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A tout seigneur, tout honneur. Commençons par le comté dont l'écu était d'or à trois bandes d'azur, et non pas d'azur à trois bandes d'or ni bandé d'or et d'azur de six pièces comme des érudits ont souvent commis la faute de l'énoncer. Il n'y avait pas d'erreur possible puisque cet écu était celui des anciens ducs de Bourgogne. Guillaume III, dit Talvas, comte de Ponthieu du chef de sa mère, avait conservé les armes de son père, Robert II, comte d'Alençon, d'argent à troischevrons de gueules. Ce fut son fils, Guy II, qui , en épousant Alix de Bourgogne, adopta les armes de sa femme et les transmit à ses descendants. L'écu de Ponthieu commença donc par être celui du comte et devint ensuite celui du comté, sans qu'aucune des maisons souveraines entre les mains desquelles la province passa par la suite, y ait jamais apporté aucun changement ni tenté d'y substituer ses propres armes. Abbeville ne pouvant faire autrement que d'accepter l'écusson du pays dont elle était la capitale, c'est ce qu'elle fit jusqu'à ce que Charles V, voulant récompenser sa fidélité, lui eut accordé, le 43 juin 4369, de surmonter ses armes d'un chef de France. De toutes les autres villes du Ponthieu, le Crotoy fut, avec Abbeville, la seule dans l'écu de laquelle on retrouve, mises en chef, les armes de nos anciens souverains. Elle partageait cet honneur avec l'abbaye de Valoires qui portait les pleines armes de Ponthieu avec une bordure de gueules et une crosse d'or, en pal,
brochante sur le tout. Ces glorieux insignes devaient naturellement être bien plus rares encore parmi les familles nobles. Je ne puis vous en citer que deux qui les aient portés, et parce qu elles étaient issues des comtes de Ponthieu de la deuxième race : elles les portaient donc au même titre qu'un fils le nom de son père. Je veux parler des Maisnières et des Belleval. Guy II, comte de Ponthieu, mort à Ephèse en M 47, avait eu deux fils, Jean Ier, comte de Ponthieu, et Guy de Ponthieu, chevalier, seigneur de Noyelles-sur-Mer et de Maisnières-en-Vimeu , sénéchal de Ponthieu. Guy donna naissance à une famille qui adopta pour nom patronymique celui de sa seigneurie de Maisnières, mais qui conserva les pleines armes de Ponthieu. La branche cadette, dite des seigneurs de Maintenay, les brisait d'une bordure de gueules chargée de huit coquilles d'argent. Jean de Maisnières, fils de Guy, avait eu trois fils; le dernier, Aléaume de Maisnières, écuyer, ayant épousé, vers 4240, Jeanne, dame et héritière de Belleval-en- Viraeu, en eut un fils, Adam, qui délaissa le nom de Maisnières pour relever celui de Belleval, celui de sa mère, mais qui eut soin de garder l'écu paternel. Aléaume, en sa qualité de troisième fils, avait modifié les armes de sa maison : il avait gardé le champ d'or et les bandes d'azur, en laissant intacte celle du milieu, mais en faisant deux cotices des deux autres, c'est-à-dire en les diminuant des deux tiers de leur largeur. Les armes de la famille de
Belleval furent donc d'or à la bande d'azur accompagnée de deux cotices de même, jusqu'au commen cément du XVe siècle, qu'une alliance avec la dernière de la grande maison de Fricamps fit substituer ses armes à celles pourtant bien plus belles qui rappelaient une origine souveraine.
11 n'est pas une province dans laquelle quelque ville ne s'honore de posséder les glorieuses fleurs de lys, et le Ponthicu, tout petit qu'il fût, n'en a pas été plus privé que les autres. Mais c'était chez lui la marque d'une moins ancienne origine, puisque les armes de France qui ne pouvaient être prises et portées qu'en vertu d'une concession régulière, n'ont pu y être concédées qu'après l'époque à laquelle le pays fit définitivement retour à la couronne, c'est-à-dire en 1369. Il y avait trois degrés dans la forme des concessions que le roi faisait de ses propres armes. 11 les donnait pleines, ou bien il les donnait en y ajoutant une pièce principale à laquelle elles servaient de champ, ou bien encore il les ajoutait à un autre écusson dont elles devenaient l'accessoire. Dans la première catégorie, c'est-à-dire portant les pleines armes de France, vous remarquerez le corps de l'élection de Ponthieu, le corps des officiers de la justice des traites et le présidial d'Abbeville. Dans la seconde, je trouve la ville de Saint-Riquier, de France au chef d'argent, l'abbaye de Saint-Riquier, de France à la crosse d'or en pal tenue par un bras vêtu d'or mouvant du flanc dextre de l'écu, et enfin le chapitre de
Saint- Vu lfran, de France chargé d'une croix patriarcale accostée des lettres S. W., le tout d'or. Dans la troisième catégorie, il faut placer la ville de Montreuil qui n'a qu'un chef de France au-dessus de trois fasces d'or en champ d'azur; celle de Rue, d'azur aux trois lettres R. U. E. d'or, au chef également de France, et enfin Saint- Valéry, d'azur au navire d'or, au chef de France à la bordure componée d'argent et de gueules. Le comté de Saint- Valery, à la différence de la ville, avait retenu les armes de la maison de Dreux, échiqueté d'or et d'azur. Parmi les familles nobles de la province, aucune ne fut l'objet de semblables distinctions.
Abbeville, la ville des maïeurs par excellence, a toujours joui de privilèges exceptionnels en faveur de sa nombreuse, puissante et riche bourgeoisie. La seule différence qui existât entre l'écu des bourgeois et celui des chevaliers était qu'aux nobles seuls appartenait le droit de le surmonter d'un timbre, c'est-à-dire d'un casque avec son cimier. A cette circonstance il faut ajouter le goût tout spécial des bourgeois pour les armes parlantes. S'il pouvait le faire, un bon bourgeois ne manquait jamais de traduire son nom par un écusson qui en rappelait plus ou moins bien la forme. C'étaient de véritables rébus qui remontaient fréquemment jusqu'aux siècles les plus reculés, jusqu'à l'époque où le blason était une science avec des maîtres et des élèves. La question des armes parlantes forme le coté pittoresque et curieux des manuels héraldi-
ques. Les auteurs se sont donné beaucoup de peine pour recueillir des exemples que la bourgeoisie d'Abbeville nous fournit libéralement. Je n'ai , Monsieur, que l'embarras du choix. Les Aux-Couteaux avaient pour armes trois couteaux, les Beauvisage, trois bustes d'hommes vus de face : il va de soi que ces hommes devaient être beaux. Les Becquin, bonne et opulente famille municipale, devenue noble dans le cours du siècle dernier à cause de sa richesse, portaient trois tètes d'aigle tenant chacune dans leur bec un haim ou hameçon: cela faisait bec, haim, où Ton retrouve Becquin avec la bonne volonté indispensable pour ces jeux de mots. Les Blondin ont un daim ; dans l'écusson des Boujonnier, on retrouve deux boujons, flèches d une espèce particulière. Celui de Canlers représente trois chandeliers. Les Cardon ont abusé du rébus, car ils l'ont redoublé : ils ont un chardon sur lequel est posé un chardonneret que l'on dit cardonneret en picard. La famille Caron s'est souvenue de la mythologie ; elle a pris pour emblème une barque, celle de Caron, le nautonnier du Styx, surmontée de trois besants pour rappeler le prix du triste passage, et accompagnée en pointe de Cerbère. Sauvalo Clarbours, maïeur d'Abbeville en 4 228 et 1229, avait un clair bouc, c'est-à-dire un bouc d'or. Renaut Cocquet, également maïeur en 4320 et 4325, avait trois coqs. Couppes portait trois coupes; Crignon, trois grillons; Dailly, trois oignons d ail; Descroiscttes, treize croisettes; Formentin,
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trois épis de froment ; Foucqucs, trois foulques, Griffon, un griffon ; Lagache, une pie, en picard une agache, perchée sur un pin; Laignel, un agneau; Lerminier, trois hermines; Leschelles, une échelle; Maillard , un canard mâle ou maillard ; Moisnel, trois moineaux; OEuillot, un œillet; Gauthier Pèlerin, maïeur en 1 21 5, portait un bourdon et des coquilles, insignes de pèlerinage, et un croissant, image de l'Orient. Un de ses successeurs, sept fois honoré de la mairie, de 1267 à 1287, avait pour armes un pont, car il s'appelait Hugues du Pont. Potier avait trois pots; Serpes, trois serpes. L'écu des Wattebled, ce qui signifie gâteblé, était un coq perché sur une gerbe de blé qu'il picore, donc qu'il gâte.
Voilà pour la bourgeoisie abbevilloise. Parmi les familles nobles vous trouverez bien moins souvent les armes parlantes. Vous avez vu et entendu citer partout la grande maison d'Ailly à cause de ses deux branches d'alisier passées en double sautoir ; c'est assurément plus noble et plus poétique que les ognons d'ail des Dailly bourgeois, et pourtant les uns sont aussi parlants que les autres. Aux Bourdin, aux Danzel, aux Heudain on voit des tètes de daims, un daim ailé, daim, aile, et trois daims ; de même qu'aux Malicorne, une licorne, aux Le Ver, trois verrats, aux Lesperon trois éperons, dont, après leur anoblissement, ils ne conservèrent que les molettes. Maupin et Pappin avaient trois pommes de pin. La famille Boutery s'armait d'argent à trois
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bouteilles d'azur, ce qui ne l'empêchait pas d'être l'une des meilleures du Ponthieu. Les trois fusées des Le Fuzelier avaient remplacé dans leur écu, depuis qu'ils étaient nobles, les fuseaux qu'on y voyait du temps qu'ils étaient bourgeois. Deux buis accompagnaient la bande qui formait la pièce principale des armes des Buigny. Mais je vous ai réservé pour la fin les trois meilleurs exemples. La famille Gaude, qui vous est bien connue, a un ccusson unique dans son genre : c'est un amphistère ou pallefeu de sable en champ d'or, entouré de la Qère devise : c'est mon plaisir, inscrite dans le champ même de l'écu. L'animal baptisé de ce double et scientifique surnom, est un dragon ailé, aux ailes éployées, dont la queue recouverte d'écaillés se termine en fer de flèche. A en croire la chronique, il aurait pris la place, comme étant plus héraldique, d'un pingouin tordu que les picards appellent gaude. Les L'Yver qui modifièrent leur écusson en devenant nobles, et prirent alors trois roses de gueules en champ d'argent, ne cachaient pas du moins qu'ils avaient porté auparavant en champ d'or deux fleurs de lys de sinople et un verrat qui traduisait leur nom d'une double manière, lys vert, par la présence et la couleur des lys, ou par la réunion des lys avec le verrat que l'on nommait ver autrefois. Quant aux Sacquespée, qu'ils aient ou qu'ils n'aient pas eu pour emblème un sac dans lequel était enfoncée une épée, leur aigle tirant, saquant (du vieux français, saquer, tirer), avec son
bec une épéehorsde son fourreau, avait l'avantage d'être aussi ingénieux et aussi compréhensible tout en étant moins vulgaire.
De l'énumératioii que je viens de vous faire, Monsieur, il résulte que les armes parlantes, en Ponthieu du moins, dénotaient les familles bourgeoises et celles qui étaient sorties de la bourgeoisie. A l'exception des familles d'Ailly et Boutery qui confirment cette règle en y faisant exception, les autres n'avaient pas une origine chevaleresque. En remontant dans leur filiation on arrive plus ou moins promptement à découvrir leur point de départ commun, la bourgeoisie. Les Bourdin étaient encore bourgeois en 4437; les Buigny n'étaient pas encore nobles en 1400; les Danzel avaient été anoblis en 1 576, comme les Heudain en 1412, les Lesperon en 1594, les Malicorne en 1387 et les Sacquespée en 137G : Les Gaude, les L'Yver, les Le Ver, les Maupin, les Pappin et les Le Fuzelier avaient passé, par des transitions insensibles, à des époques plus ou moins reculées, des fonctions municipales à la noblesse, assez habilement pour que l'on ne s'en soit pas aperçu et qu'il y eût possession acquise quand on aurait voulu les inquiéter sur cette acquisition de la noblesse par l'application de la règle du bon plaisir. Le changement d'armoiries que s'imposèrent en cette circonstance les L'Yver et les Sacquespée est un argument de plus à l'appui de ma théorie de la possession exclusive, en Ponthieu, des armes parlantes par les familles bourgeoises.
Parmi les armoiries essentiellement parlantes, il faut ranger aussi celles des diverses corporations des métiers. Pour elles, le blason n'était que la conséquence de l'enseigne. Il était naturel que le sceau de la corporation rappelât l'insigne qui distinguait la boutique de chacun de ses membres de celles de ses voisins. C'est l'application du blason au commerce, et le moyen âge a eu l'honneur de cette invention. Ceci est tellement vrai que, lorsque dans un but de fiscalité, d'Hozier fut chargé par Louis XIV d'enregistrer toutes les armoiries de son royaume, à ceux qui refusaient de comparaître en prétextant qu'ils n'avaient pas d'armes ou qu'ils les ignoraient, mais en réalité pour s'exempter de la taxe attachée à cette transcription, le juge d'armes imposait d'ofOce un écusson qu'il composait selon sa fantaisie. Ce que d'Hozier faisait ainsi pour les nobles et pour les bourgeois récalcitrants, il le fit aussi à Abbeville pour les notaires, les maçons, les charpentiers, les perruquiers, les marchands de vin, les brasseurs, les pâtissiers, les chirurgiens, les mesureurs de grains, les charrons, maréchaux, éperonniers et selliers, les orfèvres, les horlogers et les cabaretiers : mais, au lieu de leur restituer leurs anciens emblèmes, il leur imposa des armes simples, des armes de nobles, qui, si elles avaient le défaut de ne rappeler en rien les attributs de leur profession, avaient du moins l'avantage de contribuer à remplir les coffres de l'État. C'est tout ce qu'on demandait d'eux. Les autres corpo-
rations mieux inspirées avaient justifié des blasons qui leur avaient jadis servi de signes de ralliement. C'est donc à une mesure éminemment vexatoire que je dois de pouvoir compléter un des côtés les plus saillants de cette étude en vous apprenant que les chaudronniers d'Abbcville portaient dans leur écusson une fontaine avec son robinet ; les cuisiniers, deux pelles à four en sautoir chargées de trois pâtés; les tailleurs, des ciseaux ouverts; les cordonniers, un couteau de pied ; les jardiniers, un poireau accosté de deux bottes d'asperges et d'une grappe de raisin; les cordiers, un métier; les sergers et bouracaniers, une navette; les drapiers et chaussetiers , un ballot de drap surmonté d'un bas ; les merciers, une balance et une bourse ; les mégissiers, gantiers et fourreurs, un gant et une aurausse ; les bouchers , une rencontre de bœuf; les houppiers et filatiers , une chape pluviale et un peigne; les tisserands, un semis de navettes, tl est certain que tout cela ne constituait pas de belles armes, mais les corporations en étaient aussi fières que s'il se fût agi du blason de France , et elles n'auraient pas consenti volontiers à les échanger contre d'autres.
Les gentilshommes y regardaient de moins près, et le changement d'armoiries n'est pas un fait rare dans les annales du blason. Je pourrai vous en citer plusieurs exemples en Ponthicu. Pourquoi, d'abord, une famille modifiait-elle son blason ? 11 y avait plusieurs raisons pour le faire. Alors que
le blason était dans son enfance, anx XIIe et XIIIe siècles, il ne servait encore que d'insigne personnel : il devint plus tard héréditaire et invariable. 11 était donc fréquent de voir le fils changer les emblèmes adoptés par son père et en prendre d'autres qu'il ne transmettait pas à ses descendants. Ainsi Aléaume de Guébienfay se servait en 4302 d'un sceau à trois bandes et un lambel, tandis qu'en 4 409 Jean de Guébienfay portait trois fasces; ainsi Guillaume Haterel scellait en 4 314 avec un créquier, et sur l'écusson de Guillaume Haterel, son petit-fils sans doute, en 4377, on voyait un chef fuselé. Ainsi, quoique Guy de Mondiaux, chevalier, eût en 1302 un écu fretté à un franc-quartier chargé d'une fleur de lys, ses descendants adoptèrent un écu d'or à la croix ancrée de gueules. Il y a mieux encore : on voit le père et le fils, participant au même acte, le sceller de deux sceaux entièrement différents. C'est ce que font Arnould de Neslette, chevalier, et Raoul de Neslette, aussi chevalier, son fils, en août 1247. L'écu du père a deux fasces et un chef ondé ; celui du fils a une croix ancrée, et, pour qu'il n'y ait pas le moindre doute sur l'identité des personnages, on lit encore leurs noms dans les légendes qui entourent les écussons. Voici maintenant trois générations de la famille de Nouvion, connue dès l'an 4 428 par filiation suivie, et chacune d'elles' a des armoiries différentes. Celles d'Eustache de Nouvion, chevalier, en 4222, sont trois bandes, celles de
Henri de Nouvion, son fils, en 1241, sont deux barres, celles de Jean de Nouvion, son petit-fils, en 4274, sont trois aigles, et les dernières sont les bonnes puisqu'il est dit partout que la maison de Nouvion portait d'azur à trois aigles éployées d'or. Pour la famille de Valines , il en est autrement : l'écusson primitif devient l'écusson définitif. Jean de Valines, chevalier, scellait en 1269 avec un écu burelé : en 1275, Guillaume, son fils, portait une épée mise en bande, la poignée en haut; mais en 1319 son fils Jean a repris l'écu burelé de son aïeul et sa postérité le conserve. Quand les armoiries sont définitivement constituées, il arrive parfois que le fils comparaissant dans une charte avec son père se sert d'un sceau dépourvu d'emblèmes héraldiques parce qu'il n'est qu'écuyer : il ne portera l'écu de sa maison qu'après être devenu chevalier. C'est là un fait rare et parfois contesté. L'histoire de la famille de Ponches atteste que, si l'usage n'était pas généralement observé , il l'était du moins quelquefois. André, sire de Ponches, chevalier, en vendant, le 1er février 4380, au roi d'Angleterre tout ce qu'il possédait à Cambron, à Saigneville et au Maisnil, fait approuver sa vente par son fils Guy, écuyer, dont le sceau, au lieu de l'écusson patronymique, ne porte qu'une étoile à cinq rayons.
Il y avait encore le changement d'armoiries à cause d'une alliance, illustre ou honorable. Dans ce cas il avait pour but de relever au profit d'une famille les armoiries de celle dont l'alliance lui pa-
raissait flatteuse. C'est ce que firent les Belleval en changeant les leurs pour celles des Fricamps, à la fin du XV0 siècle. Le changement avait aussi pour but de revendiquer ou d'attester le droit ou la prétention à une origine commune avec une grande maison : ainsi des Boubers, lorsqu'ils se dirent issus des d'Abbeville. Mais cela mit la discorde au camp d'Agramant, car le chef de la maison persista à garder son écusson, tandis que les cadets prenaient celui qui, effectivement, valait encore mieux que le leur, quelque bon qu'il fût. Je pense qu'ils étaient tout à fait fondés à le faire, mais combien d'autres en ont fait autant, sans avoir d'autres droits que leurs prétentions. Je vous citerai enfin la catégorie des familles qui changeaient leurs armes sans savoir pourquoi. Parmi elles il faut classer les Bacouel qui prirent trois ancolies au lieu d'un semé de croisettes à deux bars adossés et brochant ; les Baynast qui avaient trois bouteilles et qui aimèrent mieux un chevron abaissé surmonté de trois fasces ; les L'Yver qui pensèrent que sur un cachet trois roses seraient d'un effet plus poétique que deux fleurs de lys et un vérat, et les Belloy, qui, divisés en trois branches se prétendant issues de la même souche, de Garin de Belloy, en 1200, mais séparées depuis lors, n'eurent pas même l'intelligence de comprendre que des armoiries conformes donneraient un grand poids à leur assertion : au contraire, les uns avaient sept lozanges, les autres quatre bandes, les derniers
trois fasces. Apparemment qu'ils avaient médité sur ce vers célèbre :
L'ennui naquit un jour de l'uniformité.
On a remarqué avec raison que certaines formes de noms étaient plus communes dans des provinces que dans d'autres, et que, par exemple, la terminaison du nom d'un village servait à faire reconnaître dans quelle partie de la France il était situé. On a voulu envelopper les armoiries dans le même système et établir que, dans l'Ile de France , les champs d'azur étaient plus communs qu'ailleurs à cause du champ d'azur des armes de France ; que l'hermine désignait de suite un écusson de Bretagne; qu'en Flandre il y avait plus de lions qu'ailleurs, etc. . . Il y a de bons systèmes à condition qu'ils ne soient pas, comme ici, poussés jusqu'à l'absurde. Je passe condamnation volontiers sur ce point que l'hermine étant les armes des ducs de Bretagne, les nobles bretons aient tenu à honneur d'en mettre plus ou moins dans leurs écus, et la constatation de ce fait est facile : mais alors, pourquoi, en Ponthieu, aucun écusson ne rappelle-t-il par des bandes d'azur en champ d'or les comtes de la deuxième race, ni par des léopards la possession deux fois séculaire du comté par les rois d'Angleterre, ni enfin par des fleurs de lys son séjour de cinq siècles dans les mains de nos rois ? Plus heureux que les Bretons, nos gentilshommes
LETTHE XVII
n'auraient eu pourtant que rembarras du choix entre les glorieux emblèmes de Bourgogne ancien, de France et d'Angleterre. Que si l'on disait plutôt « lors de l'adoption des armoiries héréditaires, les nobles regardant les écussons de leur voisin et le trouvant à leur gré, se les approprièrent en diversifiant toutefois leurs métaux et leurs couleurs », on serait peut-être plus près de la vérité. Je n'ose pas, Monsieur, vous dire que je crois l'avoir découverte, mais enfin pour quel autre motif constaterons-nous dans notre petite province quatorze familles, celles d'Accart, Acheux, Alegrin, Gourlé, des Groiseîiers, Lenganeur, Cayeux, Dominois, Fressenneville, Frettemeule, Monchaux, Neslette, Pinchefalise et Raimbehan qui portaient dans leur écu une croix ancrée ? Pourquoi un égal nombre d'autres familles, Airaines, Avesnes, Beauchamp, Bouvaincourt, Caumont, Haudecoustre, du Quesnoy, La Rue, Belloy, Cacheleu-Maisoncelles, Dargny, Grouches, Rambures, Saint-Souplis, porte-t-il trois fasces alors qu'il y a une si grande variété, un si grand choix dans les emblèmes usités en blason? Il serait insensé de prétendre que les croix ancrées et les fasces au nombre de trois soient particulières au Ponthieu, tandis qu'on les voit partout. Et pourtant, il faut reconnaître qu'on les y trouve dans une plus grande proportion qu'ailleurs. Le lion, par exemple, si commun, ne sert à distinguer chez nous que les d'Arrest, Biencourt, Danzel, La Houssaye, Le Caucheteur, Polhoy et Vaillant. Trois
familles seulement portaient l'aigle, Mannay, Nouvillers et Coulars, quoique l'aigle fut aussi fréquemment usité que le lion. Cinq autres avaient trois aigles, Machy, Roussel, Lambercourt, Nouvion, et Yaucourt. En revanche je ne trouve pas moins que les Carpentin, Quiéret et Ternisien pour les trois fleurs de lys au pied nourri de gueules en champ d'argent, et cette particularité de la possession par trois familles entièrement différentes d'une pièce rare, avec les mêmes émaux, vaut la peine d'être notée. Les Bournel, Bailleul et Ramburelles ont un écusson, les d'Abbeville, Fontaines et Le Roy de Saint-Lau en ont trois. Le frotté n'appartient qu'aux Becquet, Drucat, Haucourt, Vismes et Tofflet, et le croissant est l'apanage exclusif des Belleval, puis, et par eux des Bellcperche qui en sont issus, de même que le pal pour les Du Quesne. Le trescheur est rare partout, aussi ne le voyons nous que dans Vécu des Moyenneville ; mais l'orle est au moins aussi rare, et cependant il appartient aux d'Àigneville, Sarpe, Cornu, Journc et Vaudricourt, et ces trois derniers le portent d'argent sur champ de gueules.
Que conclure de tout cela, Monsieur, et d'abord faut-il conclure? Je crois plutôt qu'il faut s'arrêter, avant que l'ennui ne vous gagne et alors qu'il est temps encore pour mon amour-propre de croire que j'ai pu vous intéresser.
C'est un glorieux nom, celui de Rambures, et il n'a pas encore disparu de notre province ; aussi sa possession a-t-elle soulevé souvent, depuis plusieurs années, des protestations de diverses natures. MM. de Rambures de Poireauville se disent, vous le savez, les seuls représentants du nom et des armes, et issus en ligne directe et légitime d'un puîné de cette grande maison. La séparation se serait opérée à la fin du XIVe ou dès les premières années du XVe siècle. Après avoir constamment porté les armes de Rambures, en intervertissant seulement les métaux et les couleurs, ils rétablirent
leur écusson dans son état primitif, lorsque le dernier mâle des Rambures du château eut péri si prématurément et sans alliance. Tel est, en deux mots, l'historique des prétentions que les Rambures de Poireauville n'ont cessé de maintenir depuis bientôt deux siècles, prétentions qui me paraissent reposer sur les fondements les plus respectables. Le nom de Rambures, d'un autre côté, vient d'être relevé, par un décret impérial, au profit d'une famille à laquelle on doit la restauration intelligente du magnifique château que tout le monde connaît. Je ne veux pas, Monsieur, entamer ici une discussion sur les droits des uns ni sur l'opportunité pour les autres de renoncer à leur état civil, à un nom qui a sa valeur : j'ai là-dessus mon opinion que vous connaissez, et je la garde. Ce que je veux, c'est vous développer succinctement l'origine, l'histoire, les grandeurs et les vicissitudes des sires de Rambures, des possesseurs de la forteresse qui leur a donné son nom, et à laquelle, somme toute, ils furent redevables de leurs dignités, de leur importance, comme aussi d'avoir survécu à l'oubli. Ceux-là ne sont plus : ils appartiennent à l'histoire.
L'historien des Grands-Officiers de la Couronne est le seul qui ait dressé une filiation entière des seigneurs de Rambures, mais dans les premiers degrés de laquelle il a jeté la confusion au lieu d'apporter la lumière. Il importait de rétablir d'une manière définitive l'arbre généalogique auquel les
historiens futurs pourraient avoir recours. J'espère y être parvenu à l'aide des chartes et des chroniques, qui n'y mettent pas la même complaisance que les généalogistes. N'attendez pas de moi , par exemple, la description, après tant d'autres, de la forteresse, spécimen complet de l'architecture militaire de la fin du XIVe siècle, qui domine les plaines du Vimeu, dont elle fait le plus bel ornement. J'estime qu'un mauvais dessin en dit plus long que les descriptions les plus précises. A cette lettre je joius un croquis du château tel qu'il est aujourd'hui, tel, à quelques ouvertures près, qu'il était extérieurement au commencement du règne de Charles VI. Un semblable château ne donne-t-il pas de suite la plus haute idée de ceux qui l'ont construit et qui l'ont habité ? On ne pouvait être un simple gentilhomme quand on avait une si belle demeure. Les princes recherchant d'ordinaire la main qui tenait la clef d'un pays, l'importance militaire de Rambures fit la fortune de ses seigneurs. Comme il fallait compter avec eux, on ne leur épargna pas les grandeurs : jugez-en par ce qui suit.
Les généalogistes ne sont naturellement pas d'accord sur le point de départ de la maison de Rambures. Leur profession ne connaît pas de demimesures. Ainsi La Morlière, par exemple, remonte jusqu'à David de Rambures, en 4107, tandis que Le Carpentier nomme le père de ce David, un autre David, en 1090, et que le père Anselme ne commence qu'avec Jean de Rambures, en 1260, sans
môme prendre la peine de chercher dans les siècles antérieurs quelques personnages isolés, ce qui lui aurait été très-facile à faire. Ainsi, trois écrivains, trois opinions. J'arrive, moi, pour les mettre d'accord avec un quatrième système qui ne participe d'aucun des trois autres.
La Morlière dit donc que David de Rambures, vivant en 4 1 07, fut père de Jean de Rambures, vivant en 44 37, lequel eut à son tour pour fils Robinet de Rambures. D'Yve de Melun ce dernier aurait eu Jean de Rambures, gouverneur de Guise, et Guillaume, présumé auteur de la famille de Biencourt par quelques généalogistes trop entreprenants que réfutent tous les mémoires publiés sous l'inspiration de la famille de Biencourt ellemême. Le Carpentier ajoute à cela un degré de plus, David, vivant en 4090. Le père Anselme supprime les deux David, Jean et Robinet, commence par Jean, gouverneur de Guise, et apporte dans ce degré et les deux suivants la plus déplorable confusion. Pour moi, Monsieur, l'auteur de la maison de Rambures est Anseau de Rambures, repris parmi les chevaliers témoins d'une charte du roi Henri Ier en faveur de l'abbaye d'Hasnon, en août 1058. Après lui, je trouve Robert de Rambures, chevalier, témoin à une charte de Liébert, évèque de Cambrai, en 4074 ; Raoul de Rambures, religieux à l'abbaye de Saint-Josse-sur-Mer, en 4 1 40, et enfin je commence la filiation suivie, prouvée à chaque degré par les titres les plus authentiques,
avec : — I, Jean de Rambures, chevalier, qui assiste, comme garant, à l'emprunt de 25 marcs d'argent fait par Poncet d'An vin à T. de La Court, marchand génois, au camp devant Saint-Jean-d'Acre, en juin 4 191 . De lui est issu : — II, Raoul de Rambures, chevalier, qui fait une vente de dîmes à l'abbaye de Sery, en 1204. Dans cet acte sont repris Judith, sa femme, et André, son fils aîné et successeur. — III, André de Rambures, chevalier, possesseur dès 1221 de l'héritage paternel, prit part à la croisade des Albigeois en 1242. Le titre authentique qui en fait foi atteste que ce fut sur l'ordre du roi que le chevalier picard alla à cette expédition, où, dit-il lui-même, il y avait des dangers à courir. Il en revint sain et sauf pourtant, puisqu'il vivait encore au mois de décembre 1 250. Mais, en 1257, il avait pour héritier son frère puîné Jean, auquel revinrent le château et la seigneurie de Rambures. André avait encore un autre frère, Guillaume, qualifié chevalier, possesseur de fiefs à Broutelles et à Fontenelles, cité avec Euphémie, sa femme, dans le cartulaire de Sery, en 1234 et en 1240. La Morlière, Le Carpentier et les complaisants veulent que Robinet y qui aurait pu être Raoul, ait été allié à Yve de Melun. En admettant qu'il fût le même que Raoul, vous voyez, Monsieur, que sa femme s'appelait Judith, qu'elle n'est jamais désignée dans les chartes que sous ce seul prénom, et qu'enfin la maison de Rambures n'a jamais pris d'alliance dans celle de Melun.
IV. — Jean II, sire de Rambures, chevalier, dit fils de Raoul de Rambures, et héritier d'André de Rambures, son frère aîné, en décembre 4257, était déjà chevalier en 4239. Il eut pour fils : — V, Jean III, sire de Rambures, chevalier, gouverneur de Guise en 4280, avec lequel le père Anselme fait commencer la filiation suivie et à qui il donne pour femme Adeline, tandis que Le Carpentier, qui rapporte tout au Cambrésis, la nomme Lutgarde de Wallincourt. Jean fut père de : — VI, André II, sire de Rambures, chevalier, qui servait le roi dans l'armée de Flandre avec onze armures de fer, comme l'atteste sa quittance du mois de septembre 4302. Consultez le père Anselme, Monsieur, et vous verrez combien nous différons ici d'opinion et de système. D'André II il fait le fils puîné de Jean III et le frère cadet d'un Hugues allié à Jeanne, dame de Drucat. Pour vous prouver le peu de fondement qu'il faut faire sur la science et la conscience du pseudo-bénédictin, sachez que la terre de Drucat fut acquise en 4400 de Jeanne de Drucat, la dernière de la branche aînée de cette maison, par David de Rambures, grand-maître des arbalétriers. Voilà la vérité. La vérité est aussi qu'il règne dans ces premiers degrés une obscurité difficile à pénétrer, et que la première moitié du XIVe siècle surtout mériterait une étude approfondie. C'est seulement avec André III, vivant de 4364 à 4 405, que jaillit la lumière, parce que la situation de la famille se dessine et s'accentue plus net-
tement. C'est à lui que l'on doit la reconstruction, peut-être même la construction du château de Bain bu rc s, soit que, selon les uns, la forteresse repose sur des fondations antérieures au XIVe siècle, ou que, selon les autres, et je me rattache à cet avis, tout dans elle, depuis les souterrains jusqu'au faîte des tours, ne date que des dernières années du règne de Charles V.
Comme je vous l'ai dit plus haut, on croirait que la grandeur de la race fût inséparable de celle du château. André II vivait encore en 4326. Dès 4284, selon un titre provenant des archives du château, il était déjà en possession de la seigneurie de Rambures. Il avait épousé Jeanne de Cambron et fut père de : 4° Jean, qui suit; 2° Enguerran, chevalier, qui servait en 4356 sous Robert de Clermont, dans le Cotentin et en Picardie, et l'année suivante sous Renaut de Goulons, capitaine de Paris.
VII. — Jean IV, sire de Rambures, chevalier, gouverneur d'Arras, servait en 1338 sous le sire de Béthencourt, et en 1339, à Compiègue, sous le seigneur de Saint-Martin. En 4341, il accompagna David Bruce en Ecosse, lorsque ce prince retourna prendre possession de son royaume. Le nom de sa femme est inconnu. Il eut trois fils : 4° André; 2° Thomas, écuyer, qui servit dans la compagnie de Hue du Mesnil, chevalier, en 4384, et qui, en 4 380, servait sous le connétable avec dix écuyers sous ses ordres; 3° Guillaume dit Hanneux, écuyer.
Celui-ci était en garnison à Gravelines, en 4387, avec un* chevalier et trois écuyers dans sa compagnie. Il avait auparavant servi, en 4380, dans la compagnie de son frère aîné, André. La brisure adoptée par lui, et que l'on remarque sur son sceau, était un écusson sur la première fasce, au côté dextre du chef, et un lambel.
VIII. — • Avec André III, sire de Rambures, commencent les grandeurs de cette maison. En 4364, sous les ordres du sire de Rayneval, il assista à la bataille de Cocherel. En 4378, il était encore en basse Normandie avec sept écuyers; mais, en 4 380, il était de retour en Picardie, où je le trouve servant sous le sire de Sempy avec deux chevaliers et neuf écuyers. Nommé capitaine de Boulogne en 4383, il fut créé en 4387 gouverneur du pays de West-Flandre et capitaine de Gravelines, et il touchait alors 80 livres de rente annuelle sur la recette de Ponthieu. Il était aussi conseiller et chambellan du duc de Bourgogne, qui l'envoya, le 4er novembre 4389, avec d'autres commissaires, régler un traité de commerce entre la Flandre et l'Angleterre. Ses services furent appréciés du prince, qui, à deux reprises différentes, le 40 janvier 4 397 et le 28 octobre 4398, le gratifia d'une somme de 600 fr. pour le récompenser. André fut tué à l'entreprise tentée contre le château de Mercq en Boulonnais, en 4 405. Sa femme se nommait Jeanne de Brégny ; elle paraît ne lui avoir donné qu'un seul fils.
IX. — David de Rambures, « ce tant renommé dans l'histoire », comme dit un généalogiste enthousiaste, commença à servir en 4 380 sous les ordres de son père et dans sa compagnie, en qualité de simple écuyer. C'est seulement encore avec cette qualité qu'il fut retenu de l'hôtel du roi Charles VI, en 4388, lorsque ce prince entreprit un voyage en Allemagne. En 1396, il était chevalier et chambellan du duc de Bourgogne, qui récompensa par un présent de 200 fr. d'or, le 45 novembre, le service qu'il avait fait dans l'expédition destinée à défendre la duchesse de Brabant contre le comte de Gucldres. Nommé conseiller et chambellan du roi en 4402, il servit en Picardie, en 4 404, sous le comte de Saint-Pol avec quatre chevaliers et vingt écuyers. L'année suivante, il fut fait prisonnier sous les murs du château de Mercq, dans la même affaire qui coûta la vie à son père. Dès qu'il eut été remis en liberté, le dauphin l'envoya en Guyenne en 4408, et en 4 409 au secours du maréchal Boucicaut, gouverneur de Gènes, pour réduire cette ville, qui s'était révoltée. 11 était de retour dès le mois de juin 4 410, puisqu'il accompagna le dauphin à Limoges, lorsque le prince alla recevoir le serment de fidélité de ses nouveaux sujets. David fut, la même année, l'un des signataires de la paix de Vincestre et l'un des douze chevaliers qui, en conséquence de ce traité, furent chargés du gouvernement du royaume pendant la maladie de Charles VI. Il était alors capitaine du
château d'Airaines et prenait à ce titre une pension sur la recette du Ponthieu. David de Rambures fut institué grand-maître des arbalétriers de France le 20 février 4 411. Le dauphin, à qui il devait cette haute distinction, l'attacha encore plus étroitement à sa personne, lui donna une pension de 1,000 livres et l'employa dans diverses affaires de conséquence. David fut l'un des ambassadeurs désignés pour signer le traité de paix d'Arras, le 4 4 mars 4415. Au mois d'août suivant, on l'envoya avec le sire de Longroy, à la tète de cinquante lances, pour tenir tète aux Anglais de Calais et des places de la frontière. Il fut tué à la bataille d'Azincourt, avec trois de ses fils : Jean dit Flameng, écuyer, seigneur de Moyenneville et d'Oisencourt; Hue dit le Danois, et Philippe. Du mariage de David avec Catherine d'Auxy, dame de Dompierre et d'Escouy, célébré le 5 mai 4394, il ne restait plus que le seul André pour perpétuer la famille, Jean, prêtre, archidiacre d'Evreux, chanoine d'Amiens, et Agnès, alliée en 4447 à Jean de Berghes, chevalier, seigneur de Cohen.
X. — André IV de Rambures, sire dudit lieu, de Dompierre-sur-Authie et de Drucat, tenait de son père la seigneurie de Drucat, sur laquelle était édifiée une forteresse dont une tour et un souterrain subsistent encore, et de sa mère celles d'Ecouys et de Dompierre. A Dompierre, on voit encore le château fortifié où les fils aînés des sires de Ram-
bures prirent l'habitude de faire leur résidence. C'était l'une des places les plus fortes du Ponthieu vers l'Artois, comme Rambures était la principale du Vimeu. Mais André ne jouit pas longtemps de ces richesses. Il avait servi en 4417 dans l'armée du duc de Bourgogne; mais, dès que le Ponthieu, à l'instigation de Jacques d'Harcourt, fut devenu le centre d'une résistance acharnée à la domination des Anglo-Bourguignons, André de Rambures s'attacha à la faction du dauphin, aux partisans duquel il avait ouvert son château en 4 422. La journée de Mons-en-Vimeu ayant achevé de ruiner les espérances du parti national, beaucoup de seigneurs ne voulurent pas courir les chances d'un siège et ouvrirent leurs forteresses au vainqueur. De ce nombre fut André de Rambures; mais, sans réclamer pour lui-même le bénéfice de cette soumission forcée, il se retira en Normandie. Le roi d'Angleterre, devenu possesseur de Rambures, en fit don aussitôt, au mois d'avril 4423, à Colart et à Ferry de Mailly, chevaliers, frères, et le 22 février suivant, Drucat , en vertu d'une semblable confiscation, devint le partage de David de Brimeu, seigneur de Humbercourt. Pendant sept ans, Ferry de Mailly demeura en paisible possession du château de Rambures. Au commencement de 4 434, Charles Desmarets, célèbre partisan normand, se présentant à l' improviste devant la forteresse, l'enleva par escalade et s'y établit pour en faire le centre de ses opérations contre les garnisons an-
glaises du Vimeu. Pierre de Luiembourg, comte de Saint-Pol, se disposait à aller l'assiéger, quand il mourut à Blangy, le 30 août 4433, de la peste qui désolait le Ponthieu. Pendant trois années encore, Desmarets se maintint à Rambures; c'est de là qu'il partit pour surprendre Saint-Valery, Rue, Etaples, Créey; c'est là qu'il revenait toujours après ces heureuses expéditions. Abbeville même comptait avec lui, et, le 46 août 4432, la ville reçut Michelet, son trompette, et lui fit demander une trêve pour que l'on pût couper les moissons. Blessé dans une expédition, Desmarets se retira au château de Bures, près de Londinières, et la paix d'Arras eut, entre autres conséquences, celle de rouvrir à André de Rambures les portes de son château, qui, depuis douze ans, étaient fermées pour lui.
Tandis que ces événements se passaient en Vimeu, André de Rambures, comme je vous l'ai dit, réfugié en Normandie, avait continué à servir le dauphin. Il y avait assisté à la bataille de Verneuil, le 47 août 4 424, puis, renfermé dans Verneuil, il l'avait rendue aux Anglais neuf jours après le combat. En 4 429, il avait pris Etrépagny, dont le dauphin le fit capitaine; assiégé par les Anglais, il fut contraint de capituler, mais sous la condition de pouvoir sortir avec armes et bagages, et se retirer où bon lui semblerait. André en profita pour s'enfermer dans le château d'Aumale avec une garnison de cent vingt hommes. Le comte de Suf-
folk ne tarda pas à investir la place, qui se rendit le vingt-quatrième jour; mais, cette fois, les conditions furent plus rigoureuses : une partie de la garnison fut pendue; le reste, avec le capitaine, fut emmené en Angleterre, où André de Bambures demeura cinq à six ans, et d'où il ne sortit qu'après avoir acquitté une rançon de 3,000 livres qui lui fut procurée par son frère Jean, archidiacre d'Evreux et chanoine d'Amiens. Le premier usage qu'André fit de sa liberté fut de combattre encore les Anglais, qui lui avaient été si funestes. On le trouve en 1440 dans le corps d'armée chargé, sous les ordres du comte d'Eu, de faire lever aux Anglais le siège d'Harfleur. Ce fut lui qui, après quelques tentatives infructueuses, alla traiter avec le comte de Somerset de la reddition de la place. Il assista en 1 449, avec son fils Jacques, au siège de Pont- Audemer. Les chroniqueurs cessent dès lors d'enregistrer son nom, et quoiqu'il eût fait son testament le 28 décembre de la même année, il vivait encore en U65. André était grand-maître des eaux et forêts en Picardie ; il avait épousé, le \ 1 mai \ 423, Péronelle de Créquy, qui ne lui donna qu'un seul fils, Jacques.
XI. — Jacques, sire de Rambures, de Dompierre, d'Escouys, de Drucat et de Mons-en-Puelle, conseiller et chambellan du roi, ne paraissait pas, dès son jeune âge, destiné à un brillant avenir. Quand il naquit, c'est-à-dire vers U22, son père était
fugitif, dépouillé de tous ses biens, et il n'avait plus que son épée. On ne pouvait prévoir l'avenir : peut-être les Anglais étaient-ils pour toujours maîtres de la France, peut-être la dernière heure de la maison de Rambures avait-elle sonné. Aussi Jean de Rambures, archidiacre de Dreux et chanoine d'Amiens, oncle de Jacques, prit-il en pitié le sort de ce pauvre enfant, âgé de 6 ans, qui « n'avoit aucune terre ni héritage, quoique issu de très-noble génération », et le 9 février 4 431, il lui assura, après lui, la propriété de la seigneurie de Jamlieu, près de Corbie. Jacques était avec son père à la prise de Pont- Au denier, le 12 août 1449, et il y fut fait chevalier. Il servait Louis XI, qui l'employa dans l'ambassade envoyée auprès de Philippe le Don, en novembre 1464. 11 servit le roi dans la guerre du Bien-Public, en 1465, quoiqu'on le soupçonnât de favoriser secrètement les Bourguignons et de les avoir introduits dans le château de Dompierre, où il résidait pendant que son père habitait à Rambures, Le 8 mai 1465, André de Rambures crut devoir disculper son fils et écrivit au chancelier une lettre curieuse et peu connue, que sa longueur m'empêche de reproduire.
Jacques défendit Paris avec le comte d'Ktampes, qui le députa auprès des princes pour s'enquérir de leurs intentions. Le roi lui accorda en 1470 un droit de foire pour sa seigneurie de Dompierre, et le maintint dans son poste de gouverneur de Saint- Valéry et de Houdenc en Artois, qu'il
occupa pendant vingt -quatre ans, ainsi qu'il le déclare le 25 octobre 4 486, alors qu'il se dit âgé de 60 ans.
Vers la fin de sa carrière, Jacques de Rambures eut une triste défaillance : quand le duc de Bourgogne, en août 1472, vint ravager le Vimeu, Jacques, qui résidait alors à Rambures, alla audevant du prince comme il se rendait d'Oisemont à Eu , et lui offrit son château, où le duc mit garnison. Au mois d'octobre suivant , Joachim Rouault, maréchal de France, chargé par Louis XI de reconquérir le Ponthieu , n'eut qu'à paraître devant Rambures pour que la garnison capitulât sans combattre , et le roi , confisquant la forteresse, en gratifia le maréchal. Celui-ci en fut possesseur jusqu'en 4 475 , jusqu'à la trêve conclue entre Louis XI et Charles le Téméraire. Jacques de Rambures, qui était dans Montreuil, avait rendu la ville au roi le 21 janvier 1475, à condition qu'il recevrait des lettres d'abolition. Il jura d'observer la trêve, et Louis XI le réintégra dans ses biens, à charge toutefois de ne mettre ni entretenir de garnisons dans aucune de ses forteresses. De Marie de Rerghes, sa femme, il avait eu : 4° André; 2° Antoinette, alliée le 49 mars 4462 au célèbre Guy de Brimeu, sire de Humbercourt, comte de Meghcn, chevalier de la Toison-d'Or, décapité à Gand le 3 avril 4 476. Celte alliance explique l'attitude prise par Jacques de Rambures en 1472, et qui faillit lui être si funeste.
XII. — André V, sire de Rambures, Dompierre, Hornoy, Drucat, Escouy et du Quesne, créé conseiller et chambellan du roi le 26 octobre 4483, est employé parmi les seigneurs de Picardie, qui recevaient une pension du roi, de 4 485 à 4 499. Grand maître des eaux et forêts en Picardie, il fut fait sénéchal et gouverneur de Ponthieu, et reçu au parlement en cette qualité le 26 mai 4 494. A cause de la mort de Charles VIII, il fut obligé de renouveler son serment le 5 juillet 4 498. Ce fut lui qui, en 4 499, fit reconstruire l'hôtel de Rambures dans la rue Saint Vulfran, à Abbeville, et y ajouta une tour crénelée surmontée d'une terrasse de laquelle on découvrait toute la ville et ses environs. M. de La Roche-Fontenilles la fit abattre à la fin du XVIIe siècle. Il n'était plus sénéchal, sans doute à cause de son grand âge, quand avec Jeanne de Hallwin, sa femme, il élut sa sépulture, le 40 juillet 4505, dans le couvent des Minimes, qu'ils avaient fondé à Abbeville. Ce fait seul eût mérité de tirer son nom de l'oubli. André mourut le 8 avril 4543, âgé de 80 ans, et fut inhumé dans l'église des Minimes, sous un tombeau sur lequel étaient représentés les quatorze enfants nés de son mariage, tous morts jeunes, à l'exception de Jean, de Marie, alliée le 34 décembre 4543 au seigneur de Carentan en Normandie, de Françoise, morte sans alliance en 4589, et de Suzanne, alliée le 2 novembre 4 486 à Jean de Boubers, écuyer.
XIII. — Jean V, sire de Rambures, Dompierre, Drucat et Hornoy, reçut de François Ier le comté de Guines le 1er mai 1519, et fut confirmé dans sa possession le 2 septembre 1522. Il était, en 4528, échanson ordinaire du roi et grand-maître des eaux et forêts en Picardie ; il avait reçu, le 1 er juillet 1 520, les provisions de la charge de grand-louvetier de France, qu'il n'exerça que fort peu de temps, sans doute, car le père Anselme n'en a pas eu connaissance et n'en parle pas dans son histoire des Grands-Officiers. Jean contracta deux grandes alliances qui ne contribuèrent pas peu à rehausser la splendeur de sa maison : la première, le 26 novembre 1521, avec Anne de La Marck, dont il eut quelques enfants morts jeunes, entre autres André de Rambures, tué à la prise de Gravelines en 1558, à l'âge de 48 ans; la deuxième, le 9 octobre 1538, avec Françoise d'Anjou, comtesse de Dammartin, veuve de François de Boullainvilliers, seigneur de Verneuil, et fille de René d'Anjou, baron de Mézières, et d'Antoinette de Chabannes, comtesse de Dammartin. De ce mariage naquirent : 4° Oudart, grand-maître des eaux et forêts en Picardie, tué à l'assaut de Rouen, en 1562, laissant une fille qui épousa François de Lare, seigneur de Montcornet; 2° Philippe, grand-maître des eaux et forêts en Picardie, après son frère, allié le 5 décembre 4572 à Madeleine de Pymont, qui lui donna Emmanuel et Françoise, morts jeunes; Philippe eut aussi deux filles naturelles : Laure, mariée le 20 mai 4590 à
Jean de Boffle, puis au sieur de La Mottc-Leullier, et Marie, femme de Jean de La Folie, écuyer; 3° enfin Jean, qui suit. Jean de Rambures fit son testament en 4555, et au mois de mars 4556, il fit légitimer Antoinette, line fille naturelle qu'il avait eue de Périne de Poilvilain, «jeune fille à marier », mais peu mariable, convenez-en. Il lui laissa 20,000 livres, somme considérable pour l'époque.
XIV. — Jean VI, sire de Rambures, Dompierre, Drucat et Hornoy, chevalier de l'ordre du Roi et capitaine de cinquante hommes d'armes, a bien moins paru que son fils, et sa personnalité s'efface devant celui que Ton a surnommé le brave flambures. Le 40 juin 4578, le duc d'Anjou lui donna une commission pour lever quatre-vingts lances. Jean et son fils Charles avaient signé l'acte d'association de la Ligue au château d'Applaincourt, le 4 3 février 4577. Le duc d'Aumale envoya Jean à Abbeville, le 20 février 1588, pour demander l'entrée de la ville, et, le 47 mars suivant, ils surprirent ensemble la porte d'Hocquet. Le 24 mars, les bourgeois supplièrent M. de Bourbon-Vendôme de s'entremettre pour obtenir de Jean de Rambures, son gendre, qu'il évacuerait le poste qu'il occupait, ce qu'il obtint en effet. Rambures était en 1 589 dans le Boulonnais, et le 26 mars, il demandait à Abbeville des secours d'hommes et d'argent pour pouvoir s'y maintenir. La ville lui envoya 400 écus et écrivit à M. des Essars de Meigneux,
gouverneur de Montreuil, pour lui demander des soldais. Mais tout cela fut fait avec si peu de diligence, que Rambures fut obligé, au mois d'août suivant, d'abandonner les places fortes qu'il occupait dans le Boulonnais. Le 26 novembre 4591, il renouvela à Abbeville, avec les plus ardents ligueurs de la province, son serment de fidélité à la Sainte-Union.
Jean de Fautereau, gentilhomme calviniste, s'était emparé du château de Rambures le 2 juillet 4585; mais Jean de Rambures le reprit avec les milices d' Abbeville et y entretint dès lors une garnison pour la Ligue. Le duc de Mayenne lui fit don de la terre de Nailles le 45 mai 4592. Jean de Rambures finit pourtant par se rallier à la cause royale, et il reçut de Henri IV des lettres d'abolition, en février 4595. Une commission pour lever une compagnie de cinquante lances, le 40 mai 4596, fut la récompense de ses efforts pour rallier Abbeville au parti du Béarnais. Jean de Rambures avait épousé, le 24 juin 4574, Claude de Bourbon-Vendôme, fille de Claude de Bourbon -Vendôme et d'Antoinette de Bours. Elle lui donna plusieurs enfants : 4° Charles; 2° Geoffroy, seigneur de Ligny-sur-Canche, allié à Marie de Mailly, dont il eut un fils, Jean-René, qui n'eut pas de postérité. Geoffroy eut une fin tragique : il fut tué par son beau-frère, Jacques de Mailly, seigneur de Marcuil, en février 4608, dans la maison et en présence de son beau-père, Thibaut, baron de Mailly. Quel fut
le drame intime dont cette mort fut le dénoûment? C'est ce que personne n'a pu savoir encore. 3° Guillaume, reçu chevalier de Malte en 1597, fait prisonnier par les Turcs en 4605, racheté en 4607 et tué en 4608. Aurait-il péri le même jour que son frère, dans la même maison et de la même manière ? Leurs sœurs furent : 4° Antoinette, femme de Jean de Berghes, seigneur d'Ollehain; 5° et 6° Eléonore et Madeleine, religieuses à Avesne; 7° Françoise- Anne, femme de Louis Servin, avocat général au parlement de Paris et conseiller d'Etat.
XV. — Le vrai héros, la gloire de la maison de Rambures est Charles, sire de Rambures, auquel ses contemporains donnèrent le surnom de Brave Rambures. Charles était né vers 1572; en 4589, il avait 47 ans au plus, et il ne peut, par conséquent, pas avoir été le Rambures qui se serait distingué au combat d'Arqués à la tète de la compagnie de chevau-légers de Henri IV. Il ne s'agissait pas davantage de son père, qui était alors, comme vous l'avez vu, l'un des plus fermes appuis de la Sainte-Union en Picardie. En voulez-vous une preuve plus convaincante encore? Vous la trouverez dans le brevet original, conservé dans les archives de Rambures, par lequel le duc de Mayenne nomme en 4 589 Charles de Rambures grand-maître des eaux et forêts en Picardie, et dans la confirmation de ce brevet, le 25 juin 1590, par Charles, cardinal de Bourbon, roi de la Ligue sous le nom
de Charles X. Il est donc également impossible que Charles ait assisté à la bataille d'Ivry, en 1590; s'il y était, s'il y fut blessé au bras, comme l'ont écrit des généalogistes complaisants, ce fut dans les rangs de l'armée de la Ligue et en combattant contre Henri IV. De la soumission d'Abbeville au roi, le 23 avril 1594, soumission ménagée par l'influence de Jean de Ramburcs, date celle du père et du fils à l'autorité légitime. Leur situation fut nettement établie par les lettres d'abolition que le roi leur donna à tous deux en février 1595, et dont l'original est à Rambures. Charles de Rarabures ne fut donc pas à Arques, à côté du roi du moins, et il ne joua pas à Ivry le rôle généreux qu'on lui a prêté en se jetant au-devant du roi menacé. Je vous ai démontré la fausseté de cette double assertion. Il reste au brave Rambures une assez belle page dans notre histoire sans avoir recours à la fable pour le glorifier mal à propos. Rambures assista à la reprise d'Amiens et s'y distingua; ceci est incontestable. C'est là qu'il fut blessé au bras. Le roi l'avait nommé vice-amiral de Picardie, le 14 mai précédent; il le nomma presque aussitôt, et successivement capitaine de cinquante hommes d'armes, gouverneur de Doullens, et le retint parmi les gentilshommes de sa chambre.
Charles de Rambures avait tué en duel à Amiens, en septembre 1607, Henri de Melun, prince d'Epinoy. Le prince de Ligne, sénéchal de Hainaut, oncle du prince d'Epinoy, fit appeler M. de Ram-
bures le 24 septembre. Rambures avait reçu le 45 la lettre suivante du roi lui défendant d'accepter aucun cartel du sénéchal de Hainaut : « MonsT de Rambures, j'ay esté bien ayse d'apprendre par celle que m'a escripte mon cousin le comte de Saint- Paul, que le capitaine Arnault, éxempt de mes gardes, vous ayt trouvé et faict deflenses de ma part de recevoir aucun appel du séneschal de Haynault. Et parce que je ne veus pas que la querelle que vous avés avec luy passe plus oultre, je vous fais ce mot pour vous dire que vous ne faciès faulte, incontinent icelle receuc, de me venir trouver où je seray, sans vous arrester à la crainte que vous avés que vos créanciers vous puissent faire arrester, car, tandis que vous aurés avec vous ledict capitaine Arnault, ils ne le pourront, et vous garantirés de cela. A dieu, Monsr de Rambures. Ce XV septembre, à Paris. Henry. » Mais le roi ne put néanmoins fermer l'oreille aux plaintes de la puissante maison de Melun. Les biens de Rambures avaient été saisis. On lança contre lui, en octobre, un décret de prise de corps ; mais, le 26 mars 1 608, des lettres de grâce lui permettaient de reparaître à la cour, et le 20 juillet 4609 le roi le nommait gouverneur du Crotoy.
Les faveurs royales s'accumulaient sur Charles de Rambures. Pourvu le 41 avril 4 612 du régiment d'infanterie de son beau-frère, Damien de Montluc, sieur de Ralagny, tué en duel à Paris, il obtenait l'autorisation de lui imposer son nom et le voyait
augmenté de huit compagnies le 46 juin 4 613. Il le commanda au siège de Creil, en Guyenne, en 1645 et 1616; au siège de Péronne, en 4646; à l'armée de Champagne, en 1617, et sur la Moselle, en 1 61 9. Créé conseiller d'État le 1 6 juin 1 61 4, chevalier des ordres le 34 décembre 4649, il servit encore à la tète de son régiment à l'attaque des Ponts-de-Cé, en 4620; aux sièges de Saint-Jeand'Angély, de Clérac et de Montauban, en 4 621. Devenu gouverneur de Bergerac, il laissa son régiment dans cette ville, fut avec trois cents hommes d'élite joindre l'armée du duc d'Elbeuf en Guyenne, et contribua, au commencement de 4622, à la défaite du marquis de La Force. Elevé au grade de maréchal de camp le 49 mars 4625, il se démit en mai 4627 de son régiment en faveur de son fils aîné, auquel la survivance en avait été accordée le 49 mars 4626, et reçut le commandement temporaire du régiment des gardes en même temps que le gouvernement de Doullens. Le duc de Créquy, titulaire du régiment des gardes, s'en étant démis le 7 avril 4632, Rambures hérita de sa commission de mestre de camp; mais il n'en jouit pas longtemps, car il mourut à Paris, le 4 8 janvier 4 633, des suites de l'amputation du bras droit, dans lequel il avait reçu une blessure au siège d'Amiens. De sa première femme, Marie de Montluc-Balagny, qu'il avait épousée vers 4 597, Charles de Rambures avait eu : 4° François, tué par une brique, à l'âge de 8 ans, le 24 juillet 4606; 2° Jean,
qui suit; 3° Philippe-Alexandre, mort âgé de 7 ans; 4° Charles; 5° Claude, tous deux morts jeunes. Le 4 4 décembre 4620, Charles de Rambures avait épousé en secondes noces Renée de Boulainvilliers, comtesse de Courtenay, qui lui donna : 6° François, qui suivra; 7° René, qui suivra; 8° Charles, qui suivra également; 9° Charlotte, alliée le 14 mars 1645 à François de La Roche, comte de Fontenilles; 10° Renée-Françoise, abbesse de Willancourt, morte en 1707.
*XVL — Digne héritier des vertus militaires de son père, Jean VII, sire de Rambures, Dorapierre, Lambercourt, etc., semblait destiné au plus brillant avenir, sans une mort aussi glorieuse que prématurée. Connu, pendant l'existence de son père, sous le nom de M. de Dompierre, il fut pourvu, le 6 juillet 1613, d'une compagnie dans le régiment de son père, auquel il succéda comme mestre de camp, le 25 mai 1 627. En 1 627 et en 1 6 î8, il commanda son régiment au siège de la Rochelle et à l'attaque du Pas-de-Suze, aux sièges de Privas et d'Alais, en 1 629 ; au combat de Vaillaue, en 1 630 ; à la prise de Vie et de Moyen-Vie, et au siège de Marsal, en 1631 ; à la prise de Saluées, où il fut blessé d un coup de mousquet dans l'épaule. Ses services ire restaient pas sans récompense : héritier de son père pour les gouvernements de Doullens et du Crotoy, le 1er février 1633, après avoir cédé à son frère François le régiment de Rambures, il
obtint, le 47 mars 4633, le régiment des gardesfrançaises, qu'il commanda la même année au siège de Nancy. Maréchal de camp le 3 octobre 1 634, il se trouva, à la tète des gardes, à la levée du siège des Deux-Ponts, à la prise de Bingen, au secours de Mayence, au combat de Vandrevangcs, à la prise de Corbie, en 1636, et au siège de Landrecies, en juin 4 637. Etant allé investir La Capelle avec un corps de troupes boulonnaises, au mois de septembre suivant, il fut attaqué par sept mousquetaires ennemis qui le laissèrent pour mort sur la place. Il survécut vingt-huit jours à ses blessures. Son corps fut rapporté à Abbeville et inhumé dans l'église des Minimes, auprès de ses prédécesseurs. Jean n'était pas encore marié; il ne posséda donc que pendant quatre années le château de Rambures, qui, après lui, passa à son frère François.
XVI bis. — Né du second mariage de Charles de Rambures avec Renée de Boulainvilliers, François, qui, jusqu'à la mort de son frère, avait été connu sous le nom de M. de Courtenay, l'échangea aussitôt contre celui de M. de Rambures. Il obtint le régiment de Rambures, sur la démission de son frère, en mars 1633; il le commanda à l'armée de Lorraine, en 1634; au siège de Spire et à la prise de Bingen, en 4 635; au secours de Colmar, en 4636; aux sièges d'Ivoy et de Damvilliers, en 4637; à celui du Catelet, en 1638 ; au siège et à la bataille de Thionville, en 1639; aux sièges d'Arras, en 4640,
d'Aire, de la Passée et de Bapaume, en 4641; à l'armée du maréchal de Grammont, dans la campagne de 4642, où il fut tué à l'attaque de Honnecourt, le 26 mai. Sa mort, sans alliance, fit passer tous les biens de sa maison sur la tête de son frère puîné, René de Rambures.
XVI ter, — René de Rambures, capitaine dans le régiment de son frère dès 4638, fit sous ses ordres toutes les campagnes qui précèdent jusqu'en 1642, que, le 24 juin, il obtint le régiment de Rambures, dont la mort de François laissait le commandement vacant. A la tète de son régiment il assista à la bataille de Rocroy, aux sièges de Thionville et de Circk, en 4643; au siège de Gravelines, en 4644 ; à la prise de Cassel, de Béthune. de Saint-Venant et de Menin, en 4645; de Courtray et de Dunkerquc, en 4 646; au siège d'Ypres et à la bataille de Lens, en 4648; au siège de Cambray et à la prise de Condé, en 4649. Créé maréchal de camp le 4 6 septembre 4654, il servit en cette qualité au combat du faubourg Saint-Antoine, en 4652; aux sièges de Sainte-Menehould, en 4653; de Stenay, en 4654; de Landrecies, de Condé et de Saint-Guillain, en 4 655, et. mourut sans alliance dans les premiers jours du mois de mai 4656, ayant pour héritier son frère Charles.
XVI quater. — Charles H, sire de Rambures, de Dompierre, etc., fut le premier qui se qualifia
marquis de Rambures et comte de Courtenay. Ne en 163*. enfant d'h »noeur du roi le 22 mai 4 613, il fut fait mestre de catnp du régiment de Rambures le «0 mars 1656, et le commanda aux sièges de Yalencknnes, en 46S6; de La Mothe, en 4657; de Dunkerque, en 4658, et à la bataille des Dunes. En 466*. M. de Rambures, son régiment n'étant point désigné pour marcher, fut au siège de Lille en qualité de volontaire, avec quarante de ses officiers. Il y fut blessé à la tête à l'attaq ie du Chemin- Couvert, et fut créé brigadier l'année suivante. 11 avait été fait gouverneur de Bohain et conseiller d'État les 20 avril et 22 mai 4656. Il devint enfin maréchal de camp et mourut à Calais le 4 4 mai 4674, à l'âge de 39 ans. Il avait épousé, le 5 avril 1656, Marie Rautru de Nogent, qui fut fort galante, et que l'histoire amoureuse des Gaules et les chansons ont trop fait connaître. C'est d'elle, et à propos de la mort de son mari, que disait Mn,e de Sévigné : a Pouvez-vous vous l'imaginer affligée, avec un bandeau de veuve? » La marquise de Coligny, écrivant au comte de Bussy, son père, le 22 mars 4 683, s'exprimait ainsi : « Madame de Rambures était plaisante de dire, quand elle se portait bien, qu'il était fort utile de mourir en la grâce de Dieu, mais qu'il était fort ennuyeux d'y vivre. » Elle avait donné quatre enfants à son mari : 1° Louis- Alexandre, qui suit; 2° Marie-Renée, alliée à Just- Joseph- François de Cadart de Tournon d'Ancezune, duc de Caderousse; 3° Marie-Charlotte, religieuse;
4° Marie-Armande, fille d'honneur de la dauphine, alliée le 24 avril 4686 à Sidoine-Apollinairc-Scipion- Armand, marquis de Polignac, lieutenant général des armées du roi et gouverneur du Puy-en-Vélay.
XVII. — Louis-Alexandre, marquis de Rambures, mestre de camp du régiment d'infanterie de Ram- • bures, tut le dernier mâle des Rambures possesseurs du château de ce nom. II fut tué en Alsace, le 29 juillet 4 676, à l'âge de 4 8 ans et sans alliance. Quelques soldats déchargeaient imprudemment leurs mousquets, une balle frappa le marquis de Rambures à la tète. La duchesse de Caderousse, sa sœur aînée, devenait ainsi son héritière : ce fut donc à elle qu'échut le château de Rambures. Elle le légua en 4710 à son cousin germain, François de La Roche, marquis de Fontenilles, capitaine au régiment de Coislin, infanterie, qui mourut en 1728 et eut pour héritier Louis-Antoine de La Roche, marquis de Fontenilles, maréchal de camp, mort le 28 mai 4755, laissant Antoine-César de La Roche, marquis de Fontenilles, mort en mai 4764, à l'âge de 48 ans, sans alliance, et le dernier représentant mâle de la branche aînée de sa maison. Sa succession fut partagée entre ses deux sœurs; l'aînée, Antoinette-Adélaïde, femme de Jean-Baptiste-François-Ménélaùs Colbcrt de Croissy, marquis de Sablé, maréchal de camp, capitaine des gardes de La Porte, eut dans son lot le château de Rambures. Ils décédèrent sans postérité, et la marquise de
Sablé légua Rambures à son cousin au troisième degré, César-Honoré de La Roche, marquis de Fontenilles, maréchal de camp, représentant puîné d'une branche cadette. Le .château de Rambures appartient aujourd'hui à Charles de La Roche- Fontenilles, fils cadet du précédent, à qui un décret impérial, en date du 9 avril 1862, a permis d'ajouter le nom de Rambures au sien, et de se dénommer désormais La Roche- Fontenflles-Rambures.