‹ Lettres sur le systeme de la cooperation mutuelle et de la communaute de tous les biens, d'apres le plan de M. OwenChapitre 8 sur 16 · TROISIÈME OBJECTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME OBJECTION

Voici une objection d’une autre nature : Jamais, prétend-on , les hommes d’une grande supériorité intellectuelle ne voudront con-

sentir à n’avoir qu’une part égale à celle des ignorans ou des imbéciles ; tandis que d’un autre côté , la masse de leurs co-associés verra toujours de tels hommes avec un œil de jalousie et de défiance, ce qui, dans les deux cas, rompra l’harmonie et amènera la dissolution de la communauté.

Il me semble facile de répondre que même ce qui arrive dans la société actuelle , où tout conspire contre l’essor des sentimens généreux, prouve absolument le contraire de la première partie de l’objection. En effet , presque tous les hommes du plus grand génie sont les moins exigeans, les moins ambitieux , et sacrifient fout pour se livrer à des travaux qui n’ont pour but qu’un peu de gloire ou le bien public. Il y a plus , et souvent ils s’exposent avec plaisir à la persécution plutôt que d’abandonner la ligne qu’ils se sont tracée. Combien de tels hommes ne seraient-ils pas au contraire heureux dans le sein d’une communauté coopérative! Entourés d’estime, de reconnaissance et d’amour, secondés par les efforts de tous , ils pourraient se livrer avec une pleine sécurité aux élans de leur génie. Ils ne rencontreraient

pas tous ces obstacles qui étouffent parmi nous tant de belles dispositions; ils ne craindraient pas de voir périr leur famille à côté de leurs plus belles œuvres , dédaignées par ceux qui possèdent For exclusivement; ils ne craindraient pas que la hideuse corruption des puissans vînt tenter de faire servir leurs talens à la déception de leurs semblables. Voilà, ce me semble, une réponse complète à la crainte de voir fuir du sein de nos sociétés des hommes vraiment supérieurs, c’est-à-dire, ceux d’une supériorité bienfaisante. Quant à ceux qui n’auraient qu’un génie malfaisant, quant à ceux qui ne voudraient faire servir leur supériorité qu’à établir leur injuste domination ( les seuls qui puissent à juste titre exciter la défiance des autres membres de l’association), je regarde comme un très-grand bien que l’essence même de cette association tende à éloigner de tels ennemis de l’harmonie sociale; mais qu’on se rassure, car de tels hommes ne pourraient naître dans une société qui serait une fois établie sur les principes que nous avons indiqués.

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