‹ Lettres sur le vitalismeChapitre 52 sur 65 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

INTERVENTION DE LA FORCE VITALE MÉDICATRICE DANS LA GUÉRISON DES MALADIES INTERNES.

Nous avons tâché de démontrer l’intervention de la Force Vitale Médicatrice dans la guérison des maladies réputées chirurgicales ; il nous reste maintenant à la signaler dans la grande classe des maladies internes, c’est-à-dire : 1® dans les maladies aiguës; 2® dans les maladies chroniques. Nous l’aurons ainsi manifestée dans toutes les parties de la science médicale, et nous pourrons ensuite, plus facilement, formuler les lois qui la régissent, et dont l’observation est d’une utilité capitale pour la médecine pratique.

I. Résistance Vitale. — L’homme, en se séparant de la cavité utérine où il a été retenu d’après des lois primordiales que nous n’avons pas à examiner ici , pour se placer dans le milieu nouveau où il doit vivre, se développer et périr, ne peut effectuer aucune de ces phases principales de sa destinée, sans constituer des rapports nombreux et variés avec les différents corps du monde qui l’environne.

Bien que ceux-ci, le plus souvent, interviennent dans ces relations pour notre conservation individuelle et le jeu régulier de nos diverses fonctions , cependant l’influence de ces agents se bornerait quelquefois à des modifications nuisibles de l’économie humaine, si celle-ci n’était douée de la Force dont nous proclamons la puissance protectrice. Elle se manifeste encore , par une faculté précieuse qui fera le sujet de ce paragraphe : nous voulons parler de la Résistance Vitale. Dumas , contrairement à Barthez, en a voulu faire une force particulière (1). MM. Trousseau et Pidoux, auxquels nous empruntons la définition suivante, en la modifiant légèrement , la considèrent comme une propriété de certains êtres vivants (2). Pour nous, la Résistance Vitale est cette faculté, ce mode d’action de la Puissance Médicatrice, en vertu duquel l’homme persévère dans son existence jusqu’à son terme naturel , à travers toutes les causes d’altération et de destruction auxquelles il est exposé. F. Bérard en contestait la nécessité , sans pouvoir mettre en doute les faits importants et trop négligés rappelés à cette occasion (3).

H) Dumas , Princip. de phys., T. I , p. 343 , édit. 1800.

(2) Trousseau et Pidoux , Traité de thérap. et de mal. méd., T. II , p. 348 , 3° édit.

(3) Doctr. méd. do Monlp., p. 158. — Bérard, en admettant les faits , n’a refusé son adhésion qu’à l’admission de la Résistance Vitale comme force distincte de l’économie humaine , ainsi que

Quoi qu’il en soit, et malgré une autorité si imposante, il n’est pas besoin de grands efforts pour établir cette vérité. Elle ressort journellement de l’observation; mais son évidence est plus grande dans certaines circonstances , où la Force Vitale proportionne son opposition à l’énergie actuelledela cause qui l’opprime etassiègeréconomie.

Nous n’entendons pas parler ici , on le comprend , de la réaction vitale pathologique , dont nous nous occuperons plus loin, et qui constitue une espèce particulière de maladie trop généralisée à une certaine époque; nous ne voulons considérer maintenant que ce moyen de préservation dont use la Force Vitale pour empêcher l’introduction de l’ennemi au-dedans, comme disent certains praticiens dans leur langage pittoresque et plein de vérité. La maladie n’existe pas encore; mais elle ne manquerait pas de survenir, si la Faculté Vitale que nous étudions ne déployait toute son énergie pour conjurer et prévenir ce danger. Eh bien ! dans cet ordre de faits même, qui ignore combien l’évidence plaide en faveur de notre thèse?

l’enlendail Dumas. H ne s’explique pas très-clairement à cet égard ; c’est du moins ce que l’on doit penser, d’après sa méthode de philosopher et sa haine pour l’hypothèse et la méthode cartésienne , dont on trouve ta preuve à chaque page , mais surtout dans la première partie du monument scientifique que ce génie éminent n’a pas eu le temps d’élever entièrement à la gloire de l’Ecole de Montpellier.

Sans nous arrêter aux mille détails ordinaires de la vie qui la prouvent surabondamment , considérons une de ces tristes époques dans l’existence des peuples , durant lesquelles les conditions normales de cette existence ne semblent pas changées, et où cependant la mort sévit avec une violence terrible et moissonne de nombreuses populations de la grande famille humaine , en épargnant d’autres. Dans les épidémies, en un mot, quand tous les individus sont soumis à la même influence atmosphérique et à des règles hygiéniques identiques , nous voyons un grand nombre de victimes, sans que l’immunité des survivants puisse nous être expliquée autrement que par la considération de la Bésistance Vitale , qui, veillant sans cesse à leur conservation , sait les garantir contre l’action mortelle de cette cause dont Hippocrate reconnaissait la mystérieuse , mais fatale influence , en l’appelant quid divinum.

Oü trouver la raison de cette différence remarquable dans les résultats? Sera-ce dans le monde extérieur? Mais il n’a éprouvé aucun changement appréciable pendant un long espace de temps. Sera-ce dans la localité? Mais elle a été la même pour un grand nombre de sujets diversement partagés. Ce ne peut être donc que chez les individus qu’existe la raison de cette différence dans les effets d’une même cause. La Nature humaine est une

puissance qui ne répond pas aux circonstances extérieures suivant les lois de la causalité physique, mais suivant ses états divers; en elle seule se trouve la raison de cette diversité des actes. Il y a donc chez les individus une énergie vitale variée qui leur fait supporter souvent , sans rupture de l’équilibre physiologique , les modifications imprimées à l’économie vivante (1).

Cette Résistance Vitale intervient non-seulement à l’égard des constitutions atmosphériques du genre de celle que nous avons prise pour exemple, mais encore à l’égard des simples constitutions saisonnières et des causes variées agissant lentement sur l’économie. Cette dernière circonstance aurait dû cependant favoriser les modifications morbides , si , nous devons nous le rappeler, avec Barthez (2) , l’habitude n’entrait, comme élément, dans la production de l’énergie des Forces Vitales de l’éco- ; nomie. Il n'en saurait être ainsi , sans qu’il en résulte une résistance plus grande de la part de la Force Vitale aux causes divellentes de l’éco-

[ nomie.

C’est , en effet , sur les forces radicales que s’appuie la Résistance Vitale de l’individu. Gardons-nous donc de baser cette immunité sur l’état anatomique des parties ; nous ne tarderions pas

(1) Cavayé, Thèse inaug. Monlp., 1844 , p. 22.

(2) Eléments de la science de l’homme, T. II, p, 168.

à être démentis par les faits. « Combien de gens évidemment , à belle carnation , à frais embonpoint , à nutrition énergique , à dents bien plantées, à longs cheveux, à sang plastique et immédiatement organisable , etc, , et qui sont abattus par un souffle, qui ne peuvent supporter la perte de deux onces de ce sang si riche, qu’un bain anéantit, qu’une frayeur fait pâmer, qui tombent en syncope à la moindre émotion, à la vue d’une lancette, en essuyant la douleur d’un coup reçu, d’une brûlure légère !... » Cependant , nous ne pouvons , commeMM. Trousseau et Pidoux (1 ) , prendre pour mesure de la Résistance Vitale la calorification , qui est un résultat variable , et facilement et subitement modifiable, des principales fonctions de l’économie. Nous préférons établir la Résistance Vitale, si difficile à apprécier à priori , sur le degré d’énergie de la constitution , état plus permanent et pouvant en être ainsi l’expression fidèle.

Nous n’ignorons pas que quelques faits sembleraient s’opposer en apparence à l’admission de cette façon de penser. Ainsi , on le voit assez souvent, et nous avons pu l’observer nous -même durant une épidémie meurtrière de fièvre jaune à la Pointe-à-Pitre ( Guadeloupe ) , les sujets qui succombent sont généralement ceux qu’une haute stature, des membres herculéens , une sanguifica-

(1) Trousseau et Pidous , loc. cit.^ p. 349.

tion riche , une assimilation puissante , semblent désigner comme possesseurs d’une somme considérable de forces radicales et d’une forte constitution. Mais , si l’on réfléchit à ce qu’est la constitution , on ne saurait manquer d’admettre que cette idée ne se rattache à aucun développement exagéré de l’agrégat matériel.

Cette observation a été faite par Barthez (1), après Baillou. Le savant Physiologiste de Montpellier est loin de confondre le système général des forces avec les apparences organiques dont dépend la constitution , pour quelques Médecins. C’est la principale raison pour laquelle, dit-il , la saignée et la purgation causent plus souvent chez les domestiques, dont le corps paraît être d’un tissu ferme , des défaillances et une résolution particulière des forces.

L’expérience et la pratique justifient cette considération essentiellement vitale de la constitution , et partant de la Bésistance Vitale, qui en est une conséquence. Ainsi, dans les vicissitudes de la carrière militaire, ce sont les hommes de la campagne, robustes et musclés, qui succombent à la nostalgie, aux privations; ce sont les citadins , et notamment les Parisiens, grêles et nerveux, qui se soutiennent le mieux. Les Médecins qui pratiquent dans les hôpitaux de l’armée sont appris

(1) Nouv. élém. de la science de l’homme, T. II, p. 169.

à ne pas compter sur l’organisation charnue des premiers , dont les forces agissantes , d’après la luminéuse division de Barthez, fonttoute l’énergie.

Nous pouvons donc répéter avec le savant professeur Lallemand , qu’on n’accusera pas d’idées vitalistes exagérées , « que le caractère de la constitution ne peut se déduire du développement d’un ou de plusieurs organes , ni de la manière dont s’accomplissent une ou plusieurs fonctions, mais de l’énergie plus ou moins grande du degré général des forces de l’économie (1). » A ce point de vue, la constitution se divise donc en deux types généraux, que l’expérience scientifique et vulgaire a consacrés : elle nous paraît forte ou faible. Et si nous ne craignions, pour compléter notre pensée, d’appliquer à cette distinction les idées que nous suggère un ordre d’objets différents et que nous avons déjà émises ailleurs, nous dirions : Tandis que les tempéraments et les idiosyncrasies nous semblent comme des qualités de la Force Vitale, la constitution résume la quantité oa le degré d’énergie de cette puissance (2).

Frappé de la vérité du fait que nous établissons , c’est-à-dire de la Résistance Vitale chez des sujets en apparence chétifs et faibles , mais ayant voulu .

(1) Lallemand , Des pertes sémin. ia?ol., T. I , p. 610.

(2) Voy. notre Thèse inaug. ; Etsai sur l^hérédité physiol. et pathol. chez l’homme. Monlp., 1848, p. 80.

lui-même , déduire à priori la force ou la faiblesse de la constitution de certains attributs organiques , tels q'ue la prédominance du système sanguin , musculaire, de l’appareil hépatique, des systèmes nerveux et lymphatique , tandis que la force ou la faiblesse de la constitution ne peuvent être rigoureusement constatées qu’expérimentalement , M. Fouquier a exalté les avantages de la constitution faible aux dépens de la constitution forte, en disant que la première résiste mieux aux maladies, et surtout aux maladies graves, que l’autre (1).

Nous ne pouvons , après ce qui précède , nous associer à cette proposition paradoxale; car si, comme ledit avec raison M. Andrieu (2) , les individus qui sont doués d’une constitution faible , telle que nous l’entendons , et par conséquent d’une Résistance Vitale moindre, s’exposaient à l’action des mêmes causes de maladies que ceux qui ont une constitution forte , les premiers succomberaient nécessairement en beaucoup plus grand nombre que les seconds. En effet, la bonne constitution se manifeste par le développement d’une grande somme de Résistance Vitale , et , dans l’ordre pathologique , par une énergie considérable et bien conduite des efforts médicateurs.

(1) Fouquier, Avantages de la constil. faible. Thés, au X.

(2) Andrieu, De la valeur des predisp. inorb. ^lontp. , 1812» iu-4», p. 4b-46.

Nous ne saurions clone non plus admettre , d’après ces considérations , que la Force Vitale résiste dans les constitutions faibles, quoique à un moindre degré, non d’une manière active, comme nous l’avons prouvé , mais, ainsi que le dit M. Michel Levy à propos de l’habitude (1), plutôt par l’illusion et l’équivalent de la force que par la force réelle. En annulant des influences morbides , en mettant l’économie hors de l’atteinte de certaines causes, la constitution faible ne semblerait pas agir dans ces cas , mais se dispenser d’action , et se procurer l’immunité par inertie.

Une semblable pensée est évidemment fausse , car elle ne tend à rien moins , qu’à nous assimiler aux corps bruts de la nature , à nous enlever d’un trait , le plus beau , le seul attribut de la vie , V activité : nous résistons, en effet, autrement que le minéral ou la pierre, si tant est qu’ils résistent.

Quelques Pathologistes ont voulu expliquer cette Résistance Vitale par un défaut de rapport d’affinité entre le dynamisme vital et l’agent modificateur; nous passons, on le voit, des tentatives physiques impuissantes, à l’application des sciences chimiques à l’économie humaine. On a essayé de tout, en effet, dans le but d’un rapprochement ou d’une identification impossible entre ces deux choses.

O Michel Levy, Trait, d’hyg. publ. et priv , T. I , p. 246. 1844.

Toutefois , nous acceptons cette dernière idée dans le sens d’antagonisme de préservation pour l’économie; mais nous ne saurions la considérer avec Fodéré , comme résultant seulement d’une absence de prédisposition , car nous remarquons souvent, dans les individus qui succombent aux mêmes causes générales de maladies, des différences capitales à ce point de vue , et le vulgaire , dont le sens médical, quoi qu’on en dise, est quelquefois aussi infaillible que celui qui résulte de l’expérience scientifique, nous apprend que la peur est une mauvaise condition en temps d’épidémie. La science aussi a sanctionné cette observation. Or, la peur n’agit pas, nous le pensons, en prédisposant l’individu à la maladie; ce serait une prédisposition subite, deux mots étonnés de se trouver réunis , c’est-à-dire un non-sens. La prédisposition suppose , le terme l’indique , une disposition antérieure de l’économie, acquise avec le temps. Ainsi donc , la peur, dans la production de la maladie, n’agit qu’en mettant la Force Vitale dans l’impuissance d’une opposition efficace, en paralysant la Résistance Vitale , en affaiblissant subitement les forces radicales qui en sont une expression fidèle.

Quoi qu’il en soit de toutes ces appréciations, la Résistance Vitale est un fait aussi vrai à l’égard des individus que de certaines races qui se trouvent

souvent mélangées, dans des pays ou des villes en proie aux maladies épidémiques et contagieuses. D’après Fodéré, Fabrice de Hilden dit, en parlant de la peste de Bâle , qu’elle n’attaqua que les Suisses et épargna les Allemands , les Français et les Italiens qui habitaient la même ville. Suivant Jean Utenowe , celle de Copenhague ne sévit que contre les Danois , respectant les Anglais , les Belges et les Allemands. Au rapport de Degner, la dysenterie de Nimègue ne toucha ni aux Français ni aux Juifs. Suivant le docteur Valli , la peste du Levant commence presque toujours par sévir contre les Juifs, puis contre les Grecs, et en dernier lieu contre les Turcs. Enfin , en Amérique, les blancs sont attaqués de plusieurs maladies qui n’attaquent pas les nègres, et, à leur tour, ceux-ci ont des maux que les blancs ne contractent pas (1).

II. Réactioji Vitale. — Mais la cause morbide, évidente ou cachée, ne se borne pas toujours à tenir en échec la Force Vitale Médicatrice, et à provoquer de sa part une résistance salutaire; souvent, pour continuer la comparaison que nous avons commencée plus haut , l’ennemi , après un siège plus ou moins long, parvient à s’introduire dans la place , soit par surprise , soit en surmon-

(1) Fodéré, Leçons sur les épidém., T. 1 , p. iôS.

tant violemment la résistance que l’assiégé lui opposait.

Une scène nouvelle se présente : d’abord , lorsque l’attaque a été énergique , la consternation , la crainte , la stupeur paralysent la défense et la rendent impossible; mais c’en est fait de la vie , si le sentiment du danger ne ranime cette fatale inaction , et ne fait appel à toutes les forces pour repousser les hostilités. C’est alors qu’intervient la Force Médicatrice , non pas l’arme au bras et en veillant , si je puis m’exprimer ainsi , mais activement , très-activement , pour le salut de l’économie.

Mais abandonnons ce langage figuré , qui peint exactement, cependant, l'état dont nous parlons, et tenons -nous aux faits dans toute leur aride vérité. Lorsqu’une impression ingrate résultant d’une cause morbide affecte péniblement la Force Vitale , elle manifeste cet état par une sorte d’étonnement d’abord , ensuite plus ou moins promptement , suivant la violence de la cause ou la susceptibilité du sujet , par d’autres symptômes réactionnels dont la Fièvre est le plus ordinaire et le plus fréquent. Qu’est-ce donc que la fièvre?

La fièvre, avec tous les Pathologistes, ne peut être considérée autrement qu’un phénomène résultant des efforts auxquels se livre la Nature pour s’opposer, dans l’intérêt de l’économie, à la cause ou aux causes qui nuisent à sa conservation. En

effet , dit Voullonne (i ) , la Nature , qui est dispensatrice de tous les mouvements, étant en même temps le siège de toutes les sensations, on ne saurait concevoir qu’elle éprouve un obstacle sans qu’elle s’en aperçoive ; ni qu’elle s’en aperçoive , sans qu’elle s’en afflige; ni qu’elle s’en afflige, sans qu’elle s’agite , et que , par un nouvel emploi ou par une nouvelle direction de ses forces , elle cherche à le surmonter.

Cette vérité , si mal comprise par les uns , paraît avoir été sentie par les autres avec plus d’enthousiasme que de raison. Ceux-là n’ont vu dans la maladie qu un désordre mécanique , sans intervention des forces; ceux-ci ont avancé, au contraire, que la maladie n’est rien au-delà de cet effet de la Nature dont nous venons de parler, de \di Réaction. Tels sont Broussais et son École (2).

C’est pour avoir généralisé cette pensée : que la santé ne s’altère jamais spontanément , mais toujours parce que les stimulants extérieurs destinés à entretenir les fonctions ont cumulé l’excitation dans quelque partie (3) , que Broussais , qui voulait réformer la Médecine , lui porta un si rude coup.

Le phénomène de la réaction , que le Médecin

(1) Voullonne , Méiu. cit., p. 21 .

(2) Exain. des doclr. méd., prop. 85.

(3) Ibid. , prop. 62.

du Val-de-Grâce avait étudié , et sur lequel il s’était hâté de bâtir sa doctrine, avec le talent qui le distinguait, est néanmoins d’une incontestable vérité; mais, en exagérant sa puissance et en s’efr forçant d’en étendre les limites au-delà des bornes qu’indiquent l’expérience et la raison , le Réformateur s’est égaré dans le domaine de l’hypothèse et de l’erreur, et ses principes ont eu de funestes conséquences pour la pratique et pour l’Humanité ; car remarquez que Broussais, en ne considérant que cet acte simple, régulier, de l’économie vivante, qu’il nomme plnjsiologique , n’attend rien dans la maladie, ni du temps, ni de la Force Médicatrice, a Nous ne voyons , dit-il , dans les maladies que des affections d’organe qu’il faut dissiper complètement et avec la plus grande célérité possible (1) »; et l’on sait bien que, pour lui, ces affections ne sont que des inflammations , et que les moyens de les dissiper sont des sangsues. « L’Art, ajoute-t-il , a tout l’bonneur de la cure , attendu que la Nature n’a rien paru tenter pour l’opérer (2). » Quant à nous, dit le professeur Lordat, nous connaissons d’autres maladies, partant d’autres remèdes, et nous n’oublions jamais l’adage d’Hippocrate : Natura morborum medicus (3).

(1) Rxam. , p. 370.

(2) Ibid.

(3) Lordat , Perpét. de la méd., p. 246.

Quel est, en effet, le Médecin assez ignorant de son art pour méconnaître les efforts médicateurs de la Force Vitale dans la fièvre, dans ce mouvement général et quelquefois énergique de l’économie qui constitue la Réaction? C’est l’utilité de cette fièvre que signalait le Père de la médecine dans son langage concis , mais toujours profond, quand il disait que la fièvre résout le spasme ; Febris spasmum solvit. C’est elle qu’admirait Celse, lorsqu’il écrivait : Denique ipsa febris ( quodmaximè mirum videri potest ) sœpè præsidio est (1).

La fièvre est , selon la belle expression de Sydenham , le grand instrument dont la Nature se sert pour dompter la cause morbide , toutes les fois surtout que cette cause n’a pas un siège fixe , ni une nature déterminée (2).

Boërhaave (3), Van-Swieten (4), F . Hoffmann (5) , Baillou (6) , Stoll, Strack, P. Frank, Grimaud(7),

(1) Medic.^ lib, III, cap. 8.

(2) Sydenham , secf. I, cap. 2. — Par ces derniers mots, le célèbre Auteur anglais distinguait le mouvement fébrile, simplement réactif , dont nous parlons , de la fièvre avec une nature déterminée , telle que nous l’admettons à l’égard de certaines pyrexies dites essentielles ou spécifiques.

(3) Consult. méd. Gœtt. 1752. 1 1 cas — 19. 21.

f4) Comment, ad aphor. 754.

(5) De febre, § 19.

(6) Epidem. et ephem., lib. III. Cons. méd., I. 48.

(7) Cours des fièvres, I, chap. VI. — Voir aussi Pujol, œuv. compl. , T. II. Mém. : utilité de la fièvre.

Sauvages { 1 ) , Grant (2) , Fordyce (3) , Ebermaier (4) , Forestus (5) , Huxham (6) , Gassan (7), Rœderer et Wagler (8) , etc., et d’autres en ont parlé dans le même sens.

Enfin , c’est cette considération de l’avantage que l’économie retire de la Réaction qui préoccupait M. Pidoux lorsqu’il écrivait sa thèse, et qu’il formulait ainsi la première loi de la Force Vitale Médicatrice : « Une Cause morbide étant donnée , la Réaction organique par elle provoquée sera d’autant plus légitime, salutaire, régulière, calculable, critique, exigera d’autant moins l’intervention de la thérapeutique , qu’elle s’accomplira par des actes plus généraux et plus rudimentaires (9). »

(1) Nosologie.

(2) Recherch. sur les fièvr. , T. II , p. 75.

(3) The dissert, on fever.

(4) Vers, über das Licht.Ul, § 114.

(5) De febrib. ephem. , obs. 8.

(6) De febr., cap. II.

(7) Mém. sur le climat des Antilles.

(8) De morbo mucoso, sect. II, II. — On peut aussi consulter arec fruit, sur ce sujet, l’excellent travail de M. le docl‘‘ Fages: Recherches pour servir à l^histoire critique et apologétique de la fièvre, 1820, in-8«, avec celte dédicace à la Fièvre, empruntée à l’Antiquité :

FEBRI.

FILIÜS GRATÜS.

Page 1