‹ Lettres sur le NordChapitre 32 sur 40 · Beretninger om den tteanomiskê TiUtand i Norge, p · texte numérisé non relu

Beretninger om den tteanomiskê TiUtand i Norge, p

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suédois, danois ou allemands ; mais chaque jour de bon vent amène plusieurs lodie russes. Ce sont de courts navires à trois mâts, la plupart si vieux et si usés qu'on ne les croirait pas capables de résister à un orage. Les plus petits ne sont pas même cloués ; de l'avant à l'arrière les planches sont cousues avec du chanvre. On raconte que l'empereur de Russie , voyant un jour un de ces navires entrer dans le port de Saint-Pétersbourg, en fut si frappé, qu'il l'exempta à l'avenir de tout droit de douane. Avec ces frêles bâtiments qui effrayeraient un matelot de Portsmouth, les Russes doublent le cap Nord et pénètrent dans toutes les baies de l'océan Glacial. Tandis que les uns exploitent ainsi le commerce de Finmark, d'autres vont stationner près des bancs de pêche. Plus habiles et plus actifs que les Norvégiens, ils ramènent souvent un bateau chargé de poisson d'un lieu où leurs concurrents ne retirent qu'im filet à moitié vide. Il leur est défendu de pêcher à un mille de la c6te, mais ils dépassent chaque jour les limites qui leur sont imposées. Ils fatiguent par leur persévérance l'attention de ceux qui doivent les surveiller. A Test, à l'ouest, au nord, ils cernent de toutes parts la côte de Finmark. Us y reviennent sans cesse. N'était la forteresse de Yardôhus qui les force à rebrousser chemin, ils seraient paisiblement installés sur le sol norvégien.

A côté du navire russe apparaît la pauvre barque du Finnois, qui vient apporter au marchand le poisson qu'il a péniblement péché pendant plusieurs mois, et régler une partie de ses vieilles dettes. Sur la plate-forme en bois qui entoure les magasins, on aperçoit toutes sortes de costumes, on entend parler toutes les langues du Nord. Et le marchand est là, alerte et afifairé, la casquette de peau de loutre sur la tête , la plume sur l'oreille , courant de son comptoir à son entrepôt, tantôt attiré parune balle de farine dont il faut mesurer le poids , tantôt par une addition , et

faisant un cours de philologie rusise, suédoise, laponne, allemande, en même temps qu'un cours d'escompte. C'est sa saison de labeur. C'est de ces trois ou quatre mois de combinaisons et d'écritures que dépendent ses succès de toute une année. Alors il expédie des bâtiments de pêche au Spitzberg et des charges de poisson en Espagne et en Portugal. Toute la journée s'écoule ainsi dans un perpétuel enchaînement d'affaires, et, le soir, viennent les causeries autour du bol de punch. Alors ces honnêtes marchands s'abandonnent avec joie à leur franchise de cœur, à leurs habitudes hospitalières, et, s'il y a un étranger parmi eux, ils sont pour lui d'une bonté et d'une prévenance sans égales. A défaut des grandes questions poKtiquès et des nouvelles de Bourse, qui n'ont ici qu'un lointain et faible retentissement, on is'occupe beaucoup des nouvelles du district, et chaque anecdote, tombant au milieu de cette société paisible , produit une commotion qui passe en quelques heures du salon du consul à la cabane du pêcheur. L'état de la température joue surtout un grand rôle dans les conversations, et lé baromètre est l'oracle de toutes les maisons. Les femmes , qui ^n sont encore à l'enfance de l'art, s'abordent en se disant : « Nous avons aujourd'hui vent d'est; » et les hommes, qui sont beaucoup plus avancés, disent : « Nous alirons demain vent du nord. » Puis l'été est une merveilleuse époque qui apporte chaque jour quelque événement inattendu. C'est tm navire étranger qu'on n'avait pas vu depuis deux années et qui tout à coup reparaît dans le port; c'est un voyageur qui entre avec ses armes et bagages dans l'hôtel de M. Bangh; et jusqu'à ce qu'on sache au juste qui il est, à quels heureux commentaires ne sera-t-ilpas livré?

Que si , à travers les brouillards flottants et les nuages épais qui voilent ordinairement le ciel de Hammerfest, on voit tout à coup surgir un beau soleil, si les montagnes des îles apparaissent au loin avec leurs flancs bleuâtres et

leur cime ëtincelanté, si la mer que nul vent n*agite se déroulé comme un lac d'argent entre la ville et lés rochers, c'est un beau et poétique spectacle ; et l'étranger qui, pour le voir, est monté au sommet du Tyvefield, n'oubliera pas l'aspect grandiose de cet horizon où la terre et les eaux semblent se (Usputer l'espace, et cette mer orageuse qu'une heure de calme aplanit, qu'une clarté vermeille colore, ^t cette nature sévère qui soudain se déride et sourit i ceux qui la contemplent. Un soir, au mois d'août, j'ai vu, du haut de ces pics élancés comme une flèche de cathédrale, le soleil, un instant voilé par un léger nuage, se lever à minuit dans tout son éclat. Alors la mer était éblouissante de lumière; les montagnes avaient Une teinte d'azur comme les horizons lointains des contrées méridionales, et les laès posés aux flancs des collines, endormis dans leur bassin de granit, ressemblaient à des coupes de cristal. Lorsque ces beaux jours apparaissent, il se fait dans la ville un gf and niouvement. Chacun Veut jouir dé ce tableau si rare, hélas î et si rapide. Les affaires sont suspendues ; les femmes sortent pour voir les plantes qu'elles cultivent avec tant de soin, et les hommes, assis sur uû banc, se dilatait an soleil. Mais ces jours d'épanouissement n'apparaissent que de loin en loin; un brouillard épais vdilè raztor du eiel; le froid recommence au beau ridlieu èe l'èté^ puis bientôt tes bâtiments étrangers disparaissent Tun après l'autre, les entrepôts se ferment, tes affaires cessent, tout retombe dans un profond silence. Voici l'hiver. Et quel hiver! des nuits sans fin, un ciel noir, un sol glacé. A midi, au mois de décembre , il faut se placer bien près de la fenêtre pour pouvoit lire quelques pages. Du matin au soir la lampe est allumée dans toutes les maisons, et plus d'étrangers, plus de mouvement, plus de nouvelles. La poste, qui doit venir trois fois par mois, n'arrive plus qu'à des époques indéterminées. Cellequi passe àtravert les montagnes de Suède est souvent arrêtée par la nuit et léis mauvais

chemins; celle qui vient de Drontheim par mer rencontre encore plus d'obstacles. La ville , naguère si occupée et si vivante, est maintenant comme un monde à part, isolé de l'univers entier. Les pauvres gens qui l'habitent cherchent alors tous les moyens possibles de se distraire. Ils ont formé une association pour se procurer des livres danois et allemands. Ils se rassemblent le soir tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, si les tourbillons de neige ne les empêchent pas de sortir. Ils boivent du punch, ils fument, ils jouent aux cartes. Les plus lettrés d'entre eux doivent se résigner à ces distractions monotones ; car lire ou écrire longtemps à la lueur d'une lampe est chose impossible. Un de leurs grands plaisirs, lorsque parfois le ciel s'éclaircit, est de prendre les longs patins en bois norvégiens et de s'en aller courir à travers les rocs et les montagnes, dont les flots de neige effacent toutes les aspérités.

Vers la fin du mois de janvier , ils commencent à chercher à l'horizon les premières lueurs du soleil qui les a fois pendant si longtemps. D'abord on ne distingue dans la brume sombre qu'une teinte rougeâtre, mais c'est le signe que chacun connaît et dont chacun se réjouit. C'est le signe précurseur de ce soleil qui va raviver la terre et les hommes. Le prenûer qui l'a vu surgir l'annonce à haute voix, et tout le monde accourt sur la colline ; et , ce jourlà, c'est fête dans toutes les familles. Peu à peu la teinte rouge grandit. C'était une ligne informe, c'est maintenant un large disque qui traverse les nuages, et qui, de semaine en semaine, s'arrête plus longtemps à l'horizon, jusqu'à ce qu'il y reste sans relâche des mois entiers.

L'Ile delà Baleine (Hvalô), où Hammerfest est bâtie, est une terre rocailleuse qui ne produit ni arbres ni fruits. Je l'ai traversée deux fois, et, sur ses huit ou dix lieues d'étendue, je n'ai trouvé que des crêtes de montagnes dépouillées de végétation, çà et là quelques maigres bouleaux, de la mousse de renne dans les vallées, et des mas-

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ses de neige, d*où les torreDts s'échappent en mugissant. Dans la baie de Hammerfest, toutes les peines que le marchand s'est données pour avoir un jardin sous sa fenêtre n'ont abouti qu'à faire germer un peu de cerfeuil, une tige de salade. Au mois d'octobre, toute végétation cesse, tout se fane; les fleurs même, que l'on garde avec les plus grandes précautions dans les appartements, meurent faute d'air et de lumière.

Dans l'intérieur de, l'île, il n'existe aucune habitation; mais sur la côte, au bord des golfes, le pêcheur est venu bâtir sa cabane là où il a pu trouver xm peu d'herbe et de gazon. J'avais grande envie de voir ces habitations si pauvres et si isolées; et lorsqu'un jour M. Aale, le digne prêtre de Hammerfest, me proposa de me conduire au delà de l'île dans une de ses trois paroisses, j'acceptai son oflFre avec joie.

Nous partîmes à pied un samedi matin avec un jeune Lapon qui devait nous servir de guide et porter nos provisions. Après avoir gravi une première crête demontagnes, nous descendîmes à Ryppefiord, jolie petite baie où un pêcheur a bâti cinq ou six cabanes en bois à mesure que la pêche l'enrichissait. C'est un homme intelligent , qui a lui-même donné des leçons à son fils et l'a mis en état d'être maître d'école de la paroisse. Il nous conduisit dans une île appelée Kirkegaardô (l'île du Cimetière). C'était là qu'on enterrait autrefois les suicidés. La justice ecclésiastique de cette contrée était plus sévère que la nôtre : elle rejetait ces malheureux hors de la communauté chrétienne; elle les isolait au milieu d'une île déserte. Quelquefois aussi on enterrait là ceux qui étaient morts victimes d'une tempête ou d'un accident. Peu importe , disent les philosophes, dans quel lieu repose notre corps quand l'âme ne l'habite plus; et cependant, j'en suis sûr, bien des étrangers, à qui l'on parlait de cette redoutable île du Cimetière, ont dû frémir à l'idée qu'en faisant naufrage

sur la côte, ils pouvaient subir cet ostracisme de la mort, et être enterrés là, loin de leur pays, au sein de Tocéan Glacial, seuls avec des hommes marqués pendant leur vie d'une tache honteuse. Le peuple dit qu'autrefois, à certaines époques de rànnéè , on voyait ces malheureux se lever au milieu de la nuit. Ils erraient sur les rochers au bord de la grève, et Ton distinguait dans Tombre les blancs replis de leur linceul. Les uns imploraient une barque pour pouvoir aller visiter leur demeure; d'autres mêlaient le cri de leurs remords au gémissement des vagues, au souffle de la tempête. L'un d'eux, un jeune homme (son histoire fut longtemps populaire dans le Nord), avait tué un officier danois qui tentait de séduire sa fiancée. On le voyait apparaître à certains jours , probablement le jour de son crime; et tout seul à l'écart, assis sur une pointe de terre, il demandait que le prêtre vfait bénir la tombe où il ne pouvait dormir , et que sa bien-aimée vînt y jeter quelques fleurs.

L'honnête Norvégien qui nous racontait ces traditions en savait encore plusieurs autres. Il nous dit aussi que , pendant l'hiver de 1800, à la pêcherie de Lofodden, une nuit, il avait vu apparaître un homme armé de la tête aux pieds , portant l'étendard anglais d'une main et de l'autre brandissant une épée du côté du Danemark. Il prédit alors qu'il y aurait bientôt une grande bataille entre les Danois et les Anglais. Personne ne voulut le croire ; et, Tannée suivante, l'amiral Nelson brûlait la flotte danoise dans le port de Copenhague.

De retour sur la côte de Hvalô, nous continuâmes notre route à travers les rudes aspérités des rocs , les ravins humides et fangeux , les broussailles tortueuses , la neige et les torrents. Le bateau qui devait nous conduire à Hvalsund nous attendait à Sôholm. A quelque distance de là, nous aperçûmes une tente de Lapons. Ils avaient abandonné dans une île voisine leurs rennes aux soins d'un

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gardien , et ils étaient venus s'installer là pour pécher. Leur tente se composait de cinq à six bandes de vadmel vieilles et noircies , posées sur quatre piquets et ouvertes par le haut pour laisser sortir la fumée. Une vieille femme était accroupie a^près d'un foyer , écrasant du sel sur une planche. Les hommes étaient dehors avec leurs robes en peau de renne, immobiles et apathiques. Du poisson séchait sur des perches à quelques pas d'eux, et des entrailles de poisson jonchaient le sol. En face de leur demeure, de l'autre côté de l'eau, on voyait s'élever une pyramide en pierre. C'était une de ces pierres saintes, une des passe -vare où les Lapons allaient autrefois offrir dçs sacrifices. Mais autour de ce lieu vénéré, dont les idolâtres ne s'approchaient que la tête nue et le front incliné, il n'existe plus ni cornes de bélier, ni pieds de renne , ni rien de ce qu'ils avaient coutume d'immolpr au dieu de la chasse et au dijsu du tonnerre, à Sarakka , la déesse des enfantements , et à Jabbe Akka , la mère de la mort. Les missionnaires du xvin* siècle les ont convertis, et les passe-vare ne subsistent plus que comme des monuments d'une ancienne superstition qui a perdu son empire.

Le soir, après quatorze heures d'une marche pénible et d'une navigation contrariée par le vent, nous arrivâmes à Hvalsund, dans la maison du marchand. Ces marchands des petites lies du Nord sont tenus d'héberger les voyageurs, mais ils ont en même temps le droit de se faire payer , et jamais ils ne veulent rien recevoir. Ils ouvrent à l'étranger qui vient les voir leurs armoires et leurs celliers. La maîtresse de maison emploie pom* lui ses meilleures recettes de cuisine , la jeune fille tire du buffet la plus belle nappe, et le père de famille apporte sur la table avec un naif orgueil la vieille bouteille de vin de Porto qu'il réserve pour les grandes occasions. Chacun ainsi s'empre§se ^.utour de rélrjanger ^ et, quand il s'en va, on lui tend la main et on le remercie d'être venu.

Hvalsund est une de ces stations de commerce où abordent chaque année quelques lodie russes et quelques bateaux, où les habitants des montagnes et des côtes viennent apporter leurs pea^ox de renne, leur poisson, et faire leurs approvisionnements de Tannée. En 1763, on y bâtit une chapelle. C'est depuis ce temps le chef- lieu d'une paroisse peuplée de Lapons. Le prêtre de Hammerfest y vient trois fois par an célébrer l'office divin. Il envoie im exprès au marchand pour lui annoncer le jour de son arrivée ; le marchand l'annonce à un Lapon qui le répète à un autre, et la nouvelle court ainsi à quinze lieues à la ronde, de fiord en fiord , de montagne en montagne, et le dimanche toute la communauté accourt.

Elle était déjà réunie sous nos fenêtres, le matin, quand nous nous éveillâmes. Ceux-ci étaient venus à pied, ceuxlà en bateau, et leiu* physionomie, leur costume, leur attitude, tout dans ces groupes étranges m'offrait un singulier et curieux tableau. Le caractère distinctif de ces assemblées de Lapons , c'est l'indolence. Les uns se tiennent debout au soleil ; d'autres assis sur le gazon.. Ils restent là des heures entières muets et immobiles. Les plus heureux sont ceux qui ont une vieille pipe et un peu de tabac. En hiver , ils portent de lourdes peaux de renne sur le corps ; en été, des blouses de vadmel (ko fie) gris ou bleu, surmontées d'un collet orné de broderies en fil rouge, serrées au milieu du corps par une ceinture de cuir et ornées d'un galon de drap rouge et quelquefois d'une lisière à la partie inférieure. Leurs longs cheveux flottent sur leurs épaules, et un bonnet en drap de diverses couleurs , taillé comnie une calotte, leur couvre la tête. Ils n'ont ni linge ni bas; un pantalon étroit descend jusqu'à leurs souliers, et quelques-uns portent de grandes bottes en cuir. Sur la poitrine, Ss ont une poche en toile suspendue au cou par un épais cordon, et cachée sous leur blouse. C'est là qu'ils mettent

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leur bourse , leur tabac , leur cuillère en corne de renne , des aiguilles à coudre, du fil, un briqueCet de Tamadou. Le costume des femmes ressemble à celui des hommes. C'est la même blouse sans collet, la môme ceinture et les mêmes souliers en cuir , terminés en pointe et garnis de foin en dedans. Mais leur pantalon ne descend guère que jusqu'aux genoux; le reste de la jambe est caché par les cordons de souliers qu'elles tournent et retournent de manière à en faire une espèce de bas. Leur bonnet est en étoflFe de couleur, surmonté, conmie celui des femmes d'Islande et de Normandie, d'une pointe pareille à un cimier de casque. Elles portent à leur ceinture leur bourse, leur tabac et tout ce dont elles ont besoin pour coudre. Quelques-unes ont eu la singulière idée d'adjoindre à leur antique costume lapon un fichu d'indienne. C'est une chose hideuse à voir que cette étoffe de Mulhouse tombant sur une peau de renne oU sur une blouse de vadmel. Elles ont une prédilection particulière pour tout ce qui ressemble à un bijou. Elles portent à leurs doigts de lourdes bagues d'argent ou de cuivre grossièrement travaillées, et sur leur ceinture des boutons d'argent. La plupart sont laides. Leur type de figure est celui qui a été souvent décrit par les historiens : la face plate, les joues creuses, les pommettes saillantes. Mais elles ne sont ni si laides, ni si petites, ni si sales qu'on l'a* dit, et, parmi celles que j'ai vues à Hvalsund , il y en avait plusieurs remarquables par la finesse de leurs traits et la douce expression de leur visage. Quand le prêtre parut sur le seuil de l'habitation , les Lapons, hommes et femmes, s'approchèrent de lui et vinrent le saluer selon leur coutume nationale, en lui passant la main autour de la taille comme pour l'embrasser. Ils ont pour leur prêtre un véritable attachement et un profond respect. Quand ils lui parlent, ils l'appellent toujours cher père y excellent père. Quand il entre dans leur demeure, ils se lèvent aussitôt, le prennent par la main et le

9iS LETTRBS SUR US tfORD.

cDiidmaent au fead d« leur eabane 1 1^ la |dace d'boimeiur. Ëa gtoéralf les pauvires Lapcms o&t été durement ca- I<»imié8. Les voyageors (|m n'ont fait que voir de loin les sombres deineureS où ils vivent , leur ont prêté bien des vices dont ils sont, pour la plupart du moins, trèsHnaoesnts. Il suffît de rester quelque temps parmi eux, de les suivre dims les diverses dtuations de la vie, pour être touché de ee qu'il 7 a de bon» de simple et d'boonéte dans leui* nature, l'ai souvent iût^rrogé à ce sujet les honunes qui (mi le plus de rapp(H*ts avee eux» les prêtres, les marehands, les péeheurs, et il n'eu est pas un qui lae m'ait fait l'éloge de leur doueéur de caractère et de leur hospitalités On les accuse seulement quelquefois de s'abandonner avec trop peu de retenue iau plaisir de boire, et de montrer trop de méfiance dans leurs relations. Le premier défaut vient de la pauvreté de leur vie, et, quaiit au second, la nature qui les trompe chaque jour, l'élément rigoureux qui les poursuit sans cesse ^ ne leur enseignent*-ils pas la mè.^ fianee,et la supériorité pratique des hommes avec lesquels ils ont un compte à régler ne leur en &it-elle pas une loi?

L'heure de l'offiee sonna , et nous nous dirigeâmes vers l'église. En un instant la nef fut pleine de Lapons. Le prêtre prêchait dans leur langue, et, quoique son sermon, comme il avait lui-même l'humilité de l'avouer, ne fût ni correctement écrit ni correctement prononcé, tous l'écoutaient avec attention* Au sermon succéda le chant des psamnes; la plupart des Lapons avaient leur livre à la main et joignaient leur voix à celles du chœur. Cependant les désirs vulgaires se mêlaient encore à cette pieuse cérémonie. Au beau milieu du chant , je vis ime vieille femme traverser la foule et s'approcher d'un homme assis près de la chaire. Elle lui dit quelques mots à l'oreille ; alors il tira gravement de sa podie une pipe, la lui donna, et la vieille femme sortit avec un visage radieux.

Dans l'après-midi, il y avait une joyeuse assemblée chez

le marehàtid. Plasieuts damés étaient venues de Hammei^* fest visiter Hvalsund, et Ton buvait du punch et Ton chantait. Pendant ce temps, les Lapons entraient au magasin, achetant pour quelques schellings d'eau*de-vie et de td)ac, ou implorant un crédit que le prudent caissier ne leur accordait pas sans de longs préambules et de nombreuses restrictions. L'un d'eux, attiré par notre gaieté bruyante, s'avança vers la maison du marchand et entr'ouvrit doucement la porte du salon. Nous lui fîmes signe de s'approcher. 11 vint s'asseoir par terre à nos pieds et écouta. Dans ce moment on entonnait uùe mélodie tendre et plaintive. Le Lapon baissa la tète et essuya une larme qui coulait sur ses joues. « Oh! me dit-il, quand il s'aperçut que je le regardais , nous ne chantons pas ici , nous , mais nous chanterons au ciel ^ » Je lui donnai quelques schellings, et je lui demandai s'il avait beaucoup de rennes et beaucoup de moutons, s'il était riche. « Dieu est riche, répondit- il , mais l'homme est pauvre. » Et , pendant une demi-heure , il entremêla ainsi à sa conversation des paroles bibliques. C'était un Lapon des frontières de la

1. Nous ne pouvons résister au plaisir de citer le sonnet qui fut écrit en réponse à cette lettre :

Pendant que tu disais ta ballade de FFanee, Sous le toit de ton hôte un yieux Lapon entra , Qui s'assit à tes pieds, dans un pieux silence, Longtemps te regarda chanter et soupira.

Puis jses yeux s*animant d'un rayon d'espérance : a Nous ne chaatons pfts , nous , mais une h^ure viendra , Où Dieu prenant pitié de sa longue souffrance, Daus un monde meilleur le Lapon chantera. »

Et tu crois , ô vieillard , que sur d'autres rivages , Parce qu'elle est plus haut , la nue a moins d'orages , £1 que l'homme au bonheur chante un hymne éternel ?

Ah ! qu'il en est aussi dont les ftmes blessées Traînent aveo ennui le poids de leurs pensées , £t disent comme toi : « Nous chanterons au ciel 1 »

AntciwE M Latour.

Russie , qui vient à Hvalsund chaque été avec son troupeau et s'en retourne l'automne dans les montagnes. < Où demeures-tu? lui dis-je quand il nous quitta. — Le Lapon, répondit-il, n'a point de patrie et point de demeure. Il porte sa tente d'un lieu à l'autre; mais, si tu veux venir l'hiver prochain à Kitell, tu demanderas Ole Olssen, et je te recevrai. » Le lendemain, au moment où j'allais partir, il vint à moi, et me dit en me présentant une vieille pièce de monnaie norvégienne : « Tu es un bon étranger , toi, tu ne méprises pas le pauvre Lapon. Garde cela pour souvenir de moi, et viens me voir à Kitell. Je te dirai comment nous vivons. » Puis il me tendit la main et s'éloigna.

Le prêtre exerce sur toute cette communauté une sorte de juridiction paternelle. C'est lui qui règle les mariages, qui apaise les querelles , qui donne des conseils au père de famille et des encouragements à Tenfant. Si deux époux ne peuvent s'accorder, ils s'adressent au prêtre. Si deux voisins ont à traiter quelque épineuse question d'intérêt, ils prennent pour arbitre le prêtre; et si le Lapon et le marchand sont mécontents l'un de l'autre , c'est encore le prêtre qui s'interpose entre eux. Le soir, il y avait un procès à juger. Il s'agissait de deux jeunes fiancés qui demandaient à rompre leur contrat. Le jeune homme, séduit par les sept cents rennes de sa future , aurait encore volontiers consenti à ensevelir dans le silence ses griefs; mais la jeune fille avait invariablement pris sa résolution. Les deux partis, accompagnés de levu's témoins, comparurent devant le prêtre, et, quand la fiancée eut déclaré qu'elle voulait redevenir libre, le jeune homme redemanda les présents qu'il lui avait faits. Elle prit une clef cachée sous sa robe, ouvrit une vieille caisse en bois, et en tu*â une bague d'argent, une ceinture de cuir ornée de quelques plaques d'argent, et trois mouchoirs d'indienne, l^ jeune honune rassembla ces objets, les retourna de tous côtés pour voir s'ils étaient en bon état ; puis , quand ce

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examen fut fini, il raconta au prêtre que ses fiançailles lui avaient coûté beaucoup d'argent, que sa fi^mcée avait bu dix-huit pots d'eau-de-vie, et il demandait 10 dalers (50 fir.) pour s'indemniser de ses dépenses , de ses voyages et de ses chagrins. A cette déclaration inattendue, la jeune Laponne jeta sur lui un regard d'une magnifique fierté, puis elle en appela aux témoins , et il se trouva qu'au lieu de dix-huit pots d'eau-de-vie , l'innocente fille n'en avait bu que trois. Le prêtre lui dit de donner cinq francs à son rigoureux fiancé. Il les reçut avec autant de joie que s'il n'avait pas osé les espérer. Puis tous deux , à la demande de leur juge, se tendirent la main en signe d'oubU du passé et se séparèrent.

Le lendemain, les Lapons étaient retournés dans leurs demeures. Pour nous, nous avions un nouveau voyage à faire. Le pêcheur finnois qui, pendant sept mois de Tannée, sert de maître d'école à la communauté, était venu de Revsboten, situé à douze lieues de Hvalsund, chercher le prêtre pour administrer les sacrements à sa vieille mère malade. Nous partîmes à midi dans une petite barque montée par trois hommes; le maître d'école nous servait lui-même de pilote. Nous longeâmes la côte occidentale de Hvalô, et je vis reparaître autour de moi les sites sombres de ces mers du Nord, les grands rocs aigus, isolés et debout au milieu des vagues, comme des pyramides au milieu du désert, les montagnes de neige ceignant l'horizon, de temps à autre un coin de terre aride où le pétrel s'arrête dans son vol, comme pour voir de quel côté soufQera la tempête , et de toutes parts une solitude profonde, un silence de mort.

Le soir, des nuages épais s'amoncelèrent autour de nous, l'azur du ciel disparut, et nous n'entrevîmes plus que les vagues noires et les masses confuses des montagnes, qui présentaient dans l'ombre toutes sortes de formes étranges. Il était deux heures du matin lorsque nous arri-

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vâmes à Revsboten : le ciel était encore chargé de nuag^ ; mais une clarté rougeâtre se montrait à l'horizon. Â la lueur de cette pâle aurore, nous aperçûmes» sur une pointa de terre, une tente de Lapons nomades ; près de nous un torrent, et au bord du torrent la cabane de gazon habitée par la vieille femme, < Irons^nous maint^ant visiter ta mère? demanda le prêtre à Per Nilsson, le maître d'école. — Oui, je le désirerais, répondit-il; je sais qu'elle veut te voir dès que tu arriveras. Attends-^moi à la porte, je vais lui dire que tu es venu. »

Nous restâmes à la porte , tandis que les rameurs ti* raient la barque sur la grève. Il faisait froid, humide, et nos manteaux, mouillés par le brouillard, ne pouvaient nous réchauffer; Per Nilsson revint un instant après appeler le prêtre. Nous le suivîmes en nous courbant jusqu'à terre pour franchir le seuil de son habitation. C'était une pauvre cabane laponne occupée par deux familles. D'un côté, étaient les peaux de rennes servant de lit; de ra^tre« un métier à tisser, quelques seaux en bois posés sur des planches, une marmite suspendue au-dessus du foy^, rien de plus. Deux femmes, qui avaient revêtu à la hâte leur tunique de vadmel , étaient assises sur leur lit, et, dans un coin obscur, la malade poussait des cris de douleur. Une lèpre inciurable lui avait dévoré une partie du palais, et sa voix, inintelligible pour tout autre que pour son fils, ressemblait à un ràlement de mort. Le prêtre se posa devant son lit. Per Nilsson lui servit d'interprète. La malheureuse, sentant qu'elle n'avait plus guère de jours à vivre, voulait recevoir aussitôt la dernière communion. Le prêtre prit ses vêtements, son caUce, et commença les prières des agonisants. Comme il craignait de se tromper en parlant une langue qui ne lui était pas familière, il priait en norvégien, et le fils de la malade, la tète incli* née, les mains jointes , traduisait à sa mère mourante les saintes paroles. C'est une scène que je n'oublierai jamais :

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cette cabane de pèchetur au miUw du désert ; CQtie malade, eousolée par la foi dans ses douleurs; ce prêtre avec ses yAtemeuts sacerdotaux , debout dans l'ombre ; un fils traduisant à sa mère ;les exhortations de Tagonie; deux femmes silencieuses et comme atterrées par la douloureuse majesté de ce tableau ; auprès d'elle^ un jeune enfant endormi dans son ignorance; nulle étoile au ciel; Bulle autre clarté dans cette retraite obscure qu'un rayon pâle de la luHe descendant par le toit; le vent sifflant sur les vagues de la mer, et le torrent aux flots orageuse grondant à côté de nous ; c'est tout ce que J'ai vu dans ma vie de plus terrible et de plus imposant.

Quand la cérémonie fut achevée, la malade remercia Dieu et s'endormit. Per Nilsson nous mena dans une espèce de hangar où il renfermait ses provisions. Il étendit quelques peaux de rennes sur le plancher ; nous nous couchâmes là-dessus, et nous dormîmes d'un profond sommeil. Quelques heures plus tard, quand Per Nilsson ouvrit la porte, le prêtre lui demanda conmient se trouvait sa mère. « Elle va bien, dit-il; tes prières l'ont fortifiée et réjouie; elle est assise dans son lit et voudrait te voir. » Nous rentrâmes dans la cabane, et tandis que le digne pasteur portait encore une consolation dans le coojur de la malade, les deux autres femmes préparaient notre déjeuner. La première faisait bouillir du poisson dans la marmite qui avait servi la veille à cuire des plantes marines ; la seconde pétrissait sur une planche des galettes de farine d'orge qu'elle rôtissait ensuite au moyen d'une pierre plate posée sur le feu. Un enfant nous apporta la marmite en plein air et mit une douzaine de galettes sur le gazon. Nous n'avions ni assiettes ni fourchettes ; nous péchâmes avec la pointe d'un canif les queues de poisson qui flottaient dans l'eau, puis nous allâmes boire au torrent, et la nouveauté de ce déjeuner nous fit oublier ce qu'il avait de peu confortable. Pendant ce temps, nos rameurs man-

geaient une espèce de gruau composé d'huile et de foie de poisson. Quand ils eurent achevé ce triste repas, dont l'aspect seul me causait un profond dégoût, nous demandâmes à partir. Mais le bon Per Nilsson , qui devait encore être notre pilote, était retenu tantôt par sa mère, tantôt par sa femme ; puis il allait se promener sur la grève, tenant un enfant de chaque main, et, lorsque nous regardions du côté du bateau , il regardait sournoisement d'un autre côté. Enfin il s'arracha à son foyer et à ses affections ; il dit adieu à l'un , à l'autre , et rama bravement pendant huit heures pour nous reconduire sur le sol de Hvalô.

A M. ALFRED DE VIGNT.

De Haminerfest au Cap Nord il n'y a guère qu'une trentaine de lieues, et, de tous les habitants de la ville, le prêtre est le seul qui ait été voir cette dernière limite de l'Europe. Le voyage n*est cependant ni aussi pénible ni aussi dangereux que certains touristes l'ont dépeint. Nous l'avons fait en trois jours ; d'autres l'ont fait en moins de temps encore. Mais il est vrai de dire qu'autour de ces rochers qui forment la pointe du cap la mer est rarement calme. Même quand le vent se tait , les longues vagues de l'océan Glacial roulent avec fracas, comme si elles étaient encore soulevées par l'orage de la veille, et la côte est hérissée de brisants, où les flots impétueux se précipitent avec un rugissement pareil au bruit du tonnerre. Là, si l'on est surpris par l'ouragan, nul asile ne s'offre à la barque fragile, nulle terre ne la protège, et, si le vent contraire persiste , l'excursion de tarente lieues peut durer trente jours.

Pour moi, dès mon arrivée en Finmark, j'avais regardé ce voyage au Cap comme le terme obligé d'un séjour dans le Nord. Tandis que je faisais mes préparatifs, un de mes compatriotes, M. de Saint-Maur, arriva à Hammerfest, et nous résolûmes de partir ensemble. Le bateau était amarré

dans le port, les matelots avaient déjà revêtu leurs tuniques de cuir et leurs longues bottes; mais le vent du nord soufflait avec violence. Il était impossible de mettre à la voile ou de ramer. Nous restâmes ainsi toute une semaine, regardant à Thorizon et consultant les nuages. Enfin il s'éleva une légère brise d'ouest, et nous nous embarquâmes.

Toute cette mer est parsemée d'tles arides, habitées seulement par quelques familles de pèdieurs, visitées par les Lapons, qui y conduisent leurs rennes au mois de mai et s'en retournent au mois de septembre. Le nom de ces îles indique leur nature. C'est Tlle de la baleine, de l'ours, du renne, du goéland : Hvalô^ Biœmô^ Rend y Maasô. De longues bandes de neige les sillonnent toute l'année, et des brouillards épais voilent souvent leurs sommités.

Au delà de Maasô, les tles cessent du côté du nord; on entre dans la pleine mer, et bientôt on aperçoit les trois pointes de Stappen, qui s'élèvent comme trois obélisques au milieu de l'Océan. Celle du milieu, plus haute et plus large que les deux autres, avait frappé les regards des Lapons ; ils la saluaient de loin comme une montagne sainte, et venaient sur sa cime offrir des sacrifices. Autrefois il y avait là quelques habitations ; il y avait aussi une ^lise à Maasô. Quand Louis-Philippe fit le voyage du Gap Nord, il s'fpréta une nuit chez le sacristain de Maasô, une autre chez un pécheur de Stappen. Son voyage dans le Nord a déjà passé à l'état de tradition populaire. Les pécheurs se le sont dit l'un à l'autre, les pères l'ont répété à leurs enfants; et les naïfs chroniqueurs de cette odyssée royale n'ont pu s'en tenir à la simple réalité ; ils l'ont agrandie et brodée selon leur fantaisie. On raconte donc qu'une fois il arriva ici des contrées du Sud, de ces contrées merveilleuses où les arbres portent des pommes d'or, un grand prince qui cachait, comipe dans les coptes de fées, son haut rang et sa fortune squs le simple habit de laine nor-

yégi^. D^abord on le prit pour un étudiant oimeux qui Gherchait à s*instruire eu parcourant le pays, ou pour un marchand qui voulait connaître Tétat de la pèche de Lo* fodden, d'autant qu'il était doux, honnête, et nullement difficile à servir. Mais bientôt on reconnut que c'était un personnage de distinction, car il avait avec lui un compa-» gnon de voyage (M. le comte de Montjoye) qui ne lui parlait jamais qu'en se découvrant la tôte, qui couchait sur le plancher tandis que le prince couchait dans un lit. Une fois la femme d'un paysan, chez lequel les deux voyageurs avaient passé la nuit, entra dans leur chambre au moment où ils s'habillaient, et elle vit que, sous son grossier vêtement de vadmel, le prince avait un habit de drap fin, tout couvert de croix et d'étoiles en diamants.

On dit aussi qu'une vieille Norvégienne, à qui il avait fait l'aumône , lui dit en lui prenant la main poiu* le ro^ m^der : « Les gens de ce pays te regardent comme un de ces voyageurs que nous voyons quelquefois passer; mais moi, je sais bien que tu es plus grand que le Fogde et VAmtmand^^ et même que l'évoque de Drontheim. Je sais que tu es un prince, et, vois-tu, la vieille Brite ne ment pas, tu seras roi un jour. »

A l'époque où Louis-Philippe voyageait dans ces contrées si peu connues, il n'avait point d*habit de drap fin sous sa blouse de vadmel, point de croix de diamants sur la poitrine. Le désir de voir, d'observer, de s'instruire, lui avait fait entreprendre avec de faibles ressources cette longue et difficile excursion. Il venait de son collège de Reiohenau, n'emportant pour toute fortune qu'une modique lettre de change sur Copenhague ; et quand la bonne Brite lui prédit qu'il deviendrait roi, le prince dut lui répondre par un singulier sourire d'incrédulité. C'était en 1795 ; on ne songeait guère alors à faire des rois en Fraace.

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