‹ Lettres sur le vitalismeChapitre 51 sur 65 · C. La Force Vitale Médicatrice n’intervient pas · texte numérisé non relu

C. La Force Vitale Médicatrice n’intervient pas

les parties génitales sont régulièrement conformées , se font sans aucun inconvénient par les forces de la nature; non-seulement ils ne présentent aucun danger pour la mère , mais encore ils ont lieu avec plus de facilité que les accouchements avec présentation de la tète. » Nœgelé, Manuel d’accouch,; trad. par Pigné, p. 131. ' '

(1) E. Delmas, loc. cit., p. 37.

(2) Liv. II, chap. I, p. lôü.

d’une façon aussi efficace pour replacer certains organes dans la position qu’ils ont perdue accidentellement. Cependant Ambroise Paré, Fabrice de Ililden et Arnaud, qui préconisèrent contre la hernie le décubitus dorsal , dont M. Ravin a voulu faire une méthode de traitement , rapportent, à l’appui de leurs idées, des exemples d’individus affectés de hernies, qui , forcés de rester long-temps au lit pour d’autres maladies , se sont trouvés guéris de leurs hernies , quoique celles-ci fussent anciennes et volumineuses (1).

Nous-même n’avons pas perdu le souvenir d’un fait dont nous avons été témoin durant nos études à la clinique chirurgicale de Saint-Éloi , dans le service du regrettable professeur Serre , si intelligent observateur des mouvements de la nature. Un homme fut apporté à l’hôpital atteint d’une hernie inguinale. Le malade, fort et robuste, rapportait la cause de sa maladie à un effort exécuté dans l’exercice de sa profession. Déjà plusieurs heures s’étaient écoulées depuis le déplacement intestinal , et tous les symptômes qui signalent ordinairement l’étranglement se manifestaient, tels que hoquet fatigant, auquel succédèrent promptement des vomissements glaireux , de matières alimentaires et bilieuses , puis stercorales. Les traits étaient altérés et les coliques très-vives. Le chirurgien en chef, après

(l) Dicl. de méd. en 30 vol., T. XV, p. 295, art. Hernie.

avoir vainement essayé le taxis et les lavements narcotiques, était décidé pour l’opération, que conseillait aussi le professeur Dubrueil présent à la visite. Cependant, afin de n’y recourir qu’à la dernière extrémité , on tenta l’application sur la tumeur de vessies remplies de glace pilée. Bientôt, sous l’influence de ce moyen, le gonflement diminua, la chaleur s’éteignit, la douleur se calma, et cette fois la main , plus heureuse, parvint à faire rentrer dans l’abdomen l’organe déplacé , qu’un bandage suffit pour maintenir en place.

D. Les changements médicateurs qui se développent après les luxations, sont certainement plus défavorables , dit le professeur A.lquié , que lorsque le praticien réduit la partie déplacée dans sa position normale (1 ). Le professeur Fages (2) et d’autres praticiens ont parlé dans le même sens. En effet, la science pourrait difficilement montrer des cas de réduction spontanée ; car on ne peut raisonnablement présenter comme tels , certains faits rapportés par quelques écrivains , et particulièrement la curieuse observation du docteur Villermé, ayant pour sujet un soldat ivre (3).

(1) Alquié, Chir. conservât., p. 91.

(2) « In curatione morborum à causis externis functiones subitd })erturb antibus , v. g. vulnerum , fracturarum , luxationum, arti incontestatum jus felicium saltem in partent exiluum. » Thèse de Monlp., in-4«, 1808, p. 5. Prop. VII.

(3) üicl. des sc. méd., T. XLVIl , p. 333 , art. Réduction-

Cependant, si la contraction musculaire peut rompre non-seulement les parties molles les plus résistantes , mais encore les os les plus durs , et déterminer souvent des luxations, des hernies, des déplacements de tout genre , pourquoi , nous demanderons-nous avec M. le professeur Boyer, ne pourrait-elle pas les réduire (1)?

Quoi qu’il en soit, s’il est arrivé que la Nature Médicatrice ait rarement amené une véritable guérison , c’est-à-dire un retour à l’état naturel dans ces cas; si, dans une luxation, il n’arrive jamais qu’il s’opère une réduction spontanée , il survient dans l’os déplacé et dans les parties voisines un changement de disposition qui a des rapports avec une articulation, de sorte que, bien qu’immédiatement après l’accident le membre fût dans l’impossibilité de faire aucune des fonctions dont il est chargé , il devient à la longue capable d’en remplir plusieurs (2).

Mais ce dernier phénomène n’est plus le résultat d’un acte synergique de la Force Médicatrice , comme ceux qui précèdent, et nous amène à la seconde catégorie que nous avons établie dans les faits d’intervention curatrice de la nature, quant aux maladies chirurgicales , c’est-à-dire à ses actes nutritifs. Nous allons maintenant en parler.

(1) L. Boyer, Thèse de conc. prof. Montp., 1845, p. 88-89.

(2) Lordal , De la perpét. de la luéd., p. 241.

III. Actes nutritifs médicateurs. — C’est ici l’occasion de rappeler les paroles du professeur Lordat, que nous avons citées en commençant. J Elles nous apprennent que la même puissance ' qui a développé l’homme et le nourrit, est aussi celle qui le conserve et répare les dégâts survenus dans l’agrégat. C’est , en effet, la Nutrition, à laquelle nos organes doivent leur développement, et l’économie sa conservation, que la Force Vitale Médicatrice met en œuvre pour la guérison spontanée des maladies chirurgicales dont l’action a porté sur l’intimité de nos tissus. Mais cette fonction i générale comprend différents actes secondaires, tels que V absorption , la plasticité , V assimilation , etc. Tâchons de signaler leur intervention , isolée ou collective , pour la guérison des maladies chirurgicales de l'ordre dont nous parlons.

A. La première et la plus simple de ces actions médicatrices naturelles , dit le professeur Ester (1 ) , est Y absorption. Elle s’exerce principalement, pour le but curateur, sur les corps étrangers introduits dans nos cavités ou dans le tissu de nos organes ; elle agit aussi plus efficacement , dans ces cas, sur les substances molles , fluides ou gazeuses ; cependant un calcul vésical a pu être rongé ou comme taraudé ;

(1) Estor, Introd. à l’étude de la thérap. chir. — Disc, d’ouv.

un cristallin très- dur, la pointe d’un couteau à cataracte, un grain de plomb, ont pu être détruits de la même manière dans l’intérieur des chambres de l’œil (1).

L’absorption joue d’ailleurs un grand rôle dans le ramollissement et l’ulcération des tissus , dans l’ouverture spontanée des abcès , dans la séparation des escarres gangréneuses , des parties affectées de nécrose , etc. ; aussi , ces usages nombreux ont fait appeler l’absorption , par John Hunter , la Chirurgie de la Nature, et Maunoir a pu dire, avec raison, qu’un progrès immense aurait lieu en chirurgie le jour où l’on connaîtrait mieux le moyen d’activer les fonctions du système absorbant.

En général, on observe que l’hydrocèle se dissipe d’elle-même chez les jeunes garçons ; dans de tels cas , John Hunter ne prescrivit jamais aucun mode de traitement. La science possède plusieurs exemples d’hydrocèles anciennes qui ont disparu spontanément. Suivant A. Gooper, on a quelques raisons d’espérer cette terminaison quand la maladie a sa source dans l’inflammation ; et , d’après Benjamin Brodie, la maladie se termine ainsi assez fréquemment (2).

Il serait facile de multiplier de semblables exem-

(1) Eslor, loe. cil., p. 15,

(2) J. Hunier, OEuvr, complètes ; Irad. Uiclielot, T. 1 , p. 512. Paris, 1839.

pies pour prouver l’action de l’absorption dans la solution spontanée de certaines maladies chirurgicales; mais leur nombre importe moins que leur évidence , et celle-ci ne saurait être raisonnablement contestée, ni dans cet ordre de faits , ni dans les suivants.

B. Plasticité. C’est ici que la Force Médicatrice est vraiment digne de notre admiration. Semblable à la Cause Supérieure dont elle paraît dans ce cas rappeler l’intelligence et la puissance créatrice , elle forme, produit et organise, comme cette Providence cachée, tous les éléments nécessaires à notre conservation.

Une hémorrhagie a lieu , le sang s’écoule avec abondance du vaisseau lésé et s’échappe au-dehors , le malade va périr incontestablement; mais la Puissance Médicatrice intervient : une syncope a lieu. Sous l’influence bienfaisante de cette ressource extrême réservée pour un danger imminent, le sang se coagule; de là résultent des caillots destinés à opposer une digue temporaire à l’écoulement du sang ; puis , ces caillots sont remplacés par un épanchement de lymphe coagulable produit par l’inflammation des tuniques vasculaires ; en même temps , par suite de la loi de dérivation, le sang ne passe plus par le vaisseau ouvert; ce ^ vaisseau s’atrophie, se transforme en une espèce ;

de cordon ligamenteux , et enfin la circulation se rétablit par les vaisseaux capillaires ou les branches collatérales. Tout ne démontre-t-il pas dans cette série d’actes médicateurs , ditM. le professeur Estor (1), une harmonie bienfaisante?

Mais le sang s’est-il épanché dans nos tissus? Est-ce , au contraire , un autre liquide ou un corps étranger dont la présence est nuisible? Aussitôt la Force Médicatrice le circonscrit et l’isole , en créant un élément nouveau , dont le but est de garantir l’économie. Ainsi, des balles ou d’autres corps étrangers ont pu séjourner très-long-temps dans nos principaux organes , sans causer aucun accident , comme Delpech (2) , P. Marchetis (3) , Lapeyronie (4) , Mareschal , La Martinière (5) , Fabrice de Hilden (6) , Bonet (7) et d’autres (8) en rapportent des exemples pour le cerveau , et Sabatier , Léveillé , Bidloo (9) , Paré , Percy ,

(1) Eslor, loc. cit., p. 16.

(2) Quest. de chir. Des plaies de tète, de leurs complic. et de leur trait. Montp., 18|2 , p. 42.

(3) De vuln. cap., obs. V.

(4) Âcad. des scienc., ann. 1741.

(5) Mém. de l’Acad. de chir., T. I, p. 314 et 315.

(6) Observ. de chir., cent. II , obs. 3.

(7) Biblioth. chir., cent. I, obs. 73.

(8) Observai, par MM. Yiard de Montbard , Hntin , Duperthuis et Masson , de plaies de (ôte avec lésion et perte de substance du cerveau , sans altération des facultés intellectuelles. {Revue tnéd. de Paris, N“ 15 , avril 1853 , p. 402 à 409.)

(9) Haller, Biblioth. chir., T. I , p. 536.

Dupuytreii et M. le professeur Alquié (1) pour le rachis, la poitrine, l’abdomen et les articulations.

Citerons-nous en faveur de la Puissance Médicatrice , dans les maladies chirurgicales du cerveau , le fait si extraordinaire qu’a publié la Gazette médicale de Montpellier (2) ? Ï1 a pour sujet un homme dont la tête fut traversée par une barre à mine, avec projection d’une portion considérable de pulpe cérébrale. Le malade , malgré cette désorganisation profonde survenue à la partie antérieure du crâne, fut rétabli parfaitement et sans aucune infirmité secondaire. Le doute ne peut exister pour celui qui connaît les ressources admirables dont use la Force Vitale Médicatrice ; le nom et la position de M. le docteur Fleury, qui a traduit cette observation recueillie en Amérique et l’a adressée au Rédacteur du journal que nous avons cité , sont , nous le croyons , des preuves suffisantes de son authenticité.

Quoi qu’il en soit , la cicatrisation, attribut de la plasticité, est aussi un des modes les plus remarquables de l’intervention de la Faculté Vitale Médicatrice pour la guérison des lésions chirurgicales. Ce n’est pas dans l’École de Montpellier, enorgueillie du génie de Delpech et justement fière des travaux exécutés par les imitateurs et les

(1) Chirurg. conserv. , p. 69.

(2) Gazette méd. de Montp., N® 15, novembre 1851.

élèves de ce célèbre Chirurgien , en faveur de là réunion immédiate , que nous rappellerons l’efficacité de la Force Médicatrice, dans la guérison des plaies. Nous nous contenterons de faire remarquer seulement que les principes qui ne cessent de diriger ou d’inspirer les hommes éminents chargés de l’enseignement clinique chirurgical à Montpellier, ne sont basés en définitive que sur la marche naturelle de la Force Médicatrice dans cet ordre de faits. C’est par la cicatrisation obtenue au moyen de la réunion immédiate , à la suite de lésions étendues et graves, que la Nature nous a appris, en effet, que ses efforts étaient plus efficaces pour la guérison des plaies que ces secours conforlatifs , maturatifs , cicatrisants , etc. , dont on a trop long-temps accablé ses efforts et embarrassé ses mouvements salutaires.

Non-seulement la réunion des parties molles, mais encore celle des parties dures, telles que les os, est soumise aux mêmes lois de conservation. Par la formation du cal , la Force Médicatrice n’agit pas autrement que dans le cas précédent , et arrive à des résultats vraiment remarquables que l’art tenterait en vain d’obtenir, dans les fractures compliquées , par exemple. C’est d’après ces faits queBilguer, Kirkland et d’autres chirurgiens disent n’avoir jamais eu recours à l’amputation, et avoir constamment réussi. M. le professeur

Alquié a réuni dans sa Chirm'gie conservatrice un grand nombre d’observations de cette nature où les malades ont été guéris sans amputation (1). Nous pourrions y joindre un cas analogue observé par nous à l’Hôtel-Dieu Saint-Éloi , dans le service de M. Lallemand, sur un maçon dont la jambe fut brisée en plusieurs fragments , avec plaies , issue des extrémités osseuses au-dehors et formation de nombreuses esquilles ; l’accident avait été causé par la chute d’une pierre énorme. L’état du malade était très -alarmant , une abondante hémorrhagie avait lieu par une des plaies. L’amputation fut décidée; cependant le sujet, jeune et marié, ne faisait vivre sa famille que du fruit de son travail. L’opération fut différée et ensuite complètement abandonnée; le malade guérit parfaitement, sans raccourcissement sensible du membre. Nous le voyons souvent parcourir les rues de Montpellier sans claudication évidente.

Enfin , la plasticité , comme mode médicateur, ne peut-elle pas être espérée dans certaines maladies ordinairement rebelles à l’influence d’une solution naturelle spontanée? Du moins, si nous ne nous trompons, n’est-ce pas l’espoir que nous laissent les paroles suivantes d’un homme qui s’est acquis une si belle place dans le monde médical? On comprend que nous voulons parler de M. Velpeau, dont le

(I) Alquié, loc. cit,, p. 203-204.

scepticisme n’est toujours que le résultat d’une longue expérience et d’une intelligente observation.

« Je l’ai dit et je le répète , dit le Professeur de » Paris , les formations plastiques accidentelles » m’ont paru avoir une tendance manifeste à re- » vêtir quelques-uns des caractères de l’organe qui »en est le siège. C’est ainsi que, dans la matrice, » les tumeurs deviennent réellement fibreqses , au » point de pouvoir être confondues quelquefois avec »le tissu utérin; c’est ainsi que, dans la prostate, » des productions analogues présentent également » beaucoup de ressemblance avec le tissu de l’organe » qui entoure la racine de l’urètre ; peut-être même »y a-t-il là une loi générale, et qu’il serait impor- »tant d’étudier dans ses applications. On dirait » qu’avec l’épanchement de matière plastique ou «fibrineuse, qu’avec l’élément fibro - plastique , » chaque organe s’efforce d’assimiler à sa propre » nature, mais sans pouvoir y arriver complètement,

» les créations pathologiques de son voisinage (1). »

C. Cependant V absorption et la plasticité, ces deux opérations de l’acte nutritif, ne s’isolent pas toujours , comme nous venons de le voir, en les étudiant séparément dans la guérison spontanée des maladies chirurgicales; le plus souvent, la

(I) Velpean, Mcm. sur les tam. adénoïd. de la mam. (Revue méd.-chir. Paris, T. IX, p. 141. Mars, 1851.)

Force Vitale Médicatrice les met simultanément en œuvre pour arriver au même but. Ainsi , dans l’expulsion hors de l’économie de certains corps étrangers qui y ont pénétré violemment, ou s’en sont détachés, comme des halles, des esquilles, etc., pendant qu’il se forme au moyen de l’absorption une ulcération éliminatrice au-devant du corps qui chemine vers la superficie cutanée , le dépôt de la lymphe plastique et la cicatrisation s’opèrent insensiblement à tergo sur le trajet qu’il a parcouru.

Une marche analogue est suivie par la Nature pour la chute de certaines tumeurs , l’élimination des escarres , celle des parties gangrénées et d’autres actes médicateurs dont font mention tous les traités de chirurgie et que nous nous dispenserons de décrire ici.

Tous ces faits et ceux qui précèdent, accomplis par la Force Vitale Médicatrice que l’homme de l’art a mission d’imiter ou de seconder dans ses opérations , furent méconnus à une fatale époque de la chirurgie. Mais cet oubli ignorant et grossier, qui s’opposa si long-temps aux véritables progrès de l’art chirurgical, grâce au. génie de quelques hommes et au talent du plus grand nombre, a fait place maintenant à un caractère nouveau, surtout à Montpellier, où l’étude et la thérapeutique des maladies externes sont considérées comme des branches importantes etbrillantesdela science médicale.

Page 1