‹ Lettres sur le systeme de la cooperation mutuelle et de la communaute de tous les biens, d'apres le plan de M. OwenChapitre 4 sur 16 · OI · texte numérisé non relu

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nom de Seiba pévéli. Elle n’a jamais cessé de faire des progrès, et ses membres sont à meme aujourd’hui d’apprécier tous les avantage d’une telle position sociale.

À peu près dans le même temps il s’en était encore formé deux nouvelles , l’une au sud de la ville , et l’autre sur les deux côtés de la route de Princeton. Ces communautés ont commencé sur une petite échelle ; elles ont graduellement augmenté le nombre de leurs membres, et elles sont un exemple de la facilité qu’on trouve à se réunir sous le régime de communauté, même avec un trèspetit capital , si les membres se distinguent par leur sollicitude industrieuse et leurs bons sentimens. Les succès de ces communautés n’ont jamais été subits ni extraordinaires , mais aussi ils n’on t jamais cessé d’étre progressifs.

Plus tard, au commencement de 1827, un parti d’habitans des bois ( Backwoods-men ) tentait également de s’établir en communauté sur le territoire de la ville de Nouvelle-Harmonie, . Il venait d’en être fondé une autre , composée de personnes bien plus propres à réussir , et elle procède avec le meilleur es~

prit et le plus grand ensemble , sous la direction d’un autre docteur, également nommé Price, mais différent de celui dont nous venons de parler. C’est lui qui éleva , il y a environ quinze ans, un fort sur le même territoire , pour se protéger contre les Indiens qui occupaient encore les contrées voisines.

Un Anglais, M. Hall, avait aussi fondé un établissement coopératif, qu’il continuait de diriger avec succès ; il y avait encore un noyau de société composé alors de douze à quatorze jeunes gens, pour fonder une communauté dont les membres devaient être pris parmi des personnes d’un degré de civilisation plus élevé. Us étaient extrêmement scrupuleux dans leurs choix, et ils avaient à leur disposition d’abondans capitaux.

Il est bon maintenant de faire observer, quant aux fractions de communauté de New- Harmony qui avaient été organisées par corps de métiers , que ce dernier état ne devait être que transitoire. Leur éducation sociale s’est déplus en plus améliorée; et à l’époque du départ de M. Owen pour revenir en Angleterre, au mois de juillet 1827 , on avait déjà recom-

mencé le mélange des diverses professions dans une meme communauté. D’ailleurs, depuis le mois de mars jusqu’à cette dernière époque, le système n’avait pas cessé de prendre chaque jour de nouvelles forces à New-Harmony, et voici comment s’exprime, à cet égard , la Gazette de New-Harmony du 23 mai 1827 :

« Notre nombre s’est considérablement accru pendant les dernières semaines qui viennent de s’écouler. Deux partis d’Allemands, l’un venant de la Pensylvanie et l’autre arrivant d’Allemagne, viennent d’ètre reçus au nombre de nos citoyens. Il nous est arrivé en outre plusieurs individus et plusieurs familles de différens Etats de la république. On distingue dans le nombre milord et mistriss Dorsev avec leur famille, de l’état d’Ohio; le docteur Lynch avec son épouse et sa famille, de la Caroline du Sud; le docteur Sexton et son épouse, de la Louisiane; le docteur Blackleach',de l’Ohio ; M. L. A. Tarasion, de Louis-Ville, et M. W. Maclure, delaNouvelle-Orléans, qu’il ne faut pas confondre avec M. Maclure de New-York, que nous avons précédemment indiqué. La saison continue

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d’ëtre favorable à nos récoltes, et elles devront être abondantes. Nos vergers nous promettent également une grande abondance de fruits. »

Mais ce n’est pas seulement dans l’État d’Indiana que le système coopératif fait des progrès rapides. Dans tous les autres États de l’Union, ce système est l’objet de tous les entretiens; une foule de visiteurs se rendent de tous côtés à New-Harmony, et rapportent dans leurs contrées une connaissance assez complète du système.

Plusieurs établissemens se sont formés et se forment chaque jour dans les divers États de la fédération. Celui de Kendal , dans l’État d’Ohio , fait de grands progrès. On a été obligé d’ajouter de nouveaux bâtimens à ceux primitivement construits. D’habiles ouvriers, dans diverses professions, sont venus s’y fixer, et il y existe déjà une fabrique de draps qui occupe beaucoup de personnes. C’est aussi dans l’État d’Ohio, à Cincinnati, que s’est transportée de New-Harmony l’une des communautés qui étaient sorties de la ville lors des changemens arrivés à la communauté pré-

liminaire , et elle n'a pas cessé d’opérer avec le plus grand esprit d’ordre.

Ce qu’il y a de plus de remarquable, c’est qu’une demoiselle anglaise extrêmement distinguée par l’esprit et la fortune, mademoiselle Francess Wrigt, auteur d’un ouvrage très-estime sur l’Amérique, ayant visité M. Owen à NewdEtarmony, alla jeter elle-même les fondemens d’une communauté béàucoup plus à l’Ouest, à Nashoba , près le Mississipi, à 3oo lieues au-dessus de la Nouvelle-Orléans. Son dessein est de consacrer spécialement son établissement à la civilisation des hommes de couleur ; et déjà son exemple a été de quelque fruit pour l’amélioration d’une race d’hommes contre laquelle il existe encore tant de préjugés , même dans les parties les plus éclairées de la république des Etats-Unis.

Enfin, ce qui prouve mieux encore les progrès du système, tel que l’a conçu M. Owen, c’est que plusieurs des communautés antérieurement établies en Amérique, mais qui avaient certains préjugés singuliers , ainsi que nous l’avons vu plus haut, soit contre l’union des sexes, soit contre la culture des sciences et des

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beaux-arts , ont abjuré ces préjugés et ont adopté le système coopératif pur.

En résumé, au mois de juillet 1827, époque où M. Owen a quitté de nouveau l’Amérique pour faire encore un voyage en Angleterre , il y avait dix communautés complètement organisées sur le territoire extérieur de New-Harmony, outre plusieurs noyaux de sociétés semblables , qu’on avait tirés des corporations de métiers, vivant dans la ville, et auxquelles M. Owen venait de résigner le restant de sa propriété, se trouvant satisfait de leur conduite. Il y avait de plus une vingtaine d’autres établissemens dans divers États de l’Union, sans compter ceux descommuautés religieuses qui, comme nous l’avons déjà remarqué, ont renoncé à leurs anciens préjugés.

Avant son départ, M. Owen adressa auxhabitans de V intérieur de New-Harmony, un discours dans lequel il leur rappelait les obstacles qui s’étaient rencontrés , et la manière dont ils avaient été écartés; il leur indiqua comment ils trouveraient, sur le sol même qu’ils occupent , de quoi produire toutes les choses nécessaires à la vie ; et il termina en

leur recommandant le travail', l’économie, la persévérance et la bienveillancepour autrui, ne doutant pas qu’à sçn retour il ne les retrouvât toujours davantage dans la voie d’amélioration où il les avait placés (ij.

Pendant tout ce développement du système coopératif en Amérique, ses partisans en Angleterre netaient pas restés oisifs. La Société coopérative de Londres avait continué ses publications et sa correspondance , tant en Angleterre qu à 1 extérieur. La société d’Exeter, dans le Devonshire, qui s’était dissoute presque à son origine, ainsi que nous l’avons dit précédemment, s’était reformée peu de temps après; et quoique établie sur une petite échelle, elle n’en fait pas moins chaque jour des progrès. La société coopérative de Dublin, en Irlande, continue de procéder avec le meilleur esprit, et dès le mois de juin 1827, elle avait déjà reçu plusieurs milliers de livres sterling en souscriptions. Elle a jeté ses vues pour l’établissement d’une communauté dans

CO Voyez ce discours dans le Coopérative maeazine , septembre 18^7.

le château et sur le domaiue d’un noble Irlandais, qui a promis d’y envoyer son fils, et de déterminer plusieurs nobles de ses amis à envoyer les leurs à l’institut d’éducation qu’on se propose d’établir dans cette communauté.

De son côté, la communauté cl’Orbiston , en Ecosse , dont nous avons aussi parlé plus haut, s’était rapidement accrue. De vastes et commodes bâtimens, ainsi que des jardins et des vergers, s’étaient élevés comme par enchantement. Une culture perfectionnée commença dès- lors à améliorer un sol qui paraissait peu fertile. Bientôt cependant il était arrivé là à peu près ce qui avait eu lieu en Amérique, à la ville de New-Harmony : la population étant accourue de toutes les parties de la contrée, et se trouvant aussi tirée en grande majorité de ces classes que leur pauvreté condamne maintenant à l’ignorance et au vice , on y avait remarqué les mêmes effets. Pour mieux faire juger des diverses phases de l’établissement, nous allons emprunter au registre d’Orbiston (i) , journal publié dans le sein de

(i) Voyez cette publication n° 34,

cette société, la comparaison de son état actuel avec ce qu’il était il n’y a guère plus d’un an. Le lecteur verra de nouveau que le plus déplorable effet des idées vicieuses créées dans l’ancien ordre de choses , est moins encore la misère et la dégradation morale qu’endurent les masses , que l’incapacité où elles sont pendant long-temjft de concevoir une autre situation, plus digne des hautes destinées que leur espèce pourrait atteindre.

« Autant que possible, disent les rédacteurs du Registre , nous allons énoncer brièvement les difficultés que nous avons eu à combattre; puis nous parlerons des circonstances favorables qui nous invitent à poursuivre notre glorieuse carrière. C’est vraiment un grand plaisir pour nous de fixer nos regards sur cette dernière partie de nos travaux. De quelque côté que nous jetions les yeux , nous ne voyons que des motifs de nous réjouir et d’être satisfaits. Si nous comparons ce que nous sommes à ce que nous étions il y a un an , nous devons être étonnés. Quoique nous ne soyons pas plus nombreux qu'à cette époque , la différence de ce que nous avons pu faire est

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bien frappante; l’année dernière il fi’y eut pas plus de trois ou quatre hommes qui s’engagèrent à recueillir la moisson, tandis que la plupart des membres, se bouffissant mal-à-propos de l’idée de leur importance particulière, semblaient se considérer comme des êtres d’une classe «trop élevée pour condescendre à des travaux qulls paraissaient regarder comme incompatibles avec leur dignité. Cette année au contraire, et durant la semaine passée, nous en avons eu plus de quarante qui ont travaillé activement à recueillir la moisson , se le disputant en efforts et en zèle pour le bien général. Pendant tout ce temps leur conversation a répondu à leur conduite ; on n’a entendu aucun de ces juremens grossiers, ni aucune de ces plaisanteries obscènes qui sont si communes aux moissonneurs de ces contrées ; leurs discours au contraire ont tous eu pour objet les plus importantes affaires de la société, et ont clairement montré combien ils étaient enfin désireux d’adhérer de toute leur ame à la divine révélation (i).

(0 Telle estl expression dont on se sert dans la

« On observe aussi un très-grand changement chez les femmes , par le contentement qu’elles montrent, par leur air de bien-être et leur satisfaction. A peine y en avait-il une, l’année dernière, qui se considérât comme devant rester long-temps ici , et surtout comme pouvant y être heureuse. Il arrivait de là qu’elles semaient partout le découragement, qu’elles tracassaient leurs maris, et qu’elles se négligeaient, ainsi que leurs ménages; enfin qu’elles faisaient de cette maison un lieu de tristesse et d’ennui; mais nous devons dire qu'elle se sont autant améliorées que les hommes.

« Nous voyions avec beaucoup de peine , l’an dernier, qu’un grand nombre parmi nous ne croyaient jamais avoir d’assez hauts salaires (i), quoiqu’ils ne travaillassent que le

polémique du registre d’Orbiston , pour désigner le système coopératif qu’un reste de mysticisme , si commun en Ecosse , leur fait considérer , à ce qu’il paraît , comme une révélation divine .

(i) On doit se rappeler ce que nous avons dit plus haut sur ce que la société d’Orbiston a cru

moins possible, et qu’ils s’empressassent le samedi de quitter l’établissement pour se rendre à Glascow ou ailleurs , montrant ainsi que leurs cœurs n’étaient pas encore avec nous. Cela était encore plus visible par leur conduite du dimanche ) on les voyait errer dans la maison, sans avoir aucun soin de leur proprété , et ne montrant en aucune de leurs manières qu’ils considéraient ce jour comme étant celui du repos dû au travail. Aujourd’hui leur conduite est entièrement changée ; nous les voyons , le dimanche, très-propres dans leurs habits, tantôt se rendre sur les promenades , tantôt se réunir au théâtre , où ils s’instruisent en se récréant, montrant évidemment combien ils sont satisfaits du nouveau régime sous lequel ils vivent.

« Nous remarquons la meme amélioration parmi notre jeunesse. L’année dernière elle était paresseuse, insolente et sans frein; elle paraissait n’avoir rien compris de notre sys-

devoir conserver pour les premiers temps quelquesunes des conditions du système général de la société.

terne , si ce n’est qu’il se refuse à remploi de la contrainte et de la force. Elle ne semblait pas» s’apercevoir qu’il pût y avoir des motifs d’un ordre plus élevé qui dussent lui faire chérir ses devoirs. C’est pourquoi elle se jouait de ceux qui s’efforcaient de la diriger dans des voies meilleures , et elle n’avait que de mauvais procédés envers ceux qui croyaient devoir lui adresser de sages remontrances (i). Mais aujourd’hui cette jeunesse est convaincue que son bien-être se trouve entre les mains de ceux qui sont et plus âgés et plus sages qu’elle; aussi s’efforce-t-elle de mériter la bienveillance de ceux dont elle ne doute plus que la sagesse ne jette les fondemens de son bonheur.

« Maintenant si nous étendons nos regards sur le reste du monde, quels puissans encouragemens n’apercevons-nous pas pour persévérer dans l’œuvre que nous avons entrepris ? Il n’y

(i) On sentait alors ^ à Orbiston, d’autant moins le besoin de l’union et de l’ordre , que les membres de la première société n’étaient point encore en véritable communauté , mais ne vivaient provisoirement que sur le prix de leur travail particulier.

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a que peu de temps encore que les principes de notre système étaient complètement ignorés ; s’il arrivait qu’il en fût question dans les papiers publics, ce n’était souvent que pour y déverser du mépris, tandis qu’à présent il ne se passe guère de semaine qu’il ne nous parvienne des journaux qui nous peignent, nous et notre société, sous des couleurs plus séduisantes que nous-mêmes ne l’aurions osé espérer.

« ALiverpool, à Manchester, à Nottingham, à Derby, à Birmingham et dans plusieurs autres villes, il s’est formé des sociétés pour la propagation de ce nouveau système. Cela indique certainement qu’il ne s’écoulera pas un temps bien long avant qu’il ne soit généralement répandu. »

Tel était l’état des choses à Orbiston lorsque M. Abraham Combe, directeur de cet établissement, mourut le n août 1827. Le système coopératif a fait une grande perte dans la personne de ce philan trope, d’autant plus actif et d’autant plus zélé qu’il avait été précédemment opposé au système. On pourrait dire qu’il a été le nouveau saint Paul de la nouvelle

divine révélation (i). Cependant, malgré cette perte , l’établissement a continué de prospérer, et on espère qu’avant que l’année soit écoulée , les propriétaires se démettront intégralement de leur possession entre les mains des membres de la première société , qui s’organisera alors tout-à-faiten communauté.

Nous devons dire que la jeunesse reçoit l’éducation la plus complète à Orbiston,et que les beaux arts y sont cultivés avec soin. M. George Paterson y enseigne les danses les plus variées, et il donne en meme temps des leçons de violon. M. Joseph Tacchi est maître de musique, et donne des leçons de tous les instrumens à cordes et à vent. Le théâtre était déjà achevé; il contient environ 3oo personnes. Il est très-bien disposé; les décors ont été peints par miss Withwell, laquelle s’occupait à peindre une toile qui doit représenter une vue exacte d’Orbiston , quand toutes les constructions seront achevées. On y joue déjà des piè—

(i) On trouve une notice historique bien intéressante sur M. Combe dans le n. 34 du registre d’Orbiston.

ces , et les habitans des environs viennent assister à ces représentations. Des visiteurs y arrivent en grand nombre, et de tous les pays. Presque toujours ils ont été prévenus d’abord contre le nouveau système , mais il arrive qu’ils n’en sont que plus agréablement surpris lorsqu’ils connaissent /ensemble et tous les détails de cet établissement, quoique si récent encore. On y exerce déjà presque toutes les branches de la plus haute industrie, telles que fonderies, constructions de machines, etc. Quels éloges ne méritent pas ces esprits généreux qu’aucune difficulté n’arrête, qu’aucun revers n’abat, surtout quand les plus grands obstacles qu’ils rencontrent viennent de ceux-là mômes dont ils ont pris à tâche d’assurer le bonheur ! Quel encourageant et bel exemple pour ceux qui voudront à l’avenir créer un bien durable pour les infortunés qui souffrent autour d’eux !

Dans plusieurs grandes villes de l’Angleterre il se forme des sock és pour l’établissement du système de v ununauté; des hommes appartenant aux clas. ys laborieuses prélèvent, chaque semaine, sur le prix de leur travail, une pe-

tite contribution pour créer ainsi d’avance un capital suffisant pour se réunir en communauté, et exploiter ensemble de grandes entreprises d’industrie. A Brighton et dans tout le comté deSussex, dépareilles sociétés se sont formées , et le zélé coopérateur , M. William Bryan, espérait avoir bientôt un capital suffisant pour commencer ses opérations.

La Société coopérative de Londres a aussi continué ses travaux avec zèle et persévérance. Elle n’a point abandonné son projet d’une communauté sur une très-grande échelle; mais elle s’occupe de fonder préalablement des communautés partielles, peu nombreuses, et composées de membres choisis qui se connaissent mutuellement. Dans le courant de 1827 elle a reçu d’un monsieur, qui s’est signé JuniuSy et avec qui elle n’avait point encore eu de communication , l’annonce qu’il s’occupait de réunir les élémens d’une communauté, à laquelle des capitaux abondans permettraient d’éviter bien des obstacles. Il avait déjà reçu une trentaine de souscriptions à 100 liv. st. par tête ( environ 2,5oo fr. ). Il n’attendait

que l’instant de s'établir quelque part, en Angleterre ou en Irlande.

Sur l’invitation de M. Bell, de Dublin, il a été résolu que les partisans du système s'organiseraient à l’instar des méthodistes pour la propagation des principes; qu’une correspondance active et régulière serait établie entre ceux de Londres, de Brighton, de Liverpool , d’Exeter, de Huddersfield , de Glascow, d’Édimbourg , de Dublin , de Cork , de Belfast, etc. On a dû faire une souscription à cet effet , et on a résolu d’inviter les personnes qui pourraient se trouver partout ailleurs à contribuer à l’entretien de cette correspondance. On s’occupe de plus de créer de pareils moyens de communication entre les États-Unis et l’Angleterre , et entre celle-ci et les villes les plus considérables du continent européen.

Tel était l’état des choses en Angleterre , en Écosse et en Irlande, lorsque M. Owen revint à Londres, au mois d’août 1827. Sa présence inspira une nouvelle ardeur aux partisans de son système dans les trois royaumes. Il trouva û Londres un de nos compatriotes qu’on vit

toujours disposé à seconder les idées généreuses. Ai-je besoin de nommer M. le comte de Lasteyrie ? M. Owen l’avait intimement connu à Paris, lors de son premier voyage sur lecontinent en 1818. L’un et l’autre se rendirent séparément, mais presque à la même époque, en Écosse, oùM. de Lasteyrie, accompagné de son fils, visita les établissemens de New- Lanark et d’Orbiston, qu’il trouva dans l’état le plus florissant. Quant à M. Owen, il passa par Édimbourg, où il arriva six heures trop tard pour recevoir les derniers soupirs du généreux M. Combe, dont nous avons déjà parlé. II fut extrêmement sensible à une telle perte. De là, M. Owen se rendit à New-Lanark, où il allait prendre son épouse et le reste de sa famille, pour les emmener enfin avec lui à Nouvelle-Harmonie.

Miss Wrigth, dont nous avons aussi déjà parlé , et qui a fondé la communauté de Nashoba, était revenue en Europe en même temps que M. Owen. Elle est ensuite venue à Paris , où nous avons pu apprendre de sa bouche l’impression vraiment surprenante que la pro-

mulgation des principes de M. Owen avait produite dans toute la république des États- Unis. Enfin , miss Wright et M. Owen sont retournés en Amérique, en novembre 1827, emmenant avec eux respectivement plusieurs personnes recommandables sous divers rapports.

Rien de semblable à ce qui se passe en Amérique et en Angleterre n’a encore été tenté sur le continent européen. Ce n’est pas que ce système, si consolant pour les âmes généreuses, n’y trouvât un grand nombre de partisans zélés; mais il s’y trouve encore généralement ignoré. Cependant, on s’occupe à Londres de créer des correspondances avec les principales villes du continent, et nous pouvons ajouter que beaucoup de personnes en France suivent avec sollicitude ce qui se passe à cet égard en Angleterre et en Amérique. U est vrai que jusqu’à présent elles n’avaient point encore créé de centre d’union , mais elles commencent à s’en occuper. On vient même de former à Paris une société coopérative à l’instar de celles d’Angleterre, et bientôt les statuts en seront

publiés, avec l’indication du lieu de ses réunions.

C’est ici que je vais terminer cette bien longue lettre, qui avait pour objet de passer en revue les faits principaux relatifs à l’établissement du système coopératif, tant aux époques antérieures qu’à l’époque actuelle, et tant dans l’ancien que dans le nouveau monde. Je regrette beaucoup toutefois que l’impression commencée de cet ouvrage ne me permette pas d’attendre l’arrivée de nouveaux et intéressans détails qui viennent de nous être annoncés; mais, dans tous les cas, je pense que ceux qui précèdent suffiront au but que je me propose en ce moment.

Dans ma prochaine lettre, j’aborderai l’examen des principales objections qu’on oppose au système; mais qu il me soit permis de finir celle-ci par quelques traits du caractère particulier de son fondateur. M. Owen est l’homme qui, sous tous les rapports, convenait le mieux à cette grande entreprise, car il joint la douceur la plus inaltérable à un enthousiasme profond et soutenu. Jamais un mot d’aigreur ne

sort de sa bouche , jamais il ne manifeste un signe d’impatience. L’opposition la moins fondée, l’imputation la plus malicieuse le trouvent également impassible, non par esprit d’indifférence ou de dédain, mais parce qu’il est pénétré de la plus tendre indulgence pour tous les hommes, parce qu’il a le respect le plus étendu et le plus sincère pour toutes les opinions, enfin parce qu’il a l’intime conviction qu’il suffit à la vérité de pouvoir être exposée librement pour qu’elle surmonte à la fin tous les obstacles. Il est au reste très-éloquent, mais d’une éloquence douce et persuasive , sans jamais employer l’invective ni l’ironie. Cet homme a dans tous les traits de son visage une telle empreinte de sérénité et de bienveillance qu’il serait impossible aux cœurs les plus aigris de ne pas céder à son arbitrage. Aussi tout différend cesse à son approche, et il est si conséquent à ses principes , dans toute sa conduite , que cette déférence qu’il inspire ne nuit en rien à la liberté de lui faire toutes les observations qu’on juge convenables. On est si à son aise avec lui qu’on n’éprouve aucun embar-

ras de s’exprimer; l’empire qu’il exerce généralement n’est que l’empire de la bonté et de la raison réunies à un degré que peu d’hommes peuvent concevoir.

J’ai l’honneur d’être, etc.

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