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L’altération de sécrétion de la muqueuse digestive qui donne lieu à la fièvre muqueuse quand elle s’accompagne d’une turgescence sécrétoire considérable , peut bien aussi exister sans fièvre et même se pro- j longer longtemps sans en occasionner; ce qui dépend j du faible degré de la congestion intestinale et aussi ! de ce que les produits de sécrétion ne sont pas suffisamment altérés, pour que leur résorption soit la cause de phénomènes fébriles. Les phénomènes delà dyspepsie muqueuse ou embarras gastrique précèdent souvent, quelquefois pendant longtemps, la fièvre dite muqueuse qui ne se manifeste que secondairement, soit par suite de la résorption des matières de la sécrétion gastro-intestinale de plus en plus altérées, soit par l’augmentation de la turgescence sécrétoire gastrointestinale qui peut être portée jusqu’au point de friser l’inflammation et même de la produire. Dans ce dernier cas, on donne à la fièvre le nom d’ardente, d’inflammatoire, qui convient également, du reste, à la fièvre (pii accompagne les diverses inflammations organiques. .
les produits des sécrétions gastro-intestinales altérées dans les fièvres muqueuses deviennent facilement putrides, par suite d’une disposition particulière du malade, ou s’ils le deviennent par un séjour prolongé dans le canal intestinal, ils constituent un véritable poison septique qui, étant résorbé, va atta- ([uer et déprimer la force vitale dans toute l’économie. Ceci explique comment une fièvre muqueuse peut se transformer en typhus (q). Cette transformation a été signalée par les anciens auteurs qui nous ont laissé de nombreuses descriptions d’épidémies de fièvres muqueuses.
C’est sans douté cette circonstance qui fait confondre aujourd’hui, par la plupart des médecins, les fièvres muqueuses et bilieuses avec les typhus, en les désignant sous le nom de fièvre typhoïde. Cette distinction n’est cependant pas indifférente pour le traitement.
§ XLl.
Dans les typhus, la force vitale est non-seulement déprimée directement par la nature septique de l’agent morbifique, qui tendà annihiler cette force, mais en outre cet agent l’occupe presque exclusivement à un travail d’élimination, et les autres fonctions sont négligées et même supprimées, particulièrement les fonctions nécessaires pour la réparation alimentaire du sang. Dans ces conditions, l’énergie d’action de la
(f|) (l<‘ndrin. Traili'! pliilosoplii(iue de nirdociiK' pralitpH', I. 'i. |). cl siiiv.
f'üi ‘cc vitale s’affail^lit de plus en plus et elle suceoinbe, si son énergie d’action est épuisée avant (ju’elle soit parvenue au but.
On s’explique bien le rôle que jouent dans ces cas les toniques et les excitants; ils maintiennent l’action de cette force et tiennent lieu, jusqu’à un certain point, de la réparation alimentaire du sang qui est empêchée ; car, comme nous l’avons vu, la force vitale ne peut maintenir son action que par l’exercice entretenu par des stimulus appropriés à ses aptitudes.
D’après l’idée émise au § 17, l’agent morbifique déprime ou paralyse l’action du fluide vital libre, et cette ! action déprimante spéciale a pour effet principal dans ces cas d’empêcher plus ou moins les fonctions radi- j cales dont un résultat essentiel est de dégager le fluide vital de la trame des tissus et de le mettre en liberté d’action; de sorte que le fluide vital libre s’usant peu à peu par l’action et n’étant pas réparé dans la même proportion, la tension de ce fluide dans l’organisme devient de plus en plus faible, et il y diminution proportionnelle de son énergie d’action; jusqu’à ce que le principe morbifique étant éliminé de l’organisme, ou, s’il n’est pas éliminé complètement, la force i vitale y étant devenue insensible par la continuité de sa présence, les fonctions radicales de la nutrition se ’ rétablissent peu à peu et dégagent de plus en plus le | fluide vital, jusqu’à ce qu’il reprenne sa tension normale, et les forces se rétablissent par degré. L’action avantageuse des toniques, dans ce cas, est de remplacer, jusqu’à un certain point, la stimulation des mo-
lécules alimentaires et de produire le dégagement du fluide vital, sans en occasionner la déperdition dans la môme proportion.
Dans un travail récent de monsieur Foucart sur la suette miliaire , on voit que Tipécacuanha est un moyen héroïque dans cette maladie , tandis que la saignée est nuisible. La perturbation causée par l’ipécacuanha arrête ou modère dans ce cas la manifestation exagérée qui a lieu vers la peau et qui est remplacée par des actes plus bénins et plus réguliers. Si monsieur Foucart a trouvé la saignée nuisible , la raison en est probablement qu’elle agit dans le même sens que le principe déprimant de la suette, en ôtant à la force vitale une partie du stimulus sanguin dont elle a besoin pour soutenir sa force de réaction. Cependant il me semble fort possible que la saignée soit utile dans une certaine mesure et en moment opportun, au début, par exemple, comme moyen de modérer la stimulation sanguine s’exerçant sur la force vitale en sédation et par conséquent devenue plus stimulable, comme nous le verrons plus loin, et d’où résulten t des exagérations fonctionnelles ; ou encore comme moyen dérivatif de modérer la turgescence sécrétoire qui a lieu vers la peau. Ceci expliquerait pourquoi des médecins préconisent la saignée dans cette maladie, de même qu’on l’a préconisée au début du choléra où elle aurait un résultat analogue, relativement à la congestion intestinale. La saignée d’ailleurs peut être nécessitée dans ces maladies par des complications cérébrales, pneumoniques ou autres.
La continuité d’action morbide de la force vitale dans le typhus, indiquée par la continuité des phénomènes fébriles, tient à ce que la force vitale est attaquée dans une fonction essentiellement continue, c’est-a-dire, dans les fonctions radicales ou nutritives.
Il en de même dans les fièvres occasionnées parles inflammations organiques ; la cause est continue, par conséquent la fièvre.
Dans les fièvres muqueuses, au contraire, la fièvre est le plus souvent rémittente et même souvent intermittente; ce qui tient probablement à l’augmentation de la turgescence gastro-intestinale qui a une recrudescence périodique, à l’instar de la turgescence périodique normale qui a lieu lors de la digestion.
Quand la fièvre muqueuse est continue, elle est plus grave, parce queceladépend d’un-état de congestion permanent et même inflammatoire de la muqueuse digestive ou du foie; et dansce dernier cas, c’est-à-dire, quand la turgescence ou congestion sécrétoire du foie se met de la partie, d’une manière notable, ce qui arrive souvent, la fièvre prend le nom de bilieuse. Ou bien encore la continuité de la fièvre dépend de la viciation très prononcée des sécrétions intestinales ou hépatiques qui deviennent par l’absorption une cause générale et permanente de réaction fébrile. Cette viciation peut aller très loin, puisque Récamier a vu le liquide biliaire produire des ampoules sur les doigts de celui qui faisait l’autopsie. Chacun sait que la diarrhée produit souvent de la rougeur et de la douleur au pourtour de l’anus; de même qu’on voit la
muqueuse nazale fournir, lors du coriza , un mueus assez irritant pour rougir la peau de la lèvre supérieure, chez les enfants surtout dont la peau est délicate. On sait, du reste, que dans les lièvres graves les selles sont souvent d’une extrême fétidité.
§ XLU.
Dans le cours des fièvres continues graves, souvent la peau est chaude, mais néanmoins il ne survient pas de sueur, les fonctions de la peau étant dans la stupeur, ce qui a lieu, par exemple, dans les typhus. Cette stupeur est le résultat de l’abaissement de ton ou d’énergie d’action de la force vitale, dans les fonctions de la peau en particulier; de sorte que la stimulation produite par le calorique qui se porte à la peau dépasse facilement la capacité réactionnelle de cette force dans lesdites foactions, qui ne peuvent dès lors se produire ; de là absence de la transpiration. La transpiration n’est pas, du reste, la seule fonction de la peau qui soit supprimée dans ce cas, les follicules sébacées ne secrétent plus, non plus, la matière onctueuse qui rend la peau douce et luisante; de sorte qu’elle devient sèche et d’un aspect terreux.
L’augmentation exagérée de la température de la peau, dans ces cas,estoccasionnéeprécisément par l’absence de la transpiration cutanée qui est ordinairement chargée d’enlever à la surface de la peau l’excès de calorique qui se produit dans l’organisme; et ee n’est pas parce qu’il se produit une plus grande quantité de calorique, puisque l’organisme a perdu, par l’absence
de la réparation alimentaire et aussi par la faiblesse de toute les fonctions, des sources essentielles de ca- lorification. L’on voit, en effet, lorsque dans ces cas | on refroidit le malade par des affusions froides, qu’il j se réchauffe très difficilement et qu’il lui faut quelquefois plusieurs heures. j
L’accélération de l’oxygénation du sang dans les j poumons qui est la suite de l’accélération de la cir- ; culation , et qui est la cause d’une augmentation no- ; table de la calorification dans l’état de santé, ou même * dans les premiers temps de la maladie, en est plus tard une source beaucoup plus restreinte, par suite de l’état de pauvreté du sang qui, n’étant pas réparé, n’offre que peu de molécules susceptibles d’être combinées avec l’oxygène; de même qu’il offre à la nutrition peu de molécules assimilables.