ASPECT DE LA SUÈD
,,. de ces belles routes unies et sablées comme des allées de ^ jardin , et le souvenir d'un mauvais gtte s'efface à l'aspect ,, d'un de ces paysages agrestes revêtu des teintes lumineu- ,„ ses d'un ciel d'azur. Pour moi, je n'oublieraijamaisla joie d*enfant que j'éprouvais à partir le matin, au lever du so- P leil, pour continuer ma route à travers les campagnes de p,, la Suède. Cette nature du Nord est si belle au printemps ! . II y a tant de joie dans son réveil, tant de charme dans son „. sourire, tant de douces chansons dans le soupir de ses lacs ^ et le murmure de ses bois! Â la voir si rose et si fraîche ,j après les sombres jours d'hiver, on dirait une jeune fille qui a été douloureusement séparée de celui qu'elle aime, et qui, , secouant tout à coup son voile de deuil, revient à lui avec ^ un front plus riant, un langage plus suave et des caresses plus tendres.
^ Toutes les provinces de la Suède ont un caractère par- ,. ticulier et une physionomie différente. Au nord sont les ,.' tribus nomades de Lapons qui parcourent les champs de . neige avec leurs troupeaux de rennes ; au sud, les familles de matelots qui naviguent sur toutes les mers. Entre ces ^ deux extrémités du royaume, il y a une grande variété de , sol et de population. La Scanie, avec ses champs de blé et . ses plaines de verdure, s'épanouit au bord du Sund comme j la côte séelàndaise, à laquelle elle a été longtemps réunie. . La Smâland est une contrée couverte de bruyères ou de ; sapins chétifs; c*est une des plus arides provinces du royaume, et il est impossible de la traverser sans regarder avec un profond sentiment d'intérêt et de pitié les malheureuses cabanes en bois bâties au bord de la route, et les pauvres familles résignées qui les habitent. J'ai vu là des jeunes gens de vingt ans à qui Ton n'en aurait pas donné plus de douze, tant ils étaient petits et faibles. J'ai assisté, dans une des cabanes de cette province , au repas du soir des paysans : c'étaient des morceaux de pain noir bouillis dans une sauce plus noire encore. Une jeune femme,.
IW I4BTTBES SUR US NORD.
qui avait été belle » distribuait autour d'elle cette espèce de brouet lacédémomen» et chacun semblait content de sa maigre portion. La Ballaud est aussi aride et plus saurage encore* Il y a là dé grandes chaînes de collines entièrement nues qui ressemblent à des masses de lave , et des champs rocailleux qui résistent h toute espèce de culture. {4'0&trpgûthie est la Tourajne de ces contrées septentrionales. Là, le blé ondoie dans les cbampb ; les arbres à fruit entourent Thabitation du laboureur ; les routes sont bor* dées depàtur^ce yeitts ; l^s fermes par lesquelles on passe ç>nt un air de bien«ètre , et les physionomies sooit riantes et animées. t'(Hé, les femmes vont dans les champs, les cheveui^ tressés en longues nattes, les pieds nus, les bras pus, le corps à peine couvert d'un léger vètemoit de toile, comme si elles étaient sous le climat d'Italie. On est sur les frontières de la Sm&land , et il semble qu'il y a une grande distance entre les deux provinces. Wexi6 est une ville soonbre entourée de landes et de bruyères. Eksio et Linkôping sont deux jolies petites villes bâties au milieu d'une riche campagne, et Norrkôping est une grande cité de conunerce dont l'industrie et la fortune prennent sans cesse un nouvel accroissement.
Au delà de StockhoUn, voici l'Upland, le sol classique de la Suède , consacré par les traditions d'Odin et par les traditions plus récentes des rois qui ont habité UpsaL Voici le pays de Gefle avec ses grandes rivières et ses mar gnifiques cascades. Gefle est la dernière ville importante du Nord. Elle est située au bord du golfe de Bothnie. C'est une cité de marchands élégante, riche et coupée par un 'beau canal, mais d'un aspect singulièrement mélancolique. Si l'on traverse la pelouse fanée qui s'étend au dehors de son enceinte» si Ton va s'asseoir sur la grève du golfe, on se sent comme saisi par le pressentiment des régions sep^ tentrionales les plus reculées. On est sur la route de Tor*neà, et on oreit voir s'amonceler sur le ciel de Qefls les
ASPECT DE LA SUÉDE. Ut
Btiages de la Lâ{>(>iiiey et entendre siffler sur le golfe le vent des plaines de tieige.
En redescendant un peu au sud, le voyageur traverse les districts de Sala, de Fahlun et de Philippstad, enrichis par leufs mines d*argent et de cuivre, habités par une population patiente et laborietise, qui grandit dans les entrailles de la terre, ou sillonne toutes les routes avec ses charrettes chargées de métal travaillé et de minerai.
La plus belle, la plus curieuse de ces provinces, c'est la Dâlécarlie. Ses paysages sont moins grandioses que ceux de la Suisse, mais ils sont aussi variés, aussi pittoresques. De tous côtés on n'aperçoit que des collines ondulantes , des forêts de sapins qui les couvrent de leur rameaux verts, des vallées mystérieuses serpentant entre les forêts traversées par des ruisseaux d'eau pure ou embellies par des lacs. L'été, c'est une charmante chose que de voir le soleil da soir se pencher sur les collines, répandre ses rayons de pourpre à travers leurs rideaux de verdure, et s'endormir sur les eaux. Alors il y a, dans cette natiu*e du Nord, un grand silence, et, quand le soleil se couche ainsi au milieu des ombres mélancoliques de la forêt, quand le dernier chant de l'oiseau expire, quand le vent se tait dans le feuillage , la terre entière semble se recueillir et prier.
Cette province est habitée par une i*ace d'hommes forts et puissants, vraie race de montagnards énergiques comme les anciens Suisses , hardis comme les Basques , fiers comme les Ecossais. On trouve ici, comme en Scanie, quelques villages ; cependant la plupart des maisons sont dispersées comme des ermitages à travers la vallée, ou suspendues comme des chalets aux flancs de la colline. L'église est bâtie au bord des lacs, au milieu du cimetière, et entourée d'une ceinture d'arbres. C'est là que le dimanche les paysans se réunissent, sur leur petite charrette, avec leurs femmes et leurs enfants. L'église est le point de ralliement de la communauté éparse. Les vieillards se re-
trouvent là sur le sol où ils ont reçu les premières leçons, les jeunes gens devant l'autel où ils. ont été fiancés, les parents sur la tombe de leurs pères.
Le peuple suédois a conservé un vrai sentiment religieux. La Suède est le seul pays qui allie encore quelquesunes des belles formes du catholicisme aux rigueurs du protestantisme. Ici l'autel est décoré avec soin ; les murs de l'église sont ornés de fleurs ou couverts de tableaux ; les prêtres portent la chasuble de velours et la chape de soie. Quand on assiste le dimanche , en Suède, à un office de village, il est impossible de ne pas être touché de l'empressemçnt avec lequel les habitants de la paroisse se rassemblent dans la nef de l'église, et de la dévotion sincère avec laquelle ils suivent les chants du chœur ou le sermon du prêtre.
Ce peuple a conservé aussi ses anciennes traditions. H chante comme par le passé ses vieilles ballades , et répète les soirs d'hiver, auprès du foyer, les contes qui lui ont été transmis par d'autres générations. Tous les paysans savent lire et écrire, et presque tous joignent à ces premiers éléments d'éducation quelque instruction littéraire. Ils lisent la Bible et leurs poètes aimés : Tegner, Wallin, Geiier, et leur histoire nationale. Ils connaissent l'histoire de Gustave-Adolphe, de Gustave Wasa, et s'inclinent encore au nom de Charles XII. Beaucoup d'entre eux connaissent aussi, par la tradition, les noms de Thor, d'Odin, l'histoire des mythes Scandinaves, et, dès les temps les plus reculés, ils ont gardé dans leur vie habituelle quelques coutumes touchantes et poétiques.
Quand on enterre un mort, on répand sur le sentier qui va de sa demeure au cimetière des feuilles d'arbre et des rameaux de sapin. C'est l'idée de résurrection exprimée par un symbole : c'est le chrétien qui pare la route du tombeau.
Quand vient le mois de mai, on plante à la porte des