO écus , sa bibliothèque , composée de cent mille volumes , et mourut un âû après. Elle a recueilli en outre les collections de plusieurs savants, tels que Puffendorf , Luxdorph, Anker, Stampe. Elle était d'abord fermée au public; mais, vers le milieu du xvnr siècle , elle fut ouverte deux fois par semaine , et depuis 1798, elle est ouverte chaque jour pendant trois heures.
Le roi lui donne sur sa cassette 6600 écus par an, le gouvernement environ 2000 écus ; 4000 écus sont consacrés aux achats de livres, le reste aux appointements des employés.
Il y a un premier bibliothécaire qui ne reçoit, comme je l'ai dit, que 800 écus ; un second, qui est aussi professeur, en reçoit 900; un troisième, 1100 ; im secrétaire, 400 ; un garçon de salle, 300 ; un copiste, 250. En tout, 3550 écus (environ 10 500 francs).
Le bibliothécaire actuel est M. Werlauft, à qui Ton doit plusieurs publications d'ouvrages islandais , des dissertations sur les antiquités Scandinaves, et une excellente histoire de la bibliothèque.
Un de ses prédécesseurs a été Schumacher, devenu cér lèbre sous le nom de Griffenfeld. Ce fut lui qui rédigea, en 1660, l'acte mémorable qui consacrait le droit de succession dans la famille d'Oldenbourg, et enlevait par là aux nobles le privilège d'élire leur roi. Ce fut lui qui, sous le règne de deux souverains, gouverna les affaires de Danemark, Son élévation rapide et sa chute plus rapide encore en ont fait un de ces personnages singuliers qui apparais-r sent dans l'histoire comme une action.
Il naquit à Copenhague en 1 635. Son père était marchand de vin. A l'âge de treize ans, il entra à l'université. A l'âge de quinze ans, il soutint une thèse que les savants admirèrent. L'évèque Brochmann, frappé de ses rares dispositions, le fit venir chez lui et le garda. Frédéric III, qui aimait la conversation des hommes instruits, allait souvent rendre visite à Brochmann et ne dédaignait pas de s'asseoir à sa table. Là, il vit le jeune étudiant; il se plut à causer avec lui , et lui donna de l'argent pour voyager. Schumacher voyagea pendant sept années en Allemagne, en Hollande, en France, en Espagne, en Italie, en Angleterre, visitant partout les bibliothèques, les savants, les universités, s'arrêtant partout où il trouvait un nouveau sujet d'instruction , un nouveau lien scientifique. Il avait commencé par étudier la théologie et la médecine; il étudia ensuite la jurisprudence et la politique. Il revint à vingttrois ans dans son pays, riche de science, plein d'ardeur
et d'ambition. Son premier protecteur était mort, et le roi était alors si occupé de ses guerres avec la Suède, qu'il ne put arriver jusqu'à lui. Il entra en qualité de secrétaire chez le conseiller intime Holger Vind. Un jour Vind le chargea de remettre une lettre importante au château. Schumacher, au lieu de la confier au gentilhomme de service, la porta directement au roi, et lui rappela qui il était. Le roi se souvint de lui avec plaisir, et , dans l'espace de quelques instants , Schumacher étala avec habileté tout ce qu'il •avait vu et appris. La dépêche du conseiller intime «tait d'une nature grave, et Frédéric en paraissait embarrassé. Le futur ministre d'État s'offrit à y répondre, et revint une demi-heure après, apportant un projet de lettre qui tranchait toutes les difficultés. Le roi le nomma secrétaire de chancellerie, puis il lui confia les archives, la bibliothèque. Là, il allait souvent le voir, et passait de longues heures à s'entretenir avec lui sur des questions de science et de politique. En 1668, il l'éleva au poste de secrétaire de cabinet, et en mourant il le recommanda à son successeur comme un homme digne d'occuper les plus hauts emplois. Sous le règne de Chrétien V, la faveur de Schumacher ne fit que s'accroître. Il devint en peu de temps ministre, et ministre tout-puissant. Il fut nommé conseiller intime, chancelier , et chevalier de Tordre de l'Ëléphant. £n 1672, il reçut des lettres de noblesse , et changea son nom bourgeois de Schumacher (qui signifie cordonnier) contre le nom de Griffenfeld. Il exerçait non-seulement une influence presque absolue dans son pays , mais il était aimé et considéré dans les autres cours. Hoffmann rapporte que Louis XIV dit au ministre de Danemark Meiercrone : « Je ne saurais m'empécher de vous témoigner l'estime infinie que j'ai pour le mérite du chancelier de la couronne de Danemark. Il est sans doute l'un des plus grands ministres du monde. * Griffenfeld avait auprès des puissances étrangères des émissaires particuliers qui le
106 LETTRES SUR LB IVOHt».
prévénaiejlt de tout éréâ^metit gl'ave^ et il poavût par U prendre ses mesures d'avaûoe. Un jour il dit au roi : « U arrivera ici un envoyé d'Autriche qui est chargé de telle mission ; voici ce que vous lui répondre^. » Les choses se passèrent comme il l'avait prévu, et l'envoyé disait en s'en allant i « Quel homme àdmhrable que le roi de Danemark ! Je lui apporte une dépêche qui me semblait devoir exiger de longues négociations, et, dès qu'il l'a lue, il y répond sans hésiter. *
Que (îriffeûfeld, ee fils d'un marchand de vin, devenu le favori du roi , eût des ennemis , c'est ce qu'il est facile de concevoir. Mais ils se sentaient trop faibles pour l'attaquer. Un événement imprévu leur vint en aide. La reine voulait marier Griffenfeld avee une princesse d'Augustemboufgi Les démarches préliminaires étaient faites et le consente* ment accordé, quand tout à coup Qriffi^eld devint atnovH* reux d'une princesse de La TrémoulUe, qui, par suite de la révocation de l'édit de Nantes, avait cherché un refuge en Danemark. Il renonça à la riche alliance que la reine lui avait proposée, et les princes d'Augustembourg , humiliés de son refus, jurèrent de se venger, et se liguèrent avec plusieurs courtisans pour le peràrô. La fortune qu*il avait amassée fut un des plus puissants griefs employés contre lui. On le peignit aux yeux du roi comme un homme qui avait abusé de son pouvoir, qui avait placé ses créatures, ou distribué les fonctions publiques à prix d'argent. A force d'entendre répéter cette accusation, le roi finit par y croire, et Griffenfeld fut arrêté. On s'empara de ses papiers ; on fit des perquisitions dans sa demeure, et l'on y trouva, dit la chronique, quinze tonnes d'or. Il fut jugé comme concussionnaire et criminel de lèse-mtgesté. Les témoi* gnages portés contre lui ne paraissent pas avoir grande valeur. Pour prouver le crime de concussion, on fit venir un bourgmestre qui prétendait lui avoir donné 400 écus pour obtenir une place, et un prêtre qui assurait lui en
vfoit dùoné 500 pour élre nommé è uiie oure. Pour prouva k crime de lèse^floiyesté» on prés^ta aux juges un caruet où GriffeDfeld aridt l'halÂtude de noter tout ce qui lui errÎTAit, et où il avait écrit : « Aujourd'hui le roi a raisonné, dans le conseil, comme un enfant. »
Après l'exposé de ces crimes» Griffenfeld fut condamné à mort. Ghétien V commua la sentence , et le condamna à la prison perpétuelle. Le malheureuse aurait mieux aimé mourir. Il demanda à renoncer à tous ses titres, et à servir comme simple soldat dans un régiment ; cette grâce lui fut refusée. Ses ennemis le redoutaient même en prison. Plus d'une fois le roi s'était écrié : « Hélas ! que n'ai<>^e enonre Griffenfeld! il comprenait mieux à lui seul les affaires de Dan^aiark que tout mon conseil d*Etat réuni. » Ceux qui l'avaient perdu ne voulurent pas lui donner l'occasion de rentrer en faveur. Ils l'avaient d'abord t^u eDfyvmé dans la citadelle de Copenhague; ils le firent transporter à Munkholm. Après avoir passé dix^ neuf ans en prison , il recouvra sa liberté , et mourut à Drontheim. Les Danois l'aj^ellent leur Richelieu.
Il y a enoore à Copenhague une autre bibliothèque pu-i- Uique fort intéressante : c'est celle qui a été fondée par le géaécâl Classen. On y trouve une nombreuse collection de voyages, de livres d'histoire, de géographie, de mathé»» mathiques. M^ Classen, en l'abandoi^nant à la ville, a légué m même temps une somme assez considérable pour Tagr^uidir.
La Société des antiquaires du Nord a fondé, il y a queW ques année», i Copenhague un musée d'antiquités nationales» C'est le plus riche et le plus complet qui existe dans le Nord. Il y a, pour celui qui s'intéresse à la vieille Scandinavie , un g^and charme à poursuivre ses études dans ce musée* C'est un tableau sorti des ruines du passé ; c'est un livre d'histoire qui , sur chacune de ses pages, porte 690^ la rouille du temps, rempreiQte d^s siècles.
Tous les objets y sont classés par sériés, divisés par époques , et chaque objet peut être regardé comme la manifestation d'un fait ou d'une idée. Le premier âge de ce cycle historique dont on peut suivre tous les développements, c'est l'âge de pierre. Les premiers habitants du Nord ne connaissaient pas l'usage des métaux. La pierre devait pourvoir à leurs besoins. Ils choisissaient un silex dur, tranchant, et ils en fabriquaient des haches, des scies, des marteaux, des pointes de flèches et des glaives pour les sacrifices. On a retrouvé tous les objets qu'ils façonnaient, depuis l'œuvre à peine ébauchée jusqu'à l'œuvre complètement finie. On a retrouvé les morceaux de silex qu'ils coupaient par lames régulières pour se faire des pointes de flèches , et ceux qui leur servaient à tailler les dents de la scie, et ceux qu'ils employaient pour polir leurs instruments. Quelques-uns de ces ustensiles sont travaillés avec un art et une perfection qui feraient honneur aux ouvriers de nos jours; et quand on pense que ces hommes n'avaient, pour s'aider dans leurs travaux, que des instruments en pierre, on doit admirer l'instinct qui leur servait de madtre, et la patience avec laquelle ils surmontaient les difficultés. Plus tard, les habitants du Nord connurent le bronze, et ils l'employèrent à fabriquer des armes et des bijoux. C'était pour eux une matière précieuse. Les parures de femmes de cette époque sont en bronze, les diadèmes en bronze; la forme en est élégante, mais le métal y est employé avec une excessive parcimonie. Le jour où les vieilles tribus nomades découvrirent l'emploi du fer dut être pour elles un jour à jamais mémorable , et , si leur histoire était écrite , le nom de l'homme qui fit cette découverte y apparaîtrait peut-être en caractères plus glorieux que celui de Newton ou de Guttenberg. Hélas ! combien d'expériences pénibles il a fallu pour faire l'instruction de l'homme! Par combien de phases l'humanité a-t-elle passé avant d'en venir, de son
état de barbarie primitive, à son état actuel de civilisation! II y a des siècles de distance entre l'époque où les enfants du Nord ne portaient à leur ceinture qu'un couteau de pierre et celle où ils commencent à creuser les mines de fer. Alors ce métal était encore pour eux d'une si grande valeur, qu'ils le ménageaient comme aujourd'hui on ménage l'or. Us reconnaissaient bien la nécessité de l'employer dans la fabrication de leurs armes, mais le tranchasït de la hache seul était en fer, le reste en bronze. Cependant, à partir de ce temps-là, une nouvelle ère s'ouvre dans l'histoire de la société Scandinave. La tribu peut se mettre en campagne , car le métal du soldat est sorti des entrailles de la terre; et l'architecte peut dresser ses plans, car l'ouvrier a trouvé son instrument. Bientôt l'armure de fer brillera sur la poitrine du guerrier, bientôt le temple des dieux s'élèvera aux regards de la foule avec ses murailles couvertes de lames dorées; bientôt la saga célébrera Veland le magicien, Veland le forgeron.
Une autre partie curieuse de ce musée de Copenhague est celle qui renferme les débris des tombeaux. Les Scandinaves ensevelissaient avec leurs morts, chevaux, armes, bijoux, tout ce que le guerrier avait aimé, tout ce que la jeune femme avait porté. La vie à venir était pour eux une image de celle-ci. Ils devaient combattre dans le Valhalla, et Odin avait dit qu'ils jouiraient là aussi des trésors enfouis dans leur tombe. Mais souvent on remplaçait les armures splendides, les bijoux massifs, par des objets de moindre valeur, et quelquefois on les volait. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on trompe la m^oire des morts, et qu'on se rit, avec leur héritage , des serments qu'on leur a faits, des larmes hypocrites qu'on leur a données. La plupart des bijoux de cette époque sont en or, tra- * vailles avec goût, ciselés avec art. Ce sont des bracelets, des anneaux , des colliers , qui presque tous ont la forme symbolique du serpejit, et cette forme se retrouve dans les
ciselures dont ils sont ornés. Les monnaies étaient en ar gent. On n'avait pas encore songé à les tailler comme le^ nôtres et à leur donner une empreinte. C'étaient tout sir i plement des lames massives que Ton coupait par petite morceaux , selon le besoin.
 cette riche collection des temps anciens, on en a jo une autrç qui renferme les monuments du moyen Age. y trouve des armures, des tapisseries, et plusieurs o. yrages de sculpture en bois fort remarquables» ^
Le directeur du musée Scandinave, M. Tbomsen, 4 dib^ posé ces objets d'antiquité avec un acàcet admirable. Il est tout à fait dévoué à cette oeuvre scientifique , et ^| l'agrandit chaque jour. Chaque jour les paysans dan i fouillent dans leur Herculanum et y découvrent de qou-i veauK débris qu'ils portent chez le prêtre. Le prêtre leij envoie à Copenhague. Il serait à souhaiter que notre goui vemement voulût faire des échanges avec 00 musée. G^u^ qui le dirigent y sont tout disposés , et, si l'échange peut avoir lieu, nous ajouterons par là une belle page bi^to^ rique à celles que nous avons déjà recueillies. 1
Deux autres musées mutent encore d'être signalésj Le premier renferme les monnaies et les médailles. Il fu^ fondé au xvn' siècle par Fréd^ic IIL Dans l'espace d'unâ centaine d'années, il %^^%i eoosidérablement enrichi. It renferme aujourd'hui une collection assez curieuse de méi dailles grecques et romaines , et uns collection complète de toutes les médailles danoises depuis les hractéates.
Le second musée renferme des objets d'art, des pierres gravées, des antiquités scandisavee, et surtout une riehei collection d'ouvrages sculptés en ivoire, la plus riche, la plus belle de ee genre qui existe en Europe^ Ce musée doit être un jour 'tonsporté au château et réuni à celui des antiquités du Nord.
Les voyageurs qui viennent ipi dans le but de «'instruire ne quitteront pas Copenhagus sans visiter le cabinet d'his-
r ,ii 1 r
ÉTABUSSEMEfmS UTTIÊRAmSS PB COPENHAGUE. 111
luiturelle doat M, Reinbardt ast le directeur, la col^ . r . 4ioft de yas^g étrusques du roi , et sa précieuse collée- ..ji rm de coquilles at de mmér^tu^ , souvent citée par les ' -^i -jl^ts. Le roi Chrétien Ylîl est un des hommes les plus iiruits de Danemark. Il a puissamment encouragé dan§ - ' pays Tétude des spieu^es, et surtout des sciepces natu^ . "j ies.
..j^près avoir parlé de ces divers étabUsseme^ts, je ne
is pas oublier de mentionner les associations formées
-u «s cette ville pour le progrès des sciences et de la litté^
:::4uFe. il y a û^i une société de médecine, fondée en 1772;
.le société de littérature islandaise qui publie chaque
■^> tuée un reeueil sous le titre de Shirnir; une société d'aur
i^uaires , qui publie les anciennes sag^s ; une société de
l^rature danoise, qui a pour but d*encourager les tran
i %ux des écpivaifis et de faire réimprimer^ quand il en est
'" «esoia, les anciens ouvrages; une société pour la langue
:» lll*histoire du Nord : c'est celle qui a été fondée en 1744
^ |>V Langebek, et qui rédige le Magasin danois. Le roi
éonne cent écus pour la publication de chaque volume; le
jNste des frais est couvert par d^s souscriptions particu*
tèr«8. Il y avait encore une société de littérature , qui a
Mistribué des prix et fait imprimer plusieurs livres ; elle
n'existe plus depuis près de dix années,
La première de ces sociétés est l'Acadénne royale des 'sciences de Danemark. Frédéric V la fonda en 1743. Elle se compose de trente*huit membres ordinaires, et d'uQ ' nombre indéterminé de membres correspondants, parmi lesquels je remarque les noms de MM. Sylvestre d^ Sacy, Arago, Pardessus. M. Hauch, le grand maréchal de la cour, en est le président; M. Carsted, le secrétaire. Elle se divise en deux sections, section des sciences, section des lettres, qui publient chacune un recueil de mémoires. En hiver, la soeiété se ras&smblje tous l^^ quinze jours. Les séances ne sont pas publiques. Elle met chaque année
quatre questions au concours, et distribue quatre prix de 450 fr* chacun. Les dotations qu'elle a reçues hii donnent un revenu de 18 000 francs, qui est employé à la publication des mémoires, à la distribution des prix annuels, et à des expériences de physique ou de chimie. Le gouvernement lui donne 4000 francs par an pour la confection des cartes dont elle a la direction.
Il y a aussi à Copenhague une académie de beaux-arts, une école de peinture et d'architecture. L'exposition à laquelle j'ai assisté m'a paru bien pauvre. Mais une grande gloire rayonne sur cette école : elle a produit Thorvaldsen.
Bertel Thorvaldsen est né le 19 novembre 1770. Son aïeul était pasteur en Islande. Son père vint dans sa jeunesse à Copenhague, et s'y maria avec la fille d'un prêtre. Il y gagnait assez péniblement sa vie en ciselant des couronnes de fleurs , des arabesques, et au besoin des figures de nymphes pour les vaisseaux. La première chose qui frappa les regards de Bertel quand il conunença à réfléchir, ce fut un ciseau d'artiste et quelques ouvrages qui ressemblaient à de la sculpture. Il alla fort peu de temps à Técole et n'y apprit presque rien*. A l'âge de onze ans, il commença à fréquenter les cours gratuits de dessin, et il ne tarda pas à s'y distinguer par son application. Il passa successivement par l'école linéaire, par l'école de bosse et de dessin. En 1787, il concourut et gagna une médaille d'argent. Il était à cette époque d'une nature excessivement calme, très-sérieux, parlant peu et travaillant avec ardeur. Lorsqu'il avait une fois pris son crayon , ses camarades essayaient en vain de le distraire. Il restait la tête penchée sur son ouvrage et ne répondait à leurs questions que par des monosyllabes. Malgré les
1. On raconte qu'à Tâge de dix- sept ans, se trouvant mêlé à une société de jeunes gens qui voulaient jouer la comédie, il fut obligé de renoncer au rôle qui lui avait été confié, parce qu'il ne pouvait le lire.
éloges qu'il avait plus d'une fois reçus, son ambition fut lente à s'éveiller. Son père voulait l'associer k ses travaux de ciseleur, et il n'avait rien à objecter à la volonté de son père. Souvent il allait lui porter à dîner sur quelque navire en construction, et, tandis que le pauvre ouvrier se reposait de son labeur du matin, l'enfant prenait le ciseau et achevait de découper une fleur ou de modeler une figure. Cependant les succès qu'il avait obtenus à l'académie avaient déjà fait quelque bruit, à en juger par une anecdote que rapporte M. Thiele*. Bertel s'était présenté à l'église pour être confirmé. Le prêtre, le voyant assez mal habillé et fort peu instruit, ne fit d'abord pas grande attention à lui; mais quand il eut entendu prononcer son nom, il lui demanda si c'était son frère qui avait remporté un prix à l'académie de dessin. « Non, monsieur, dit Bertel, c'est moi. » Dès ce moment le prêtre le traita avec une sorte de distinction et ne l'appela plus que mon" mi/r Thorvaldsm.
En 1789, il gagna un second prix. Son père, le trouvant alors aussi instruit qu'il pouvait le désirer, voulait le faire sortir de l'école ; mais ses professeurs s'y opposèrent, et il consacra une partie de la journée à ses études; le reste du temps, il l'employait à travailler pour sa famille. On voit encore à Copenhague plusieurs sculptures de lui qui datent de ce temps-là. L'époque du grand concours approchait. Thorvaldsen n'avait d'abord pas envie de s'y présenter. Il était retenu tout à la fois par un sentiment d'orgueil et par sa modestie. Il ne se croyait pas en état de remporter le prix, et il ne voulait cependant pas avoir la honte d'échouer. Mais ses amis s'efforcèrent de vaincre. ses répugnances, et pendant plusieurs mois les plus intimes ne l'abordaient jamais sans lui dire : « Thorvaldsen, songe au concours. »