‹ Lettres sur le systeme de la cooperation mutuelle et de la communaute de tous les biens, d'apres le plan de M. OwenChapitre 6 sur 16 · PREMIÈRE OBJECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE OBJECTION

Parmi les adversaires du plan de M. Owen , il en est qui , sans autre raisonnement , affirment que l’exécution pratique en est impossible , par cela seul qu’elle n’a jamais eu lieu, au moins dans son ensemble, et indépendamment de tout motif étranger, tel par exemple que celui d’une croyance religieuse; en sorte, disent-üs, que les diverses communautés qui peuvent avoir existé jusqu’à présent, d’une manière plus ou moins imparfaite, ne peuvent en tous cas être considérées que comme des exceptions, dont on ne pourrait rien conclure quant à l’organisation générale de la société.

Je répondrai d’abord qu’en supposant même que jamais rien d’approchant n’eût existé, ce

ne serait point un motif pour affirmer que cela ne peut exister. Combien de choses extraordinaires, soit dans les sciences, soit dans les arts, dont on n’avait pas même autrefois conçu l’idée, et qui sont aujourd’hui regardées comme les objets les plus simples ! Qui peut dire jusqu’où l’on peut être conduit par le seul hasard des découvertes, dans le monde moral aussi bien que dans le monde physique ? Qui peut assigner des bornes aux progrès de l’esprit humain, surtout dès quii est une fois entré dans la véritable route du perfectionnement? Une seule invention nouvelle change souvent la face du monde, et peut faciliter la solution des problèmes qu’on ne cherchait même pas à résoudre auparavant. De toutes ces considérations je suis autorisé à conclure que cette première partie de l’objection n’a aucune base solide. D’ailleurs, les auteurs de tout plan nouveaü seront toujours fondés à dire : « Examinez sérieusement ce que je propose; étudiez-en les élémens divers, examinez s’ils répugnent vraiment aux lois de notre organisation ; voyez si les difficultés qui semblent le plus insurmontables ne disparaîtraient pas avec certaines précautions et

des bases solides, où rien n’ayant réussi de tout ce que l'on a tenté dans divers sens avec tant de pénibles efforts , l’on est porté naturellement à accueillir avec faveur tout plan nouveau qui présenterait des chances plus heureuses. Ainsi donc, outre l’Amérique, vers laquelle tendent maintenant toutes les espérances de perfectionnement, il est à croire que, même dans notre vieille Europe , on trouvera une disposition favorable à l’établissement d’un système qui promet de consolider à jamais parmi les hommes la paix et le bonheur.

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