LY
Puisque je viens de nommer la pneumonie, j’en dirai ici quelques mots qui me conduiront à dire aussi quelque chose de l’inflammation en général.
La pneumonie est, dit-on, l’inflammation du poumon; ce langage ne me semble pas sufïîsamment précis et il serait plus exact de dire inflammation de la muqueuse des cellules pulmonaires. Cette inflammation est constituée par les phénomènes qui résultent de la surstimulation de la force vitale, occasionnée par la congestion des vaisseaux artériels de la muqueuse des cellules pulmonaires , et a pour résultat matériel l’exsudation à la surface de la muqueuse cellulaire de produits plastiques mélés intimement avec une cer-
taino quantité de sang provenant de ce que, par suite de la distension des capillaires artériels, le sang force le passage et pénètre en nature à travers les cryptes mucipares, lorsque d’ordinaire il n’y est pas admis. Ces sécrétions qui se déposent ainsi à l’intérieur des cellules sont plus plastiques que de coutume; elles sont collantes et tenaces , et c’est là le résultat obligé de l’exagération de l’énergie d’action de la force vitale ; car toutes les fois que cette force agit avec plus d’énergie, ses produits sont plus denses. (§§ 48 et 49).
Ces matières épaisses emplissent les cellules, les parties les plus fluides sont résorbées, de sorte que les cellules pulmonaires finissent par se trouver distendues par des matières plus ou moins solides.
Plus tard, ces matières sont humectées par les produits de la sécrétion muqueuse devenus moins plastiques et plus ténus par suite de la diminution et ensuite de la cessation de l’inflammation, qui a été amenée par les saignées , les boissons délayantes , la diète, ou encore par des médicaments modificateurs comme l’émétique , lavératrine, etc.; enfin ces matières finissent par être ramollies , résorbées et expectorées peu à peu. Mais ce travail de l’ésorption n’a pas toujours lieu promptement et il est quelquefois longtemps à se faire, même après que toute inflammation notable a disparu, que la fièvre a cessé et que le malade est entré en convalescence.
Ou bien on n’a pu enrayer l’action morbide de la force vitale, et les produits sécrétés s’altèrent de plus en ])lus et deviennent purulents, car c’est là le résul-
tat final de l’inflammation portée à ses limites extrêmes, excepté toutefois les cas où la gangrène survient.
Il peut aussi se produire des phénomènes inflammatoires dans le tissu cellulaire du poumon, ce qui pourrait donner lieu à une infiltration purulente , à " ' un phlegmon en un mot; mais ceci ne paraît pas avoir lieu ordinairement, du moins à un dégré prononcé, dans la pneumonie; la succession des phénomènes appréciables à nos moyens d’investigation ne le fait pas du moins présumer.
On pourrait encore considérer, comme pouvant résulter d’un engorgement œdémateux du tissu cellulaire interstitiel du poumon , cette absence de respiration franche, cette raisonnance de la voix et cette matité qui persiste quelquefois après que tous phénomènes inflammatoires et fébriles ont disparu et lorsque déjà le malade est en convalescence.
Dans un phlegmon, les phénomènes pi'opres de l’inflammation sont les mêmes que dans la pneumonie; en effet, les résultats de l’inflammation du tissu cellulaire sont : l’augmentation de plasticité des sécrétions des cellules du tissu cellulaire et leur accumalation qui produit la tuméfaction ; puis, en dernier lieu, si l’inflammation continue sa marche, la transformation des sécrétions en matière purulente qui distend , déchire et détruit les tissus.
La tuméfaction n’est pas seulement formée par l’accumulation des sécrétions plastiques inflammatoires ; la plus grande partie de l’engorgement est due ordinairement à l’œdème du tissu cellulaire qui en-
toiire le foyer inflammatoire, œdème inflammatoire à un certain degré et d’autant plus (|u’il est plus rapproché du foyer ; cet œdème est la suite de la gène de la circulation du sang dans les capillaires. Il résulte de cette gène circulatoire la dilatation congestive des dits capillaires, dans lesquels s’agglomèrent les globules sanguins qui s’entassent dans des vaisseaux où auparavant ils étaient parfaitement distincts, séparés et nageant dans la sérosité qui maintenant a disparu en grande partie et a pris son cours dans les mailles du tissu cellulaire.
Voici ce qu’on lit dans un article de M. Gerdy sur la circulation (x) : Le sang qui remplit les capillaires se montre (au microscope) composé de globules rouges, nageant dans un milieu transparent qui paraît être de la sérosité, etc. Plus loin ; Lorsqu’il existe un point d’irritation, les globules se précipitent de toutes parts vers le point irrité, comme s’ils y étaient vivement attirés, et bientôt Us engorgent les vaisseaux capillaires, et forment une masse d’apparence visqueuse et une tumeur inflammatoire, où l’on ne distingue plus leur forme globuleuse que quand la tumeur se résoud de nouveau en globules, qui se dispersent partons les vaisseaux capillaires et rendent aux capillaires en-' gorgés leur perméabilité habituelle. »
Il résulte de ces lignes qu’au centre du foyer inflammatoire un grand nombre de capillaires se trouvent oblitérés et qu’une grande quantité de globules sanguins s’y accumulent; on comprend que, par suite
fx) IJidionnaire dp nipdeciiie en 3ü v. I. 8, p. B2.
du reflux, il doit en résulter une dilatation congestive dans le réseau des capillaires artériels qui entoure le foyer, que les petits capillaires qui ne recevaient pas de globules sont forcés d’en recevoir, et qu’une plus grande masse de sang circule dans les tissus; c’est là la cause de la rougeur, et c’est aussi, outre le travail morbide, la cause principale de l’augmentation de température d’une partie enflammée.
On peut considérer les synoviales et les séreuses comme de grandes cellules dans lesquelles les phénomènes inflammatoires proprement dits présentent un mode analogue à celui que présente une cellule du tissu cellulaire.
M. Pidoux qui n’admet pas d’inflammation sans épine, c’est-à-dire, sans stimulus à assimiler ou a éléminer, autre que le stimulus sanguin normal, (y) ne me paraît pas s’être fait une idée bien juste de ce que l’on entend par inflammation, qui est selon moi essenliellemenl le résultat de la surstimulation sanguine de la force vitale, non-seulement dans les fonctions dont le tissu cellulaire est l’organe, mais encore dans plusieurs autres fonctions organiques; et d’où résulte particulièrement d’abord la plasticité des sécrétions cellulaires ou organiques et tous les phénomènes qui résultent de leur accumulation, et en dernier lieu la transformation des sécrétions en une matière dont le type est le pus plilegmoneux crémeux et bien lié.
L’irritation produite par l’épine est le point de dé-
(y) Traite'- de thérapeutique 1''' édit. t. '2, p. 3i“2 et s.
part de l’inflammation, sans doute, mais ne fait pas partie des phénomènes propres et essentiels de l’inflammation qui peut survenir sans épine préalable. Une irritation par une épine quelconque n’est que l’occasion de l’inflammation, qu’une cause déterminante de ce phénomène. Ainsi l’inflammation traumatique se développe à l’occasion d’une division des tissus par une arme, qui est l’épine, mais elle se développe en son absence et quand déjà depuis longtemps cette épine a cessé d’agir.
M. Pidoux expose les diverses manières par lesquelles desépines ou causes d’irritation sont introduites dans l’économie, et il cite entre autres (ouv. cit. p. 550) la suppression de la transpiration cutanée par l’impression du froid , surtout quand le corps est échauffé et la peau en sueur, ou même, en l’absence de cette dernière condition, la simple suppression de la perspiration cutanée ; la suppression d’une exhalation, d’une sécrétion sous l’influence d’une émotion morale ou d’une cause quelconque, et considère que, dans ces cas, des matières excrémentielles sont restées mêlées au sang dont elles devaient-être éliminées, et constituent des causes d’irritation. Ceci arrive souvent sans doute, mais est-ce là la véritable cause de la pneumonie ou de la bronchite qui survient à la suite de l’impression du froid sur la peau échauffée et en sueur? Je ne le crois pas; la pneumonie, dans ces circonstances, me paraît avoir bien plutôt pour cause la congestion artérielle de la muqueuse pulmonaire, résultant de la rupture de l’équilibre circulatoire qui est la suite du refoulement du sang par la crispation, sous
l’influence du froid, du réseau vasculaire de la vaste surface cutanée, au moment même où ces vaisseaux sont le siège d’une dilatation congestive.
La sécrétion de la sueur a été arrêtée et les matériaux qui auraient servi à continuer à la produire restent, il est vrai, dans le sang; mais en quoi peuvent-ils être des causes d’irritation dans ce cas ? Avant l’exercice violent qui a déterminé cette production de sueur, ces mêmes matériaux se trouvaient aussi dans le sang et même en plus grande abondance, et ils n’étaient pas une cause d’irritation cependant. Je ne veux pas dire que la perspiration cutanée ne soit pas un moyen de dépuration pour l’organisme, mais seulement qu’il est peu important, sous ce point de vue, que cette fonction soit réprimée dans ses exagérations quand elles sont déterminées par des causes extérieures et non pas provoquées par une cause morbifique interne qui tend à être éliminée par cette fonction. 11 est clair que, dans ce dernier cas, on empêcherait ladite élimination; et cependant, dans ce cas, même on peut encore le faire quelquefois avec avantage, comme on le fait, par exemple, en arrêtant les sueurs profuses de la suette par un moyen perturbateur tel que l’ipécacuanha, comme le préconise M. Foucart.
On voit clairement ici que l’exagération de la fonction sudorale n’est réprimée que par un mécanisme qui diminue, sans embarras pour la circulation, la turgescence sécrétoire de la peau d’où résultent les sueurs profuses. Tandis que, dans le cas dont il est ici question, il en est tout autrement.
Faut-il donc admettre que le refroidissement des pieds ne produit le coriza, l’angine ou la bronchite, que par suite de la non excrétion des matériaux qui auraient servi à fournir les éléments de la perspiration cutanée des pieds qui aurait eu lieu à un degré plus considérable sans l’effet sédatif du froid ? Si par les sangsues au cou et la moutarde aux pieds on fait cesser lestement une angine à son début et survenue subitement après un refroidissement des pieds, aura-t-on donc par ces moyens enlevé l’épine irritante enfoncée dans les tissus de dedans en dehors ? Ce qu’il y a de certain, c’est qu’on aura diminué la congestion de la partie malade, et qu’on aura rétabli l’équilibre delà circulation par la déviation de laquelle une trop grande proportion du stimulus sanguin abordait dans celte partie.
Mais si l’épine déposée dans les tissus par le sang n’a pas été et ne peut avoir été enlevée par les sangsues et la moutarde, comment se fait-il qu’elle n’irrite pas à nouveau et qu’elle ne produise pas immédiatement une nouvelle congestion inflammatoire.
Le mode d’action des causes irritantes chymiques, physiques, mécaniques externes ou internes se trouve dans une modification de la circulation des capillaires artériels qui sont divisés, crispés, oblitérés, etc. Nous avons vu plus haut ce qui résulte physiquement de ces modifications.
L’observation microscopique de M. le professeur Cerdy nous montre comment lesglobules sanguins sont attirés de toute part vers un point central d’irritation, et comment ils s’accumulent dans les vaisseaux, jusqu’à les rendre imperméables au voisinage du point irrité.
L’effet de cette attraction des globules sanguins doit nécessairement s’amoindrir du centre à la circonférence, d’où l’on peut conclure que le sang est d’autant plus concentré dans les vaisseaux capillaires qu’on s’approche d’avantage du centre d’irritation, et plus stimulant, par conséquent, pour la force vitale qui sc trouve alors, dans la trame des tissus irrités, en présence d’un stimulus sanguin non-seulement plus abondant, mais encore plus stimulant.
On peut dire avec Hippocrate, iibi stimulus, Un //î/.r»s ; maison peut dire aussi, là où il y a fluxion il y a exagération de l’action vitale dans les fonctions radicales ou organiques, depuis la simple exagération fonctionnelle, la phlogose et la subinflammation à tous les degrés , jusqu’à l’inflammation phlegmoneuse la plus aigue. Je dis exagération de l’action vitale dans les fonctions radicales ou organiques, en opposition avec l’augmentation de l’action vitale dans les fonctions nerveuses ; dans celle, par exemple, d’où résulte lephénomène de la sensibilité, et, par son exagération, le phénomène de la douleur, phénomène qu’on n’a jamais désigné sous le nom d’inflammation.
Sans doute une épine interne ou externe stimule la force vitale à sa manière et pour son propre compte, ce qui peut apporter des modifications dans les phénomènes. L’élimination de l’épine ou principe morbifique entraîne aussi des modifications particulières dans les matières secrétées. Ainsi, par exemple, le pus d’une plaie syphilitique renferme du virus éliminé par la voix d’une fonction suj)plémentairc, fonction inflam-
inatoire dont co virus est l’épine ou la cause occasionnelle. L’inllammation pour être spécifique, c’est-à-dire pour avoir une épine occasionnelle spéciale, n’en est pas moins la même dans ses phénomènes constitutifs.
Cette stimulation d’urre épine considérée comme l’occasion du développement de phénomènes inflammatoires, ne peut être par elle-même qu’une cause de désordre de la circulation capillaire, par un mode (pielconque, et c’est secondairement à ce désordre que les phénomènes dits inflammatoires se développent. La stimulation d’une arme vulnérante ne fait pas partie constitutive de l’inflammation qui se développe en son absence. Le couteau divise les tissus, la circulation capillaire est enrayée, et une inflammation traumatique se développe; mais l’arme, qui est ici l’épine, n’a agi directement sur la force vitale elle-même qu’en la stimulant dans sa fonction de la sensibilité nerveuse, en provoquant une exagération fonctionnelle dans l’appareil nerveux d’où résulte la douleur; mais la douleur n’est pas une inflammation , quoiqu’elle fasse partie des phénomènes qui accompagnent l’inflammation , et elle a d’ailleurs cessé avec sa cause.
Du reste, dans le cas dont il est question en ce moment, il y a encore autre chose à considérer. Si la plaie reçoit le contact de l’air , de la charpie, etc., ces corps seront des causes d’irritation continuelle, des épines permanentes, et l’inflammation sera portée I plus loin que si la plaie était souscutanée et à l’abri de tout corps irritant; dans ce dernier cas même, rinflammalion ne va pas ordinairement jusqu’à la
suppuration. 11 en sei*a de même si la disposition des parties permet de réunir exactement les tissus divisés.
Ainsi, pour me résumer : 4“ il peut y avoir des inflammations sans épine , parce que la congestion inflammatoire peut avoir d’a'utres causes qu’une épine; 2“ l’irritation des organes par des stimulus ou épines étrangers à leur composition normale ne fait pas partie constituante derinflammation et n’en estque l’occasion.
Pour faire l’application de la première de ces propositions à la maladie qui a été mon point de départ, il y a des pneumonies avec épine, comme celles qui surviennent dans les fièvres muqueuses et bilieuses, et il y en a sans épine comme celles qui surviennent par l’effet du froid sur la peau en turgescence sudorale.
Le lecteur pourra encore ajouter à tout ceci ce qui est dit à la fin du § 62 relativement à une idée d’un autre ordre.
La différence entre ces propositions et celle de M. Pidoux vient de la différence des points de départ. M. Pidoux considère, dans cette question de l’inflammation, les organes vivants, en eux-mêmes, sans les rapporter à la cause qui les fait vivre; il ne parle de la force vitale que pour mémoire et n’y prend pas garde dans l’appréciation des phénomènes ; il prend en un mot pour point de départ un fait secondaire. Aucontraire,lemien est tout élémentaire, c’est la force vitale en action.
Les organes, leurs fonctions et les modifications fonctionnelles et organiques ne sont que des faits secondaires à ce fait élémentaire dont je pars, à cette
action de la force vitale qui les a créés et qui continue à les produire et les produit normalement, avec exaltation ou avec faiblesse, suivant que les stimulus naturels normaux qui déterminent cette action agissent sur cette force à un degré normal , exagéré ou faible.
En considérant les organes vivants, en eux-mêmes, comme susceptibles d’être modifiés. par des stimulus, il faut bien chercher en dehors d’eux des épines irritantes; mais en considérant la force vitale agissant dans les organes et produisant les phénomènes organiques, je trouve dans les éléments des organes euxmêmes des causes de modifications de l’action vitale.
Selon M. Pidoux, (ouv. cit. p. 170), l’inflammation a pour siège le tissu cellulaire et ne peut se développer ailleurs. Ce n’est pas bi ma manière de voir. N’avonsiious pas, par exemple, l’inflammation des muqueuses?
Les eryptes mueipares enflammées dont les sécrétions sont modifiées par suite de l’exagération d’aetion de la foree vitale dans cette fonction, déterminée par la congestion des capillaires artériels qui fournissent les matériaux de ladite fonction, ne sont certes pas des cellules du tissu cellulaire. Les séreuses, les synoviales, etc., ne sont pas non plus des cellules du tissu cellulaire.
Cet auteur associe Récamier à cette idée, et avec raison, en citant de lui la définition que Vinflammalion est la surslirnulalion locale des fonctions vitales communes. Je dis, et je viens de donner des exemples,
que rinflammation est aussi la surstimulation de fonctions vitales spéciales.
Je dirai ici, en passant, queM. Pidoux se fait delà force vitale une idée bien inexacte ou plutôt bien vide de sens, lorsqu’il dit, (ouv. cit. p. 166) : « L’incubation lui a communiqué (à l’œuf) le principe vital. » L’incubation ne communique à l’œuf que le calorique et l’électrique. Ou encore : « Le tissu cellulaire ne présidemi à aucune fonction spéciale, n’accomplissant qu’une fonction, unique, commune, partant constamment la même, il ne peut et ne doit exister qu’un seul stimulus capable de le faire entrer en action physiologique. A priori, il est facile d’affirmer que ce stimulus spécied ne peut pas être un agent dynamique et immatériel, comme serait, par exemple, l’influx nerveux ou même la force vitale. Ceci nous importe beaucoup, on le sentira par la suite. ^
Sans parler du tissu cellulaire qui préside, expression entachée de solidisme et qui ne convient pas aune plume hippocratique, ni de l’influx nerveux qui est ici considéré comme immatériel, on voit aussi dans ce passage la force vitale non-seulement considérée comme immatérielle, mais encore, par un étrange renversement, considérée comme pouvant être mise au rang des stimidus physiologiques. En vérité, il est impossible de s’égarer plus complètement; et si un savant de la portée de M. Pidoux n’évite pas de pareilles aberrations, cela prouve, d’une manière absolue, la vérité de la thèse que je défends, savoir, l’étroite nécessité d’étudier, avant tout, la force vitale en ellemême, quand on veut s’occu per des phénomènes vitaux.
LVf.
La (loul^pur est une cause d’épuisement de la force vitale, puisqu’elle est le résultat d’une aetion spéciale exagérée de cette force en tant que productrice du Iluide nerveux servant à la manifestation de la sensibilité nerveuse.
Quand la douleur est violente, elle peut avoir pour résultat de faire cesser les contractions du cœur et de produire la syncope, par la dérivation puissante qui en résulte de l’action vitale dans les fonctions nerveuses.
Un homme dans la force de l’àgc , d’un tempérament sanguin, est affecté d’un cancer de l’estomac qui occasionne des crises de douleur extraordinaires, qui durent plusieurs heures; dès le début de la crise, sentiment général de froid, réfroidissement des pieds, des mains, du front; les pieds sont insensibles à la température très-élevée d’un bain de pieds, de même qu’à l’action de la moutarde; le malade s’agite, va, revient, prend diverses postures, etc.; épuisé il s’arrête quelques secondes ; on tâte le pouls, il est petit, difficile à saisir et bat de 56 à 40 fois par minute; on renouvelle l’expérience plusieurs fois dans la même crise et dans plusieurs crises, toujours même lenteur et même petitesse du pouls. Puis quand la crise vient à cesser, un léger tremblement se manifeste, et le pouls passe presque subitement de 50 pulsations faibles à plus de cent pulsations fortes ; cette accélération dure quelques minutes , après lesquelles le pouls est revenu peu à peu à son type normal.
Que siguilie cette petitesse et cette lenteui* du pouls, sinon que la force vitale dans sa fonction de la contractilité du cœur est en sédation par suite de l’exagération de son action qui a lieu d’autre part dans les fonctions de la sensibilité nerveuse, sédation assez prononcée pour que la stimulation fonctionnelle du sang menace de dépasser la capacité réactionnelle de la force vitale dans ladite fonction , et produise l’oppression de cette force, oppression qui aurait pu aller jusqu’à la stupeur fonctionnelle complète du cœur par surstimulation, jusqu’à la syncope en un mot
Que signifie en outre cette accélération du pouls quand la crise vient à diminuer, sinon que la sédation fonctionnelle du cœur venant à diminuer, la stupeur rétrograde vers la simple surstimulation, jusqu’à ce qu’enfin la sédation cessant tout-à-fait, la surstimulation fonctionnelle elle-même cesse et la fonetion cardiaque reprend son type normal.
g LVIl.
Dans la pléthore sanguine, la richesse excessive des matériaux réparateurs et leur abondance est souvent une cause d’oppression et de fatigue pour la force vitale ; et on la voit, dans ces cas, incapable de subvenir à certaines fonctions avec une énergie convenable. Ainsi le pléthorique est ennemi du mouvement , delà pensée ; la somnolence est habituelle chez lui ; le travail de la digestion augmente encore ces phénomènes. En un mot, chez le pléthorique les fonctions nutritives absorbent l’action vitale au détriment des fonctions de relation.
g 1 VIII.
Quand, après une maladie prolongée, le stimulus sanguin se trouve considérablement appauvri , l’énergie d’action de la force vitale étant en rapport avec le degré de perfection et de richesse normale de ses stimulus, il faut un temps assez long pour le rétablissement graduel de cette énergie d’action et de la perfection des fonctions organiques chargées d’élaborer les matériaux réparateurs, qui, en produisant des stimulus de plus en jilus parfaits, relèvent de plus en plus l’énergie vitale.
Après les maladies, le degré de la capacité réaci tionnelle de la force vitale est souvent tellement abaissé que les moindres stimulations fonctionnelles la dépassent. On voit cela en particulier dans les fonctions digestives qui succombent facilement et ne peuvent avoir lieu qu’avec des aliments qui constituent des stimulus faibles et dont la quantité et la qualité soient en rapport avec l’état de faiblesse desdites fonctions.
g LIX.
L’action des médicaments toniques est d’élever le ton ou énergie d’action de la force vitale, à un plus haut degré qu’ils n’en occasionnent l’épuisement par l’activité fonctionnelle qui résulte de leui- stimulation.
En me servant des idées émises au g 17, je dirais que les médicaments toniques produisent le dégagement du fluide vital à un plus haut degré qu’ils n’en occasionnent la déperdition par l’activité fonctionnelle
que leur stimulation donne au fluide vital libre dans les fonctions radicales cl organiques, et d’où résulte la déperdition de ce fluide, à un certain degré, mais d’où résulte aussi sa reproduction, à un plus haut degré, par l’activité donnée aux fonctions radicales qui sont la source de cette reproduction.
A ce point de vue, comme je l’ai déjà dit plus haut, les toniques peuvent, à un certain degré, remplacer l’alimentation; car physiologiquement les aliments produisent plus d’énergie vitale que l’activité fonctionnelle qui résulte de leur stimulation n’en dépense, et cette exubérance d’énergie vitale se dépense par les fonctions de relation.
Dans l’affaissement vital qui suit les maladies, les toniques, en relevant le ton, ou énergie d’action de la force vitale , la mettent en état de répondre à une alimentation de plus en plus réparatrice.
L’effet des médicaments toniques a lieu encoi*o localement sur les fonctions digestives elles-mêmes et relève peu à peu l’énergie de ces fonctions.
Mais pour qu’il soit possible de recourir franchement aux toniques après les maladies, il ne faut pas qu’il y ait à craindre de réveiller une activité vitale morbide dans un point de l’économie.
Dans le cours des maladies où la force vitale est déprimée, les médicaments toniques sont souvent d’un grand secours pour augmenter la résistance vitale, autrement dit, pour soutenir l’énergie d’action de la force vitale. Les aliments étant interdits par suite de l’abolition des fonctions digestives, et par suite de
— OJ —
l’affaiblissement vital qui ne permet aucune fatigue résultant des fonctions digestives et autres , et toute l’énergie subsistante de la force vitale étant presque uniquement employée à l’élimination plus ou moins longue et difficile du principe morbifique, les toniques sont les bienvenus , puisqu’ils stimulent la force vitale et remontent son énergie, à un degré beaucoup moindre, sans doute, que ne feraient les aliments, mais aussi en n’exigeant d’elle, pour leur mise en présence, aucun travail préalable capable de porter une atteinte notable au peu d’énergie qui lui reste, comme ferait la digestion des aliments.
Les excitants agissent dans le même sens que les toniques , mais ils en diffèrent en ce que leur action esf plus rapide et plus fugace.