IL — UPSAL
La route qui va de Stockhohn à Upsal passe par ime forêt de sapins mystérieuse et imposante , qui semble avoir été plantée auprès de la vieille école de Suède pour protéger le sanctuaire des muses. A l'extrémité de la forêt , on aperçoit au haut de la colline le château, jadis résidence des rois , aujourd'hui habité par le gouverneur de la province. La ville est au bas, dans une large plaine ouverte comme le champ de la science. Elle est construite en bois, comme la plupart des villes de Suède, alignée au cordeau et traversée par ime rivière dont le nom se trouve dans tous les discours académiques et toutes les idylles ou élégies des poètes de l'Upland. Les maisons de cette ville ne sont pas anciennes. L'incendie les a détruites l'une après l'autre plus d'une fois, et les bourgeois les ont reconstruites sur un nouveau modèle. Mais à une demilieue d'ici on trouve encore les restes d'un lieu célèbre dans les annales du Nord. C'est le vieil Upsal. Odin y habita, dit-on; il y fit élever un palais et le donna à Freyr. C'étaient là que se tenaient les assemblées populaires , les séanoes de l'Althing, véritables comices démocratiques, où le peuple soutenait vaillamment ses droits. Dans ces séances , le roi s'asseyait avec quelques-uns de ses principaux compagnons sur un banc élevé. A côté de lui , sur
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un autre banc , étaient les jaW et le logmann (Thomme de loi). La foule se groupait autour d'eux. Le roi parlait le premier. Les hommes qui l'environnaient pouvaient parler après lui, et le peuple témoignait son approbation en criant et en frappant des mains.
Freyr habita, comme Odin, le vieil Upsal, et y fit ériger un temple. Cet édifice avait cent vingt- quatre portes ^ Au dehors et au dedans, les murailles étaient dorées; et dans Tenceinte du temple on apercevait l'image des trois grands dieux : Thor, Odin , Freyr. Thor était assift au milieu , sur un large coussin , tenant à la main une longue épée. À côté de lui, on avait représenté sept étoiles. A droite était Odin, le dieu de la guerre; à gauche, le dieu de l'amour et des mariages. On conserve encore aujourd'hui à la bibliothèque d'Upsal une statue mutilée de Thor. Elle ressemble à ces ébauches informes que les premiers misFsionnaires chrétiens trouvèrent chez les sauvages de l'Amérique:
Le peuple offrait à ces terribles divinités des sacrifices de sang, ordinairement des bœufs, des brebis , des chevaux ; mais dans les circonstances graves, dans les temps de guerre ou de calamité publique, on immolait des hommes, d'abord les prisonniers, puis les hommes libres, et, si le dieu cruel ne s'attendrissait pas, on lui offrait le sang des rois. Dans une année de disette , le roi Heidruk tua rehgieusement son beau-père et son beau-frère. Quand un de ces malheureux était choisi pour victime , le prêtre lui promettait les joies éternelles du Valhalla ; puis il lui disait : c Je te voue à Odin, » et le pauvre Scandinave marchait à la mort sans crainte et rendait grâces à ses bourreaux.
Le peuple cherchait dans ces holocaustes un présage pour l'avenir. Si la fumée du sacrifice s'élevait tout droit