FRIQUET DE FRIC AMP
que le duc chargea d'aller donner au roi, son père, des nouvelles du siège, et lui demander l'autorisation de réduire, à force de temps et par la famine, l'obstination des assiégés contre lesquels la force des armes ne pouvait rien. Tout à coup une terrible nouvelle éclate comme un coup de tonnerre. Le roi d'Angleterre est débarqué le 42 juillet en Normandie, à la Hogue; le 4 4, il est à Valognes; le 45, à Carentan; le 24, à Saint-Lô; le 26, Caen était investie. Godefroy d'Harcourt n'avait pas trompé le roi d'Angleterre. Les villes n'étaient point fermées, le pays était gras et plantureux , la population inerte et sans résistance, tant ce coup était inattendu. Mais, à Caen devait s'arrêter cette promenade militaire.
Mandés en toute hâte par le roi, les comtes d'Eu et de Tancarville avaient traversé la France, appelant les féodaux aux armes sur leur passage ; ils avaient eu le temps de s'enfermer dans la ville et, puissamment aidés par les bourgeois, d'y organiser un simulacre de défense. Tout cela n'aboutit qu'à une honteuse défaite : les comtes d'Eu et de Tancarville, accusés de s'être fait prendre à dessein, n'ont pu se laver de ce soupçon infamant. Il n'y eut guère de gens tués qu'en fuyant, et je ne sais si c'est parmi ceux-là qu'il faut classer Jacques Quiéret, qui n'en revint pas. Quant à Friquet de Fri camps, dont la présence à Caen est attestée par les comptes des trésoriers des guerres, il ne fut pas fait prisonnier. Il y a lieu de croire qu'il parvint à
se réfugier dans le château de Caen, « durement grand et plantureux », où le capitaine, Robert de Warigny, recueillit ainsi beaucoup de monde. On peut croire que Friquet ne fut pas de ceux qui ne tirèrent l'épée que pour la jeter dans leur fuite précipitée : il devait être vaillant homme d'armes et réputé pour tel, puisque, en 4350, Guy de Nesle, maréchal de France, l'établit « garde et cappitaine de la route d'Angleterre », c'est-à-dire commandant en chef du corps d'armée destiné à agir contre les Anglais en Poitou et en Limousin, en attendant l'arrivée d'Arnould d'Audeneham, chargé de ce commandement. Friquet avait sous ses ordres, en cette qualité, douze chevaliers, cent soixantesept écuyers, et un égal nombre d'archers et d'arbalétriers. Il ne fut déchargé de ces fonctions provisoires, dont le nom de leur titulaire atteste l'importance, que pour être institué capitaine et gouverneur du comté d'Angoulèrae. Il exerçait encore cette charge en 4352, comme l'attestent ses quittances de gages conservées dans le précieux recueil de Clairembault. Charles d'Espagne, créé connétable par le roi, avait reçu de lui, le 23 décembre 4350, le comté d'Angoulème. Friquet était donc chargé de conserver l'héritage de celui dans l'assassinat de qui il devait tremper deux ans plus tard.
A cette époque était lieutenant pour le roi en Languedoc Charles II, roi de Navarre, né à Evreux en 4332, et par conséquent âgé de 24 ans quand