ASPECT DE LA SUEDE. H
fois qu'une ^utrQ. Vété, ^us les chevaux de la poste sont à travers champs. Un petit bonhompie, qui ^ pris ep venant au monde les }iabitu46S indolentes de la maison, va les cj^ercher, et on attend. On attend une ou deux beurres, c'est le moins. Je suis resté ime fois trois l^ures dans une station ; 0t comme j*ayais la ^i^rdiesse ezt|:éme de murmura, le maître de poste s'approçba de moi et me dit d'un air solennel : f Conupent, moi^sieur, vous vous plaignez d'avoir attendu vos cbeyaux trois lieures ! on les attend quelquefois ici une demi-journée. » If^ fus terrassé par la puissance de cet argument » et m'en allai bonteuz d'avoir eu si peu de patience.. ËA^n, ^près avoir yisité dans toutes ses parties la ferme et le jardin, après avoir longtemps causé avec la maîtresse de poste sur le caractère de son qbat et la fécondité de ses poules, après être venu vingt fois sur la grande route pour regarder» comme sœur Anne, si ou ne voit rien venir , ou aperçoit les chevaux. La voiture est attelée avec de grandes précautions et de grandes lenteurs. Le voyageur prend les réues, un petit garçon ou une petite fille , servant de guide » se place derrière lui. Sa ïoère lui donne une rôtie de beurre, spn père lui recommande de ménager ses bêtes , et voil^ le chariot parti.
On peut , il est vrai , abréger ces délais en prenant un forbudf c'est-à'dire en envoyant douze heures d'avance un messager à cheval sur toute la ligne que l'oa doit suivre; mais souvent le fôrbud s'arrête en route : on paye double et (m attend. Il faudrait pour compléter cette précaution, qui en été est de toute rigueiur, avoir un passeport de courrier et un cornet de postiibn. Le passe-port de courrier, avec son caractère officiel , a une grande influence sur l'esprit crédule du maître de poste, et 1^ cornet de postillon ébranle le hoUkarl. Du reste, il n'en coûte que soizanteT-quinzA centimes par cheval pour faire trois lieues, et le gouvernement a pris toutes les précauti^ons
pour que le voyageur ne fût pas trompé. Dans chaque station on trouve un registre indiquant la distance d'un lieu à un autre, et une colonne de ce registre est réservée à ceux qui auraient quelque plainte à formuler contre le maître de poste.
Ce qui ajoute aux ennuis d'un voyage dont il est toujours assez difficile de prévoir la fin, c'est la malpropreté et le dénûment des auberges. Hors des villes et des villages de quelque importance , on ne peut guère trouver autre chose que la bouteille d'eau-de-vie de pomme de terre, qui est en station permanente sur la table, et le knàckebrôdy espèce de galette dure et sèche mêlée d'orge ou d'avoine, selon la récolte de Tannée ou la fortune du paysan. Si à ces deux éléments primitifs des dîners suédois l'hôtesse ajoute une tranche de viande fumée ou un poisson, il faut rendre grâce à sa prévoyance. J'arrivai un soir dans une auberge de la Wermeland avec l'appétit d'un homme qui a fait quarante lieues dans sa journée. Mon hôtesse n'avait dans son armoire qu'une tasse de lait et deux œufs. J'avoue que mon égoïsme allait jusqu'à faire préparer les deux œufs pour moi seul, au risque d'affamer le lendemam la maison; mais la prudente femme ne m'en donna qu'un. « Il peut venir encore un voyageur, me ditelle, et il faut bien que je lui garde quelque chose. » L'œuf qu'elle m'apporta bouilli dans l'eau était gâté. Elle me regarda casser la coquille, et quand elle vit tomber le petit poulet dans l'assiette , elle me dit d'un grand sang-froid : « Je m'en doutais ; » puis elle sortit. Je pris avec résignation ma tasse de lait, et je me couchai en pensant à la joie du voyageur qui viendrait dans quelques jours demander le second œuf.
Mais que sont ces ennuis passagers dans \m pays aussi pittoresque, aussi curieux à voir que la Suède? Toute la colère soulevée par les impitoyables lenteurs du maître de poste se dissipe dès que l'on sent sa voiture rouler sur une