‹ Lettres sur le vitalismeChapitre 40 sur 65 · LXII · texte numérisé non relu

LXII

Le froid , c’est-à-dire , la soustraction du calorique, est le sédatif par excellence de la force vitale ; il a pour résultat immédiat de produire la sensation pénible que tout le monde connaît et qui est l’avertissement, le cri d’alarme de l’instinct vital. Sous ce point

de vue, ce phénomène est analogue à celui que présente le sentiment de la faim; ils sont tous deux l’expression d’un besoin de l’organisme; dans le premier cas, besoin du stimulus radical, dans le second cas, besoin d’un stimulus spécial, les aliments.

La sensation pénible et douloureuse du froid est le résultat de l’éréthisme par sédation; la force vitale étant mise en sédation par la soustraction de sou stimulus radical devient plus sensible à la stimulation sanguine et aussi au contact des corps qui est la stimulation spéciale du tact en général et du toucher en particulier; de là, exagération dans les fonctions nerveuses de la sensibilité et aussi désordre dans la fonction spéciale du toucher; tout le monde sait que le contact des corps durs est douloureux quand on a très-froid aux mains.

L’engourdissement quand le froid est poussé jusquelà est dû à ce que la stimulation sanguine menace de dépasser la capacité réactionnelle de la force vitale en sédation dans ses fonctions nerveuses; il survient alors une abolition progressive de la sensibilité nerveuse jusqu’à cessation complète.

Pour continuer la comparaison que je faisais toutà-l’heure; de même que la sensation douloureuse du froid, ainsi que le grelottement et des spasmes sont le résultat de la surstimulation sanguine exercée sur la force vitale en sédation par le froid ou soustraction du stimulus radical; de même la sensation pénible et douloureuse de la faim, ainsi que les crampes et les spasmes de l’estomac sont le résultat des stimulations

sanguine et calorique s’exerçant sur la force vitale en sédation dans les fonctions de l’appareil nerveux spécial de l’estomac par l’absence trop prolongée d’un stimulus spécial, les aliments.

Si le froid ou soustraction du calorique est poussé très-loin dans une partie du corps, la force vitale succombe par défaut de son stimulus radieal et la partie se congèle en rentrant sous l’empire des lois physiques.

Le froid peut être considéré comme un moyen antiphlo*gistique local des plus énergiques. On connaît, à cet égard, les beaux résultats qu'en obtient monsieur Baudens, particulièrement dans les entorses, dans les plaies de tête et dans les fractures du crâne. Il soustrait le calorique morbide, inflammatoire, à mesure qu’il se produit, à l’aide de la glace, et ne s’arrête que lorsque le malade n’éprouve plus de bien-être par ce moyen et éprouve au contraire la sensation désagréable du froid ; il y a quelquefois nécessité de continuer les réfrigérants pendant quinze jours de suite. — On sait que l’on emploie aussi le froid sur la tête dans les inflammations des organes renfermés dans la boîte crânienne.

Tout le monde sait combien sont utiles les bains froids chez les personnes dont le système nerveux est mobile et facile à mettre en action.

Pourquoi les affusions et les bains froids qui sont des sédatifs de la force vitale, c’est-à-dire, qui diminuent l’énergie d’action de cette force, produisent-ils cependant un effet fortifiant sur les fonctions ner-

veuses en particulier, et par quel mécaiiisinc ce résultat est-il réalisé ?

On peut considérer que l’application de l’eau froide à la surface du corps, en produisant la sédation des centres nerveux, rend la force vitale plus sensible et plus irritable dans les fonctions nerveuses et susceptible, par conséquent, de ressentir à un plus haut degré qu’auparavant la stimulation sanguine qui a conservé toute sapuissance, et devient ainsi une cause de surstiinulation pour la force vitale devenue plus stimulable; ce qui produit les accidents nerveux de suffocations, de resserrement de la poitrine, de soubresauts, de grelottement, etc. Si ce fait est répété souvent, la sensibilité de la force vitale en sédation à la stimulation sanguine diminue par l’habitude; nous voyons en effet les affusions froides produire moins d’impression à mesure qu’on en répète l’usage, et si la force vitale en sédation dans les fonctions nerveuses supporte de plus en plus facilement l’impression delà stimulation sanguine normale, à plus forte raison sera-t-elle moins sensible à cette stimulation , en recouvrant son énergie d’action par l’absence de la sédation, ce qui lui rend le degré de sensibilité qu’elle avait avant la sédation diminué du degré d’insensibilité qu’elle a acquis pendant la sédation.

On peut encore considérer que la force vitale en* sédation dans les fonctions nerveuses, se trouvant en présence de la stimulation sanguine normale, et même augmentée par le fait du resserrement des vaisseaux capillaires artériels de la vaste surface cutanée, quia

I pour eftet de refouler le sang sur les organes intéi rieurs, se trouve par là même en surstimulation et acquiert une augmentation de ton ou d’énergie d’action , puisque l’énergie d’action de la force vitale augmente en raison de l’intensité de la stimulation; de manière que, dans les derniers instants de la sédation, la force vitale a acquis une énergie d’action plus grande que celle qu’elle avait au début de la sédation ; et quand la sédation par le froid vient à cesser et que la force vitale récupère le degré d’énergie que lui faisait perdre cette sédation , elle se trouve avoir un degré de ton plus élevé que celui qu’elle avait avant la sédation , puisqu’il se trouve augmenté du degré qu’elle a acquis pendant ladite sédation, par suite de la surstimulation sanguine à laquelle elle a été soumise.

On comprend que la répétition soutenue de cette gymnastique vitale finit par augmenter , peu à peu et d’une manière durable , le ton de la force vitale, dans les fonctions nerveuses particulièrement ; et il en résulte la cessation de la mobilité et de la sensibilité nerveuses, la cessation de l’éréthisme nerveux en un mot.

Il y a encore à considérer d’autres phénomènes dans ces cas, mais je m’arrête à ces points principaux qui donnent une idée du mécanisme par lequel se trouve réprimé l’éréthisme des fonctions nerveuses , et par lequel se trouvent ainsi améliorées les fonctions organiques que cet éréthisme mettait plus ou moins en désordre.

Dans l’emploi du froid sur la tête, monsieur Bau-

dens trouve plus d’avantage au froid humide qu’à la glace renfermée dans une vessie, et pour obtenir ce résultat, il tapisse la tête d’une couche de charpie sur laquelle il éparpille des morceaux de glace ; il dit que de cette manière la détente produite par l’action de l’humidité s’ajoute au bienfait du froid. La raison principale en est que l’humidité est une cause de déperdition de l’électricité qui se produit morbidement dans la partie malade, et qu’il y a ainsi soustraction d’un stimulus puissant de la force vitale.

Plusieurs praticiens se servent encore du froid humide sous forme d’affusions dans certaines maladies; particulièrement dans les typhus, dans les fièvres muqueuses graves , lorsque le calorique s’accumule à la peau d’une manière excessive, par suite de l’absence des fonctions sudorales; ces afï’usions répétées souvent, et avec la modération convenable , enlèvent à l’organisme cet excès de calorique qui est une cause d’oppression de la force vitale , par la surstimulation qui en résulte pour elle, surtout dans l’état de dépression où elle se trouve, et procurent ainsi à cette force un repos relatif. Mais l’utilité des affusions froides dans ces cas est encore de mettre la force vitale, pendant le temps que le malade met à se réchauffer, dans un état de sédation pendant lequel , comme nous l’avons fait observer tout-à-l’heure, elle acquiert un certain degré d’énergie résultant d’une plus grande intensité relative de la stimulation sanguine; et la répétition du même moyen vient puissamment en aide à cette force, qui en est fortifiée.

Maintenant, si l’on me demande pourquoi je considère comme un avantage la diminution de la surstimulation , ou repos relatif, qui résulte de la soustraction du calorique en excès dans l’organisme , tandis que je considère aussi comme un avantage l’augmentation relative de la stimulation sanguine qui a lieu par le même moyen, je dirai que la stimulation produite par les stimulus radicaux calorique et électrique s’adresse surtout aux forces agissantes, comme dirait Barthez (§. 50), tandis que la stimulation sanguine s’adresse plus particulièrement aux forces radicales ou en puissance, qui en sont fortifiées. Ou , pour m’exprimer suivant les idées qui me sont propres, le stimulus radical met plutôt en activité le fluide vital libre , et par conséquent le dépense , de sorte que le repos relatif est ici un avantage; tandis que la stimulation sanguine a particulièrement pour résultat important de dégager le fluide vital de la trame des tissus, de sorte que l’augmentation, même relative, de cette stimulation, est un avantage, puisqu’il en résulte une augmentation de force.

.le vais rendre cette distinction plus saisissable par une comparaison ; le feu étant communiqué au bois, je suppose, en présence de l’air, il s’établit une fonction qui consiste dans la décomposition du bois et la combinaison de ses éléments avec l’oxygène de l’air; pendant l’exercice de cette fonction il se produit une nouvelle quantité, plus ou moins considérable suivant la quantité de stimulus ou de bois donnée en aliment au feu, de la force dont les propriétés ont été mises en jeu pour constituer ladite fonction.

Mais si, au lieu de mettre le feu, qui n’est rien autre chose que du calorique libre accumulé dans un support, en rapport avec un stimulus que j’appellerai alimentaire et par le moyen duquel il se multiplie, on le met en présence d’un corps ou stimulus peu ou point alimentaire, tel que le fer, l’azote, etc., le calorique libre sera absorbé, dispersé, et ne se multipliera pas.

Ce qui arrive pour une force physique, arrive de même pour la force vitale; il lui faut pour s’entretenir et se reproduire incessamment un stimulus alimentaire. Les stimulus radicaux peuvent déterminer et exciter plus ou moins énergiquement la mise en jeu des diverses propriétés de cette force , pour l’exercice de diverses fonctions et en déterminer par là la déperdition ; mais ils ne servent à sa reproduction , en quelque sorte, que secondairement et en donnant leur concours nécessaire aux fonctions réparatrices.

J’ai dit qu’il fallait employer ce moyen avec une modération convenable, car il ne faut pas oublier que, dans ces cas, les sources de la calorification sont diminuées, surtout par l’absence prolongée de la réparation alimentaire, et que, si le calorique s’accumule à la peau, c’est surtout à cause de l’absence de la fonction qui est ordinairement chargée de le dissiper, c’est-à-dire, de la transpiration cutanée; et ceci est rendu bien palpable par la difficulté qu’éprouvent les malades de se réchauffer après les affusions.

11 faut d’ailleurs se préoccuper aussi des accidents congestifs sur les organes intérieurs que les affusions

froides pourraient déterminer, surtout s’il en existait déjà quelque disposition. Mais, dans ces cas, la diminution de la circulation capillaire de la peau, et surtout l’absence de turgescence sécrétoire sudorale sont une cause d’immunité.

C’est surtout l’état de turgescence sécrétoire qui rend si dangereuse l’action du froid sur la peau en sueur, parce que le sang qui distend les vaisseaux est refoulé plus ou moins subitement par leur resserrement, l’équilibre circulatoire se trouve rompu par ce fait, et il en résulte des congestions artérielles sur les crganes intérieurs , et par suite , souvent des inflammations, (bronchite, pneumonie, hépatite , péritonite, pleurésie, etc.).

Il y a aussi à prendre en considération les suites de la sédation vitale produite subitement à la peau.

Des faits cités par Récamier (g) , il résulte qu’il se produit dans les membranes synoviales, dans les séreuses enflammées et dans les faussesmembranes qui résultent de cette inflammation desarborisations rouges qui ne communiquent pas directement avec les vaisseaux sanguins du voisinage , de manière que le centre de l’inflammation semble le foyer d’une hématose particulière, isolée de la grande circulation sanguine du sujet, avec laquelle elle ne communique que par des vaisseaux blancs; et que, quanta la fausse membrane, elle ne prend part à la vie générale que par l’absorption de fluides blancs. La foi-ce vitale fait du sang de

Tr.aili' du c.nnc.. I. ïJ, p. 2S1.

toutes pièces là où il n’en parvient point de la circulation commune, de la même manière qu’elle crée le sang dans le germe qui se développe.

11 semble donc d’après cela que l’inflammation ne serait pas seulement le résultat de congestions sanguines, mais encore de la concentration sur un point de l’action de la force vitale, qui pourrait avoir pour cause, autre que la surexcitation sanguine, la dépression de ladite force sur un autre point, à la peau par exemple sous l’influence du froid, surtout au moment où elle y est dans une action exagérée.

Ceci s’accorderait bien avec l’idée d’un fluide vital qui, se trouvant dans une action fonctionnelle plus ou moins exagérée sur un point, ce qui suppose une accumulation plus- grande de ce fluide, se trouverait tout-à-coup refoulé sur d’autres points où son accumulation produirait des phénomènes vitaux anormaux et exagérés.

Il pourrait se faire cependant que ces arborisations rouges, qui paraissent isolées quand on les examine après la mort, aient eu quelque communication directe avec la grande circulation pendant la vie. Les vaisseaux blancs ont pu laisser pénétrer le sang dans leur calibre , par suite de la dilatation congestive.

Quant aux fausses membranes arborisées , le sangpoussé à travers les bouches exhalantes n’a-t-il pu se frayer des canaux dans la substance encore molle de la fausse membrane? On comprend, du reste, qu’une fausse membrane ainsi organisée puisse devenir flottante et conserver son injection rouge, et il ne paraît

pas nécessaire de supposer qu’elle jouisse d’une vie indépendante.

§. LXIll.

Récamier considère la calorification comme une fonction spéciale de la force vitale. C’est ce qui résulte du passage suivant, que je cite entre plusieurs autres : a Lorsque les fonctions vitales communes de la calorification et du ton, ou de la résistance vitale en plus ou en moins, ainsi que la nutrition, sont directement lésées, etc. » (h). On voit que la calorification est bien ici considérée comme une fonction vitale spéciale et immédiate.

Je pense, au contraire, que la calorification ou la production de la chaleur animale n’est qu’un résultat secondaire de l’action de la force vitale, et qu’elle est la suite d((S fonctions vitales radicales et organiques.

Il se produit, en effet, nécessairement du calorique quand les molécules se combinent et se dissocient dans la trame des tissus. Il s’en produit dans toute espèce de mouvements organiques et surtout par suite de l’exercice de la contractilité musculaire. Il s’en produit enfin quand l’oxygène de l’air est absorbé par le sang dans les poumons; car il est difficile d’admettre avec monsieur Pidoux que l’oxygénation du sang dans les poumons ne soit pas une source immédiate de chaleur (i). Il n’est guère possible de le nier, si l’on

(hj. Traite du cancer, t. 2 , p. 379.

(i) Traité de thérapeuticpie, l" édit., I. 2, 2'* partie, p. 1 i(i.

considère les expériences de Davy qui prouvent directement que le sang artériel est plus chaud que le sangveineux ; car si le sang qui arrive du poumon dans le cœur gauche est plus chaud que celui qui est chassé du cœur droit dans le poumon, il faut bien en conclure que le sang s’est échauffé en passant à travers le poumon. Si, d’un autre côté, on considère que, dans les conditions ordinaires, le sang perd de sa chaleur en passant à travers les capillaires pour revenir plus froid par les veines, il faut bien conclure que les fonctions végétatives ne sont pas la seule source de la chaleur animale, comme le veut monsieur Pidoux; car s’il en était ainsi, le sang de la veine jugulaire interne serait plus chaud que le sang de la carotide, puisqu’elle rapporte ce sang qui vient de traverser les tissus où il aurait puisé du calorique à Vmiique source, suivant monsieur Pidoux; et c’est précisément le contraire que John-Davy a constaté (j).

J’ai dit à l’unique source, car quant à la chaleur nerveuse, dynamique ou par influx (bouffées de chaleur, etc.), dont M. Pidoux fait une seconde source de chaleur (k), le lecteur comprendra plus loin (§§. 66 et 68), qu’il s’agit surtout de phénomènes dus à l’éréthisme par sédation vitale dans la fonction de la sensibilité nerveuse cutanée, par suite duquel le calorique normal devient tout-à-coup une cause de stimulation plus forte de la fonction de la sensibilité cutanée; ou en-

(j) Dicl. de médecine en 30 vol., t. 7, p. ISO.

(k) Onv. cil. p. 50r> et s.

core de phénomènes dépendant de moditicationsdans l’état des capillaires cutanés, par l’influence nerveuse, (lar un fait qui n’a pas été démontré directement, mais que plusieurs bons esprits admettent, non sans raison, c’est que, de même qu’à une extrémité de l’arbre vasculaire artériel, il existe un organe contractile chargé de donner l’impulsion au sang, de même, à l’autre extrémité , les capillaires artériels se trouvej'aient doués aussi d’une contractilité active , antagoniste de l’impulsion cardiaque. Certains de ces phénomènes peuvent aussi dépendre de l’exagération ou de la suppression locale de la perspiration cutanée, sous l’influence de l’innervation.

Le cas cité par M. Pidoux (p. 146), d’un jeune homme atteint d’une variole, qui fut pris d’un accès cataleptique qui dura toute une nuit, pendant lequel la respiration du malade était tellement insensible , qu’on ne pouvait l’apprécier par aucun moyen , et qui cependant a conservé une bonne chaleur à la peau, ne prouve pas, aussi évidemment que le prétend cet auteur, que la respiration ne soit pas une source immédiate de la chaleur organique.

Ce malade se trouvait dans un lit échauflé de longue main par sa présence , et dont la température différait peu de celle de sa peau; malgré le peu d’activité de la respiration, qui se faisait néanmoins, puis- <[u’il n’a pas été question d’asphyxie, la peau du malade, suffisamment défendue contre le froid extérieur, a pu conserver une bonne température, la circulation se faisant bien d’ailleurs, puisque le pouls était plein

et fort. J’ajouterai que l’injection de la peau, qui était le résultat du travail morbide, était aussi une cause de calorification pour cette dernière.

Les expériences de Magnus (1) obligent d’admettre cependant que tout l’oxygène absorbé par le sang dans les poumons ne se combine pas cbimiquementaveclc sang pendant son passage à travers ces organes, qu’une ' grande partie ne se combine qu’après son passage et dans la trame des tissus, et que c’est, par conséquent, dans les vaisseaux eux-mêmes et dans la trame des tissus que se dégage le calorique qui est le résultat de cette dernière combinaison.

Mais ce qu’il est tout-à-fait impossible d’admetti*e avec M. Pidoux (p. 155 et s.), c’est que la circulation du sang ne soit pas un moyen propagateur de la chaleur animale , un moyen par lequel cette chaleur tend à l’uniformité dans tous les tissus et est communiquée aux parties auxquelles le calorique a été soustrait par suite des influences physiques extérieures, à la peau par exemple.

Je ne puis admettre qu’une circulation capillaire plus abondante et plus rapide, résultant de contractions du cœur plus énergiques et plus souvent répétées, ne soit pas une cause d’augmentation de chaleur à la peau.

M. Pidoux cite le fait d’un enfant de trois ans qui eut un accès de lièvre violent ; « La chaleur était très élevée et le pouls développé battait 144 fois par mi-

(1) Voii' le Dict. Je niêdecine en 30 vol., t. 27, p. 45P.

nute. Puis la chaleur devint douce et normale, et cela sans manifestation de sueur ; V injection de la face , rassoupisseraent et les rêvasseries se sont dissipés, l’enfanta recouvré ses sens, il jouerait volontiers et demande à se lever. Néanmoins, le pouls bat toujours 144 fois par minute; il est encore dur et fort. » L’auteur ne dit pas s’il était aussi dur et aussi fort que pendant la chaleur fébrile; cette comparaison eût été convenable cependant. La disparition de l’injection de la face me porte à admettre ici que le pouls avait diminué de force.

En prenant le fait tel qu’il est présenté, on peut encore considérer que le calorique de la peau ne se dissipe pas seulement par l’évaporation d’une transpiration cutanée sensible ou' sueur, mais encore par l’évaporation, à mesure qu’elle se produit, de la transpiration cutanée insensible. En outre, le calorique de la peau se dissipe encore en se communiquant aux corps extérieurs, au lit, à l’air, etc.; et cela à des degrés différents, suivant l’état hygrométrique de la peau, et, par conséquent, suivant que la transpiration insensible existe ou n’existe pas.

Chez cet enfant, la transpiration insensible, supprimée pendant la fièvre , me semble avoir été rétablie après. D’ailleurs , l’enfant avait probablement pris l’air, puisqu’il voulait jouer et se lever; il n’était plus calfeutré dans son lit, comme pendant l’abattement occasionné par la cause quelconque de la fièvre.

Quoiqu’il en soit, aucun fait de ce genre ne pourra jamais prouver que le sang dont le degré de tempéra-

ture est plus élevé que celui de presque tous les tissus de l’organisme, ne cède pas le calorique dont il est ehai’gé aux tissus qu’il traverse , lorsque la température de ceux-ci est au-dessous de la sienne , comme est habituellement la peau, par exemple ; et cela avec plus ou moins d’intensité, suivant la plus ou moins grande masse de ce liquide qui circule dans les tissus et suivant la plus ou moins grande rapidité de cette circulation. C’est là un fait qu’il suffit d’énoncer pour en reconnaître l’évidence.

Le corps vivant trouve principalement les moyens de résistance au froid : 1® dans des vêtements chauds;

dans la diminution ou l’absence de la transpiration cutanée que le froid a pour effet de réprimer; 3® dans l’usage d’aliments excitants, substantiels et abondants, et de boissons excitantes qui fournissent à la force vitale les éléments pour produire beaucoup de calorique, en lui présentant des matériaux abondants pour les fonctions intimes de composition et de décomposition , fonctions qui sont, d’ailleurs, activées par la nature stimulante desdits aliments; 4° dans l’exercicc de la contractilité musculaire, considérée en ellemême, car tout mouvement, tout frottement des organes entre eux dégage du calorique; 5® dans l’intensité plus grande de l’hématose pulmonaire occasionnée par l’air froid qui, étant plus concentré, offre sous un même volume une plus grande quantité d’oxygène ; 6“ enfin par la plus fréquente répétition de l’acte l espiratoire , qui est la suite de l’exercice de la contractilité musculaire. Chacun sait, en effet, que lors-

qu’oii SC donne des mouvements énergiques et répétés, le cœur bat plus vite et plus fort; il envoie, par conséquent, aux poumons, plus de sang à liématoser; la respiration se précipite alors , et l’absorption de l’oxygène par le sang dans les poumons est considérablement augmentée, et par conséquent la production du calorique qui en est la suite^

Il y a cependant ici à tenir compte de la soustraction du calorique par l’air qui entre froid dans les poumons et en ressort chaud et chargé de vapeur; mais c’est là une condition indispensable pour l’existence du poumon lui-même, qui ne pourrait se maintenir à une température normale, s’il n’avait pas ce moyen propre de réfrigération.

La locomotion a encore pour effet, en activant la circulation, de précipiterles fonctions intimes de la nutrition.

Il faut remarquer ici, que l’accélération des mouvements du cœur et de la respiration sont des phénomènes secondaires à l’accélération de la circulation capillaire déterminée par les contractions dans les masses musculaires.

On voit, par tout ce qui précède, qu’il y a dans l’organisme des sources suffisantes de calorique, sans qu’il soit nécessaire d’imaginer que sa production soit d ue à une fonction spéciale et immédiate delà force vitale.

Mais, comme le dit Barthez (m) , c’est le principe vital qui règle la température de l’organisme, suivant des lois qui lui sont propres. C’est dans ce sens seule-

(m) Ouv. cil. t. I , notes p. 233.

ment qu’il est possible de dire que la calorification soit une fonction du principe vital ; et les modifications générales ou partielles de la température de l’organisme sont la suite de modifications dans les fonctions radicales et organiques qui contribuent à produire le calorique, ou qui en procurent la déperdition.

§ LXIY.

Les cataplasmes agissent dans le même sens que le froid en thérapeutique; ils enlèvent le calorique morbide par l’évaporation de leur humidité; ils soustraient aussi l’électricité de la partie malade, et, par suite, ils diminuent la stimulation de la force vitale dans cette partie et modèrent son activité. D’après cela , il y a quelquefois un certain avantage à les employer froids plutôt que chauds.

Les bains tièdes non médicamenteux agissent aussi dans le même sens, et, par ce moyen, on peut agir sur tout le corps.

On ne peut se mettre au bain après avoir mangé , sans risquer de voir survenir une indigestion; la raison en est dans la sédation générale qui est le résultat du bain et qui diminue l’action de la force vitale dans l’organisme, de manière qu’elle peut devenir insuffisante pour l’accomplissement des fonctions digestives qui réclament beaucoup d’énergie d’action de la part de la force vitale. Si le bain était froid , il en résulterait une sédation plus prononcée qui aurait les mêmes effets; mais, en outre, elle serait suffisante pour retentir notablement sur les centres nerveux, et

de là, éréthisme de la contractilité musculaire se ti’adiiisant , sous l’influence de la stimulation sanguine qui devient relativement exagérée , par le grelottement et autres phénomènes spasmodiques ; et d’où pourrait aussi résulter le vomissement, si quelque aliment se trouvait dans l’estomac.

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