DE IA PREMIÈRE SERIE
Cette objection prend sa source dans une opinion de plusieurs économistes, qui pensent que la faculté de procréation , dans l’espèce humaine , suit une progression beaucoup plus forte que la faculté d’accroître les moyens l’existence. Or comme les sociétés coopératives, par le bonheur et l’abondance quelles produiraient d’abord, favoriseraient singulièrement cette tendance, il en résulterait, disentils , un excès de population qui ramènerait la
misère, ainsi que toutes les divisions qui en sont la conséquence inévitable , ce qui serait encore une cause infaillible de dissolution.
Pour répondre sous tous les rapports à cette objection , je ferai d’abord observer que, même en supposant qu'il n’y eût pas de remède à ce fléau d’une population au-delà de toute proportion avec les moyens de subsistance , le mal serait tout au moins assez éloigné de nous; car, indépendamment de ce qu’il n’y a encore d’habitée que la moindre portion du globe, indépendamment de ce qu’une partie considérable des pays habités n’est point en état de culture, il est facile de démontrer qu’avec un meilleur système agricole on peut considérablement augmenter les produits d’une quantité donnée de terrain. Ainsi donc, le pis-aller serait d’assurer le bonheur d’un grand nombre de générations avant le moment fatal dont on nous rûenace , sauf à voir naître plus tard une grande catastrophe qui nous replongerait dans l’état actuel, soit pour toujours, soit pendant une certaine période seulement , jusqu’à ce que l’équilibré se fût rétabli de nouveau. Mais n’est-ce donc rien que le bonheur de
plusieurs générations pour notre pauvre espèce, dont toute l’histoire n’a encore présenté qu’un tableau non interrompu de souffrances ? D’ailleurs, c’est un bien singulier argument , pour repousser un système qu’on prétend ne devoir nous rendre malheureux qu’après quelques siècles, que de soutenir qu’il faut dès ce moment nous empêcher de sortir d’un état misérable.
Toutefois ce n’est pas tout, et l’objection que je combats est fondée sur une supposition entièrement fausse, celle que les classes qui vivent dans l’aisance procréent davantage que celle des indigens. En effet, presque partout on voit ces derniers avoir au contraire les plus nombreuses familles , soit que leur état de dégradation émousse en eux le sentiment d’une tendre sollicitude pour l’avenir de leurs enfans, soit que la privation des jouissances morales les rende plus soumis à l’empire des jouissances purement sensuelles. Or si l’on trouve, même dans l’état actuel de la société , une foule de personnes qui ont assez de prudence, ou pour rester dans le célibat, ou pour retarder l’époque du mariage, ou bien encore pour mettre des bornes à l’augmentation de
leur famille durant le mariage, comment peuton croire que dans une société bien organisée, et qui n’aurait qu’une volonté, celle de la continuation du bonheur de tousses membres, on ne parvînt pas à trouver, sans violence et avec le moins de sacrifices possibles, les moyens de prévenir l’exubérance de population dont il s’agit? Je pense donc que l’objection dont nous venons de nous occuper n’est pas plus fondée que les précédentes.
3Diu*ihni scrtc îi’objcrtions.
Des objections relatives aux conséquences fâcheuses qu'on prétend devoir résulter du système coopératif , dans le cas où il serait possible de V établir.