‹ Lettres sur le systeme de la cooperation mutuelle et de la communaute de tous les biens, d'apres le plan de M. OwenChapitre 3 sur 16 · DEUXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LETTRE

Londres, le 19 octobre 1826,

Monsieur ,

Dans ma première lettre je me suis attaché à deux des points principaux du sujet qui nous occupe : j’ai d’abord présenté un aperçu des motifs qui ont conduit au désir de remplacer l’état actuel de la société par le système coopératif; ensuite j’ai indiqué les dispositions fondamentales d’une communauté coopérative d’après le plan de M. Owen. Maintenant, pour compléter les élémens préliminaires de cette grande question, je vais donner une esquisse historique des principales tentatives faites jusqu’à ce jour pour l’établissement pratique du système dont il s’agit.

Je ne parlerai point de certaines communautés politiques de l’antiquité , telles que celle si vantée de Lacédémone ; car les membres de ces communautés n’étaient point des coopérateurs productifs , mais au contraire de véritables spoliateurs de la classe productive , puisqu’ils avaient des esclaves qui étaient forcés d’exécuter presque tous les travaux utiles. Or, comme toute l’antiquité avait admis l’esclavage , ce sera nécessairement dans des temps postérieurs qu’il nous faudra chercher le berceau des véritables sociétés coopératives.

Il faut à cet égard se reporter vers l’époque de l’établissement du christianisme, autant du moins que nous pouvons l’apprendre par nos monumens historiques. En effet, d’après Phi- Ion j juif d’Alexandrie, qui a écrit peu de temps après la mort de Jésus-Christ, il a existé deux sectes juives, les Thérapeutes et les Esséniens y dont tous les individus vivaient en commun , dans les principes d’une entière égalité; et, d’un autre côté, il résulte des actes des Apôtres (i) que les premiers chrétiens

(i) Chap. iv, v. 32, 34, 35.

avaient mis en commun tous leurs biens , et qu’aucun deux n’avait retenu de propriété particulière. Je n’entrerai point ici dans la question de savoir s’il n’y a point dans les auteurs quelque confusion à l’égard des premiers sectateurs dé Jésus, qu’on prétend avoir été désignés par le nom d 'Esséniens , comme il est certain qu’ils le furent sous celui de Nazaréens, de Galiléens, etc. Un tel point de controverse me mènerait trop loin. D’ailleurs , en admettant que la secte des Esséniens existât avant la venue du Christ , comme cela paraît certain , et alors meme quelle aurait eu déjà les mœurs qui distinguèrent bientôt les chrétiens , ne serait-il pas possible que cette conformité de leurs mœu rs avec les préceptes du christianisme dans son origine, rendant leur conversion plus facile, eût contribué à faire donner le nom d Esséniens à tous les chrétiens primitifs ? Dans tous les cas, il reste constant qu’il a existé à cette époque des sociétés régies d’après les principes de la communauté de tous les biens et de la plus parfaite égalité ; et comme c’est principalement sur les Esséniens que nous avons des renseignemens positifs, je crois de-

voir traduire ici un passage de Philon , qui nous en donnera une idée assez complète , en même temps qu’il nous permettra d établir la comparaison de leur plan social avec celui des communautés proposées par M. Owen.

« Ils sont appelés Esséniens (i), nom qui , bien que formé , selon moi , d’après une analogie peu exacte, correspond en grec à celui de saint ; car ils ont atteint le plus haut degré de sainteté dans le culte de Dieu , et cela non par le sacrifice d’animaux , mais en cultivant la pureté du cœur. Ils habitent principalement des villages , évitant les villes parce qu’ils pensent que de même que les maladies physiques sont engendrées par les émanations putrides, ainsi une impression ineffaçable est produite sur l’ame par la contagion de la société. Quelques-uns d’entre eux cultivent la terre, tandis que d’autres se livrent aux arts de la paix , c’est-à-dire à tous ceux qui leur sont avantageux sans nuire à leur prochain. Ils n’aspirent

(i) Il n’y avait d’Esséniens qu’en Palestine , et ils étaient au nombre d’environ quatre mille. Voyez Fleury, Mœurs des chrétiens , page i3i.

point à entasser de l’or , ni à obtenir d’amples héritages pour satisfaire la prodigalité ou l'avarice; mais ils se contentent de ce qu’il faut pour les premiers besoins de la vie. C’est la seule classe d’hommes qui, bien que n’ayant ni argent ni possessions , ( et cela plutôt par choix que d’après les rigueurs de la fortune) se considèrent comme riches, parce qu’ils pensent que la richesse ne consiste pas dans la grandeur des possessions , mais dans la frugalité et le contentement. Parmi eux on ne fabrique ni épées, ni coutelas, ni boucliers, ni autre arme propre à la guerre , ni même tout autre instrument dont on puisse abuser en temps de paix. Ils renoncent au commerce et à la navigation , comme excitant à l’avarice et au luxe. Ils n’ont aucun esclave; tous sont libres et administrent à leur tour les affaires de la so ciété . . .

Quant à l’instruction , ils abandonnent aux sophistes la branche appelée logique , pensant qu’elle n’est pas nécessaire à l’acquisition de la vertu , et ils ne cultivent la philosophie de la nature qu’en ce qui regarde l’existence de Dieu

et la création de l’univers. Ils laissent aux métaphysiciens les autres parties des sciences naturelles, comme étant au-dessus de nos moyens de connaître ; mais , se conformant aux lois de leur pays , ils étudient avec soin la philosophie morale , dont l’excellence peut être difficilement comprise sans l’inspiration de Dieu.

Les sujets d’instruction sont la piété, la sainteté, la probité, l’économie domestique et politique , la connaissance de ce qui est vraiment bon, mauvais ou indifférent, ce qu'il faut faire, et ce qu’il faut éviter. En discutant ces objets , le but auquel ils rapportent tout, et qui leur sert de règle de conduite , est l’amour de Dieu, l’amour de la vertu et l’amour de leurs semblables. Ils donnent des preuves de leur amour de Dieu en menant une vie continuellement pure, que ne souillent ni les sermens, ni le mensonge, regardant Dieu comme la source de tout bien et jamais du mal; ils montrent leur attachement à la vertu par leur affranchissement de toute avarice, de toute ambition , des plaisirs sensuels, par leur tempérance et

leur patience, par leur frugalité, leur simplicité et leur contentement, par leur humilité , par leur soumission aux lois et autres vertus semblables. Ils manifestent l’amour de leurs semblables par leur bienveillance , leur équité et leur libéralité , dont il est bon de donner une idée, quoique aucun langage ne puisse bien la décrire. D’abord il n’est aucune maison , quelque privée qu’elle soit , qui ne soit ouverte à tous les autres membres de la communauté ; et non-seulement tous ces membres sont réunis sous le même toît, mais encore tous les étrangers de la même croyance sont librement admis parmi eux. Il n’y a qu’un trésor pour tous leurs besoins, et leurs vêtemens appartiennent à la société , aussi bien que leurs provisions. On ne connaît point d’autre classe d’hommes vivant ainsi sous le même toît et mangeant à la même table; mais l’on ne doit point s’en étonner, puisque le simple manouvrier même ne garde point le produit du sol qu’il cultive, mais le livre au magasin commun , en sorte que chacun a droit aux produits créés par les autres. Les infirmes ne sont point méprisés ou négligés, en raison de ce qu’ils ne

sont plus capables de travail; au contraire, ils vivent dans l’abondance, recevant du trésor tout ce qui leur est nécessaire. Les vieillards y sont aimés, révérés, servis comme des paréos par des enfans chéris, et des milliers de mains et de cœurs volent au-devant d’eux pour entourer leurs dernières années de toutes les aisances de la vie. »

On voit par ce passage , dont j’ai retranché ce qui n’est que relatif à la croyance religieuse, que la communauté des Esséniens ressemblait par plusieurs traits principaux avec celles de M. Owen. Cependant elle en différait sous quelques rapports qui sont d’une grande importance : d’abord elle n’existait qu’entre personnes d’une certaine secte , tandis que celles proposées admettront non-seulement les individus de toutes les sectes possibles, mais encore ceux qui n’en auront adopté aucune en particulier. En second lieu, elle bornait son travail à la production des objets de première nécessité , tandis que M. Owen veut qu’on l’étende à tout ce qui peut procurer de véritables jouissances, en préférant toujours, il est vrai , celles qui tiennent aux besoins es-

sentiels, et en évitant ceiles qui pourraient amener le repentir. Troisièmement, les Esséniens mettaient aussi des limites à leur instruction, tandis que l’instruction, dans les nouvelles sociétés, embrassera tout le domaine des connaissances humaines, et même celui des beaux-arts. Quatrièmement, cette société avait entièrement renoncé au commerce , tandis que celles de M. Owen l’admettront, mais en le ramenant à des bases plus équitables et plus philantropiques, c’est-àdire à un simple échange de produits résultant de quantités égales de travail, en s’abstenant de ce qu’on nomme profit . Cinquièmement enfin , les Esséniens avaient exclu la fabrication et l’usage de tout ce qui avait rapport à la guerre , tandis que nos communautés , quoique tendant sans cesse à un système de paix et de charité universelle , ne seront pas moins disposées à faire tout ce qui peut assurer leur conservation et celle de l’état auquel elles appartiendront , tant qu’il existera des hommes assez insensés pour vouloir se procurer des jouissances aux dépens des autres, au lieu

de s’entendre avec eux pour la plus grande production des biens qui procurent ces jouissances.

J’ai insisté un peu longuement sur cette communauté, parce que c’est la première société vraiment coopérative dont l’histoire nous ait conservé le souvenir; mais je passerai très-rapidement sur les autres communautés religieuses qui s’établirent plus tard dans le monde chrétien, (et qu’on nomma des monastères),' soit parce que leur but principal fut presque toujours l’exercice de certaines pratiques religieuses, soit parce que leurs relations sociales n’embrassaient point l'ensemble de la vie humaine , puisque les deux sexes n’y étaient point réunis, soit enfin parce qu’elles ne tardèrent pas à dégénérer de leur institution primitive, sous le rapport surtout des principes d’égalité. Néanmoins, dans le principe de leurs établissemens , et tant qu’ils furent obligés de travailler pour satisfaire à leurs besoins, ils parvinrent à créer par la coopération mutuelle des masses considérables de biens, et l’on ne doit pas oublier que

c’est aux monastères qu’on est redevable des premiers défrichemens de terre dans une grande partie de l’Europe occidentale.

Je ne ferai aussi qu’indiquer sommairement l’espèce de communauté établie par les jésuites au Paraguay , soit parce que le but primitif de ces sociétés fut aussi principalement religieux, soit parce qu’elles furent toutes fondées et maintenues par la force , en sorte que les travailleurs ne furent jamais que des esclaves , dont les pieux administrateurs se partageaient les dépouilles, ce qui établit une telle différence de principes fondamentaux avec les sociétés coopératives dont il s’agit maintenant qu’il est impossible de pouvoir rien conclure des unes aux autres.

Mais il est une secte assez moderne, qui offre le tableau de communautés presqu’entièrement semblables à celles des Esséniens, et sur lesquelles je crois devoir m’étendre davantage que sur celles des monastères. Je veux parler des frères moraves , connus principalement sous ce nom , parce qu’ils ont plusieurs établissemens en Moravie, mais qui sont aussi désignés quelquefois sous le nom

de frères unis , et sous celui de Hernheutes . Cette dernière dénomination vient selon les uns d’un village de la Lusace, dans lequel ils ont une de leurs communautés, et selon les autres de la corruption du mot allemand hcrn huthersy qui signifie gardiens du Seigneur. Il paraît que leur secte est un débris de celle de Jean Huss , dont les disciples , après avoir été long-temps persécutés dans le dix-septième siècle et le commencement du dix-huitième, finirent par se disperser et se fixer sur tous les points de l’Europe où ils purent trouver quelque asile. Plus tard ils se répandirent dans plusieurs des autres parties du monde, et ils ont maintenant des communautés non-seulement en Moravie , en Allemagne, en Hollande et en Angleterre, mais encore en Amérique, en Afrique, et jusque dans le Groënland, ainsi que dans plusieurs colonies danoises.

On trouve sur les Moraves des renseignemens assez précis dans l’Encyclopédie, au mot Moraves y dans le Dictionnaire des cérémonies religieuses y au mot Hernheutes, mais surtout dans r Histoire des sectes religieuses , par M, l’évêque Grégoire , qui a visité lui-même

une de ces communautés à Leist, près d’Ütrecht en Hollande. On peut aussi consulter avec fruit une notice placée en tète du roman de 1 & Luthérienne ) ou la Famille morave , par M. Victor Ducange, ouvrage qui, sous quelques apparences de frivolité , peut-être indispensables pour la classe de ses lecteurs , présente un sens moral profond, en faisant voir le contraste du bonheur solide et vrai dont on peut jouir dans une société fondée sur l’harmonie de tousses membres, avec les misères sans nombre et tous les vices qu’enfante notre système anti- social, dont la base n’est que la rivalité des individus, et, par une conséquence inévitable, l’opposition continuelle de leurs idées et de leurs intérêts.

Les Moraves , sauf quelques exceptions (i) , ont tous leurs biens en commun , et vivent sur le pied de la plus parfaite égalité, comme faisaient les Esséniens. Ils s’occupent aussi principalement d’agriculture et de plusieurs espèces d’arts et métiers, donnant toujours la

(i) Histoire des sectes religieuses , tome i , pages 282 et 283,

préférence aux plus utiles. Quant aux sciences, ils ne s’occupent également que de celles qui ont rapport aux premiers besoins ; et quoiqu’ils aient l’esprit de prosélytisme, ils n’ont jamais voulu établir d’imprimerie. Mais ce qui les distingue des Esséniens et de presque toutes les autres sectes , c’est leur entière tolérance en matière d’opinions religieuses. Non-seulement ils ne haïssent ni ne méprisent ceux qui pensent autrement qu’eux, mais encore ils les admettent dans leur sein . Ils ne font pas consister ce qu’ils appellent V unité dans la conformité des croyances , mais dans celle des sentimens d’affection mutuelle (i), ce qui est un trait de ressemblance bien essentiel avec les communautés de M. Owen. Quant à leur gouvernement intérieur, leur grand axiome est que ce sont les principes reconnus par la société et les réglemens faits par elle qui doivent la régir, et non la volonté particulière des individus, qui ne doivent faire autre chose qu’appliquer ces principes et ces réglemens.

(i) Ibid., pages 272 et 284. Voyez aussi le mot Morave dans l Encyclopédie.

Après avoir donné une idée assez étendue des frères moraves , sur lesquels nous avons des renseignemens plus complets que sur bien d’autres sectes , je ne puis qu’indiquer en passant quelques autres sociétés à peu près du même genre, principalement composées de laboureurs, et qui existaient en Auvergne depuis plusieurs siècles , au rapport de l’auteur même de l’article Morave dans l’Encyclopédie, qui n’en fait aussi qu’une mention extrêmement sommaire. Il est bon toutefois de faire observer que ces sociétés n’avaient rien de monastique, et qu’elles étaient formées par la réunion de plusieurs familles , comme. chez les Moraves et les anciens Esséniens. Il paraît aussi qu’elles ont cessé d’exister depuis la ré • volution.

Je ne dois point ici passer sous silence que M. Faiguet, auteur de l’article déjà cité de l’Encyclopédie , avait proposé , à la suite de cet article, la formation d’une communauté qui aurait eu les plus grands traits de ressemblance avec celles de M. Owen, puisqu’elle aurait également embrassé tous les rapports de la vie, et aurait aussi eu pour base la plus

grande liberté dans tous les genres. Cependant ce plan présentait une exception au système de la communauté entière ; car chaque membre pouvait avoir un pécule particulier, et il n’est pas bien expliqué si c’était pour en jouir entièrement dans le sein même de la société, ou s’il était principalement réservé au cas' de sortie, obligée ou volontaire. J’ignore si l’on a fait dans le temps quelque tentative pour réaliser ce projet, dicté par la plus pure philantropie.

On trouve dans l’ouvrage de M. Grégoire la description de deux autres sectes modernes, établies en Amérique et vivant aussi en communautés, mais qui, bien que non catholiques, ressemblent presque entièrement à nos monastères, puisqu’elles sont vouées au célibat, et ont pour but principal l’exercice de certaines pratiques religieuses très-austères. Je veux parler des Bunkers ou Dumplers , et des Shakers ou Shaking- Quakers (i). Les premiers

(i) Voyez aussi la notice publiée par M. Owen sur les Shakers , notice qui lui avait été comrauni' quée par M.W- S.Warder , quaker de Philadelphie.

sont établis en Pensylvanie depuis le commencement du dix-huitième siècle, et les autres, qui ne datent que de 17475 ont plusieurs établissemens dans les états de New- Yorck , de Connecticut, d’Indiana, et dans la province du Maine. Ces deux sectes ont beaucoup de traits de ressemblance, dont nous venons d’indiquer les principaux. Elles ont aussi également pour principe de ne pas faire la guerre , et même de ne passe défendre, ce qui est conforme à la doctrine des Quakers, dont les Shakers sont une dérivation. Cependant il y a entr’elles quelques différences : la première , qui est très-marquée, est relative au célibat; chez les Bunkers il n’est point absolument forcé; mais ceux qui se marient sortent de la communauté , et vont se fixer dans le voisinage , tandis que les Shakers infligent des punitions corporelles très-sévères à ceux qui rompent la continence, même lorsqu’ils voudraient sortir pour se marier. Mais ce qui est bien extraordinaire, à côté de ce réglement si tyrannique pour un acte tel que le mariage , c’est que les Shakers laissent à chacun La plus entière liberté de régler sa croyance religieuse ,

et de discuter toutes sortes de matières , pourvu qu’il se soumette pour la discipline à ce qui est réglé par la société. Une autre différence bien prononcée entre les deux sectes est que le chef élu par les Dunkers les gouverne avec un pouvoir absolu , tandis que le gouvernement des Shakers est entièrement fondé sur l’égalité. Tout s’y fait par de simples délégués temporaires ; et en matière de religion, ils n’ont aucun prêtre, chacun prêchant quand il se croit inspiré , ce qui est encore conforme à la doctrine des Quakers . Les Shakers sont très-hospitaliers et ne reçoivent rien de ceux qui les visitent. Enfin tout membre qui veut quitter la communauté a le droit de reprendre en sortant tout ce qu’il y avait apporté.

Il ne me reste plus , avant de passer à’ l’historique des travaux de M. Owen et de ses amis, qu’à dire quelques mots sur une secte encore plus moderne que les deux précédentes, mais qui a la plus grande analogie avec elles, et qui est établie en Amérique depuis douze ans environ : je veux parler des Harmonie ns , originaires du royaume de Wirtem-

berg, d'où ils se rendirent d’abord dans la Pensylvanie , qu’ils quittèrent peu de temps après pour s’établir dans l’état d ’Indiana, sur les bords de la Wabash, dans l’endroit même que M. Owen vient d’acheter d’eux pour fonder plusieurs communautés sur son propre plan. Les Harmoniens vivent aussi en communauté ; mais il paraît que l’égalité n’est point parfaite entre eux, et que leur gouvernement intérieur est fort près de l’oligarchie (i). Ils sont entièrement dirigés, tant au spirituel qu’au temporel , par leur pasteur et par quelques autres individus influens de la communauté. Ils s’adonnent principalement à l’agriculture et aux arts utiles ; mais ils paraissent trop enclins à l’esprit de commerce, et leurs chefs paraissent fort avides d’argent, à la différence des Shakers qui ont une grande réputation de désintéressement. Cependant ils leur ressemblent sous un autre rapport, c’està-dire en négligeant toute science qui n’a pas

(i) Voyez, sur cette communauté, la brochure publiée par M. W. Hebert , sous ce titre : a Visit to Harmony , etc.

trait aux premiers besoins , et en s’obstinant à ne point vouloir établir d’imprimerie. Ils sont également voués au célibat, mais non pas avec la meme rigueur que les Shakers , et il ne paraît pas meme qu’ils renvoient au dehors ceux qui se marient , comme font les Bunkers. 31s sont exclusifs quant à la croyance, et regardent comme étrangers tous les individus qui ne sont pas de leur secte ; mais ce qui les distingue d’une manière bien avantageuse , c’est qu’ils n’emploient jamais aucun moyen coërcitif envers ceux de leurs frères qui négligent leurs devoirs ou qui font quelque action blâmable, se contentant de les traiter avec indifférence, du tout au plus de leur adresser quelques reproches, ce qui suffit entièrement pour les ramener.

Maintenant je vais aborder le récit des tentatives faites par M. Owen et par les partisans de sa doctrine ; mais comme vous désirez sans doute connaître le caractère particulier de ce célèbre philantrope, dont toutes les actions d’ailleurs sont une suite constante de travaux dirigés vers l’application pratique du système auquel il a donné son nom , je suis persuadé

que vous lirez avec plaisir une esquisse historique des principaux traits de sa vie. La notice que je vais avoir rhonneur de vous présenter sera en grande partie l’abrégé d’une notice plus étendue, publiée en 1824 dans le Metropolitan Literaiy Journal ; et pour tout ce qui est postérieur à cette dernière époque , j’en puiserai les matériaux, soit dans les divers écrits publiés séparément à cet égard, soit dans quelques articles de la Revue encyclopédique et du Cooperative Magazine , soit dans les communications de quelques amis communs, soit enfin dans mes propres souvenirs, n’ayant jamais perdu de vue les opérations de M. Owen, depuis 1824.

M. Owen est né en 1771, à Newtown , dans le comté de Montgomeryshire , en sorte qu’il a maintenant 58 ans. A l’âge de dix ans il vint à Londres , où il resta fort peu de temps, pour aller ensuite à Stamford en Lincolnshire, où il resta trois ans. Il retourna alors dans la capitale, et demeura quelque temps dans un fort magasin de mercerie et de bonneterie. De là il fut à Manchester, où il commença, quoique très-jeune encore, à travailler

pour son compte dans la fabrication des machines et dans la filature de coton. Il entreprit ensuite successivement plusieurs établissemens analogues avec diverses maisons , dont l’une avait un comptoir à Londres. Enfin il acheta , avec ses derniers associés, la filature de M. Dale , située à New-Lanark , en Écosse , dans laquelle il a encore un intérêt.

On doit déjà présumer, d’après le genre de vie qui absorba toute la jeunesse de M. Owen, qu’il lui fut impossible de soigner son instruction; aussi ne reçut-il point ce qu’on appelle une éducation classique; et, dans plusieurs occasions, il s’est lui-même représenté comme un homme illétré ; cependant tout porte à croire qu’il a lu beaucoup , et surtout ce qui pouvait se rapporter à ses vues. Quoi qu’il en soit, il est certain que ce fut au milieu d’une carrière toute pratique, et spécialement dans son établissement de New-Lanark, où il a été vingt ans à la tête d’un grand nombre d’ouvriers, qu’il fit toutes ses remarques sur les moyens de former le caractère des hommes , sur ceux deles faire concourir plus amplement vers un but commun , enfin sur les moyens de

tirer parti des réunions considérables, tant pour diminuer les frais de production que pour obtenir avec facilité les divers perfectionnemens de l’espèce humaine.

Ce fut en 18 ii ou 1812 qu’il attira pour la première fois l’attention publique à Glascow , par un discours qu’il prononça dans un dîner solennel donné à J. Lancaster. Ce fut là qu’il émit plusieurs idées fort remarquables sur les résultats futurs des machines destinées à remplacer le travail de l’homme, et sur la réaction de ces effets sur toute l’organisation sociale. Ces aperçus furent alors taxés d’éxagération comme tout ce qui est extraordinaire et nouveau , quoique déjà l’on ait reconnu que les données sur lesquelles il se fondait étaient encore bien au-dessous de la réalité.

Je passerai sous silence quelques écrits publiés par lui peu de temps après sur divers objets d’économie industrielle, et je m’empresse d’arriver à son principal ouvrage , à celui qui fait la base de la partie morale de son système, comme son discours de Glascow en avait jeté les fondemens sous le rapport économique . Cet ouvrage fut publié en quatre parties succès-

sives dans le courant de 1 8 1 3 , sous le titre de « Nouvelle vue de la société, ou Essais sur la formation du caractère de l’homme , etc. » Je vais en donner une idée le plus succinctement possible.

M. Owen pose d’abord en fait que la formation du caractère de chaque individu n'est point son propre ouvrage, et qu’elle dépend entièrement, soit de sa propre organisation primitive , qu’il n’a pas été le maître de créer à son gré, soit ensuite, et même principalement, de toutes les circonstances qui l’entourent dans le cours de sa vie, mais surtout dans l’enfance, idée qu’il rend par l’expression un peu obscure : « que le caractère de l’homme n’est point formé par lui , mais pour lui. » Cette doctrine , comme on le voit, rentre dans celle de la nécessité de nos actions ; mais quelles que soient les objections qu’on puisse faire contre les conséquences vraies ou prétendues de cette doctrine , objections que j’aborderai plus tard, M. Owen fait voir qu’elle conduirait à deux résultats bien importans , l’un quant à la possibilité de changer entièrement le système actuel de la société , l’autre

quant à la révolution bienfaisante que l’adoption générale de ce principe opérerait sur les sentimens réciproques de l’espèce humaine. Sous le premier rapport , voici ce que pense M. Owen : « Puisque aucun individu n’est le maître de former son propre caractère, lequel est influencé par toutes les circonstances qui l’entourent , mais surtout par celles de son enfance , il serait facile à toute communauté investie d’un certain pouvoir de replacer la société sur des bases plus conformes au bonheur de ses membres , en changeant les circoustances qui entourent chaque individu , et surtout en fondant l’éducation sur des principes plus rationnels. Sous le second rapport , la conséquence du même principe serait de faire disparaître tous les sentimens hostiles résultant de l’opinion qu’il dépend de l’individu d’être autre que ce qu’il est; car comment s’irriter contre des êtres qu’on considérerait comme impérieusement entraînés par des circonstances qu’ils ne peuvent anéantir eux-mêmes ? Ce dernier résultat contribuerait puissamment au bonheur de l’homme, en nous pénétrant tous de la plus vive indulgence, en répandant une cha~

rité universelle, en adoucissant ainsi tous les froissemens d’idées ou d’intérêts, et en centuplant toutes les jouissances morales et intellectuelles.

Ce fut dans le même écrit que M. Owen donna une notice fort intéressante sur l’établissement de New-Lanark, que beaucoup de personnes confondent avec les communautés complètement coopératives , mais qui n’est qu’une grande manufacture instituée dans le système du reste de la société, et pour laquelle M. Owen a des associés qui ne lui permettraient point d’y faire entièrement l’application de ses principes. Cependant, malgré cette circonstance , c’est là qu’il fit ses observations les plus importantes sur les moyens de former le caractère des hommes, pour peu qu’on ait sur eux quelque autorité. A son arrivée, il trouva la population de New-Lanark plongée dans la crapule et dans tous les vices qui peuvent affliger l’humanité. Le vol même y était une chose tout-à-fait commune ; et pour comble de malheur, il y existait un esprit d’intolérance religieuse qui achevait de rendre tout accord impossible. Touché de la plus vive

compassion pour ces infortunés, il entreprit de réformer leurs mœurs et leurs principes ; et malgré mille obstacles, dont l’un des plus grands était sa qualité d’étranger, il parvint en peu de temps, à force de patience, de bonté, etderaisonnemens simples sur leur véritable intérêt, à bannir du milieu d’eux presque tous les vices auxquels ils étaient en proie auparavant. Il les rendit probes , décens, sobres? économes, tolérans. Mais il s’attacha surtout de bonne heure à réformer le plan d’éducation des enfans des deux sexes , et il adopta de si bonnes méthodes d’enseignement et de discipline que l’étude ne fut plus qu’un jeu pour les élèves , en même temps qu’elle tendait sans cesse vers le perfectionnement de leur être physique et moral. Enfin, c’est à New-Lanark surtout qu’il eut occasion d’observer combien il est facile , dans une société où règne l’accord des volontés, de mettre à profit toutes les ressources des arts et des sciences pour diminuer les frais et les désagrémens de la production , tandis que les produits et les agrémens même du travail s’augmentent au contraire d’une manière étonnante.

L’année 1817 fut une époque remarquable dans les travaux de M. Owen. D’abord, ce fut cette année qu’à la requête d’un comité de la chambre des communes , il fit un rapport sur les pauvre s , employés dans les manufacture s , contenant un projet d’établissement pour l’emploi d’une réunion de douze cents individus. Ce fut aussi en 1817 qu’il convoqua à Londres une assemblée publique, à l’effet de discuter son système, et de le soumettre à toutes les objections possibles. L’assemblée commença par un discours, dans lequel il fit un tableau frappant des maux qui résultent de l’état actuel de la société, en indiquant ensuite les moyens d’apporter un remède durable à ces maux ; mais les esprits étaient encore si peu accoutumés à de pareilles idées que rassemblée fut très-tumultueuse, et que l’orateur trouva surtout des opposans parmi les plus célèbres partisans de la réforme, tels que M. Waitman , M. Wooler, le major Torrens, et même le fameux Henri Hunt. La séance fut ajournée ; et quoique M. Owen fût traité de nouveau avec le plus grand respect, il éprouva encore une semblable opposition, notamment de h

part de M. Waitmau et du vénérable major Cartwright, ce vieillard si éminemment philantrope , et qui était considéré comme étant au degré le plus extrême des réformateurs démocratiques. Cette opposition vint sans doute de ce que M. Owen annonça sans ménagement que tous les remèdes proposés par le parti populaire , tels que la réduction des taxes et la réforme purement politique , ne guériraient aucun mal véritable , tant qu’on ne trouverait pas les moyens d’occuper les classes industrielles d’une manièrepermanente, mais surtout tant qu’on n’aurait point refondu entièrement l’éducation intellectuelle et morale de toutes les classes du peuple.

Je ne ferai qu’indiquer ici quelques écrits publiés par M. Owen vers la même époque , toujours dans la vue de développer ses principes 5 et j’arrive à l’été de 1818, pendant lequel il fit un voyage en France , en Suisse et en Allemagne. La même année il publia deux Mémoires en faveur des classes industrielles, dont l’un fut adressé aux gouvernemens d’Europe et d’Amérique, et l’autre aux souverains alliés réunis à Aix-la-Chapelle. On ne sera pas éton-

né d’apprendre qne ces deux mémoires , mais surtout le dernier, restèrent absolument sans résultat positif; mais ils servirent du moins à répandre toujours davantage les principes qu’ils contenaient, en les exposant sur un plus grand théâtre.

En 1819, M. Owen fut candidat pour la chambre des communes, mais il ne fut pas nommé. Cela ne l’empêcha pas de redoubler d’efforts pour arriver à l’application pratique de son système. Il publia d’abord une adresse aux classes industrielles, qui renferme d’excellentes idées pratiques ; ensuite il convoqua successivement deux assemblées publiques, qui furent présidées par le duc de Kent, frère du roi, et auxquelles assista le duc de Sussex, autre frère du roi, ainsi que plusieurs autres personnages de distinction. Là,M. Owen offrit au public un modèle en relief d’un village expérimental de coopération qu’il proposait d’établir. Il éprouva bien encore quelque opposition ; mais elle n’empêcha’pas qu’on n’ouvrît de suite pour cet objet une souscription dont le total devait être de 100,000 liv. sterl. 'environ 2,5oo,ooo francs ). M. Owen etM. J.

Smith, banquier et membre du parlement, souscrivirent chacun pour j,ooo liv. sterh ( environ 20,000 fr.).

Bientôt après , le montant des souscriptions fut assez considérable pour que M. Owen et quelques amis se rendissent à Motherweîl en Écosse, pour y acheter 5oo acres de terre, à l’effet d’y fonder le village projeté. L’établissement n’eut cependant pas de suite, mais par des causes qui sont loin d’ètre défavorables , comme on le verra plus tard. On parvint aussi dans cette occasion à former une société permanente, qui fut nommée Société philantropique britannique et étrangère. Cette société se réunit plusieurs fois, et fit insérer plusieurs articles dans les papiers publics ; mais elle cessa bientôt ses travaux pour se fondre dans une autre société actuellement existante, dont nous parlerons aussi plus tard.

Pendant les années 1820, 1821, 1822,

M.Owen se produisit peu en public ; néanmoins il ne cessa de s’occuper avec le plus grand zèle de l’exécution de ses plans, faisant toujours quelques prosélytes , mais ne pouvant obtenir tout l’appui qu’il aurait désiré trouver en An-

gleterre. Ce qui est bien remarquable, ainsi que nous l’avons déjà fait observer à l’occasion de la première assemblée de Londres , c’est qu’il éprouva de nouveau beaucoup d’opposition dans le parti appelé radical , vraisemblablement parce que son système est loin d’avoir pour but de faire triompher aucun parti politique , ni d’aigrir aucune partie des membres de la société contre les autres.

En i8a3, M. Owen déploya la plus grande activité ; il se rendit en Irlande , où il convoqua successivement trois assemblées publiques sous la présidence du lord-maire de Dublin. Une foule de personnages éminens assistèrent à ces assemblées , et ce ne fut que dans la première qu’il éprouva quelque opposition , notamment de la part de plusieurs membres du clergé. Dans la dernière il fut résolu : i° qu’on formerait une société philantropique hibernienne ; 2° que M. Owen serait chargé de présenter au parlement des pétitions , qui furent préparées sur-le-champ. Il ne paraît pas que la société hibernienne eût alors beaucoup de suite ; mais elle devait , comme celle de Londres, renaître aussi plus tard sous une autre

dénomination. Quant aux pétitions , elles excitèrent quelque discussion dans le sein du parlement ; mais d’après leur peu de succès dans cette assemblée, il fut déjà facile d’entrevoir qu’on devait renoncer pour le moment à tout moyen semblable de mettre en pratique le système proposé.

En juillet de la meme année, M. Owcn vint à Londres, où il convoqua aussi deux assemblées successives , dans le but spécial de venir au secours de l’Irlande par le moyen des communautés coopératives. Quelques opposans se firent encore entendre; mais il n’obtint pas moins l’adoption unanime des résolutions qu’il avait proposées, et qui tendaient à prier le gouvernement de favoriser une expérience de cette nature en Angleterre, en Ecosse et en Irlande , mais surtout dans ce dernier pays. Le gouvernement, à ce qu’il paraît, fut sourd à cette prière, comme l’avait été le parlement.

A la fin , M. Owen voyant qu’il ne pouvait rien obtenir de l’autorité publique, pensant d’ailleurs que l’Angleterre était un lieu peu propre à l’accomplissement de ses desseins , soit en raison du vieil état de la société, soit à

cause du prix trop élevé des terres, prit la résolution dépasser en Amérique avec les capi taux dont il pouvait disposer. A cet effet, il traversa la mer en 1824, et se rendit dans l’état à'Indiana , l’une des parties nouvelles des Etats-Unis , où il acheta environ 80,000 acres de terrain , appartenant à la communauté des Harmoniens , dont nous avons déjà parlé, et qui désiraient s’enfoncer davantage dans les portions inhabitées du pays. Il trouva sur cette acquisition un beau village, ou plutôt une petite ville bien bâtie, ainsi qu’une partie des terres déjà en rapport.

Il ne perdit pas de temps pour tâcher d’attirer la population nécessaire; et outre les moyens ordinaires de publicité , il obtint deux fois la permission de développer ses vues dans le sein même de la chambre représentative des États-Unis. Les discours qu’il prononça dans cette occasion sont remarquables surtout par la noble franchise avec laquelle il osa dire aux Américains, du haut de leur tribune nationale, qu’ils n’étaient point encore une nation vraiment libre, puisqu’il existait au milieu d’eux un fort esprit d’intolérance en matière de reli-

gion. Il ajouta qu’on ne pouvait s’appeler libre que lorsqu’on pouvait discuter toutes les opinions possibles sur toute espèce de sujet , non-seulement sans être judiciairement persécuté, mais sans même inspirer la moindre animadversion de la part de ceux qui ne partagent pas ces opinions. Malgré ces vérités sévères , ces discours furent écoutés avec le plus grand respect, et ne nuisirent point aux progrès du système.

Dans plusieurs lieux où passa M. Owen pour se rendre sur le territoire qu’il avait acheté , l’enthousiasme fut à son comble. A Pittsburgil harangua le peuple dans le temple presbytérien , et les tribunaux suspendirent leurs séances durant l’assemblée.

Aussitôt que M. Owen eut pris possession de New-Harmony, on accourut de tous côtés pour entrer dans le nouvel établissement. Il s’y rendit plusieurs personnes distinguées par leur fortune ou leur rang dans le monde; mais la masse , comme on le pense bien , se composa d’hommes pauvres, ignorans , et en proie aux mauvaises habitudes qui pèsent sur cette classe de la société. La plupart d’entre eux étaient de

ces demi-sauvages, qui vivent du produit de leur chasse au milieu des immenses forêts qui couvrent encore cette partie du Nouveau-Monde. Avec de semblables élémens on ne crut pas convenable d'établir d’abord sans restriction le nouveau système social. On jugea indispensable de préparer peu à peu de tels hommes à un genre de vie qui leur était si étranger , et dont ils ne pouvaient concevoir encore ni les principes ni les avantages. M. Owen conçut donc le plan d’une société préliminaire , laquelle devait se transformer, quand il en serait temps , en une société plus parfaite (i).

Cette société préliminaire occupa la petite ville de New - Ha rm o ny , qui contient de mille à douze cents âmes. Mais il se forma presque en même temps, sur le territoire qui environne la ville, quatre communautés complètement coopératives; en sorte que la société de la ville fut considérée comme un lieu de préparation, une sorte de noviciat, pour entrer ensuite au

(i) On peut voir les statuts de cette société dans 1 o Journal des connaissances usuelles , que publie M. le comte de Lasteyrie, n° 21 , tome 4, 1826.

sein des véritables communautés , ou pour en fonder de nouvelles.

Les choses en étaient à ce point lorsque M. Owen revint en Europe, au printemps de 1825. Arrivé à Londres il trouva parfaitement établie la Société coopérative de cette ville , qui avait commencé à s'organiser avant son départ pour l'Amérique, sur les débris de l’ancienne Société philantropique britannique et étrangère. C’est au sein de cette société qu'il fit ses premières communications. Il y fut résolu qu’on convoquerait une société plus nombreuse , ce qui eut lieu en effet peu de jours après dans l’amphithéâtre de Y Institution pour les artisans de Londres. Près de deux mille personnes assistèrent à celte assemblée, où M. Owen entra de nouveau dans les développemens de son système , et présenta ? comme dans une assemblée précédente, le modèle en relief d’une communauté coopérative, ainsi qu’un très-grand tableau représentant le meme sujet. 11 fut écouté avec la plus grande attention et couvert d’applaudissemens. Il fut secondé avec beaucoup de succès par deux membres de la Société coopérative

de Londres , dont l’un, simple artisan et père de famille, s’exprima avec le plus grand sens et avec toutes les convenances de la meilleure éducation. Quelques voix d’opposition se firent bien entendre mais elles firent peu d’impression, et l’on adopta à l’unanimité des résolutions tendant à ouvrir une souscription , parmi les classes ouvrières surtout, pour la formation d’une communauté coopérative en Angleterre.

Il est bon de faire observer ici qu’avant le retour même de M. Owen , les fondateurs de la société coopérative de Londres avaient rédigé et fait imprimer un contrat d’association (articles of agrément) pour la formation d’une communauté coopérative dans un rayon de cinquante milles de Londres. Ce rapprochement de la capitale avait pour but de mettre l’établissement à la portée d’une observation plus générale et plus suivie ; malheureusement ce projet n’a pu encore être mis à exécution, soit à cause des mêmes difficultés qui avaient engagé M. Owen à se rendre en Amérique , soit par quelques raisons de détail qu’il serait ici trop long de développer.

Cependant la Société de Londres n’est point restée inactive, et, si l’on excepte quelques mois d’interruption pendant l’été, elle n’a jamais cessé depuis sa formation de se réunir régulièrement, d’abord une fois, puis deux, et enfin trois fois par semaine. Une de ses séances est réservée à l’administration des affaires intérieures de la société; les autres, qui sont publiques , sont destinées à recevoir et donner toute espèce de communication sur l’objet dont elle s’occupe. Très-souvent, dans ses séances, l’on établit régulièrement des discussions polémiques, où sont invités les opposans de toute espèce , avec entière liberté de présenter leurs objections.

Indépendamment des moyens de propagation dont je viens de parler, la Société coopérative de Londres a pris la résolution, depuis le commencement de l’an 1826 , de publier une feuille mensuelle sous le titre de Coopérative Magazine , non-seulement pour développer au public les principes de la Société, mais encore pour recevoir toutes les objections qu’on pourra présenter, un appel ayant été adressé formellement dans le pros-

pectus à tous ceux qui désireraient se servir de cette voie. Cette feuille est en outre destinée à l’insertion de tous les renseignemens qu’on peut se procurer sur les progrès pratiques du système; et elle peut être considérée , sous ce rapport , comme le journal officiel de la Société.

Pendant que les choses se passaient ainsi à Londres et en Amérique , plusieurs amis de M. Owen reprirent l’ancien projet d’une communauté en Écosse; mais au lieu de Motherwell , lieu précédemment choisi à cet effet, ils s’établirent à Orbiston, non loin d’Edimbourg, sur les terres de M. Hamilton , l’un des anciens souscripteurs de Motherwell. Toutefois, par des motifs de prudence de la part des principaux bailleurs de fonds , cette communauté ne fut point établie complètement.d’après les principes. D’abord, l’association se divisa en deux grandes classes, celle des propriétaires et celle des fermiers, c’est-à-dire des travailleurs , sans cependant exclure la faculté d’être à la fois travailleur et propriétaire; mais, dans une assemblée subséquente des propriétaires, ils ont manifesté l’intention de céder

entièrement la propriété aux travailleurs, dès que ceux-ci seront dans le cas d’administrer la communauté d'après la pureté des principes de coopération. En second lieu, les statuts de la Société renferment aussi quelques exceptions aux principes d’égalité parfaite et à ceux d’une entière liberté de croyance; mais la disposition générale paraît être aussi de renoncer peu à peu à ces exceptions.

C’est aussi durant la même période , c’est-àdire dans le courant de 1 8^5 et au commencement de 1826, que l’application pratique a commencé à faire quelques progrès dans d’autres parties de la Grande-Bretagne. Une société coopérative a été formée à Dublin, à l’instar de celle de Londres, et M. Thompson, l’un des membres les plus distingués de cette dernière société, est occupé en ce moment à fonder une communauté à Cork, autre ville d’Irlande. Une société coopérative a aussi été formée àExeter, dans l’ouest de l’Angleterre , et même dans des vues immédiatement pratiques ; car îa société d’Exe ter , considérant que le plus grand obstacle à l’établissement de la communauté projetée près de Londres

était la difficulté de se procurer un capital suffisant pour l’achat des terres , résolut de commencer par en affermer une certaine quantité, avec faculté d’achat postérieur. Elle résolut aussi , pour faciliter les classes pauvres , d’ouvrir une souscription progressive , c’est-à-dire d’une faible somme par semaine ; enfin , pour ne pas perdre un temps précieux , elle décida qu’on commencerait sur une très-petite échelle, entrant d’abord en possession d’un petit terrain , sur lequel quelques familles feraient les premiers travaux, et ainsi progressivement à mesure que les capitaux et les coopérateurs augmenteraient. Ce plan fut entrepris avec beaucoup d’ardeur; on mit la main à l’œuvre presque aussitôt, et tout semblait prospérer lorsqu’un manque de promesse de la part de quelqu’un des premiers promoteurs obligea les autres associés à renoncer à l’entrëprise.

Cependant un tel exemple ne fù t point entièrement perdu, et dans le mois de juin de cette année, une association du meme genre , dont les statuts provisoires sont insérés dans le n° 7 du Cooperative magazine , a été formée dans le sein de la Société coopérative de Londres.

Quoique la capitale offre plus de difficultés d’exécution qu’aucune autre partie du territoire , il faut espérer qu’avec de la persévérance et l’expérience des causes qui ont fait échouer la tentative des environs d’Exeter , on parviendra à faire dans ceux de Londres un établissement plus solide , qui aurait une grande importance à cause du voisinage de la capitale.

J’ai été obligé , Monsieur, d’interrrompre le récit des travaux particuliers de M. Qwen en Amérique , pour vous faire part de tout ce que ses amis avaient tenté depuis quelque temps dans les trois royaumes. Je vais maintenant reprendre ce récit , et je le ferai avec quelques détails , qui sans doute vous intéresseront déjà par eux- mêmes , et qui d’ailleurs deviennent indispensables pour faire cesser les faux bruits qu’on a fait courir à plusieurs reprises , sur une prétendue cessation des établissemens de New-Harmony (i).

(i) Les renseignemens qui suivent, portant presque tous sur des faits postérieurs à mon départ d Angleterre , m’ont été fournis avec la plus grande

On se rappellera sans doute que M. Owen avait quitté, pour faire un voyage en Angleterre, ses établissemens de New-Harmony presque aussitôt leur première formation; or il est très-vrai que la société préliminaire avait eu à souffrir de son absence ; mais , à son retour , qui eut lieu neuf mois après la fondation de cette société , il lui imprima de nouveau une bonne direction. Ce fut au point qu’il fut bientôt question de former une nouvelle communauté , composée de membres choisis et pris au sein de la société préliminaire ; mais il arriva que cette question particulière devint une question générale : toute la population de la ville résolut qu’on ne ferait point d’exceptions dans le choix des membres qui devaient faire partie de la communauté projetée , et

complaisance par M. Radiguel , membre de la société asiatique de Paris, correspondant de la Société coopérative de Londres. M. Radiguel m’autorise à annoncer qu'il donnera volontiers aux personnes qui le désireraient tous les renseignemens relatifs au système. Tl demeure à Paris, rue Copeau , n. 18,

la société préliminaire, sans attendre qu’elle fût encore mieux préparée , se constitua en communauté indépendante.

« On vit alors, dit la Gazette de New- Harmony , à laquelle nous empruntons ces détails , on vit alors que bien quil soit vrai que le caractère de 1 homme change avec les circonstances , et que son éducation ne finisse qu'avec sa vie , les circonstances et les habitudes de son enfance conservent long-temps encore un puissant empire. » En effet, l’harmonie entre cette multitude d’hommes de toute espèce, et inconnus les uns aux autres, ne fut pas telle qu’on l’avait espéré. On modifia d’abord la forme du gouvernement de la communauté. Bientôt à cette nouvelle forme on en substitua successivement d’autres, jusqu’à ce qu’il fût évident pour tous que, nombreux comme ils étaient , et différant à ce point de sentimens et d’habitudes , ils ne pouvaient encore se gouverner eux -mêmes avec harmonie en une seule communauté.

C’est pourquoi ils se partagèrent en trois associations, chacune restant indépendante en ce qui concernait son régime intérieur. Une de ces communautés n’a jamais cessé de pros-

pérer, comme nous le spécifierons par la suite; mais les deux autres commirent la faute d’admettre indistinctement toutes les personnes qui se présentaient, et qui ne possédaient pour la plupart aucun capital, dont ces nouvelles communautés avaient cependant le plus grand besoin. Il résulta de tout cela que la confusion se mit dans leurs affaires, jusqu’à ce qu’enfm elles sentirent la nécessité de prier M. Owen de reprendre leur direction, en se faisant assister de quatre commissaires.

On eût pu songer alors à réunir ces deux communautés dans une seule ; mais on ne le crut pas prudent après ce qui venait d’avoir lieu. On avait remarqué surtout que leur zèle et leur activité avaient diminué en raison du grand nombre de leurs membres. En effet plus ce nombre avait été grand et plus ils avaient paru se reposer les uns sur les autres du soin de tout produire, ce qui avait amené un déficit dans la production; car c’est en vain qu’on espérerait trouver , dès le commencement, une disposition d’esprit plus favorabledans des hommes aussi peu civilisés et aussi démoralisés. On adopta deux moyens de re-

médier à cet inconvénient : le premier fut de réunir en une société particulière les seuls membres qui avaient une confiance mutuelle dans leur bonne volonté, et cette nouvelle communauté alla s’établir sur un point du territoire dépendant de la ville. Quant aux membres restant, on jugea leur nombre encore trop considérable, mais surtout leurs dispositions trop imparfaites pour n’en composer qu’un seul cercle , et l’on crut devoir subdiviser cette masse en corporations de métiers, chacune vivant en communauté, mais séparément.

Tel était au mois de mars 1817 l’état du système coopératifs soit dans l’enceinte de la ville de New-Harmony , soit dans son territoire extérieur; et ce fut à l’occasion des changemens que nous venons d’indiquer que beaucoup de journaux, tant en Amérique qu’en Angleterre, se bâtèrent d’annoncer la ruine complète des essais pratiques du système . On voit déjà combien cette assertion était peu fondée , même pour les établissemens de l’intérieur de New- Harmony; mais on va surtout en reconnaître la fausseté complète en ce qui concerne la communauté qui s’était établie sur une partie

du territoire extérieur , et qui s’était mise sous la direction de M. William Maclure, président du lycée d’histoire naturelle de New-York, qui était venu des premiers se joindre aux efforts de M. Owen. Voici quelques détails relatifs à cet établissement, qui sontextraits d’une lettre de M. Maclure lui-même, adressée en juillet 1826 à M. Jullien, directeur de la Revue Encyclopédique.

« Lorsque M. Owen forma un établissement à New-Harmony, madame Frétageot et M, Phiquepal ( tous deux français ) quittèrent l’un et l’autre un établissement d’éducation trèsavantageux qu’ils avaient formé à Philadelphie , pour venir à New Harmony enseigner d’après le système coopératif, ne demandant pour prix de leurs soins que la nourriture et le vêtement , et se croyant suffisamment payés par la satisfaction morale de contribuer de tous leurs efforts à un aussi grand perfectionnement social. . . . .

« Parmi les enfans, environ cent sont dans la classe des petits enfans de deux à cinq ans, et sous la direction de madame Frétageot ;

« Cent quatre-vingt à deux cents autres en-

fans, âgés de 5 à 12 ans, sont sous la direction de M. Joseph Naef , de ses quatre filles et de son fils , tous cinq élèves de Pestalozzi ; et quatre-vingts sont sous la direction deM. Phiquepal, qui leur enseigne les arts mécaniques, la géométrie, les mathématiques, etc. (1).

« Le prix de la pension est de 200 fr. (2) par an pour vêtemens , logement, soins, etc.

« L’école de la communauté a acheté 900 acres de bonne terre pour la classe d'agriculture expérimentale , dans laquelle les procédés les plus perfectionnés seront appliqués et enseignés aux jeunes gens de l’école. Déjà les enfans dirigés par M. Naef ont planté 25 acres en pommes de terre, blé , etc., ne donnant à ce travail que deux heures par jour; et les élèves dirigés par M. Phiquepal ont, durant les six premières semaines, produit pour la valeur de 900 dollars (près de 5, 000 fr. ), ce qui nous a donné les espérances les mieux fondées que

(1) Voyez , sur l’excellente méthode d’enseignement employée dans cet établissement, la Revue américaine n° 11 , mai 1827.

(2) Revue américaine, mai 1827.

nous parviendrons à rendre ces enfans capables de pourvoir eux-mêmes à leur entretien par un travail de quelques heures chaque jour, et sans que les autres parties de leur instruction puissent en souffrir.

La valeur de toutes nos acquisitions peut s’élever à 5o ou 60,000 dollars, que j’ai mis l’institut en état de payer comptant à M. Owen. Depuis long- temps j’avais destiné la majeure partie de ma fortune à favoriser les progrès de l’éducation, et l’institut de New-Harmony m’a semblé le premier où tous les inconvéniens des vieux systèmes étaient écartés, et où l’homme pouvait réellement acquérir les moyens de tirer le plus d’avantage de ses facultés naturelles. J’ai saisi cette occasion de consacrer mon argent à ce que j’ai toujours considéré comme le moyen le plus efficace d’être utile aux hommes, c’est- à-dire à leur bien-être le plus étendu. Sans l’adoption du système de M. Owen j’aurais probablement laissé à d’autres le soin d’appliquer mes biens à cet important objet, et je n’aurais pas eu la satisfaction d’être le témoin des heureux résultats de ma libéralité. M. Owen a établi sur ses propriétés trois so-

ciétés d’agriculture et d’arts mécaniques, et iî espère en établir bientôt dix ou douze autres. Son système flatte et élève singulièrement les sentimens de 'l’homme ; cette égalité a des charmes qui contrebalancent tous les penchans ambitieux, et rendent celui même qui ne cherche que la nourriture et le vêtement, plus content et plus heureux qu’il ne saurait l’être dans le vieil état de la société, au milieu des prestiges trompeurs de la fortune. Ici tout le monde travaille, personne n’est dans la domesticité , chacun est parfaitement indépendant. Après les travaux , nous avons des bals, des concerts, et des conversations générales presque tous les soirs. Nous possédons un excellent orchestre , et tous les utiles raffinemens de la vie sociale. Nos réunions scientifiques et littéraires , quoique peu nombreuses , l’emportent certainement , pour la concorde et l’harmonie , sur les plus célèbres réunions de ce genre dans vos grandes capitales. L’amusement est la récompense du travail , et l’activité, qui est inséparable de celui-ci, fait trouver dans les récréations un plaisir inconnu aux amis de la paresse. La maxime que chaque chose est ho-

norable en proportion de son utilité , règne presque exclusivement ici ; rien n’est disgradeux ou mauvais dans nos actes que ce qui blesse nous-mêmes ou autrui.

Nos jeunes femmes quittent leur piano pour aller traire les vaches, faire la cuisiné, etc., ce qui a beaucoup amusé le duc de Saxe-Weimar, qui a demeuré parmi nous huit ou dix jours. Son secrétaire a dansé à tous nos bals dans le costume de la communauté : ce costume consiste en une élégante tunique grecque , avec un large pantalon pour les hommes, et le costume des femmes est à près semblable; l’un et l’autre sont parfaitement calculés pour faciliter les mouvemens du corps, etc. La nourriture de chaque individu s’élève actuellement de quatre à six so*us par jour ; et lorsque nous mangeons tous à la même table , elle ne coûte pas plus de la moitié de cette somme.

« Un des grands avantages du système est la facilité avec laquelle nous pouvons faire toutes sortes d’expériences, malgré notre isolement et notre indépendance du reste de la société humaine. Les petites opinions vaniteuses sont sans poids parmi nous , et nous sommes assez

nombreux et assez éclairés pour rendre impuissant tout effort tendant à nous ridiculiser et à nous disperser. Il n'existe peut-être pas sur la surface du globe un aussi grand nombre d’individus réunis en un même lieu , si libres de préjugés et si éloignés de toutes les vieilles erreurs politiques ou religieuses.

«Chaque jour nous faisons de nouveaux progrès ; nous avons cinq à six mille volumes des meilleurs ouvrages, et assez de temps pour cultiver notre intelligence par la lecture et la discussion. Nousespérons enfin former, avec les générations naissantes, une race d’hommes plus parfaite que toutes celles qui ont existé jusqu’à présent, et fonder, sur les débris de la vieille société, une société nouvelle dont l’organisation sera en harmonie avec l’organisation et les besoins de l’homme.»

M. William Maclure écrivait en même temps à M. le comte de Lasteyrie : a II y a aussi une communauté formée principalement de quakers, à Valley-Forge, à 4o milles ouest de Philadelphie, une autre à Haver-Strand sur l’Hudson , au dessus de New- York, lesquelles prospèrent toutes deux , outre une demi-douzaine

d’autres pins petites dans l’ouest, ce qui est très-considérable, vu l’époque si peu éloignée où l’on a commencé à songer à de tels établis semens.

« Personne n’a encore quitté la communauté sans désirer d’y rentrer, tant cette égalité et ce genre de société ont de charmes pour tous. Afin d’empêcher la foule de venir, on a été obligé de publier dans les journaux qu’il n’y avait plus de place pour de nouveaux membres. »

Outre ce que M. Maclure annonçait ainsi à M. de Lasteyrie sur les progrès du système ailleurs que dans les propriétés de M. Owen, nous ajouterons que, dès l’origine même de l’établissement préliminaire de New-Harmony , les idées coopératives s’étaient répandues dans tous les États de l’Union américaine. Des journaux furent publiés pour exposer les principes et en recommander l’application. New-Harmony eut une gazette qui s’est toujours continuée.

Bientôt il se forma une seconde communauté extérieure à environ un mille à l’est de la ville, laquelle est maintenant connue sous le

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