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CHAPITRE DEUXIÈME

INTERVENTION DE LA FORCE VITALE MÉDICATRICE DANS LA GUÉRISON DES MALADIES RÉPUTÉES CHIRURGICALES.

I. Depuis si long-temps qu’on voit des malades, dit M. A. Miquel (1), n’est-il pas étrange qu’on n’ait pu encore bien dire ce qu’est la maladie? Sans nous arrêter, en effet, aux nombreuses définitions qui ont été données à cet égard , nous voyons les uns considérer la maladie comme une lésion des solides de l’économie , d’autres penser qu’elle n’est que la conséquence d’une anomalie, soit dans la quantité, soit dans la qualité des fluides vivants; quelques-uns ne la rattachent qu’à une affection des forces dont dépendent nos fonctions , et parmi ces derniers , qui se rapprochent le plus de la vérité , il s’en est trouvé même dont l’exagération a été jusqu’à admettre dans la maladie une intervention de l’âme humaine ; enfin , la plupart l’ont envisagée comme le résultat de la lutte établie entre les causes qui tendent sans cesse à détruire l’organisme, et la Force de conservation qui protège l’individu.

Cette dernière manière de considérer la maladie ,

(I) Lettres à on Méd. de piov., p. 153.

a valu à ceux qui l’ont adoptée le reproche à' ontologisme, de la part de Broussais, bien que le novateur français l’ait employée lui-même (1) , et ait ainsi donné une nouvelle preuve des nombreuses contradictions qui déparent son système. Aussi, ajoute à cette occasion le savant et spirituel médecin qui l’a si vivement combattu : « Il est facile de rétorquer, contre M. Broussais lui-même, les arguments qu’il dirige contre Hippocrate et les prétendus ontologistes de tous les siècles. Je l’ai dit, et je le répète, le style figuré est dans la nature, et il n’est' pas plus possible à ceux qui le proscrivent , de s’en passer, qu’il ne leur est facile de changer la nature de l’esprit humain (2). »

Quoi qu’il en soit, aucune de ces conceptions sur la maladie n’est absolument fausse ; mais , ainsi qu’il arrive trop souvent dans l’étude des sciences, la part de vérité qui revient à chacun de ces systèmes a été affaiblie par l’exagération du point de vue de ceux qui s’en sont occupés : les différents auteurs qui les ont créés ou défendus n’ont fait qu’imiter ce voyageur dont il est souvent parlé, qui , se trouvant dans une ville d’Allemagne , inscrivit , dit-on , sur ses tablettes, et après avoir considéré la servante de l’hêteHerie où il se trouvait, que toutes les femmes de ce pays étaient rousses.

(1) Exam. des Docl. inéd. , prop. 262, ibid. 22'S-275.

(2) A. Miquel, loc. cil., p. Ifjî.

Entreprendre la critique de chacune des définitions qui ont été données de la maladie , serait donc une œuvre , non - seulement longue et difficile, mais encore inutile, après ce que nous avons essayé d’esquisser en commençant, sur l’historique de la Force Médicatrice; car, ne l’ignorons pas, de la manière de concevoir la maladie a découlé en médecine toute conception systématique, et de cette pensée sont résultées , en effet, les principales théories dont nous avons déjà parlé.

Mais , afin de bien fixer notre point de départ , si , en donnant nous - même une définition de la maladie telle que nous la concevons , nous osions nous placer dans le coin le plus obscur du tableau que nous avons essayé d’esquisser, nous dirions : La maladie est cet état anormal dans lequel se trouve l'homme, par V influence de causes dont l’action a porté primitivement , soit sur l’agrégat matériel, soit sur les forces qui l’animent, et a occasionné ainsi un trouble ou une véritable perversion dans une ou plusieurs fonctions de l’économie.

En considérant le nombre et la variété des différentes causes , aussi bien que les modes multiformes par lesquels l’économie peut répondre à chacune des sollicitations qui partent du monde extérieur ou d’elle-même pour créer l’état morbide, l’esprit reste effrayé de la quantité de maux dont l’homme est assiégé à chacun de ses pas dans la vie;

( -iO )

mais il ne tarde pas à se rassurer, en voyant aussi avec quelle sollicitude la Force Médicatrice veille à notre conservation. Cependant, la nature n’étant pas toujours efficace , et pouvant succomber, comme disait Rivière : Imbecilla fit , actioni siiccumbit , il fallut la secourir, la diriger ou la réprimer quelquefois , suivant les besoins du sujet. De là , la naissance de l’art en général ; mais de là aussi , celle des difficultés résultant de l’étude consciencieuse et approfondie de tant de points divers. Aussi , les bornes assignées à l’intelligence humaine la forcèrent-elles, quant à la médecine, à circonscrire le champ de ses méditations : des limites furent dès-lors établies, dans l’étude des maladies , entre celles qui , n’atteignant le plus ordinairement que notre agrégat matériel , sont susceptibles pour leur guérison de manœuvres et d’applications thérapeutiques immédiates , et d’autres siégeant plus particulièrement dans nos forces ou les organes internes , et considérées , pour cette raison , du domaine de la médecine proprement dite , tandis que les premières appartiennent à la chirurgie (1).

(1) On comprend bien que celle division que nous élablissons ici n’esl pas absolue. Nous n’ignorons pas, car noire manière de concevoir l’homme malade s’y oppose , que , dans un grand nombre de maladies répulées chirurgicales , la considéralion des forces esl aussi essenlielle que celle des lésions malérielles. La chirurgie n’esl donc pas une partie secondaire de l’àrl de guérir, comme quelques-uns l’onl pensé ; formée, des mêmes principes

C’est donc dans ces deux larges faces de la science médicale , que nous aurons à signaler l’intervention de la Force Médicatrice.

Nous commencerons par les maladies réputées chirurgicales; mais, afin de marcher régulièrement, du simple au composé, nous remarquerons d’abord dans cette classe de maladies, certains dérangements organiques n’ayant aucune influence sur la santé en général , et que l’on considère ordinairement , avec juste raison, comme de simples accidents. Nous ne devons pas oublier de les mentionner ici ; car , bien que la nature intervienne le plus souvent dans ces cas à l’avantage de l’économie, des chirurgiens, pleins d’une fatale hardiesse, ont osé porter la main sur ces infirmités compatibles avec la régularité de nos principales fonctions.

Cependant , depuis Hippocrate, dont les préceptes , il est vrai , parlent de l’abstention de certaines opérations qu’on ne craint plus raisonnablement d’exécuter de nos jours, jusqu’à l’époque actuelle de la chirurgie, les grands praticiens, les hommes éminents par leur génie et leur talent, se sont souvent opposés à cette manie opératoire, à cet empressement de couper dont notre époque a montré de tristes et fâcheux exemples.

que la médecine proprement dite , elle est, quant à la thérapeutique , le complément essentiel et brillant de la science pathologique tout entière, dont la clinique interne forme l’autre moitié.

Or, cette opposition à l’emploi exagéré des instruments , pour guérir de simples infirmités ou certaines maladies dont nous parlerons plus loin; cette opposition, qui fut quelquefois très-vive et à laquelle nous devons d’utiles et remarquables tra- ^ vaux (1), n a pu être, dans l’esprit des chirurgiens qui s’y sont livrés, que le résultat d’une conviction profonde dans les ressources de la nature pour la guérison spontanée des maladies chirurgicales ; d’une grande confiance, enfin, basée sur des faits, dans la puissance conservatrice qui a été célébrée sous différents noms , et qui s’exerce autant dans les maladies chirurgicales que dans celles qui appartiennent à la médecine interne.

La Force Médicatrice intervient de deux manières générales dans la répression de ces accidents, ou dans la guérison des maladies chirurgicales. Quand 1 accident ou le déplacement organique s’est opéré sans lésion des tissus , et n’a pas de retentissement sur les forces de l’économie, la Force Vitale Médicatrice se contente de rejeter au-dehors, par des actes synergiques suscités à cet effet, 1a cause mécanique qui l’importune, ou restitue simplement 1 intégrité des formes, en replaçant les parties dans la position qui leur a été primordialement assignée.

(I) Foÿ., entre autres, Chirurg. conservai, et moyens de restr. l’util. des opérât., par le professeur Alquié, Montp., 1850, in-8»r avec flgures.

Dans l’autre cas, c’est-à-dire, quand la cause morbide a porté sur l’intimité de nos tissus , la Force Médicatrice intervient pour la guérison par des actes nutritifs.

II. Actes synergiques médicateurs. — A. Le concours d’actions simultanées des divers organes , concours tel que ces actions constituent par leur harmonie la forme propre d’une fonction (1), est souvent invoqué par la Force Vitale Médicatrice pour s’opposer à certaines impressions fâcheuses sur l’organisme. Qui ne connaît les efforts salutaires auxquels se livre la nature pour rejeter des différentes voies de l’économie les corps étrangers qui s’y sont accidentellement ou volontairement introduits? Un peu de poussière , de la poudre de tabac , un fétu de paille , du sable , etc., etc. , un pois, comme Lamotte en donne un exemple (2) , se sont-ils introduits dans l’œil , le larynx ou les fosses nasales : aussitôt , tous les organes concourant à la fonction menacée , et ceux qui y participent secondairement , provoquent par une simultanéité d’action synergique le larmoiement, la toux ou l’éternuement, et l’économie se trouve débarrassée.

(1) Itai'thez, Nouv. éléments de la science de l’homme, T. Il , |). 8. 1806.

(2) Dicl. des sc. méd, , T. Xlll , p. 1 1 , arl. Corps étrangers.' ■

Les annales de la science fourmillent de faits semblables , soit pour les voies aériennes , soit pour le canal digestif, ou pour l’appareil urinaire même , ainsi que Velpeau (1), Heister (2), Midleton (3) , Gollot (4) , Molineux (5) , Jelloly (6) , A. Cooper (7), en ont rapporté des observations (8).

Nous ne nous arrêterons donc pas davantage à démontrer, dans cet ordre de faits , l’évidence de l’intervention de la Faculté Vitale Médicatrice faisant appel aux forces synergiques de l’économie ; cependant , nous ne pouvons oublier, comme s’y rattachant essentiellement , un état particulier de l’organisme qu’on ne peut évidemment considérer comme une véritable maladie : nous voulons parler de la parturition.

B. En effet, c’est dans l’accouchement surtout que se produisent d’une manière admirable les actes synergiques de l’économie vivante.

« Aussi , disait le professeur Delmas , si compé- »tent en cette matière, ce ne sera pas moi qui

(1) Velpeau, Trait, compl. d’anal, chir , T. Il, p. 237.

(2) Instit. chir., pars sec., p. 962.

(3) Lettre à Morand.

(4) Trait, de la taille, 1727.

(5) Transact. philos., obs. V, T. IV, p. 227 .

(6) Méd. chir., trans. V. 6.

(7) Ibid. y. 8.

(8) Des corps étrangers introduits accid. dans la vessie, etc.: Duverger, Thèse inaug. Montp., 1850.'

«contesterai les droits de la nature dans la pratique «obstétricale (1).» — « J’ai vu si souvent, ajoute «celui qui avait hérité de son nom et de son expé- « rience , et que la mort a frappé prématurément , «j’ai vu si souvent les ressources immenses que » possède la nature , que je ne cesse de répéter dans «mes leçons, que l’accouchement, dans la plupart « des cas , non-seulement se termine par les seules » forces de la nature , mais encore arrive à bonne «fin malgré les obstacles qu’apporte souvent «l’ignorance présomptueuse. En m’exprimant «ainsi, je formule d’une manière générale ce « que m’ont appris plusieurs faits particuliers (2). »

Les présentations du siège, celles du tronc , dans lesquelles M. Jacquemier considère l’évolution comme impossible et au-dessus des forces insuffisantes de l’organisme (3) , sont considérées par Denman, qui le premier a appelé l’attention sur la terminaison spontanée de ces accouchements . par Mme. Lachapelle , d’après les nombreux cas soumis à son observation , par le professeur Delmas (4) , M. Chailly (5) , M. Nœgelé (6) et

(1) Leçon orale du II mai 1847.

(2) E. Delmas, Thèse do conc. prof., 1848 , p. 21.

(3) Jacquemier, Trait, d’obst., T. II, p. 98. 1846.

(4) Leçons orales, avril 1847.

(5) H. Chailly, Trait, prat. do l’art, des accouch., p. 423-607- 639. Paris, 1842.

(6) U Les accouchements par le siège ou par les pieds, lorsque

d’autres praticiens instruits , comme pouvant s’achever par la seule puissance de la nature. On ne peut en douter, en voyant les particularités dont s’accompagne la sortie de l’enfant à travers les difficultés sans nombre que lui oppose la résistance des parties. Celui qui, par sa position , est témoin de tous les détails intimes que la description la plus minutieuse ne saurait indiquer , ne peut qu’admirer et se taire (1).

Dans les accouchements où le travail est fort long, le plus sûr moyen est de ne rien faire, disait Lamotte , de s’en remettre à la Providence , et de laisser le tout à la prudence et à la discrétion de la nature , qui , par des ressources que nous ne pouvons comprendre , opère des miracles dans le temps qu’on en espère le moins ; que la femme accouche après trois , quatre , cinq , six et même sept jours de travail , elle et son enfant se portent bien, quoique l’accoucheur lui-même crût, un moment auparavant, que tout était désespéré (2).

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