CHAPITRE PREMIER
HlSTOniQUK.
Remonter à l’origine des grandes pensées qui servent de base à la Médecine , pour embrasser d’un coup-d’œil les développements que leur ont donnés les travaux des siècles , voilà peut-être , a dit un bomme éminent dont la science déplore encore la perte récente et prématurée , de tous les exercices de l’esprit le plus propre à l’agrandir et à régler ses conceptions (1).
Nous ne nous flattons pas que nos Lecteurs obtiennent un semblable résultat en parcourant ce qui va suivre ; toutefois , nous nous garderons bien , dut-on nous adresser le reproche d’étaler
(I) Dczcimcris , Lell. sur l’Hist. de la Méd., p. 200. Paris , 1838.
une prétentieuse et banale érudition , de négliger les notions historiques, dans l’importante question qui doit nous occuper. En marchant à la clarté de l’expérience des siècles , nous donnerons , nous le croyons , plus de fermeté à nos pas ; et si notre course en doit être un peu plus longue, elle n’en sera que plus profitable et plus complète.
I. Hippocrate, ce vaste et puissant génie auquel il faut toujours remonter comme à la source de toutes nos connaissances en médecine , éleva le premier un système régulier de ces connaissances, et le fit reposer sur les fondements de l’activité de la nature , de sa force conservatrice et médicatrice. Aussi , se bornait-il presque entièrement , surtout dans les maladies aiguës qu’il traitait par le régime et des remèdes généraux (1), à ces méthodes de traitement dont l’objet est de préparer, de faciliter et de compléter les mouvements salutaires de la nature : natura morhonm medicatrix. Ce précepte ' synthétique et fécond , qui jaillit de l’observation et de l’expérience du divin Vieillard , revient souvent dans ses œuvres, car il l’avait souvent aussi observé dans sa pratique. Invenit natura sibi ipsi nias non ex intellectu; à nullo edocta et citrà disciplinani omnia quœ conveniunt efficit (2) ,
(1) Barthez, Disc, génie d’Hipp.
(2) Epid. VI, sect 5.
répète-t-il plus loin. Et, ces paroles d'Hippocrate, en nous révélant la confiance qu’il établissait sur la prévoyance et la sagesse de la nature dans les différentes opérations que cette force exécute pour la solution spontanée des maladies, nous apprennent aussi ce qu’il pensait du caractère de ces opérations ; car nous verrons plus loin que , relativement à cette question , les idées d’Hippocrate ont été faussement exagérées par Stahl et ses partisans. Enfin, il faut conduire où tend la nature, dit l’immortel Praticien, et il ajoute ; Quœ judicantur et judicata sunt perfectè neque moiwre oportet , neque innovare, sive pur g antibus , sive aliis irritamentis , sed sinere (1).
II. Telle était cette sage expectation qu’Asclépiade nommdXiuneméditationsur lamort, à laquelle il substituait une médication aveugle et des idées fausses empruntées à la philosophie corpusculaire d’Epicure. La foi des imitateurs et des dupes fut vive pour la dangereuse et vaine théorie de ce prototype des charlatans , comme l’appelle M. Briclieteau (2). Cet enthousiasme attriste plus qu’il ne surprend : les hommes ont offert des exemples d’un semblable aveuglement à toutes les époques. Asclépiade lui-même semblait le partager
(1) Socl. I , aphor. 20.
(2) Dict. des scieuc. méd. , T. XXXV, p. 306, art. Naturistes.
tout le premier, car il osait gager qu’en suivant sa méthode, il se préserverait de toute maladie. Il est vrai , dit le spirituel Bordeu , qu’il ne perdit pas sa gageure, puisqu’il mourut subitement.
III. Celse faisait , dit-on , quelque estime d’Asclépiade ; cependant , quoi qu’en disent certains biographes (1 ) , nous avons tout lieu de croire que son admiration était loin d’être exclusive ; car les lignes suivantes sont aussi bien une critique de l’ignorante présomption d'Asclépiade, qu’un hommage rendu à la vérité du dogme de la Force Médicatrice dont Hippocrate déduisait ses règles thérapeutiques. Multi magni morhi curantur abstinentiâ et quiete, dit l’élégant auteur romain; et, plus loin, il ajoute : « D’après Asclépiade, l’office » du médecin consiste à guérir sûrement, prompte- »ment et agréablement. Cela est à désirer sans » doute ; mais d’ordinaire, par trop de précipitation » et d’envie de plaire au malade , on l’expose à des » dangers. » Asclepiades esse medici dicit, ut tutb , ut celeriter, ut jucundè curet. Id votum est; sed ferè periculosa esse nimia et festmatio et voluptas solet (2).