CINQUIÈME OBJECTION
En supposant même la possibilité d’établir isolément des communautés d’après le plan de M. Owen , on ne pourrait , disent les adversaires du système, l’étendre à la société générale; car le principe de compétition ne ferait que passer des individus aux communautés , qui rivaliseraient à leur tour pour l’accumulation des biens, ce qui amènerait des divisions aussi funestes que celles qui naissent du système entièrement individuel.
Cette objection me semble renversée par ses propres termes ; car dès l’instant qu’on admet que tous les individus des sociétés respectives ont reconnu qu’il est de leur intérêt de s’étendre , au lieu de se diviser et de se nuire, comment supposer que les mêmes individus
suivront un système tout-à-fait opposé lorsqu’il s’agira des rapports entre communautés! Ceci me paraît un contre-sens trop grossier pour qu’on puisse le craindre de la part d’hommes élevés d’une manière aussi rationnelle, ou qui n’auraient été conduits au système coopératif que par l’aperçu des maux profonds qu’engendre celui de la compétition. D’ailleurs , en toutes choses , c’est la transformation des premiers élémens qui est difficile, et non l’extension de ces élémens dans un sens analogue. Ainsi, pour prendre un exemple dans un des événemens les plus remarquables de nos jours, supposons que le Grand-Seigneur parvînt non-seulement à former un grand nombre de régimens à l’européenne, mais encore à leur faire reconnaître et aimer la supériorité^ de cette discipline , pense-t-on qu’il lui fût difficile ensuite de faire adopter à ces divers corps les manœuvres d’ensemble de nos armées? Je pense donc, lors même qu’il n’y aurait aucune autre garantie à cet égard , qu’une telle crainte est absolument sans fondement. Mais il est une autre considération qui vient faire disparaître tout motif d’appréhension sur ce point : c’est qu’en ad-
mettant rétablissement des sociétés coopératives, on admet aussi leurs conséquences morales* sans lesquelles elles ne pourraient exister long-temps. Or, ces conséquences sont une bienveillance générale et le besoin des jouissances de sympathie, qui portera chaque coopérateur à considérer tous les hommes comme ses frère?, et à leur faire partager son bonheur le plus qu’il lui sera possible.