‹ Lettres sur le NordChapitre 24 sur 40 · I. — LUND · texte numérisé non relu

I. — LUND

De loin, quand on navigue sur le Sund ou sur la mer Baltique, les matelots montrent au voyageur la côte où s'élèvent l'antique ville suédoise et les deux tours carrées du dôme de Lund. La ville était autrefois la métropole du Nord. L'archevêque de Lund avait le titre de primat, et les évoques Scandinaves étaient ses suffragants. La cathédrale semblait avoir été bâtie exprès sur une terre plate au bord de la mer, pour être vue de loin comme une reine des églises, comme un pilier du christianisme. Maintenant les prélats de la Scanie ont perdu leur suprématie, la ville est moins grande et moins puissante qu'elle ne Tétait autrefois ; mais elle a conservé sa vieille église , et Charles XI lui a donné une université.

L'église est l'un des monuments religieux les plus intéressants qui existent. Le dôme de Bamberg est le seul auquel je puisse le comparer pour la structure et l'ancienneté. Elle a été bâtie lentement, et l'on y distingue trèsbien deux styles différents, deux époques successives. Dans la nef, dans le pourtour du chœur, dans la colonnade extérieure du dôme, c'est le pur style byzantin, le plein-cintre,

la colonne ronde, massive, unie anx piliers et aux pilastres, le chapiteau plat sur les côtés, légèrement arrondi sur les angles , la base plate , ornée seulement de trois pointes triangulaires : toute cette partie de l'édifice date du xr siècle. Pendant qu'on l'achevait, le goût avait déjà changé, l'art avait fait un pas vers la forme gothique. Dans la partie supérieure, la colonne se délie, le plein-cintre s'allonge; c[uelques rameaux, partis d'une tige effilée, se rejoignent au milieu de la voûte. La lourde base s'est élancée de terre, la souche de l'arbre gothique s'est ouverte, l'ogive va venir , et les colonnettes au pied léger vont se répandre dans les airs. Toute cette église a im caractère solennel et imposant. Il y avait dans l'architecture byzantine un ton sévère qui répondait parfaitement à l'austère simplicité des premiers temps du christianisme. C'était pourtant l'art antique, l'art grec , mais tellement modifié, tellement dépouillé de son élégance , qu'il en était devenu méconnaissable. Le christianisme sentait qu'il pouvait avoir son architecture à lui, et il n'empruntait aux religions qui Vavaient précédé que l'élément primitif.

La cathédrale de Lund est bâtie, comme toutes les églises, en forme de croix: au milieu la grande nef avec ses lourds piliers, et de chaque côté deux nefs plus étroites et moins élevées. Au fond, le chœur, qui était autrefois séparé du reste de Téglise , ^ où Ton arrive maintenant par un large escalier. En descendant sous cette plate-forme du choeur, on entre sous une nouvelle voûte, on se trouve dans ime autre église. Elle est grande, mais peu élevée et sombre: c'était l'asile mystérieux, la chapelle souterraine réservée aux cérémonies funèbres. Le jour delà Toussaint, les prêtres y célébraient Toffice de deuil. Ce jour-là, ils quittaient l'édifice ouvert au monde des vivants, ils descendaient sous cette catacombe comme pour se rapprocher des morts. Dans les temps de guerre civile, elle servait aussi de refUge au troupeau craintif confié à la garde de Févéque.

LES tmivERsrrÉs suédoises. 203

Cinquante ans après la Réformation, quand toute la Suède avait admis le dogme de Luther , le dogme romain vivait encore à Limd , les prêtres célébraient la messe dans cette église souterraine. Le catholicisme finissait conmie il avait commencé , par se réfugier dans les tombeaux.

Ce monument précieux a été ravagé par un incendie. Un professeur de Lund> M. Brunius, a passé six awnéBÈ de sa vie à le réparer. Il s'était dévoué à cette oeuvre d'art comme les architectes du moy«i âge, et il a si bien étudié te ityle de cet édifice , qu'on ne remarque nulle disparate entre son travail et celui des anciens maîtres *.

Comme la plupart des anciennes églises , celle de Lund a sa légende. t)ans la chapelle souterraine, on aperçoit j d'un côté un homme debout embrassant avec force im des piliers ; de Vautre une femme accroupie, t^ant un enfant sur ses genoux et enlaçant une colonne comme pour la renverser. On raconte qu'unjour un géant de laScanie, nommé Pinn,vint trouver saint Laurent , et lui dit : « Jeté bâtirai une magnifique église, à la condition, on que tu sauras mon nom quand elle sera finie, ou que tu me donneras le soleil, la lune, ou les deux yeux de ta tête. » Le saint accepta. Finn se mit à ï*œuvre , et c'était m«rvdlle de voir avec queUe force et quelle habileté il entassait pierrç sur pierre. Déjà les murailles étaient achevées, d^à la voûte commençait à s'arrondir, et le saint ne savait pas encore le nom du géant. H avait d'abord cru que c'était une chose facile de l'apprendre ; mais il eut beau le demander à tous les anges du paradis , à tous les prêtres et à tous les paysans de la Scanie : personne ne put le lui dire. Il commençait à être inquiet, car l'église grandissait chaque jour à vue d'œîi. Mais un soir qu'il passait dans la campagne, il aperçut une femme assise sur le seuQ d'une maison avec

1. M. Brunius a complété son œuvre en publiant une description très-détaîUée et très- instructive de cette cathédrale : Beskrifning ôfver IvnâgDmhyrka.

un enfant. L'enfant pleurait, et sa mère lui dit : a Tais-toi, ton père Finn va venir, et il t'apportera le, soleil et la lime ou les deux yeux de saint Laurent. » Cette fois le bon saint s'en retourna chez lui tout joyeux. Quelques jours après, le géant vint le sommer de tenir sa promesse, c Allons, Finn, dit saint Laurent, l'église n'est pas encore finie, plus tard nous verrons. » Quand le malheureux architecte entendit prononcer son nom, il se précipita dans la catacombe, et emlH*assa un des plus forts piliers pour le renverser; sa femme et son enfant en firent autant, et le saint les changea en pierre. Us sont restés là suspendus àleur colonne, et l'église du saint s'est élevée sur leur tête, comme la religion du Christ sur les souches pétrifiées du paganisme.

L'université fut fondée en 1666. Le roi lui assigna la plus grande partie des biens qui avaient appartenu au chapitre de Lund et au clergé catholique : quatre paroisses, trente prébendes, neuf cents pièces de terre. Elle a gardé ces biens et les a sagement administrés. Le gouvernement n'entre que pour une faible part dans ses dépenses annuelles ; elle paye elle-même ses professeurs. Elle s'agrandit, elle fait bâtir, elle achète des propriétés, elle a ses registres en partie double comme un négociant, ses fermiers et son intendant comme un grand seigneur. L'intendant est élu par le consistoire et nommé par le chancelier. Il doit gérer les domaines de l'université, percevoir ses revenus et solder ses dépenses. Chaque année il est tenu de rendre rigoureusement compte de sa gestion. Une fois le calcul fait, ce qui reste en caisse est placé non pas sur les fonds de l'État, mais à six pour cent sur bonnes et loyales hypothèques. C'est ainsi qu'elle a amassé d'abord un capital inaliénable de 100 000 écus, et ce capital s'accroît sans cesse.

Les professeurs sont payés en nature , comme dans le vieux temps : les anciens reçoivent trois cents tonnes de grain, estimées à environ 4000 fr.; les plus jeunes un peu

moins. Les professeurs extraordinaires ont de 600 à 1000 fr.; les privat-docent ne sont pas payés.

Les professeurs de théologie. ont une cure. Quelques professeurs laïques en reçoivent une aussi comme récompense de leurs services. Ils sont obligés alors de se faire prêtres. Ils écrivent une dissertation latine qu'ils défendent en public, après quoi Tévêque leur donne l'ordination. Ils portent une redingote noire, une cravate blanche, un petit collet, et continuent à faire leurs cours. Un vicaire les remplace dans leur paroisse. Us sont obligés seulement d'aller trois ou quatre fois par an visiter leur cure et prêcher. C'est la même organisation que celle de l'Eglise anglicane, mais avec moins d'abus, car le même prêtre ne peut jamais être titulaire de plusieurs cures.

n n'est pas rare de voir des professeurs nonmiés non» seulement curés, mais évêques. Quand un siège épiscopal devient vacant, les prêtres de chaque district se réunissent chez le prost^. Chacun d'eux écrit sur un bulletin le nom de trois candidats. Les bulletins réunis sont envoyés au consistoire ecclésiastique de la métropole, qui, après les avoir examinés, inscrit les trois noms qui ont obtenu le plus de suffrages et les adresse au roi. Le roi décide, mais en se conformant au vœu de la majorité. C'est ainsi que Tegner, professeur de littérature grecque à Lund, et M. Agardt, professeur de botanique, ont été nonmiés évêques, le premier à Wexiô, le second à Carlstad. C'est ainsi que le poëte Franzen , professeur à l'université d'Abo , a été appelé comme évêque dans le Norland. C'est conmie dans les premiers temps du christianisme , où le peuple choisissait pour prélat l'homme en qui il avait confiance, sans s'inquiéter s'il était diacre ou laïque.

L'université de Lund est moins célèbre que celle d'Upsal. ^e a fait beaucoup cependant pour la propagation de la

t. Prêtre de canton.

sciencB dans les provinces méridionales de la Suède. Les études historiques et philologiques y sont en grand honneur; les études tfaéoLogiques y ont été poussée à un très-haut degré. Plusieurs professeurs ont voyagé en Angleterre, en France, en Allemagne, dans le but unique d'acquâdr de nouvelles connaissances et de les transmettre à leur pays. On trouve ici , ce qui est assez remarquable dans une ville de disux mille àme& , un cabinet d'histoire naturdle, un jardin botanique, un musée d'antiquités Scandinaves, une librairie très-riche, et une bibliothèque de quarante mille vcdiunes. Cette bibliothèque provint m partie de celle qui appartenait au chapitre mi^pc^tâin , en partie d'une bibliothèque de dix mille vdumes amassés en Allemagne pendant la guerre de Trente ans , que Charles XI acheta, ei dont il fit présent à sa jeune unirerâité de Limd. Elle reuferme une collection assez c<»nplète de tout ce qui a rapport à la Suède. Le roi lui donne ^000 fr. par an ; on en prend autant sur 1^ fonds de l'université; cette somme doit suf&re à ses achats. lie UbUo&écaire actuel est M. Reuterdahl, professeur de théo* logie, l'un des hommes les plus distingués que l'université ait eus depuis hnigtemps.

Les âèves n'entrent ici qu'après avoir subi un rigoureux examen. Le temps des études , pour la Faculté de théologie, est ordinairanent de deux années, et de trois pour les autres. L*élève en médecine peut exercer dès qu'il a passé son examen de promotion ; mais le théologien et le juriste doivent en passer encore un autre, le premier de*vant le consistoire ecclésiastique et l'évoque, le second devant le tribunal supâieur. L examen de promotion est privé et public. L'examen privé a lieu successivement devant chacun des professeurs de la Faculté à laquelle Tétudiant apparti^it. C'est le plus long, le plus important. L'examen public a lieu devant tous les professeurs de la Faculté réunis.

LES UNIVfiBSITÉS SUÉDOI^S. 207

Ces examens sont très-sévères , et cependamt très-'peu de candidats y échouent. Les élèves de l'université de Lund se distinguent par leur application au travail , par la régularité de leur conduite. Nulle part je n'ai vu une communauté d'étudiants aussi calme, aussi assidue au travail ^ aussi respectueuse devant ses maîtres. Ici il n'est plus question ni de duel, ni de Bu/irschensehaftf ni de Kneipe. Ici le Benommist et la Jobsiade , ces deux épopées chevale* resques des écoles d'Allemagne, ne seraient plus comprises* Les étudiants de Lund ont formé un club , et il est défendu d'y boire aucune liqueur spiritueuse. Ils ont des réunions particulières , et c'est pour se proposer des sujets de dissertation et les discuter entre eux. Chose curieuse! ce qui est regardé en Allemagne comme une cause continuelle d'agitation est ici encouragé comme un moyen de discipline. Ce qui est défendu là-bas par les ordon« nances do la diète, est ici prescrit par les règlements universitaires. Tous les étudiants doivent ici appartenir à une association ; tous sont divisés par nations f c'est-à-dire par distocts ou provinces , et il ne leur est pas permis d'être immatriculés à l'université , sans l'être en même temps dans les registres de la nation à laquelle ils appartiennent par leur naissance. Ces assemblées ont leurs règlements P2«ticuliers, leur» jours de fête et leurs heures de travail; presque toutes ont aussi une bibliothèque, des instruments de musique, des journaux , et une salle d'étude avec une chaire où les étudiants viennent une fois par semaine soutenir des thèses latines. Chaque nation se divise en trois ou quatre degrés : seniores^ juniores^ recentiores, et quelquefois novitii. On ne passe d'un degré à l'autre qu'après avoir subi un examen devant la classe supérieure. C'est parmi les seniores que le curateur est choisi, et dans les délibérations les anciens ont deux voix, les novices n'en ont qu'une. La nation élit, parmi les professeurs, un inspecteur ; c'est lui qui approuve les décisions

qu'elle prend et qui signe ses actes : il est le représentant de cette nation auprès du consistoire académique et le représentant du consistoire auprès de la nation; mais il n'agit sur elle que par ses conseils et son ascendant moral. S'il est aimé, il peut exercer une grande influence ; sinon, il n'a qu'une autorité illusoire. Au-dessous de l'inspecteur est placé le curateur, qui administre la caisse de la nation , convoque les assemblées, inscrit les nouveaux membres et rédige les protocoles. Un comité, choisi parmi les senioreSj veille à l'exécution des mesures prises par l'assemblée. Dans cette république littéraire, tout se décide à la pluralité des voix, et les décisions sont respectées par le consistoire académique. L'étudiant qui se dispose à passer son examen doit présenter un certificat de la nation à laquelle il a appartenu, constatant quelle a été sa conduite et la nature de ses études. La nation a sur chacun de ses membres un droit de surveillance et de juridiction. Si un étudiant a commis une faute, le curateur lui adresse une remontrance ; s'il récidive , il est appelé devant les seniores^ puis devant rassen]l)lée entière, et, en définitive, devant le conseil académique. Il peut arriver aussi que l'étudiant soit banni de sa nation. Le jugement se prononce à la majorité des voix, et cette sentence d'expulsion, portée par des condisciples, est plus terrible que l'arrêt de relégation formulé par l'université même.

Quatre cents étudiants fréquentent ordinairement l'université de Lund. Un grand nombre d'entre eux sont pauvres , mais ils ont quelques stipendes et vivent avec ime rare sobriété : 600 à 700 francs par an leur suffisent.

Le nombre des professeurs ordinaires est limité; il y en a toujours eu vingt et un. Celui des professeurs adjoints est illimité ; il y en a maintenant seize , et vingt-quatre privat-docenty en tout soixante et un.

A la tête de l'université est le chancelier, qui intervient

comme juge dans les questions importantes de finance et d'administration. Le prince royal porte le titre de chancelier ; l'évêque de Lund est de droit vice-chancelier.

Je ne connais pas une université en Allemagne qui ait conservé, comme celle de Lund, ses anciens usages et son ancien caractère. Ici, depuis près de deux siècles, rien n*a changé ; ce sont les mêmes cérémonies dans toutes les circonstances , les mêmes fêtes naïves et le même esprit religieux. Les professeurs font la prière en coDamençant et en finissant leurs leçons de chaque jour, et les solennités universitaires se célèbrent au son des cloches. Quand un étudiant a passé son examen de promotion , on le conduit à Téglise, et les Facultés se rassemblent autour de lui ; le professeur qui remplit les fonctions de promoteur adresse au nouvel élu une harangue latine; puis les cloches sonnent, les musiciens placés dans la tribune chantent un chant de joie. Le promoteur remet à l'étudiant le chapeau de docteur, symbole de sa dignité, Tanneau d'or qui le fiance à l'étude , et un livre de science. Ensuite le prêtre célèbre l'office divin , et la cérémonie se termine par un dîner auquel assistent les professeurs. L'évêque y vient aussi avec sa croix d'or sur la poitrine,, comme pour bénir la nouvelle voie dans laquelle l'étudiant va entrer. Le rectev/r magnifique s'assied à côté de l'évêque , et le jeune docteur prend place au milieu de cette savante assemblée. Il n'est plus étudiant; il est maître. Ses condisciples de la veille le regardent avec respect , ses anciens professeurs le saluent comme un jeune frère. Dans quelques années, il sera peut-être aussi professeur, il fera des élèves, il assistera à leur promotion, et il se souviendra toujours de la matinée auguste où il a reçu son diplôme et de la cérémonie religieuse qui l'a consacré.

Le recteur change à chaque semestre. Il est élu par le consistoire et confirmé par le chancelier. Son installation se fait avec une grande pompe. La veille du jour où elle

doit avoir lieu, le recteur dont les fonctions expirent adresse à ses collègues un sommaire historique de tout ce qui est arrivé à l'université pendant le temps de son administration. Le lendemain, les professeurs se réunissent dans sa demeure , et les Facultés se rendent avec hii en procession à l'église , au son de la musique et des cloches, et précédées des sergents de Tuniversité, des pedels portant le sceptre d'argent du recteur, comme autrefois les licteurs portaient les faisceaux des consuls. Là, il prononce un discours latin, il reçoit le serment de son successeur, et lui remet l'un après l'autre les insignes de sa dignité, le sceptre, le sceau , la clef des archives, la clef de la prison , le livre des statuts. Le secrétaire de l'académie lit un chapitre de la constitution* Le nouveau recteur adresse aux professeurs une comrte harangue pour se recommander à eux ; puis on prie et l'on chante , et le corps universitaire s'en retourne en procession.

Il y a dans ces réunions une telle candeur, une telle bonne foi , qu'on ne saurait y assister sans émotion* Par sa vie régulière et paisible, par son isolement, l'université de Lund est en position de garder longtemps ses anciennes mœurs , si quelque novateur imprudent ne vient pas jeter le trouble dans son cycle traditionnel.

La ville est bâtie à une lieue de la mer, dans unô des plaines les plus riantes et les plus fécondes de la Suède. Elle est parsemée de fleurs et de jardins, entourée d'arbres à fruit et de champs de blé. Chaque professeur a là sa petite maison, fermée par une barrière, au milieu d'un enclos. Les arbres verts lui servent de rideau. Le matin, l'alouette l'éveille en passant sous ses fenêtres ; le soir, le rossignol chante près de lui; et quand on entre dans cette communauté universitaire, assise ainsi au milieu des arbres et des fleurs , on dirait une ruche d'abeilles. On y entend le bourdonnement de la science, et l'on y respire une sorte de parfum poétique.

Ces professeurs ont leurs vacances au mois de juin; elles durent tout l'été. Les uns alors entreprennent un voyage scientifique, et ceux qui sont prêtres se retirent ordinairement dans leur paroisse. J'ai visité un jour, avec celui qui en était titulaire et avec un de ses collègues, urne de ces cures appartenant à l'université. J'entrai dans une maison champêtre bâtie au haut d'une colline. D'un côté était l'école, fréquentée par une trentaine d'enfants qui se levèrent à notre approche et reprirent ensuite leurs leçons; de l'autre, deux chambres modestes où le pasteur avait son lit , sa bibliothèque, et d'où l'on découvrait à la fois la Dier, les champs , les murs de Copenhague , et une cinquantaine de villages dispersés dans la campagne. A quelques pas de là était l'église, protégée par une enceinte d'arbres, au milieu du cimetière. La demeure des morts avait reverdi au soleil de mai comme celle des vivants , et l'inscription sépulcrale était cachée sous des touffes de gazon. Au fond du cimetière , j'aperçus une tombe fraîche et riante, couverte de couronnes : c'était celle du vicaire de la paroisse. Il avait été enterré peu de jours aupara^ ^aut, et les jeunes filles du village était venues semer des fleurs sur son tombeau.

Nous entrâmes ensuite dans la maison d'un paysan. Les femmes étaient réunies dans une chambre, et filaient de la laine , comme en Islande. Quand elles aperçurent leur pasteur, elles se levèrent avec respect et s'approchèrent de lui pour lui baiser la main. Mais la mère de famille nous montra sa deme\ire , son jar(Kn , et nous apporta dans un vase d'étain le lait qu'elle venait de traire.

Le soir, nous nous en revînmes à travers les champs couverts de blé , et les pommiers chargés de fleurs. Le ciel était bleu comme un ciel du Midi. Le soleil couchant projetait ses derniers rayons sur les vagues de la mer. Tout était calme , riant , et mes compagnons de voyage chantaient dans la voiture les ballades des Fcik>*Visor» A

notre arrivée, Tuh des professeurs trouva sa femme qui l'attendait sur la porte, et son enfant qui vint se jeter dans ses bras. Dans l'espace de quelques heures , toutes les joies avaient été réunies pour lui : joies de la religion, joies de la science , joies du cœur. Si alors une destinée humaine m'a paru digne d'envie , c'est celle d'un professeur de Lund qui a une cure à la campagne.

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