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Dans un chapitre intitulé : recherches sur les lois de la stimulation, de la sédation , de la tonification et de l’atonie des fonctions organiques dans l’état fébrile, Récamier dit ; 1° Le radical de tous les stimulus ou de tous les excitateurs de l’action organique est le calorique qui peut être ajouté à l’organisme vivant au point de produire la stupeur et de rendre la vie impossible par le phénomène de la combustion. 2° Le radical de tous les sédatifs ou de tous les modérateurs de l’action organique est le froid ou le calorique soustrait de l’organisme vivant au point de rendre la vie impossible par le phénomène delà congélation. 5“ Le radical de tous les toniques ou fortifiants des fonctions

organiques est Vhumidüé soustraite de l’organisme vivant au point de rendre la vie impossible par le phénomène de la dessication. 4“ Le l'acUcal de tous les atoniques, relâchants ou débilitants de l’action organique est rhuinidlté ajoutée au corps vivant au point de le ramollir et de rendre les fonctions de la vie impossible par l’excès du ramollissement des solides et de la diffluence des liquides (z).

Récamier dit en outre un peu plus loin : « On peut dire que le sec des corps vivants représente leur électrisation, comme leur humidité, leur désélectrisation. Sécheresse et surélectrisation, humidité et désélectrisation sont donc des expressions synonymes. » (a). Mais alors il ne faut pas mettre les propositions 5 et 4 sur lamême lignequeles propositions 1 et2; ces dernières, on effet, sont des données élémentaires, tandis que les données 5 et 4 sont secondaires.

Si l’humidité agit en désélectrisant l’organisme, elle enlève à la force vitale un stimulus radical puissant, et diminue, par conséquent par là, son énergie d’action. L’absence d’humidité, au contraire, permet l’accumulation du même stimulus et, par conséquent, augmente l’énergie d’action de la force vitale, à moins toutefois qu’elle ne s’accumule en excès, auquel cas il y aurait oppression de ladite force; et puisque l’électricité en quantité convenable dans l’organisme augmente la vigueur des fonctions , ce sera si l’on veut un tonique

(x) Ouv. cilô , t. 5, p. 380.

(n) Ouv. citv, I. 2, p, 387.

radical; mais le sec et l’humide ne sont que des moyens de l’accumuler dans l’organisme et de l’en soustraire, et ils ne sont, par conséquent, toniques et atoniquesque secondairement.

Il faut, je pense, appeler ton ou énergie vitale le degré plus ou moins élevé de la capacité réactionnelle de la force vitale et de sa stabilité et vigueur d’action normale, autrement dit, résistance à l’action des agents perturbateurs; et atonie ou faiblesse vitale le degré plus ou moins bas de cette capacité réactionnelle et de cette stabilité et vigueur d’action normale , autrement dit, facilité à céder à l’action des agents perturbateurs.

Ainsi les agents dont l’action sur la force vitale sera, soit de la rendre stable dans son action normale , c’est-à-dire, insensible à des stimulus auxquels elle était sensible auparavant, et inattaquable par des causes qui auparavant exerçaient sur elle une action déprimante; soit d’augmenter sa capacité réactionnelle au point qu’elle puisse réagir victorieusement contre des stimulus qui, sans cette augmentation de ton, auraient dépassé sa capacité réactionnelle ou tout au moins produit l’oppression de cette force; ces agents seront des toniques. Ainsi le quinquina dans les fièvres intermittentes , le fer et les autres agents toniques dans l’éréthisme chlorotique, dans les scrophules, etc., l’air sec, particulièrement comme moyen conservateur de l’électricité organique, etc.

Les agents qui produiront les effets contraires seront des atoniques ou débilitants, au nombre desquels l’humidité ajoutée au corps vivant, comme moyen de

déperdition do l’électricité organique; mais la saignée et la diète sont aussi des atoiiiques, et, dans ce cas, l’humidité n’est pas ajoutée à l’organisme.

Lors de l’imminence d’un orage , l’électricité dont les nuages sont chargés attire l’électricité de l’organisme à la surface du corps, et le stimulus électrique fihandonnant ainsi l’organisme, nous sommes jetés dans un état de malaise et toutes les fonctions deviennent plus ou moins languissantes, excepté les fonctions de la peau où le stimulus électrique s’est accumulé et qui entrent par suite en surstimulation, d’où résulte l’augmentation de la transpiration et la sueur, quand môme la température atmosphérique n’est pas très-élevée; cette circonstance permet d’ailleurs la déperdition facile de l’électricité libre attirée à la peau. Dans ce cas l’organisme est mis dans l’atonie par la soustraction de l’électricité libre, et cependant l’humidité n’est pas ajoutée à l’organisme , puisqu’au contraire elle en est soustraite.

La soustraction de l’humidité de l’organisme serait cependant, suivant Récamier, le mdicaZ de tous les toniques ou fortifiants des fonctions organiques, c’està-dire, qu’il y aurait tonification par le fait seul de celte soustraction , ce qui n’est pas comme on le voit.

Dans les inflammations organiques accompagnées de fièvre, l’humidité ajoutée à l’organisme, autrement dit, les délayants, diminue la concentration du sang et le rend moins stimulant, par conséquent, pour la force vitale dont l’action est, parla, ramenée à la modération, non-seulement dans l’organe enflammé, mais

encore dans tout l’organisme où cette force est en sédation et est par conséquent, plus sensible à l’impression des stimulus et du stimulus sanguin en particulier , état d’où résulte, comme nous le verrons bientôt, les phénomènes de l’éréthisme fébrile.

l.a dilution du sang, en rendant ce stimulus moins excitant dans l’organisme en éréthisme , diminue donc les résultats de cet éréthisme, c’est-à-dire, les phénomènes fébriles. Comme on le voit, l’effet essentiel de l’humidité ajoutée à l’organisme n’est pas précisément, dans ce cas, sa désélectrisation.

§ LXl.

L’action des narcotiques est de produire une sédation de la force vitale; ce sont, par conséquent, des conlrostimulants, et ils conviennent à ce titre dans certaines inflammations. Mais ce qui s’oppose souvent à leur emploi, c’OwSt que la sédation qu’ils produisent, particulièrement dans les fonctions nerveuses, peut déterminer un éréthisme nerveux notable, ce qui arrive quand on en prolonge l’usage à doses croissantes; de là des vomissements, l’insomnie , etc. Si les narcotiques sont donnés à fortes doses, ils peuvent produire trèspromptement l’éréthisme nerveux par sédation qui se manifeste par l’agitation , les spasmes , le délire , etc.

L’opium à haute dose peut causer des mouvements convulsifs qui sont, dit Barthez, analogues à ceux que causent les hémorrhagies extrêmes (c). Ce sont bien

(c) Barllifiz, onv. cité, I. 2, p. 20t.

là, comme on le voit, des spasmes par éréthisme que Barthez veut désigner.

On en lit un remarquable exemple dans le bulletin général de thérapeutique , (d), qui est le résultat d’une expérience faite par MM. Bouisson etBérard, de Montpellier. « 11 s’agit d’un chien d’une forte taille, dans l’estomac duquel on avait introduit 12 grammes d’opium; il ne tarda pas à tomber dans la somnolence, mais le moindre bruit le réveillait en sursaut et il retombait aussitôt. L’immobilité semblait absolue, mais si l’on touchait le bout de la queue ou un point des membres postérieurs, aussitôt l’animal entrait en convulsions et témoignait d’une vive douleur. » Cette exaltation excessive de la sensibilité et de la contractilité nerveuses, qui étaient mises en jeu d’une manière exagérée par les causes les plus légères, était le résultat de l’éréthisme des fonctions nerveuses par sédation de la force vitale dans lesdites fonctions. On voit par là que, pour émousser la sensibilité nerveuse à l’aide de l’opium , il faut avoir recours à des doses modérées.

Les narcotiques agissent plus évidemment sur les fonctions nerveuses, mais leur action n’est pas moins réelle sur les fonctions radicales; on sait que chez les fumeurs d’opium la nutrition languit et que la maigreur survient.

Les narcotiques sont utiles dans certains cas pour forcer au repos relatif la force vitale, et peuvent être

ainsi d’un ^rand secours, à cause de la réparation de cette force ({iii est le résultat de ce repos, qui porte plus particulièrement sur les fonctions nerveuses de relation.

L’opium est souvent utile dans le cas d’éréthisme nerveux et même dans certains cas d’éréthisme féhrile. Ainsi io à 20 gouttes de laudanum données une demi-heure après le commencement de la chaleur de l’accès de fièvre intermittente diminuent l’accès et l’ahrègent; il éteint l’ardeur fébrile et détermine la sueur. Dans ce cas, l’opium a pour effet de diminuer la sensibilité de la force vitale dans les fonctions nerveuses en éréthisme, et de la rendre, par conséquent, moins sensible à la stimulation sanguine dans lesdites fonctions.

Quand la sédation des fonctions nerveuses est profonde, par l’action déprimante d’un principe marématique énergique, ou plus faible, mais agissant sur un organisme faible, il résulte de cette sédation que le centre nerveux en éréthisme entre en stupeur par surstimulation sanguine; de même que l’œil entre en stupeur par la lumière ordinaire du jour, quand il a été mis en sédation par le séjour dans l’obscurité; de; là, ces accès de fièvres soporeuses où, au lieu de frissons, il survient toiit-à-coup une stupeur ou léthargie qui menace immédiatement la vie, par la cessation (les fonctions nerveuses nécessaires à son maintien. Tel est le cas que rapporte Barthez et qui appartient à Hoffmann.

Dans ce cas, Hoffman vendll soudainemenl sa malade

ù la vie, en lui faisant couler dans la bouche 45 gouttes de laudanum (e).

Comment expliquer cet effet de l’opium? Ne seraitil pas dû, comme nous le disions tout-à-l’heure, à la propriété qu’il aurait de diminuer, d’émousser tout d’abord la sensibilité delà force vitale et en particulier dans les fonctions nerveuses , ce qui rend le cerveau plus en état de supporter la stimulation sanguine, par cela même qu’il y est rendu moins sensible, et de là la cessation de la stupeur et le réveil des fonctions nerveuses.

Barthez cite encore au même lieu un cas où Rivière agit de la même manière, dans un cas analogue. Barthez dit dans cette note que l’opium peut être spécifiquement utile pour surmonter un état spasmodique dominant, qui produit des symptômes prochainement mortels dès l’invasion et pendant le cours de l’accès de fièvre intermittente maligne, et il rapporte, dit-il, à ce principe général l’observation d’Hoffmann et celle de Rivière.

CHi’entend Barthez par un état spasmodique dominant dans le cas d’Hoffinann, puisqu’il y avait, dès le début, stupeur et léthargie et, par conséquent, aucune apparence de spasme. Cela s’appliquerait mieux au cas de Rivière dans lequel les accès étaient accompagnés de mouvements hystériques précédant un profond sommeil; dans ce cas, la surstimulation sanguine, qui résultait de l’éréthisme cérébral par sédation.

(c) Barthez, oiiv. cité, l. 2, notes, i>. 117.

n’allait pas tout d’abord jusqu’à la stupeur et avant d’arriver là, c’cst-à-dirc, avant que la capacité réactionnelle de la force vitale en sédation ne fût dépassée dans les fonctions cérébrales, il y avait préalablement simple surstimulation.

Les principales affections spasmodiques qui peuvent rendre promptement mortels les accès de fièvres intermittentes pernicieuses sont, suivant Barthez: « outre celles qui frappent sur les origines des nerfs, celles des organes de la respiration qui menacent de suffoquer le malade; des vomissements persévérants; le flux de ventre colliquatif; le choléra-morbus ; les syncopes causées par un spasme précordial ; les crampes et les coliques de l’estomac et des intestins » (f). Tous ces états spasmodiques sont dus, d’après ce que je viens de dire, à la sédation de la force vitale dans ses fonctions nerveuses, qui a lieu par l’action des miasmes marématiques, et qui a pour résultat l’augmentation de la sensibilité et de l’irritabilité de la force vitale dans lesdites fonctions; nous avons vu , en effet, que lorsque l’action de la force vitale diminue. d’énergie, elle devient, par là même , plus sensible et plus irritable; or, le stimulus sanguin, conservant au même degré ses propriétés stimulantes, devient trop stimulant pour la force vitale devenue plus stimulable, particulièrement dans les fonctions nerveuses ; de là des exagérations et des désordres nerveux. Dans tous ces cas, l’opium est utile, comme moyen de diminuer

(f) Ouv. cit., t. 2, p. 120.

la sensibilité de la force vitale dans les fonctions nerveuses en éréthisme; de sorte que la stimulation san ^uine étant moins sentie, l’irritabilité diminue et les spasmes qui en sont la suite.

C’est sans doute pour la même raison que l’opium convient dans l’empoisonnement par la belladone ; il combat les effets de l’éréthisme cérébral produit par la belladone. Son utilité dans le choléra peut être expliquée de la même manière.

Dans ces mêmes cas, les antispasmodiques et autres excitants spéciaux sont utiles en relevant le ton de la force vitale dans les fonctions nerveuses et en combattant directement la sédation miasmatique ou autre.

La saignée, si rien ne la contre-indiquait d’ailleurs, serait utile comme moyen de diminuer directement la stimulation sanguine.

Si l’oreille est en éréthisme, les sons l’impressionneront d’une manière exagérée et pourront facilement dépasser la capacité réactionnelle de sa fonction, et l’oreille ne pourra rien distinguer ; il y aura assourdissement. Le moyen de récupérer l’ouïe dans ces cas est de tamponner l’oreille, et le tampon remplira relativement à l’oreille le môme office que l’opium dans les cas que nous venons de citer; je veux dire qu’il permettra l’exercice de la fonction , mais ce ne sera pas par le même mécanisme; il amoindrira l’impression du stimulus sur l’organe en éréthisme, en empêchant ce stimulus de se communiquer facilement, mais il ne diminuera pas la sensibilité de l’oreille, comme fait l’opiuin pour le centre nerveux. Les pau-

])ièrcs et l’iris rendent le même otïice à l’œil en éréthisme.

Les agents qu’on a appelés anesthésiques ne sont pas des narcotiques, quoiqu’ils produisent un résultat semblable , c’est-à-dire , la diminution de l’action de la force vitale et même la cessation d’action de cette force dans les fonctions nerveuses.

Les narcotiques paralysent la force vitale directement; les anesthésiques sont des excitants qui, parla rapidité de leur stimulation subtile, dépassent momentanément la capacité réactionnelle de la force vitale dans ses fonctions nerveuses de relation d’abord, alors ces fonctions succombent, jusqu’à ce que la sensibilité de la force vitale à l’impression de l’agent anesthésique s’étant émoussée, sa liberté d’action soit rendue à cette force. Heureux, le chirurgien, quand la cessation d’action de cette force n’a pas lieu tout^à-coup dans les fonctions nerveuses de la contractilité du cœur.

L’ivresse alcoolique est le résultat d’une action analogue, mais moins subtile et moins rapide, et produit aussi l’anesthésie et la diminution de la contractilité et des autres fonctions nerveuses de relation, mais à un moindre degré.

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