FRIQUET DE FUI CAMPS
provinces, jusque dans les plus secrets replis de nos annales. Inconnu jusqu'aux premières opérations de Charles le Mauvais, dès que le roi apparaît sur la scène politique, Fricamps se révèle. Si les temps avaient été calmes, mon héros fût sans doute demeuré confondu dans la foule : il n'eût pas attiré l'attention de ses contemporains au prix de mille dangers, il n'eût pas conquis des honneurs en gagnant une partie dont sa tète pouvait être l'enjeu.
J'estime, sans autre preuve que des présomptions ou un calcul de prohabilités, que Jean de Fricamps naquit à Montfarville vers 4318 ou 1320. J'ai nommé son père, mais je n'ai pu découvrir le nom de sa mère. Est-ce d'eux qu'il reçut ce nom de Friquet sous lequel il parait avoir été connu de tous? Ce surnom n'était-il qu'un diminutif de Fricamps, un jeu de mot sur son nom patronymique, ou bien ne lui avait-il été donné qu'en raison de sa petite taille ? On ne le saura jamais. Toujours est-il que, non-seulement pour les autres, mais pour lui-même, il était Friquet de Fricamps; îl se dénommait ainsi dans le préambule de la plupart des actes qu'il passait. Et cela fut toujours ainsi jusqu'au jour où il leva bannière, ou peut-être plutôt jusqu'au jour où son fils fut en âge de recevoir de lui cet héritage, expression de la tendre familiarité d'un père ou de l'inoffensive raillerie d'un ami, et qui a induit en erreur l'historien par excellence de Charles le Mauvais, M. Secousse, et
tous ceux qui se sont inspirés de lui. Friquet de Fricamps, pour lui conserver cette désignation quasi officielle quoique familière, et consacrée par l'histoire, était déjà chevalier quand, avec sept écuyers sous ses ordres, il se rendit en 4 342 à l'host de Ploërmel. Ce fut donc en Bretagne, sous les drapeaux du comte de Blois, qu'il fit, pour nous du moins, ses premières armes ; car, avant d'être chevalier et pour arriver à l'être, il avait dû marquer sur plus d'un champ de bataille. Il est donc naturel de croire qu'il a été l'un de ceux qui ont frappé les premiers coups de la guerre de Cent-Ans, et que ce fut dès 1336, et en Flandre, qu'il commença à gagner ses éperons.
Pendant quatre ans l'histoire est muette sur le compte de Friquet; on était entré d'ailleurs dans une période d'apaisement relatif. On ne guerroyait guère qu'en Gascogne, et cependant, s'il faut en croire le traître Geoffroy d'Harcourt parlant à Edouard 111, « la fleur de la chevalerie w de Normandie aurait suivi son duc sous les murs d'Aiguillon, où l'on ne faisait rien qui vaille et où Gauthier de Mauny s'illustrait par une défense héroïque. 11 est supposabïe, la Normandie étant à ce point dégarnie de noblesse, que Friquet de Fricamps était dans l'armée du futur vaincu de Poitiers. Je le crois d'autant plus volontiers, que nous le verrons tout à l'heure sous les ordres du connétable comte d'Eu; or, le comte d'Eu était à Aiguillon, et ce fut même lui et le comte de Tancarville