X. Il n’est pas facile de donner une définition
(I) Rapport sur les fond, du syslcrae nerveux, de Flourens.
complète de la Force Médicatrice , dont tous les termes soient l’expression de nos conceptions sur la nature intime de cet acte vital. Inconnue comme tout ce qui se rattache à cette face cachée du dynamisme humain , la nature de ce qu’on est convenu d’appeler Force Médicatrice restera probablement long-temps encore sous d’épaisses ténèbres , en dépit de tous les efforts de l’esprit humain.
Mais , en négligeant cette recherche difficile , impossible même , dont l’utilité pour la science et la médecine-pratique n’est pas très-évidente, on ne saurait considérer la Force Médicatrice comme essentiellement distincte de la Force Vitale dont elle émane , sans aboutir à la fausse théorie de Van-Helmont , sans peupler l’économie d’autant de forces qu’il y avait autrefois de dieux dans l’Olympe , et établir ainsi l’anarchie ou l’insurrection dans le gouvernement de tant de puissances diverses et souvent opposées. Cette idée de distinction a été le résultat de la manière de penser de quelques pathologistes sur l’intervention de la force médicatrice pour empêcher la formation des maladies ; c’est une opposition , une lutte , ont-ils dit , établie entre la nature et la maladie ; d’autres ont considéré la maladie comme le produit de cette lutte même. La première de ces idées peut être vraie , à l’égard des maladies réactives surtout. Mais qu’est pour nous cette Nature désignée suc-
cessivement sous les noms à'Impetum faciens, à’ Archée, àe, Principe Vital , etc. , si ce n’est la Force Vitale elle-même? Et la maladie! La concevonsnous autrement qu’une manifestation de cette même Force Vitale, influencée par des causes diverses? Or, la Force Vitale, s’opposant à ellemême, nous ramène forcément à la conception d’une puissance unique : semblable en cela à la force psychique qui , dans certains actes de l’intelligence , devient l’observateur et l’objet observé, ou , comme dans les passions à initiative purement mentale , pousse à l’acte passionnel et le réprime simultanément par l’énergie de la volonté morale.
« Cependant, objectent les partisans delà distinc- »tion radicale , dans tout phénomène pathologique ))OÙ la Force Médicatrice apparaît , l’idée de son «intervention active entraîne logiquement celle » d’un effort répulsif, d’un antagonisme. S’il en est «ainsi, et tout porte à le croire (bien qu’on ne «puisse saisir les raisons qu’ils en donnent), » comment concevoir que la même puissance qui » préside au développement et au progrès de la «maladie, soit aussi celle dont la mission simul- «tanée consiste à nous en garantir, à nous en pré- » server?» C’est, en effet, ce qui a lieu , et c’est aussi la meilleure raison que nous puissions opposer à cette objection ; car notre réponse , toute impuissante qu’elle paraisse , est le résultat
de l’observation sur ce fait expérimental et sans explication , d’après lequel nous voyons que la même puissance intime, comme le dit le professeur Lordat, qui a développé l’homme , qui le nourrit et le conserve, est la même qui répare les dégâts survenus dans l’agrégat, et qui ramène la santé , non-seulement sans la participation de l’art , mais même en dépit des moyens malentendus mis en usage (1).
Toutefois, ce qu’on a appelé synthétiquement jusqu’ici Foj'ce Médicatrice , Puissance Médicatrice, et qui n’est qu’un mode d’action de la Force Vitale , bien qu’on ait voulu lui assigner une personnalité et un rôle distincts , nous semblerait plus exactement désigné par les mots de Faculté Vitale Médicatrice. Cette appellation, en la rattachant à cette force générale de l’économie vivante , laisserait à la Force Médicatrice cette liberté d’allures et d’action que nous observons chaque jour, et qui la ferait considérer, en effet , comme un être doué de réflexion et de discernement , si nous ne savions d’avance toutes les raisons qui s’opposent à l’admission , dans la science , de ce principe de la théorie de Stahl.
D’ailleurs , en nous gardant de confondre , comme l’a fait ce médecin , deux choses qui nous paraissent distinctes à tant d’égards , nous sommes
(I) Lordal, loc. cit. , p. 26.
encouragé , clans la comparaison que nous établis- > sons entre la faculté vitale médicatrice et une i faculté correspondante de l’âme humaine , par j l’autorité du savant Professeur auquel ces matières "j abstraites sont si faciles. ' 1
« En nous appliquant , dit le professeur Lordat , j » à l’examen de la Force Vitale, non par l’intuition j | » qui ne s'étend pas jusque-là , mais seulement j »parJ’observation des effets de cette causé, nous | «n’avons pas pu méconnaître une ressemblance ! » frappante entre ces modes d’être et ceux de notre «sens intime. La plus grande différence de ces « deux puissances consiste en ce que l’une a con- « science d’elle,' et que l’autre est automatique ou « instinctive (1). «
Tels sont , en résumé , les rapports du Vitalisme Hippocratique avec le dogme de la Faculté Vitale Médicatrice. Mais continuons.
XL L’Humorisine , cette théorie qui remonte à la plus haute antiquité , et dont la notion se retrouve encore au milieu des mille pratiques médicales du peuple ; ce système universel dont on découvre des traces dans la médecine des Egyptiens, des Israélites , des Indous et des Grecs ; qui , après avoir traversé une longue suite de siècles , a jeté des racines profondes et vivaces dans les connais-
(I) Lordat, Ebauche du pl. d’un trait, compl. de phys., p. 88.
sances vulgaires sur l’art de guérir, nous apparaît sous trois laces bien distinctes, qui chacune affectent un rapport différent avec le dogme de la Force Vitale Médicatrice.
1° D’abord, apparaît la secte humorale dont Galien est le chef. Ce médecin célèbre > dont l’esprit, comme nous l’avons dit, s’était nourri des travaux d’Hippocrate, mais y avait mêlé ses idées sur les éléments et les humeurs cardinales , devint , par cette combinaison , le chef d’une école où régnèrent les saines traditions du Dogmatisme Hippocratique, amalgamées aux subtilités sur le rôle des liquides dans les maladies. Les médecins de cette école nous parlent souvent , en effet , à’âcreté , à' effervescence , de dissolution, df ébullition , de putridité, etc., des humeurs , spéculations médicales encore mêlées à quelques pratiques de nos jours, mais dont l’idée tend sans cesse à s’écarter de l’esprit des praticiens instruits , de même que ces expressions de leurs livres, comme une protestation muette contre la part d’erreur qu’elles renferment. La vérité , toutefois , n’a été complètement et utilement formulée sous la plume interprète de la pratique intelligente des humoristes dont nous parlons, qu’en se révélant à nous sous les notions de crudité, décoction et de crises, empruntées à l’observation rigoureuse du développement de l’acte pathologique , et à l’étude savante de l’intervention de la
Force Médicatrice pour la solution spontanée des maladies, comme l’avait indiqué Hippocrate (1).
Tels étaient Fernel , qui paya ce double tribut dans sa pratique et sa doctrine sur les fièvres; Baillou (2) , auquel il faut reprocher des saignées générales intempestives , et cette profusion de purgatifs dont l’emploi exagéré fut cependant la conséquence d’une conviction profonde sur leur mode d’action et d’une confiance aveugle dans leur indication ; Thomas Sydenham, auquel Baillou avait préparé la voie qu’il parcourut avec tant de distinction et de gloire; dont la définition de la maladie estconforme à l’idée de la dégénérescence humorale d’après Galien (3) , mais qui disait que « s’ima- » giner que la nature est incapable de guérir seule «les maladies, c’est un blasphème, parce que ce «serait imputer une imperfection à la Divinité, qui « nous a donné tant de choses pour conserver la vie «animale (4) « ; L. Rivière, dont les sympathies pour l’Humorisme Galénique sont évidentes, mais qui s’exprime ainsi dans son langage pittoresque : Natura vero quœ rei quodammodo rationem habet ,
(1) Tria ilia jirœsagü medici inslruondi momenla , quibus ars nostra nihil divinius habet, cruditas , coctio et crisis. (Richler, De crisibus voter, in morb. — Opuscula med., T. III, p. 165, in-4o. Francof. 1781.)
(2) . Définit, med., T. I, p. 240, 242. — Epidem, et ephomer. lib. II, p. 190. — Guliel. Ballonii Oper. om, Genev. 1762.
(3) Sydenham, Méd.prat., T. I, p. 1, lrad.de Jault,Monlp. 1838.
(4) Réponse à la lettre du doct. Brady , art. 81.
adversùs actorem suum , morbum oideliceL , sese pro virili défendit ; et si viribus ilia constet morbi conatus ehidit, eunique tanquam iniquum actorem rejicit et foras excludit : si verà imbecilla fit , illius actioni succumbit (1 ) ; Ramazzini ; Boërhaave, qui , en cliercliant à concilier la doctrine d’Hippocrate avec celle des chimistes , fut le plus dangereux fauteur de cette alliance humoriste dont nous parlons; Van-Swiéten (2) , qui a consacré toutes les erreurs de ce dernier sur la chimiatrie et la mécanique; enfin, Gaubius, Huxham (3),Stoll, Zimmermann, Selle, Bordeu , Voullonne (4) et Vitet (5).
2" La seconde catégorie , composée de novateurs plus hardis marchant à la suite de Paracelse et imbus d’un humorisme chimiatrique , fallacieux ou cabalistique , considère tous les phénomènes de l’économie vivante comme les produits de combinaisons diverses , entre certains corps , tels que le sel, le soufre et le mercure. Pour les partisans de cette chimie humaine, extravagante et grossière , les humeurs , dont dépend la santé quand les pro-
(1) Inst. med. , lib. H , sect. de nat. crisis. Op. omn. Genev. 1 737.
(2) Van-Swiélon , üe morbis intern. et de febris in gener. Comment. in Boërhaave : in-8->. Lovanii 1773 , T. III , p, 323.
(3) Essai sur les fiôv., Irad. J. Clutloxi , in-8“. Paris 1761, p. 49 el 210.
(4) Mém. qui a remporté le prix de l’Acad. de Dijon : « Quelles sont les malad. dans lesquelles la méd. agis, est préf. à la méd. cxpccl., et celle-ci à l’agis.? » In-8», Avignon''1776.
(5) Méd. expect. , in-8«. Lyon 1803.
portions sont normales entre les éléments qui les composent , deviennent la source de tous nos maux si l’un de ces principes diminue ou augmente. Dans ce système, si l’on peut appeler de ce nom un assemblage confus de spéculations- absurdes , la Force Vitale n’est que la vassale d’une force plus générale et plus puissante, l’Affinité , ou plutôt la Force Vitale n’existe plus ; les phénomènes de sensibilité et de volition ne sont plus que l’effet d’un fluide hypothétique, parcourant le système nerveux et composé d’esprits volatils.
La thérapeutique fut simple, on le comprend , dans une semblable médecine. 11 suffisait, pour faire disparaître l’état pathologique, d’ajouter le sel qui manquait aux humeurs , ou d’y combattre, par des propriétés opposées, l’effet de l’élément chimique trop prédominant. L’économie alors ne fut plus qu’un vaste laboratoire où les réactions et les affinités se mirent à la place de la Nature et de la Force Médieatrice.
Telle était cette conception humoro-chimique-, sœur des recherches philosophales du XVI“ siècle. Enseignée par Paraçelse , adoptée par Van-Helmont, elle fut propagée en Hollande avec talent par Sylvius Deleboë ( I) , à qui l’humanité est redevable cependant de l’institution clinique. Repro-
(1) Fournier, Dict. de? sc. méd., art. Uumorisme , T. XXII, p. 116-117.
tliiite avec zèle en Angleterre par Willis, elle trouva en France de rudes antagonistes dans Riolan et Gui-Patin surtout, dont la haine pour l’émétique et l’antimoine (I ) le porta à un abus trop grand de la saignée et des purgatifs (2) de sa façon , qu’il distribuait gratis afin que ses malades n eussent rien de commun avec les chimistes et leurs officines (3). Enfin, défendues par-Vieussens (4), ces folles subtilités chimiques eurent un écho dans notre Faculté , où Baumes en fut le remarquable représentant (5).
3" La troisième espèce d’humoristes dont il me reste à parler est celle des anatomo-pathologistes de l’époque moderne. Sans rejeter les idées des humoristes hippocratiques sur les crises dans les maladies, et leur solution spontanée par les seuls efforts de la Force Médicatrice, ils se rapprochent assez des chimistes précédents par leurs recherches sur la composition des humeurs de l’économie , avec cette différence toutefois , hâtons-nous de le
(1) Gui-Palin, Lettres , T. 1 , p. 77-I75-I!)! ; — T. II , p. 672-677. Nouvelle édit, avec notes do IM. Reveillé - Parise : in 8“, 3 vol. Paris 1846.
(2) Turgente materiâ , quotidiè licet purgara,. {Ibidem , T. II, p. 577.)
(3) Ibid. , T. II , pag. 572.
(4) De naturà , different, condit, et causis fcrmentalionis , etc. Lugduni 1715, in-8».
(5) J.-B.-T. Baumes, Essai d’un syst. chimique delà scienc. de l’homme. 10-8“, Nisnies 1798.
dire, que leurs théories, au lieu de porter sur des éléments inorganiques grossiers , s’attachent de préférence à la démonstration des composés organiques dont nos tissus ou nos Iluides sont formés , soit à l’état de santé , soit dans l’état pathologique. Leurs travaux , basés sur les progrès que nous avons faits dans les sciences naturelles, se rapprochent beaucoup plus de ces sciences elles-mêmes que de la médecine proprement dite. Ingénieux dans leurs procédés, les résultats de leurs efforts ne sont pas toujours évidemment utiles à la connaissance et à la guérison des maladies , dont ils ne font que constater les traces matérielles ; aussi méritent- ils, plus justement qu’Hippocrate , le reproche que lui adressait Asclépiade , de méditer sur la mort.
Cependant , en constatant que ces médecins ont un peu négligé l’observation de la nature et les ressources qu’elle offre pour la solution spontanée des maladies , nous nous gardons bien de déprécier le mérite des anatomo-pathologistes modernes , quelle qu’ait été la direction de leurs travaux, et de détourner les yeux d’une étude à laquelle nous devons tant de connaissances positives. Il nous siérait mal de méconnaître le talent d’hommes aussi éminents que Morgagni , Vogel Bayle , Nysten , Savary, Müeller, Lohstein , Cruveilhier, Andral , Gavarret, Rodier, Lebert, etc., et l’im-
niorlel Laënnec, qui contribua puissamment par son génie à ramener les esprits à la connaissance de la nature des maladies , et rétablit ainsi la matière médicale si audacieusement niée par la Médecine Pbysiologique.
XII. Si l’usage d’une thérapeutique simple et toujours uniforme suffisait pour admettre , chez ceux qui s’en servent, la croyance à l'intervention spontanée de la Force Médicatrice dans la solution des maladies, aucune secte médicale n’aurait eu une foi plus vive en la puissance de la nature que celle des Dichotomistes, dont la théorie, empruntée aux idées de Thémison (1) et vivifiée par l’Irritabilité de Haller et les données de Bichat , fut si brillamment représentée par Broussais.
Mais , comment admettre le pouvoir médicateur spontané de la Force Vitale dans les maladies, si l’on méconnaît l’idée de la maladie elle-même ; si l’on nie son existence , et ce caractère général qu’elle affecte dans l’économie vivante, qui l’a fait considérer comme une fonction à laquelle concourent toutes les forces de l’invividu ? Consensus unus. Ces deux idées sont corrélatives et adéquates : la pensée de la Force Médicatrice spontanée et de
(1) Dezciincris, Journ. compl. du Diclionn. des scienc. méd., 1824, T. XX, p. 3; T. XXI, p. 80. — Lellr. sur l’hisl. de la inéd., p. 199 et suiv.
son merveilleux mouvement critique , entraîne nécessairement celle de l’objet ^sur lequel doit s’opérer l’acte curateur, la maladie; mais, pour Broussais , celle-ci n’existe pas , ou n’est qu’un accident toujours facilement vaincu au moyen des sangsues, et à l’égard duquel il faut se garder d’admettre un état essentiel , général , ne constituant d’après lui, avec l’autocratie de la nature, qu’une ontologie nuageuse et ridicule.
En effet, le réformateur français consuma ses jours à desseniialiser les maladies (1). L’irritation, constituant pour lui toute la maladie , ne dilïere de ce qu’il appelle V érection vitale normale, qu’en ce que l’appel des fluides est plus considérable dans le premier pbénomènc et détermine une véritable congestion nuisible à l’exercice régulier d’un organe (2) ; ce qui constitue l’acte morbide, la maladie, résulte donc de l’irrégularité d’une fonction, d’organe (3). Il n’y a donc jamais, suivant- Broussais, ni exaltation ni diminution générales de la vitalité des oi‘ganes. Gomme cette exaltation et cette diminution commencent toujours par un système ou par un organe (4) , il s’ensuit qu’il n’y
(1) Trousseau et Pidoux , Trait, de thérap. et de mat. méd., inlrod., T. I", p. xv-xvi, S': édit.
(2) Exam. des doctr. méd., propos. 78, T. I>f, p. xix , S» édit. — Paris, 1829.
(3) Ibid., prop. 68 et 69.
(-i) Ibid., prop. 73.
a pas de maladie générale, partant point de travail médicateur critique , spontané , général. Toute maladie est primitivement locale , et suppose un ou plusieurs organes souffrants; d’où cette définition adoptée par Broussais dans ses cours , nous dit M. Miquel (1) : « La maladie est la souffrance d’un organe. »
De là aussi , ajouterons-nous , le triste et scandaleux abus des sangsues et de la saignée , comme au temps de Botal , de Gui-Patin , de Hecquet et de Bosquillon , de phlébotomique mémoire ; de là aussi, cette crainte ignorantedes moindres mouvements de la nature , qu’on s’empresse encore de juguler de nos jours, comme si la Force Vitale Médicatrice n’est pas plus habile et plus sure, pour la guérison de la plupart des maladies , que cet usage immodéré de la lancette , dont les résultats ont été si funestes à l’Humanité.
Cependant , a dit Bordeu , et tous les prati- I ciens instruits avec lui ; « Les saignées naturelles » ne sauraient , non plus que les artificielles , être » regardées pour l’ordinaire, que comme un remède » préparatoire ; elles ne sont qu’un secours propre à ' «remettre la nature dans sa voie; elles doivent la I » mettre à portée de continuer la coction ou la ma- «turation des maladies, lui donner la liberté de «préparer et d’opérer les évacuations critiques aux
(I) Lcüres à un Médecin de province, p. 164.
» temps marqués pour ces opérations, lui laisser les » forces nécessaires pour choisir les organes des- «tinés à chaque espèce de matière, pour vaincre les » obstacles et pour faire des eflbrts victorieux (1).»
XIII, A peu près à l’époque dont nous parlons, hors de l’École de Montpellier, pour qui le dogme de la Force Médicatrice fut toujours une tradition hippocratique précieuse , deux hommes dont les convictions doctrinales hippocratiques sont aussi solidement établies que le talent avec lequel ils les enseignent ou les défendent, ont protesté par leurs écrits en faveur de cette puissance de la nature pour la guérison spontanée des maladies : ce sont MM. Cayol (2) et Pidoux (3).
Le premier, dans un discours d’ouverture prononcé à la clinique médicale de la Charité en 1 829, s’est occupé de la Force Médicatrice. Nous regrettons que les exigences académiques lui aient permis de n’en proclamer que le principe seulement; aussi le tableau qu’il en fait est -il trop général pour être complet.
M. Pidoux, au contraire, semble entrer dans le détail de quelques vues pratiques; néanmoins, son travail trahit la précipitation dont nous parle
(1) Bordeu, loc. cit., p. 605.
(2) Rev. méd., 1829, T. II, p. 74.
(3) Thèse ioaug., 1835, N° 36.
l’auteur, et avec laquelle il a été conçu et exécuté. Il a formulé plusieurs lois de la Force Médicatrice, dont le nombre pourrait être diminué sans inconvénient. D’ailleurs, il n’a point considéré l’intervention de cette Force dans la solution spontanée de quelques maladies chroniques , et ne parle , parmi les maladies aiguës \ que des réactives ; il néglige donc entièrement dans cette question , à la manière de Broussais , la nature des maladiés , si essentielle à considérer cependant pour marquer le degré d’énergie et les limites de la Puissance Médicatrice; enfin, il ne voit que les symptômes comme moyen de guider la thérapeutique. Nous le répétons , M. Pidoux était pressé , car il a racheté depuis toutes ces négligences , surtout dans le bon et remarquable livre où son nom se trouve à côté de celui de son maître et de son ami , M. le professeur Trousseau.
Tel est donc, en résumé, l’aperçu très-rapide de l’histoire du dogme de la Faculté Vitale Médicatrice depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Nous avons tâché de rendre évidents ses rapports avec les principaux systèmes qui ont régné en médecine , et son importance dans la thérapeutique et la guérison des maladies. Mais il ressortira surtout de cette esquisse une vérité incontestable : c’est que le dogme de la Faculté Vitale Médicatrice, méconnu par toutes les doctrines qui sont passées
sans laisser de traces utiles dans la science médicale, a été, au contraire, admis partons les systèmes attachés plus ou moins étroitement aux traditions hippocratiques qui en ont fait la force et la durée (1).
(I) Ce chapitre, publié dans la Revue thérapeutique du Midi (T. III, p. 33-76-141) sous le titre: Étude pour sertir a l’histoire DE LA Force Vitale Médicatrice, n’élait pas destiné à former la première partie d’un mémoire ; mais l’accueil flatteur qui lui a été fait in extenso par le Scalpel, journal belge (N<>» 30 mars , 10 et 20 avril 1852) , et par le Boletin de medicina, cirugia y farmaeia , journal espagnol, nous a encouragé à présenter ce qui va suivre.