‹ Lettres sur le NordChapitre 7 sur 40 · Ghro|i<iiM de tMtbmar 4e Merse^oaiy · texte numérisé non relu

Ghro|i<iiM de tMtbmar 4e Merse^oaiy

cendaît jusqu'aux genoux. Dans sa main droite elle tenaf une pomme, dans sa main gauche une grappe de raisin. '

Prowe, le dieu de la justice, résidait au milieu d'unf^ majestueuse enceinte d'arbres. Le roi venait là s'asseoir,^ <;omme saint Louis au pied du vieux chêne, pour rendit ses jugements ; mais le prêtre avait seul le droit de péné-^^ trer dans l'enceinte sacrée, et si un criminel, condamné à mort , parvenait à s'y introduire, c'était pour lui un in-*^ violable refuge.

Les Wendes adoraient encore Podaga, le dieu des sai-^ sons , et Flins, le dieu de la mort. On le représentait sousr la forme d'un squelette; mais ce scjuelette portait un lion* sur ses épaules.

A ce culte des divinités bienfaisantes et redoutables, les<^ Wendes joignaient celui de la nature. Ils s'approchaient^ avec un saint respect des sources d'eau et des forêts. Dans' les flots du lac limpide, ils croyaient entrevoir des génies' mystérieux; dans l'ombre solitaire des bois, ils entendaient, comme les Grecs, résonner à leurs oreilles des paroles prophétiques. Le chêne était pour eux \m emblème des forces créatrices de la nature et du principe organique qui la régit. Le vieux tronc, noirci par le temps, dépouiUé de feuillage et couvert de mousse, était la cellule silencieuse d'une divinité. A Oldenbourg , les chênes sacrés étaient renfermés dans l'enceinte du temple. A Stettin , on portait des présents à un devin qui consultait une source d'eau et rendait des oracles. Dans plusieurs endroits, on suspendait aux arbres des images de dieux ou des figures symboliques. Le temple était ordinairement bâti dans une île : on y arrivait par un pont, et ceux qui voulaient ofBrir un sacrifice avaient seuls le droit de passer ce pont.

On immolait aux dieux des bœufs et des brebis. Les prêtres prenaient la meilleure part de l'holocauste; le ijeste était abandonné au peuple. Parfois on immola des chré-

j tiens. Les Wendes croyaient que ce sacrifice devait être , particulièrement agréable à leurs idoles. Dans une de ces j luttes sanglantes qui éclatèrent fréquemment entre les sectateurs du paganisme et les néophytes de TÉvangile , -, un évêque fut tué et sa tète ofierte à Radigart, le dieu de , la force. A la suite de l'holocauste, on interrogeait le sort, ,. on jetait en Tair des morceaux de bois noirs d'un côté et ., blancs de l'autre. S'ils retombaient du côté blanc, c'était un bon augure ; sinon , un signe de malheur.

Chaque fois qu'un honmie voulait consulter l'oracle ou se concilier la faveur des dieux, il offrait un sacrifice. Les dieux présidaient à toutes les actions importantes de la vie humaine; les dieux bénissaient les mariages et les ; serments d'amitié; ils sanctionnaient les traités de paix, et ^ prêtaient leur appui aux déclarations de guerre. Il y avait s dans chaque temple national un étendard sacré , espèce ç de palladium que le peuple considérait avec un religieux . respect, et que les prêtres allaient chercher cérémonieu- : sèment dans les grandes circonstances. Certaines tribus . des Wendes avaient pour bannière im dragon avec une tête de femme et des bras couverts de fer. Les habitants de l'île de Rugen en avaient une autre qu'ils appelaient Stanitia^ et pour laquelle ils professaient presque autant de vénération que pour leurs dieux mêmes. Indépendamment de ces circonstances accidentelles où la porte du temple s'ouvrait pour celui qui venait immoler une brebis et implorer une faveur, il y avait chaque année trois grandes fêtes, que le peuple entier célébrait par des chants, des danses et des holocaustes nombreux. La première était celle de l'hiver; elle se trouvait précisément placée à la même époque que le Jid des Scandinaves et la NoU des chrétiens. La seconde était celle du printemps ; les Wendes l'avaient consacrée à la mémoire des morts. La troisième était celle des moissons.

Bans un pays où le sentiment religieux s'associait ainsi

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à toutes lie$ actions de la vie , les prêtres dendoiit néee«-* saireu^t avoir une grande mfl^&ce. Ils étaient tout à la fois y dans les temps asciffias « juges , législateurs « arlÂtred supr^es du peuple. Plus tard^ les Obotrites se eboisirent un roi 9 ou plutôt un général chargé de les oozkdaiFe au combat. Son autorité était extrêmement restreinte. Dans les circ(mstances graves ^ on attendait xn^ déciaoa» des dieux .9 et cette décision , c'étaient les prêtres qui la ]^xh nonçaient ; c'étaient eux aussi qui gardaient dans le t^zlple le trésc»* de l'Ëtaty qui receyai^at les offrandes de» tf^ldats et les tributs dea marchands étrangers* Ld roi élu par le peuple montait sur une pierre « mettait sa uaaift dans celle d'un paysan , et jurait de rester fidèle ik 1» reli'' gion du paya, de protéger les veuves et les orph^u» ^ et de respecter les lois* Mais ks iBêmes b<«iiiiaes qui l'ftVai^at investi de la di^^ûté suprême pouvaient lacileiaebt l'en dépouâler. Sa couronne était entre leurs mains « ainsi que sa vie« Si un désastre , ime mauvaise récolte , une dé&ite sanglante survenait dans la contrée^ le roi en était responsable* On le regardait comme un être litre à une maïbettreuse fatalité , et , pour prévenir de nouvelles iniortuneSf on l'immolait aux dieux. Le même usage eodi^tait en Suède. Les Suédois égorgèr^t un jour leur rd DomakL^ et arrosèrent avec son sang les autels de leurs idoles pour faire cesser la disette* Les habitants de l'île de Eugen avaient un roi; mais , dans la plupart des districts dccu* pés par des tribus slaves « il portait le titre de nM/îmùda ( chef dans la guerre). Les étymologistes croient Te^qia^. naître dans les syllabes finales de ce titre ^ dans u bm^ dô toodla 9 le nom d'Odîn , dieu de» Scandina^^.

Toute l'histoire de* Wendes^ depuis l'époque où elle se rév^ à npus 9 c'eât4^Klire depuîl le teiiGç» de CSiarle-^ magne , n'est qu'un triste tableau de disseuiion* crnleâ et de guerres perpétuelles. Les Obotrites lutt^st oomtre les Wilzes , contre les Saxons , contre ks hegum. Quand, le

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eoBBâMut casse d'im cftté , il recommence de Tautre ; quand l'orage ne gronde plus au dehors, il éclate au dedans. Les ehels de la peuplade mecklembourgeoise se disputent le pouToir , se Valussent , s'égorgent ; les inimitiés particofières se m^ent aux haines nationales. Les paysans se I»HeBt , «t les pirates vont comme des oiseaux de proie attendre leur victime sur les vagues lointaines. Enfin, cette tribu slave n'apparaît que comme une société confuse et yiele&te, dont niûle loi n'arrête les emportements, et à laqudle la rdigion mène n'impose aucun frein régulier. Au cOTamencement du ix* siècle , vm moine de Picardie alla prêcher le christianisme dans le Nord, et fit en peu de temps assez de progrès pour qu'en €83 le pape crût devoir fonder l'évèché de Hambourg. Mais cette douce et pacifique loi de TËvangile , qui avait déjà t^npéré tant de pasâoius ardentes et adouci tuit de nations farouches , ne fit que jeter parmi les Wendes de nouveaux germes de dyus(corde ; ceux qui cédèrent à la voix des missionnaires furent s^nalés comme des traîtres et des hommes indignes de toute pitié. De là des haines profondes , des actes de vîdteAce et des gu^res sans fin. Les païens croyaient faire une œuvre agréable à leurs idoles en poursuivant avec adiamement les néophytes de l'Évangile. Pour se conalier la faveur de leur terrible Zcemebog, ou de leur dieu Radigiui;, ils meendiaient une chapeUe, ils massacrai^it une famille chrétienne.

Plusieurs fois les Saxons essayèrent de convertir par la force ces rudes peuplades que la parole éloquente des missionnaires ne pouvait émouvoir. Quand ils gagnaient une bataille, la loi de l'Évangîle^devenait toute-puissante ; les princes acceptaient le baptême pour obtenir la paix , et le peuple promettait de bâtir des églises ; puis , à peine l'arittâe 4vuiMme ayait^eUe quitté la froniière , k peine rfaenre de la crise était^elle passée, que les idées de conversion étaient aussitôt anéanties ; le chef de la tribu se

bâtait d^abjurer ses promesses religieuses, les soldats démolissaient l'église commencée , et les prêtres rapportaient en grande pompe la statue de l'idole dans son temple. Cette lutte des croyances religieuses dura trois siècles; peu à peu, enfin, elle s'amortit : la persévérance des prédicateurs chrétiens l'emporta sur l'opiniâtreté des païens. En 1168 , on brisait la dernière idole dans l'île de Rugen, et trois années après il y avait un évécbé à Schwerin. En introduisant dans cette contrée un nouveau dogme, les missionnaires y introduisirent aussi une autre langue. L'Allemagne fit la conquête morale et intellectuelle du Mecklembourg ; im grand nombre de familles wendes s'étaient éteintes dans les longues guerres qui ravagèrent leur pays ; elles furent remplacées par des familles allemandes. Les missionnaires en amenèrent d'autres encore, et les premiers princes chrétiens , qui trouvaient en elles un appui , les favorisèrent de tout leur pouvoir. L'élément slave , combattu ainsi de tout côté par le glaive du soldat et le dogme du missionnaire , s'affaiblit graduellement , l'élément germanique grandit. Au dehors , l'Allemagne cernait la terre des Wendes ; au dedans , elle, y jetait sans cesse de nouvelles racines ; elle agissait sur cette contrée à demi barbare par sa puissance politique , par sa religion , par un premier développement d'idées morales qui apparaissent alors comme l'aurore de la civilisation. La lutte n'était pas égale ; les Wendes furent vaincus, et la langue allemande remplaça dans le Mecklembourg l'idiome slave ^ Mais la population étrangère qui vint s'adjoindre à la tribu des Wendes n'empêcha pas le pays d'être de nouveau envahi par les Danois. Canut VI s'en empara en 1202, et ses successeurs le gouvernèrent

1. Il existe cependant encore dans le Mecklembourg un grand nombre de paysans et plusieurs familles nobles dont Torigine est incon* testablement slave. Telle est, entre autres, ceUe des Bas^ewitz, BilloWi DerwitZj Flotow, Lutzow, Lewetzow, etc.

pendant vingt-cinq ans. Les descendants de Niclot, prince des Obotrites , le délivrèrent enfin de Toppresâon ; mais à peine Favaient-ils afiranchi , qu'ils l'affaiblirent en le partageant. Les quatre fils de Borovin II formèrent quatre Etats de l'antique principauté. L'aîné des frères , Jean , obtint la plus grande partie de ce duché : c'est de lui que descendent les princes actuels du Mecklembourg ; les trois autres formèrent la ligue de Richenberg, Werle et Rdstock, Plus tard , on vit se former la branche des seigneurs de Boizembourg , des comtes de Schwerin et des princes de Mecklembourg-Stargard. On comprend tout ce qu'un Etat déjà si restreint devait perdre en se divisant en plusieurs parcelles. Cependant il lutta glorieusement encore contre des voisins ambitieux , contre les villes hanséatiques , contre les Danois et les Suédois ; puis il eut des princes hardis et intelligents qui l'illustrèrent par leur courage , ou le fortifièrent par de sages institutions. Tel était, entre autres , Jean P' , le chef de la branche du Mecklembourg. n avait étudié à l'Université de Paris, et sa science lui fit donner le surnom de Théologien. Il fonda plusieurs établissements utiles , détruisit un repaire de pirates , et sut maintenir , par sa sagesse autant que par sa valeur , l'ordre et la prospérité dans son pays. Son fils, Henri I", surnommé le Pèlerin , était un de ces hommes au cœur chevaleresque, à l'esprit aventureux, que les poètes du moyen âge se plaisaient à chanter , et dont le peuple inscrivait avec amour le nom dans ses légendes. Le désir de s'illustrer par de grandes actions l'entraîna hors des limites de son étroit domaine ; il partit pour la Terre sainte, laissant à sa femme le soin de régir le duché. Pendant quinze ans , la noble princesse remplit cette tâche difficile avec une rare prudence et ime admirable énergie : obligée tantôt de se mettre en garde contre des projets d'invasion, tantôt de résister, comme la Pénélope antique, à des offres de mariage , elle sut tour à tour éviter chaque écueil

et prév^Qtir chaque danger. Lorsque ses fils furept ea âge de régnear, elle leur abandonna le pouvoir qui lui avait été confié , et se retira dans la solitude.

Depuis que le vaillant Henri était éloigné de l'AUe-* magne , on n'avait eu aucune nouvelle de lui ; chacun le croyait mort, et sa noble femme faisait prier pour lui eA portait des vêtements de deuil. Mais voilà qu un beau jour le bruit se répand que le pèlerin aventureux n'es^ pas mort, qu'il revient. La nouvelle court de village en village* La fidèle Anastasie sort de sa retraite pour embrasser ce^ lui qu'elle n'espérait plus jamais revoir, et Henri appa* rait, les cheveux blancs , le visage amaigri par les souf«frances. Ce n'était plus ce beau chevalier à la tête haute > au regard fier, que Ton avait vu partir avec les rêves audacieux de la jeunesse. Hélas l non, c'était l'hcHnme trompé dans son espoir, vaincu par le temps, qui s'en re<vient le front penché , le cœur malade , après avoir expérimenté la vie et les choses , et qui, debout sur les lieux témoins de sa première ardeur, leur redemande un reste des songes passés, et ne trouve plus rien. Henri n'avait pas même pu aborder sur le champ de bataille où il espé* rait exercer son coiurage. Au moment où il sortait de Marseille, des corsaires le prirent et le gardèrent vingt-cinq ans captif au Caire. Dans ce moment , le récit de ses malheurs lui donnait un nouveau prestige. Les cloches des églises sonnaient sur sa route , les prêtres chantaient un chant de joie , et le peuple accourait au-devant de lui. Ses deux fils lui ren[ûrent humblement le sceptre qu'ils avaient reçu de leur mère. Mais Henri ne le garda pas longtemps. Il mourut en 1301, et l'Allemagne le célébra longtemps dans ses ballades et ses traditions.

Bi^ôt son fite donna un nouvel éclat au Mecklembourg par sa hardiesse et ses exploits. Scm règne ne fut qu'une longue guerre souvent difficile et souvent glorieuse. Il dompta l'orgueil des villes hanséatiques , fit peur au D»*

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nemark et c(»xibattit noblement pour le roi de Suède. Ses ambitieux voisins, qui d*abord avaient osé attenter à ses droits , lui demandèrent la paix, et le peuple le nomma avec orgueil Henri le lion.

An XV* siècle , trois des maisons prindères formées par le partage des fils de Borovin étaient éteintes ; celle de Mecklembourg repnt leur héritage. Les fils d*AIbert le Beaa la divisèrent encore en deux Inrancbes, et diminuèrent ainsi son pouvoir. Puis arriva la Réformation, ce temps des grandes idées et des grandes luttes , puis la guerre de Trente ans qui ravagea toute l'Allemagne. Le Mecklembourg fut envahi par des troupes catholiques, ses deux souverains légitimes furent détrônés, et Wallenstein posa sur sa tète la couromie de leurs duchés. Quand la guerre cessa, le trésor était vide, le pays dévasté. Partout la main cruelle du scddat avait porté le fer et le léu; partout des maisons en ruine, des villages déserts, des champs incultes. Le règne de Charles-Léopold ne fit qu'aggraver cette misère. Le malheureux pays, ravagé, dépeuplé, endetté, ne reprit un peu de force et d'espoir que sous l'autorité bienfaisante de Chrétien-Louis IL A ce prince vertueux et éclairé succéda Frédéric le Bon gui, par ses sages institutions, par ses intelligentes économies, rétablit Tordre dans les finances et adoucit les malheurs du peuple. Son successeur, Frédéric-François, acheva cette oeuvre salutaire. Son long règne, son règne de cinquastte ans, fut menacé de plus d'un désastre et troublé par plus d'un orage : il vit éclater la révdution française qui ébranla le monde entier ; il vit le vieil empire germanique se dissoudre ; il vit l'étoile des grandes puissances pâlir, l'Autriche courbant la tète sous le glaive étranger, et la Prusse morcelée par la main de celui qui faisait et défaisait les rois. Malgré le systèn^e de neutralité qu'il essaya de garder au milieu de ce choc des armées et de cette lutte des royaumes, il ne put échapper à la tem-

pète qui agitait toute l'Europe. Des troupes françaises envahirent ses Etats. Un général français s'installa dans son château conune gouverneur. Le noble prince fut obligé de quitter le domaine de ses pères , avec la douleur de voir ses sujets subjugués par de nouveaux maîtres et condamnés à de rudes impôts. Mais plus leurs souSrances avaient été grandes pendant ime partie des guerres de TËmpire , plus il s'efforça de les adoucir quand les jours de calme revinrent. Le Mecklembourg lui doit ime foule de réformes habilement conçues, des règlements utiles sur le commerce , sur la justice , sur radnùnistration, sur l'instruction publique ; car en même temps qu'il travaillait à assurer le bien-être matériel de son peuple, il essayait de donner une nouvelle extension à son développement moral. En 1835, il reçut de l'affection de ses sujets un éclatant témoignage du succès obtenu par ses efforts. Il y avait cinquante ans qu'il régnait. Tous les habitants du duché, jeunes et vieux, riches et pauvres, se réunirent spontanément pour fêter l'anniversaire de son avènement au trône, et dans cette fête, inspirée par la reconnaissance, animée par l'amour, il n'y avait rien de faux et rien de fardé. Le paysan la célébrait avec la même joie que le grand seigneur. Les lambris de la ferme et ceux du château entendaient répéter les mêmes vœux , et tout haut on disait : Le chef de la maison de Mecklembourg a le premier donné l'exemple du savoir ; Henri le Pèlerin, celui de la noblesse chevaleresque ; Henri le Lion , celui de l'ardeur et de la persévérance; Frédéric le Bon, celui de la justice et de l'humanité ; Frédéric-François nous donne l'exemple de la sagesse, de l'intelligence, des douces vertus et des nobles pensées. — L'excellent prince ne survécut pas longtemps à ce touchant hommage. Il est mort en 1837, laissant comme une bénédiction le souvenir de son règne dans le cœur de ses sujets, et le souvenir de ses vertus dans le cœur de ses enfants.

Le Mecklembourg est divisé en deux duchés» celui de Schwerin, qui est le plus important et le plus étendu, et celui de Strelitz. La surface du pays est de 280 milles (560 lieues) carrés , dont 228 appartiennent au duché de Schwerin, et 52 à celui de Strelitz. La population du premier s'élève à 2071 habitants par 22 milles carrés, celle du second à 1710. Il y a dans le duché de Schwerin 40 villes, 9 bourgs, 308 grands villages, 2200 petits villages et métairies ; dans celui de Strelitz, 9 villes, 2 bourgs, et 522 villages et métairies.

Dans ces deux duchés, les impôts sont très-également répartis , et très*minimes comparés à ceux de plusieurs autres contrées de TAllemagne. Ils ne s'élèvent, dans le pays de Schwerin, qu'à 1 florin 29 schellings (environ 4 francs) par tète*. Dans le pays de Strelitz , ils sont encore plus minimes. A part les droits d'entrée il n'y a point d'impôt indirect. Le propriétaire paye une taxe régulière pour son domaine, le fermier pour sa ferme, et le fisc ne leur demande plus rien.

Les deux duchés, gouvernés séparément par deux princes indépendants l'un de l'autre, sont réunis par la même constitution. Leurs députés s'assemblent au même lieu et délibèrent sur les mêmes propositions. Le principe constitutionnel qui forme une des bases du gouvernement mecklembourgeois remonte très-haut. Dès le xiv* siècle, on voit que les nobles et les grands propriétaires du pays pre-, naient une part directe aux affaires. Plus tard , les villes et ensuite les prélats eurent le môme droit. Au xvi® siècle, la première charte du pays fut rédigée; au xvn* siècle, les assemblées nationales furent convoquées chaque année. La constitution actuelle a été faite d'après celles de 1523, 1572, 1621 et 1755.

1 . Dans le duché de Bade , les impôts s'élèrent à 5 florins et demi par tète; dans la Saxe, à 5 florins 50 kreuzer; dans la Prusse et la Hesse , à 6 florins.

Chaque année les grancIsHlucs convoquent les états et les réunissent tour à tour dans la principauté de Schwerin et dans celle de Strelitz. Les deux princes sont représentés auprès de l'assemblée par trois commissaires qu'ils nomment eux-mêmes. Trois maréchaux héréditaires (deux pour le duché de Schwerin, un pour celui de Strelits) sont chargés de recevoir les propositions des commissaires et d*y répondre au nom de l'assemblée. C'est à cette assem-^ blée qu'il appartient de voter de nouveaux impôts et de faire de nouvelles lois. Elle ne possède pas dle-mâme le droit d'initiative en matière de législation , mais elle a le pouvoir du f)eto. Les sessions de la diète durent ordinairement six semaines. Les commissaires qui l'ont ouverte au nom des princes la ferment avec les mêmes formalités.

Les députés appelés à faire partie de la diète sont divisés en deux classes. La première se compose des propriétaires de biens nobles et de biens de chevalerie (RiUerffil' ter); la seconde , des représentants de la bourgeoisie élus par les villes. Les biens nobles donnent à la diète 572 envoyés; la bourgeoisie n'en donne que 40. Au premier abord, on est étonné de cette disproportion. Mais une grande partie des propriétés de chevalerie a déjà passé entre les msûns de la bourgeoisie, et, comme le droit de représentation est attaché au sol, il s'ensuit que le nombre des députés de la bourgeoisie augmente toujours , taadis que celui des députés de la noblesse diminue. Des 572 biens auxquels est attaché le drdt de représentation, 256 appartiennent à des boui^eois. Si on ajoute à ce nombre les 40 députés des villes, on voit que les représentants de la bourgeoisie sont en majorité, et, si les nobles continuent i se dessaisir de leurs propriétés , la constitution aristocratique du Mecklembourg deviendra bientôt passablement démocratique.

A PJLUL GAtMARD.

Hambourg n'est pas une belle ville, tant s*en faut; mais c'est une ville étrange, plus curieuse à voir que toutes celles dont on vante les édifices. Un grand nombre de ses nies datent du xn* siècle, et alors personne ne songeait à élever des constructions symétriques, à leur donner un alignement. Toutes les maisons ont été jetées Tune à côté de Tautre, qui de ci, qui de là, selon le caprice ou la fortune de celui qui les bâtissait. Ainsi, au centre de la cité, autour du Berg et de la Pauli Kircbe , on ne trouve que ces anciennes rues étroites, obscures, tortueuses, traversées par des ruelles plus étroites et plus tortueuses encore. Cest, pour l'étranger qui s*y aventure sans guide, un vrai l^yrinthe, d*oùil ne sort qu'en mettant à l'épreuve la complaisance des passants. Là sont les archives de la répul^Jique, la Banque, providence des négociants, et la Bourse, espèce de halle grossière bâtie sur Teau. Là sont les plus grands canaux ; là est la vie de Hambourg, la vie commerciale et industrielle. Toutes les maisons de cette partie de

, 1. l'effroyahle Incendie de 18tô a transformé la vieille eité hanséa- %^)foQs dépeignons îdHasdbourg tel qu'il nous est apparu en 1836. Nous VaTons revu, dans sa régénération, et nous avons essayé de le Récrire dans le livre que nous avons publié récemment : Un été au «^ <e la ««Wçiw.

la ville sont hautes , et l'espace y est mesuré au poids de l'or. Du rez-de-chaussée jusqu'au pignon, le marchand envahit tout. Il a là ses magasins, ses comptoirs; il sait ce que lui coûte chaque pied de parquet qu'il occupe , il rêve jour et nuit à le faire fructifier. Mais sous le seuil du rez-de-chaussée on aperçoit une porte souterraine, qui s'ouvre à moitié au-dessus du pavé ; c'est là que les vrais buveurs viennent, dans un doux mystère, encenser le dieu qu'ils se sont choisi. Un tonneau d'or élevé au-dessus de la fenêtre est le signe sacré devant lequel ils s'inclinent, et des amas de coquilles d'huîtres , des débris de verres annoncent le lendemain aux passants quel a été le sacrifice. Dans les carrefours et les ruelles, ces demeures souterraines sont habitées par les ouvriers et les familles du peuple. C'est une triste chose que de voir ces pauvres gens entassés dans ces retraites humides, où jamais l'air salubre ne pénètre , où jamais leurs regards ne peuvent se réjouir d'un rayon de soleil. Pendant l'hiver, le ruisseau grossi par la neige les inonde ; pendant l'été, chaque passant les éclabousse, et le char doré qui s'arrête à la porte leur 6te le peu de jour qui leur reste. Ces malheureux sont placés là comme ils le sont dans le monde : l'édifice qu'ils habitent pèse sur eux comme l'échelle sociale. La famille du riche danse sur leur tête, le riche chante en passant devant leur prison. Ils se courbent sous le poids de leur misère, et ils subissent le bruit de toutes les fêtes , le retentissement de tous les éclats de joie. Ce sont les parias de la bourgeoisie, les ilotes d'une république de commerce.

Mais quand on a quitté ces quartiers où la misère se montre ainsi dans toutes ses souffrances , il est beau de voir Hambourg avec les riches campagnes qui l'environnent, les canaux qui la traversent , et les deux fleuves qui forment sa ceinture. Les vieux remparts qui protégeaient la ville libre ont été détruits, et sur ces noires murailles du moyen âge on a dessiné des allées, on a planté

des arbustes. L'enfant joue sur les créneaux gardés autre* fois par l'arquebuse , et des buissons de fleurs s'épanouissent sur les tours tombées en ruine. Au nord et au sud, la ville s'est agrandie. De nouvelles rues ont été construites avec élégance. Le Neuerwall est couvert de riches magasins où Ton voit étalé tout le luxe des denrées européennes. VEsplanade ressemble à une double haie d'hôtels aristocratiques au milieu d'une campagne, et le Jwngfernstieg s'élève en face du bassin de i'Alster, comme les riantes maisons de Genève au bord du lac. Ici est le monde élégant, ici les étrangers, les bourgeois, les flâneurs qui restent ime partie de la journée assis sous la tente du pavillon suisse, fumant d'un air très-méditatif leur cigare, en contemplant les jeunes femmes qui passent. Traversez quelques rues; vous voilà aU/milieu des matelots. Voyez: les deux rades sont pleines, les bâtiments se serrent l'un contre l'autre , et ceux qui sont arrivés trop tard restent en dehors de la palissade. Nulle part en France il n'existe un port aussi simple, aussi dénué de toute espèce de constructions que celui de Hambourg, et nulle part on ne voit aborder tant de navires de tous les pays, tant de pavillons de toutes couleurs. J'ai descendu l'Elbe jusqu'à Blankenes. C'est une charmante excursion. A gauche, on aperçoit le pays de Hanovre, plat, mais couvert de verdure et parsemé de villages; à droite, la cité danoise, où tour à tour s'élève le hameau du pécheur, l'atelier de construction avec ses navires sur les chantiers, ou la riche habitation du marchand avec ses jardins. C'était un dimanche. Les enfants couraient sur la grève. Les jeunes filles , portant leurs plus belles robes et leurs plus beaux bonnets de velours, se rendaient à l'église. Les fenêtres étincelaient aux rayons du soleil; et les vieillards, assis sur le banc de pierre, devant leur porte , semblaient attendre le voyageur pour lui ofBrir l'hospitalité. Au-dessus d'une de ces habitations j'aperçus une demi-douzaine d'étendards danois. C'était

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un fligne de mariage. Les habitants de la côte invitent ainsi les étrangers qui passent devant lexir d^oieure à s'associer à leurs impressions de joie ou de tristesse. Le pavilkn blanc, surmonté de la croix de Danemark, annonce qu'une fiancée vient d'entrer dans la famille. Le pavillon rose annonce la naissance d'un enfant. Si le pavillon, au lieu de flotter joyeusement au-dessus de l'baUtatmn du pêcheur, est attaché plus bas que de coutume, si ses longs plis se penchent vers la terre, on sait que la mort s'est arrêtée dans cette demeure. Ainsi, quand le matelot passe au pied de la côte, il reconnatt ces signaux de famille, et il peut adresser un souhait de bonheur ou un regret d'ami à ceux qu'il a plusieurs fois rencontrés sur mer.

Ce jour-là , les vagues étaient calmes , le vent était bon. Le fleuve était couvert de bricks, de sloops, de bâtiments à deux mâts et de barques de toutes sortes , vogtamt à pleine voile, et laissant derrière dles un long silkm. Quelques instants après, ces bâtiments entraient dans le poort d'Altona, dans le port de Hambourg, ou se répandaient dans les divers canaux de la ville.

Depuis le moyen âge, combien de villes célèbres ottt été déshéritées de leur gloire et privées de leur couronne! Combien de provinces républicaines ont courbé la tête sous le sceptre monarchique! Mais Hambourg a gardé les bases de son ancienne constituticm et ses privilèges de ville libre. Même dans ses solennités gouvernementales , elle a conservé les anciens usages, et dans ses actes les anciennes formules. Son bourgmestre porte encore le titre de magnifique j et ses sénateurs celui de sagesse. Bile a passé par mainte phase pénible ; elle a eu des rivalités à combattre, des guerres à soutenir, et toujours elle a surmonté les dangers qui la menaçaient ; toujours les trois tours de la vieille ville ont reparu sur l'étendard nafionsd avec un nouvel éclat. Sa richesse s'est accrue à chaque siècle , et son commerce tend sans cesse à se développer

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davantage. Mais aussi quel zèle dans ses spéculations et quelle ardeur pour le travail ! U faut voir comme les maisons sont ouvertes dès le matiQ, comme les marchands se liAtetit d'arriver au c(»nptoir « et comme la foule se presse et âe coudoie dans les rues ! Il y a là une langue particth* lifa^ qu'on entend bourdonner tout le jour, une langue qui oomi d'un bout de la ville à l'autre : c'est la langue du commode, c'est le mot arg&it ! Les Hambourgeois appren-* timA à la parler m venant au monde, et les vieillards s'en sottriennent en s'endormant du dernier sommeil. Tout poorte id l'empreinte du caractère marchand, tout se réduit à ime valeur numérique , tout s'escompte. Il existe à Hambourg une espèce d'impM qu'on ne retrouve peut-être nulle part. Passé quatre heures du soir en hiver, et htut heures en été, les portes de la ville sont censées closes, et personne n'entre sans . payer un tribut de quatre schellings (huit sous) ; un peu plus tard le tribut augmente. A dix heures il est le double, et à minuit on est obligé de s'en rapporter à la commisération des gardiens. Au moment où la taxation commence, on doit sonner la cloche aumoms pendant un quart d'heure ; mais les p^cepteiirs de l'impôt font toujours en sorte d'abréger le signal de quelques minutes , et alors c'est un étrange spectacle que de voir les ouvriers et les pauvres gens de la campagne se pressa en foule pour éviter l'impôt qui les menace. On raconte que, lorsque les Français occupaient Hambourg, ils avaient perfectionné ce moyen d'enrichir leur caisse. La veille des dimanches et des grandes fêtes , c'est*à-dire la veille des jours où toute la ville émigré à la campagne, ils sonnaient pendant une heure entière. Le lendemain, les dignes pères de famille qui se promenaient dans les champs ne se pressaient pas en entendant les premiers sons de la cloche. Os s'en revenaient fort à leur aise , persuadés qu'ils avaient encore une heure à eux , et vantant la galanterie des Français; mais, au bout de quelques minutes, la cloche

restait muette, la porte était fermée, et des piles de schellings s^'entassaient au bureau de l'octroi.

Quand on a vécu quelques jours parmi les Hambourgeois, on sent qu'il ne faut leur parler ni d'art ni de poésie. Leur livre de poésie, c'est le registre de recettes et de dépenses ouvert sur le pupitre; leur plus, belle musique, c'est le son argentin des thalers qui tombent dans la caisse <de fer ; et pas un tableau de grand maître ne vaut pour eux l'effigie d'un specûs ^ Ils n'ignorent pas cependant tout à fait ce que signifie le mot de littérature; ils le prononcent même quelquefois. Mais on sent que la littérature est pour eux un objet de luxe, comme une plante exotique qu'ils apportent dans leur demeure. Ils ont une bibliothèque nombreuse, mais personne ne la fréquente; ils fondent des écoles, mais une fois qu'ils ont pénétré dans le magnétisme des chiffres , ils n'étudient plus ; ils ont un vaste établissement où ils se réunissent chaque jour : c'est la Bôrsenhalle , dirigée par M. Hosstrup. On reçoit là un grand nombre de journaux politiques , industriels, littéraires, et la plupart des livres nouveaux. Les journaux littéraires sont abandonnés aux novices de la communauté qui n'ont point encore renoncé, aux erreurs de ce monde, et les journaux industriels , les plus pratiques et : les plus secs , sont envahis par les grands penseurs de la Banque. Ici, le plus charmant feuilleton ne vaut pas une demi-ligne du tarif de douane, et les annales scientifiques d'Allemagne, les revues de Londres ou de Paris, sont placées,dans l'estime des habitants de la Bôrsenhalle, bien après la. feuille d'annonces d'un des plus petits ports de Hollande ou de Norvège.

Peu de poètes sont nés ici, mais quelques-uns y ont vécu : Hagedorn , Lessing , Klopstock , et dernièrement Veit- Weber. Maintenant, quelques hommes encore s'y distin-

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