cu de six francs
guent par leur amour dé l'étude et par leurs travaux. C'est pour moi un vrai plaisir de citer ici M. Siveking, l'un des syndics , et M. Lappenberg , l'un des jeunes savants les plus distingués de l'Allemagne. Mais ce ne sont là que des exceptions, et le reste de la ville garde ime profonde apathie littéraire.
Dans un tel état de choses , quelques jeunes gens n'ont pas craint de publier des journaux d'^art et de critique. Je ne sais si la vie commerciale de Hambourg a influé sur eux, si l'air que l'on respire ici a paralysé leur verve; mais assurément l'œuvre qu'ils ont produite n'a pas répondu à leur témérité. Ainsi , il y a une feuille littéraire qui a pris le titre à*Originalien , et qui n'est rien moins qu'originale , je vous assure. Une autre porte un nom de planète et rampe terre à terre. Une troisième s*appelle Argus; c'est la feuille la plus aveuglé qui existe. Je ne parle pas des Lesefrûchte et des Litt^arische BUUter , où l'on ne fait que charpenter et habiller assez maladroitement à l'allemande les articles empruntés aux journaux français et anglais.
Quant à la politique, je ne crois pas qu'elle trouve nulle part un sol aussi ingrat que celui-ci. Elle a contre elle ï'indiJSérence des marchands, les préventions des censeurs, qui, de leur nature, ne sont pas très-amis de la politique, et les susceptibilités extrêmes des consuls de tous les pays. Si le journaliste veut faire passer un article de théorie gouvernementale, le syndic, chargé de maintenir les bonnes traditions, va lui démontrer qu'il y a dans son travail une foule d'hérésies ; si un article d'industrie, il faut prendre garde de blesser les opinions d'un riche négociant, sénateur et peut-être bourgmestre; si un article de faits sur quelque contrée de l'Europe, voici le consul qui arrive aussitôt, prend l'article, réprouve la manière dont le fait est raconté, demande qu'on efface une phrase, qu'on change des épithètes; et le censeur, qui n'a aucun mena-
gement à garder envers le pcorra journaliste» et qui tient beaucoup à ne pas se mettre mal avec les représentaats du pouvoir, prend la plume ou les ciseaux, et esécnte la sentence. Voule2-voas savoir comme la censure s'exerce à Hambourg? En voici deux exemples. Derniërement le ré« dacteur d'une feuille politique apporte au censeur un article d'industrie, dans lequel il avait eu la hardiesse de dire que la poudre fabriquée en France valait mieux que celle de Prusse. Totite cette phrase fut bifiée d'un seul trait, attendu que la Prusse ne peut 6tre, sousaacun rapport, inférieure à la France. Un autre journaliste avait traduit un discours du roi de Suède , dans lequel il était parié du choUra asiatique. Il fallut supprimer le mot asiatique , parce que la Russie aurait pu en être choquée ^
Avec de telles entraves , que peuvent &ire les jounialistes, si ce n'est d'enregistrer les nouvelles politiques de diaque jour? C'est ce qu'ib font. Cependant il leur est permis de publier des extraits de polémique tractuits des journaux français. Quand cette polémique ne reperd pas entièrement à leurs idées, ils en fabriquent une eux-m^es, et trompent la sévérité du censeur en mettant au bas de leur article le àom de quelque feuille parisienne. Que Dieu leur pardonne I C'est bien le moindre pédié qu'ils puissent cimunettre dans l'état d'abstinence perpétuité auquel ils sont condamnés.
Du reste , une fois ce fait admis , que les négociants de Hambourg ont très^peu de libéralisme politique, une fds qu'on s'est résigné à ne leur parler ni de poème épique , ni de drame, ni d'histoire, ni de sculpture, on peut avoir avec eux des relations très-sûres et très^agréables. Ils sont honnêtes, prévenants, hospitaliers, et ils savent faire honneur à une lettre de recommandation comme à une lettre de change.