ET
PER. EJUS. BENEFICICM.
SANATO.
(9) Pidoux , Thés. cil.
Nous ne reviendrons pas sur l’appréciation du travail de M. le docteur Pidoux que nous avons faite ailleurs. Il énonce six autres lois, qui , toutes , semblent déduites de celle que nous venons de transcrire et dont la vérité est inattaquable. Mais toute la Médecine n’est pas là : les phénomènes dont elle s’occupe ne sont ni aussi simples , ni aussi réguliers, ni aussi salutaires, ni surtout aussi constants que la Réaction , dont l’étude semble avoir particulièrement attiré l’attention de l’éminent Écrivain.
Maintenant, si nous nous rapprochons plus encore des faits , il sera facile de prouver la vérité de la thèse que nous soutenons. Que se passe-t-il , en effet , dans la fièvre éphémère causée chez les fants par l’insolation , par l’introduction d’aliments indigestes dans l’estomac, dans l’application sur une partie du corps de substances caustiques ou simplement irritantes , dans une plaie étendue résultant d’une lésion de l’agrégat matériel par cause externe (1), mais surtout dans cet état
(1) Bien que nous ayons examiné précédemment l’intervention de la Force Médicatrice dans la guérison des maladies chirurgicales, nous nous permettons, sans crainte, de séparer ici, pour ces maladies, la réparation plaslique telle que nous l’avons étudiée déjà, de la réaction médicatrice de l’état général. Cette dernière élude semble ressortir plus directement de la pathologie interne , et nous donne la preuve de l’union intime de la Médecine et de la Chirurgie.
auquel on a donné le nom de traumatisme, de fièvre traumatique, que Galien désignait par l’expression de ^laSri, quand l’impression de la cause avait été tellement forte quelle annulait toute réaction de la part de la Nature? Dans tous ces faits et d’autres que nous pourrions citer, et qui constituent la grande famille des maladies réactives, il y a d’abord un refroidissement plus ou moins prononcé , de la pâleur, du frisson même , coïncidant avec un pouls lent, petit et misérable, facilement dépressible dans le traumatisme, c’est-à-dire autant de symptômes qui annoncent que la Force Vitale a été fâcheusement atteinte ; mais bientôt cet état fait place à un phénomène tout opposé. La chaleur se ranime , la peau se colore sous son influence , la circulation reprend son cours et devient plus active et plus régulière ; le pouls est plein, dur, vif, fréquent; le cœur bat avec plus d’énergie (1) ; l’innervation a repris ses droits et son influence; enfin, tout annonce que la Vie, que la Nature , que la F orce Médicatrice , en un mot, a réagi , a opéré une réaction contre l’action morbide. Et , si cette réaction salutaire n'a pas dépassé les limites marquées par les besoins de l’économie , au bout de quelques jours , de quelques heures même , tout rentre dans l’ordre , et
(I) Ce soûl parfois les seuls symptômes évideuts , la période de refroidissement manquant , lorsque la cause est légère.
les fonctions reprennent leur rhythme normal : la santé est rétablie.
Du reste , l’utilité de la Réaction allumée par la Force Vitale est tellement évidente, que les préceptes déduits de cet acte salutaire nous apprennent chaque jour à l’imiter dans la pratique. Dans le traumatisme , par exemple, on se garde bien de saigner au début , afin de ne pas ajouter l’action débilitante de l’évacuation sanguine à celle déjà affaiblissante de la cause morbide; mais, au contraire , on réserve l’action de la lancette pour modérer la Réaction , si elle tend à dépasser les limites d’un mouvement salutaire; et l’on se contente, quand tout fait supposer que la Force Médicatrice est impuissante, que les forces sont accablées , oppressées , comme disait Rarthez , de les réveiller par des infusions chaudes , des applications de linges ou de fomentations à cette même température , sur tout le corps ( I ) , et enfin de les stimuler, de les exciter par les médicaments de ce nom et par les anti-spasmodiques diffusibles.
III. Crise dans les maladies affectives aiguës. — Il est une classe de maladies plus vaste que
(I) Une exception doit être établie dans cette pratique à l’égard des congélations. Dans ce cas , l’expérience prescrit de n’employer d’abord que des applications dont la température se rapproclre assez de celle de la partie malade , qui ne doit être réchauffée que graduellement et avec beaucoup de ménagement.
celle que nous venons d’examiner. Méconnue par Broussais, mais parfaitement indiquée par Hippocrate et surtout par Galien (1 ) , elle est désignée dans l’école et dans la pratique sous le nom de malüdies affectives . On ne saurait la confondre avec celle qui précède et dont elle diffère. Dans les maladies réactives , l’effet produit ou la réaction se dissipe plus ou moins promptement après l’action de la cause qui semble n’avoir agi que superficiellement ; tandis que , dans les maladies affectives , la cause morbide trouve un auxiliaire puissant dans la modification organique et vitale, imprimée à l’économie par les mille conditions d’hérédité , de tempérament, de constitution, etc., d’où résulte \3i prédisposition ou le premier degré de l’affection , qui elle-même fait quelquefois naître spontanément la maladie.
On conçoit que, pour le développement et la production d’une semblable disposition , il faut un concours de causes dont l’action permanente et les progrès incessants tendent graduellement à affaiblir la Force de Réaction et celle de la Puissance Vitale Médicatrice. Nous verrons , en effet , que plus les conditions fâcheuses établies dans l’économie par
(1) Abortà febre , licet aliquid istorum fieri non cemamus , inlus tamen ejusmodi factum esse credendum est. (Galenus, De liist. philosop. ) — iVam quod évidentes causai faciunt , facere elium abdittB possunt. ( Cels. , De re med. , lib. III , cap. 31 .)
la marche envahissante de l’affection générale , tels que dans la diathèse et la cachexie, par la nature même de cette affection , comme dans la syphilis , le cancer, etc., par l’énergie d’impression sur l’économie , ainsi qu’il arrive dans certaines épidémies de choléra-morbus , de fièvre jaune , de peste , etc. , auront été exagérées, tenaces , moins la Force Médicatrice aura de puissance pour réagir et ramener la santé , en rendant à la vie sa régularité normale.
Cependant gardons-nous d’admettre que, même dans ces cas, elle soit absolument sans énergie. Non-seulement la pratique et les faits démentiraient une semblable assertion , mais encore les observateurs qui ont signalé des exemples de. cette inertie fatale ne l’ont jamais prouvée d’une manière absolue.
Mais quelle est la marche de la Force Vitale Médicatrice? Quels sont les moyens qu’elle emploie , et quelles limites lui sont assignées dans la solution spontanée des maladies aiguës affectives?
La classe des maladies que nous venons de faire connaître, et la plus considérable du cadre nosologique , comprend, en effet, toutes celles qu’on désigne ordinairement sous le nom de maladies générales, totius substantiœ. Signaler l’intervention de la Nature Médicatrice pour leur guérison spontanée, c’est établir clairement leur début, leurs progrès et leur terminaison , où la Force
Médicatrice est toujours apparente, soit pour s’opposer au travail morbide ou le guider dans une direction utile à l’économie animale; c’est décrire leur marche et leur patliogénie , non d après ces divisions scolastiques et essentiellement basées sur les degrés d’aggravation ou de diminution ; non sur cette considération , si ce n’est fausse, au moins inutile à la thérapeutique et à la science des indications , où il n’est tenu compte que de la force ou de la faiblesse du mal en général ; non dans l’énonciation de ces termes de début, déaugment, d'état et de déclin , sans caractère comme sans portée pour la pratique ; mais dans ces périodes de la maladie, stations diverses où s’aperçoit la durée totale de l’affection morbide , où elle se révèle par des phénomènes spéciaux se succédant dans un ordre déterminé et suivant des lois régulières ; enfin , par l’étude et l’interprétation des périodes de CRUDITÉ , de coction et de crise (1), admises par l’École Hippocratique dans les maladies aiguës, et que l’École Solidiste moderne a bouleversées, dit M. le professeur Dupré, et a cherché à faire disparaître pour les noyer dans des principes généraux vagues et sans utilité clinique (2).
(1) lUaynam cum periodis affinitalem habet erisum theoria ; si enim stali sunt morborum decursus , cur non et solutioms ? ( Duverncy, Thèses de Paris, 1719.)
(2) G. Dupré, Du rôle que joue le rég. alim. dans le Irait, des mnlail., p. 93. 1852.
A. Période de crudité. — Les Anciens, qui observaient attentivement les phénomènes de la maladie , ont nommé période de crudité le temps initial dans la marche et la formation de l’état morbide. Cette période , suivant les Médecins soidisant Physiologistes , constitue toute la maladie. Mais , pour les Pathologistes à plus large vue, il y a plus : la Force Vitale, en répondant à la provocation de la cause morbide occasionnelle, n’opère pas seulement une simple réaction du genre de celles que nous avons précédemment étudiées , elle lutte encore , suivant la direction qu’imprime à ses mouvements l’affection interne ; en un mot, elle opère aussi , indépendamment de la réaction , un acte en vertu duquel s’établit un travail particulier, une nouvelle fonction pour l’économie: c’est la maladie.
Si nous ne craignions d’introduire dans la science de nouvelles expressions à la place de celles qu’a sanctionnées le respect des siècles , nous appellerions cette première période de la maladie période pathogénique. C’est, en effet, celle durant laquelle l’état morbide se forme , tend à se constituer, à prendre une physionomie propre.
Mais ce travail, quel qu’il soit, ne s’opère jamais, il faut le reconnaître, dans les maladies affectives aigues, sans un concours actif des forces
(le l’économie , sans une réaction plus ou moins' vive. En effet , la période pathogénique , appelée période de crudité à cause de la comparaison qui en fut faite avec la première phase de l’acte digestif, alors que les aliments conservent encore leur nature propre et n’ont pas subi les modifications qui doivent les assimiler à notre propre substance, la période de crudité , disons-nous , est donc toujours manifestée par la fièvre.
A l’égard des maladies purement réactives, nous avons déjà étudié la fièvre, et nous l’avons considérée -comme un caractère qui nous instruit du degré d’action des forces de l’économie animale et de la puissance d’opposition de la nature contre la maladie. Maintenant, dans les maladies affectives aiguës, nous pouvons, jusqu’à un certain point, faire l’application de cette donnée , pour comprendre l’intervention de la Force Médicatrice dans la période de crudité.
Quand l’affection primitive de laquelle dépend la fièvre n’est pas facile à déterminer d’une manière exacte et précise , sans que , pour cette raison, ce défaut d’appréciation puisse infirmer 1 existence de cette cause de la fièvre , nous disons que la fièvre est essentielle. Aussi , dit avec raison M. Castel (1), comme la source de la distinction que les auteurs ont établie sous le titre de
(1) Castel, Analys. cril. de la nosol. philos., p. 28.
fièvre essentielle et fièvre symptomatique, ne vient que de ce défaut d’appréciation étiologique , on pourrait les traduire par celles-ci : fièvre dont la cause est connue et fièvre dont la cause est cachée.
Nous devons conclure de ces considérations générales , et des raisons importantes sur lesquelles elles s’appuient, que la fièvre, dans les maladies aiguës afîectives , n’est rien moins qu’un caractère essentiel de ces maladies auxquelles on a donné le nom de fièvre, et ne peut, dès-lors, être considérée que comme un phénomène accidentel , c’està-dire un acte vital opposé à la cause provocatrice morbide dont elle est en quelque sorte indépendante, et que la Force Médicatrice la produit dans l’intérêt de l’individu : Febris poliùs morbi remedium quàm morbus ; febris naturœ curationem maliens instrumentum (1).
Ce caractère médicateur de 1a fièvre que nous
(1) Thèses de Paris, 1743, 1747, 1761, 1778. — Ou pourrait, si nous n’étions pas bien compris , nous faire le reproche de ne pas croire à l’existence des fièrres essentielles , c’est-à-dire d’une nature déterminée. L’expression de fièvre essentielle n’est qu’un langage qui flatte notre ignorance sur la connaissance de la cause cachée de la maladie : il n’y a pas d’effet sans cause. Mais tandis que celle-ci , plus superflcielle , peut-être , et plus simple dans les maladies réactionnelles , donne lieu à des phénomènes analogues , dans les maladies affectives, au contraire, entée plus ou moins profondément sur les conditions intimes et cachées de l’économie qui la modiflcnt et l’altèrent, elle produit des résultats particuliers appelés essentiels. Mais , dans l’un et l’antre cas , la Force Médicatrice intervient pour la combattre au moyen de la fièvre.
avons étudié dans les maladies simplement réactives, se retrouve également dans la période initiale des affections dont nous parlons. C’est la fièvre, en effet , qui leur imprime cette acuité dont doit résulter la solution spontanée, en préparant efficacement le travail de la coction. Ces raisons étaient plus que suffisantes pour la recommander au respect de tous les grands praticiens , quand sa manifestation était normale, régulière et en rapport d’intensité avec la cause qui l’avait produite et les forces du sujet.
Aussi Celse (1) , Galien (2), Arétée (3), Palladius(4)et tous les Médecins de l’antiquité qui marchaient sur les traces d’Hippocrate , ont-ils vanté la médication par la fièvre. Cette idée philosophique se retrouve encore dans les écrits de Platon (5) , Sénèque (6) et Aulugelle (7). Sydenham nous apprend que la fièvre est comme un instrument dont la Nature se sert dans les maladies affectives pour opérer une dépuration : Febris ipsa Naturœ instrumentum quo partes impuras à puris secernat (8).
(1) De re med., lib. II, cap. 8.
(2) Comm. in Hippocrat.
(3) De morb. acut. sign. et caus., lib. ï , cap. 7. — De morb. acut. curât,, lib. 1, cap. 4.
(4) Sinopsis de febribus, cap. 26.
(5) Timée.
(6) De irâ , lib. I , cap. 12.
(7) Noct. attic., lib. XVII , cap. 12.
(8) Obs. de morb. acut-, sect. 1 , cap. 4.
Boërhaave (1), Van-Swieten (2), Strack (3), P. Franck (4), Reil (5), que nous avons cités déjà à propos de l’utilité de la Réaction simple , tiennent le même langage. Enfin , Fincke (6), Pujol (7), Grimaud (8), Bordeu (9), Dumas (10), et bien d’autres dont nous pourrions ici faire connaître les noms et les ouvrages , si en pareille matière le nombre n’importait moins que l’autorité , ont proclamé l’effet avantageux de la fièvre dans les maladies aiguës affectives, commedans les réactives.
Toutefois, dans cette période de crudité, dans cette phase d’irritation où , comme dit Richter, les forces de la nature luttent contre' celles de la maladie , sans qu’on sache qui l’emportera ; Quin vel oppugnantis morbi , vel inndicanlis naturœ opus sit (11); dans ce moment plein d’obscurité pour le diagnostic et pour l’homme de l’art, tant les forces du mal et celles de la nature semblent se mêler ! Dans ce premier stade, dit Clerc (12),
(1) Or atio de medici honore servit. Luyd. Balav. 1731, iii-4<>.
(2) Comment, ad aphor. 693.
(3) Observât, de feb. inten., lib. I , cap, 2.
(4) Méd.-prat., vol. I, 3, 18.
(5) ilemorab. clin. fasc. 4.
(6) De salub. febris inmorb. chron. Hallæ, 1772.
(7) Loc. cit.
(8) Loc. cit., vol. I , chap. 8.
(9) Malad. chroii., part. I , § 19.
(10) Mém. sur la flèv., etc. Moiitp., I7«7.
(1 1) Richter, loc. cit., p. 166.
(12) Hist. natur. de l’hotiiine, T. II.
l’action et les réactions se tiennent en échec , s’équilibrent, sont égales; mais bientôt, quand l’issue de la lutte doit être heureuse, la fièvre, qui s’éteint peu à peu, annonce que la Force Médicatrice a vaincu. Alors commence une seconde période , durant laquelle un travail plus efficace s’élabore et manifeste une tendance salutaire ; c’est la période de coction.
B. Période de coction. — On a donné différentes acceptions à ce mot : en physique , on a désigné ainsi l’action soutenue de la chaleur sur les matières animales ou végétales ; en physiologie, les Anciens entendaient par coction cette suite de transformations par lesquelles un aliment crû se change en matière vivante, en organes vivants. En pathologie, ce mot est devenu une expression métaphorique , empruntée aux phénomènes précédents pour caractériser, d’après les Humoristes , les eliangefnents qu’éprouve ce qu’ils appelaient la matière morbifique avant d’êire éliminée ou assimilée : ils pensaient aussi que ces changements n’avaient lieu qu’au moment de Vétat, ou de la violence de la maladie, et ils avaient désigné ce moment de la marche générale de l’affection pathologique par le nom de période de coction.
Mais , si nous acceptons le fait de la coction des maladies comme une vérité sanctionnée par l’ex-
périence et l’observation des siècles , nous ne pouvons nous montrer aussi faciles sur l’explication entachée de positivisme que les Anciens nous en ont donnée.
Reconnaître que le travail de coction s’opère sur une matière morbifique afin de l’éliminer , d’en débarrasser l’économie , ce serait émettre une grossière hypothèse, sans fondement comme sans portée, puisque, dans la plupart des maladies aiguës, cette prétendue cause nous est parfaitement inconnue ; ce serait aussi donner une certaine physionomie de certitude matérielle à cette partie de la science étiologique souvent obscure pour nous ; ce serait, enfin, forcer les analogies qu’on a voulu établir entre la physiologie et la pathologie.
Le travail qui s’opère au moment de la coction , phase véritablement salutaire, auquel on devrait donner le nom de 'période médicatrice , n’est donc pas une opération qui s’exécute sur une matière concrète nuisible. Non , suivant l’Humorisme bien compris , c’est-à-dire , d’après la Doctrine Hippocratique, la maladie ne résultant pas d’une cause humorale quelconque , mais au contraire l’humeur pathologique étant l’effet de la maladie , on ne saurait considérer cette humeur que comme un produit de l’acte morbide, une élaboration de la Force Médicatrice, à l’époque dite de coction.
Un exemple nous permettra d’être mieux com-
pris. Les maladies intlammatoires , localisées ordinairement dans le système vasculaire et ayant un retentissement si sensible sur l’appareil sanguin, se jugent le plus souvent par des hémorrhagies , des sueurs, des urines sédimenteuses , etc. Les aftéctions dont le rapport est plus marqué avec l’appareil gastrique abdominal , se terminent quelquefois par des vomissements , mais plus particulièrement par des évacuations alvines ; les urines abondantes deviennent avantageuses dans certaines circonstances. Tous ces liquides , qui renferment, au dire de certains Humoristes, la cause pathologique, sont expulsés avec des caractères anormaux qui décèlent un changement, si ce n’est dans leur nature, du moins dans leur qualité, leur densité, etc. , etc.
Est-ce à dire pour cela que, dans chacune des affections que nous venons de nommer, le sang, la bile , la matière des sueurs , les urines étaient les éléments qui , par leur présence , nuisaient à nos organes? On ne saurait raisonnablement s’arrêter à cette idée. Cette évacuation d’humeurs, que nous étudierons plus loin , mais surtout la modification introduite par la coction dans leur qualité , et qui nous intéresse ici , ne peut être attribuée qu’à un travail particulier et insaisissable , opéré néanmoins par la Force Médicatrice, suivant des lois primordiales et pour la conservation de l’individu.
Du reste , quelle que soit l’idée à laquelle on s’arrête , soit qu’avec l’École Hippocratique on considère l’humeur évacuée comme un effet de la maladie , ou , qu’avec moins de vraisemblance et de raison , on envisage l’état pathologique comme dépendant d’une matière morbifique concrète , en se pénétrant bien , par l’étude et l’observation, de l’importance de la période de la maladie dont nous parlons , on ne peut méconnaître son caractère dynamique, et en elle un des actes les plus admirables et les plus salutaires de la Force Vitale pour la solution spontanée.
C’est à cette source féconde que les Médecins instruits , mais particulièrement ceux attachés au Naturisme, dont Stabl et ses disciples ont exagéré la puissance, sont venus puiser leurs plus vrais et leurs plus utiles enseignements. C’était aussi dans la savante et profonde observation de ces phénomènes oii se développent la puissance et l’énergie conservatrice de la Force Médicatrice, que l’immortel Praticien de Cos venait s’inspirer ; c’est sur la marche et le développement de cette période de coction qu’il basait sa sage et prudente expectation , et cette réserve thérapeutique dont il donne le précieux exemple dans sa pratique :
Tlsizova ^apfxaxEueiv y.aî mveeiv [XŸ] w/utà ev apyfiaiv , opyâ. Tà ■KXeitjra. om ôpyà.
« Il ne faut évacuer et troubler qu’après la côc-
lion , et non pendant la crudité , ni au commencement , à moins qu’il n’y ait orgasme; mais le plus souvent il n’y en a pas (1). » Ce précepte d’Hippocrate n’a été et n’est encore que trop méconnu de nos jours , dans l’intérêt des malades !
Chacune des périodes que nous venons d’examiner se caractérise par des symptômes propres. Ainsi, la crudité , phase de spasme et d’irritation , s’annonce généralement par la dureté du pouls, la sécheresse , l’aridité générale de la peau et des muqueuses : il y a, en un mot, dans cette période, une suppression complète ou partielle de toutes les excrétions; la soif est plus vive, les urines décolorées , les déjections alvines rares et âcres quand elles ont lieu; un sentiment d’anxiété, d’oppression , de malaise accompagne la fièvre.
Cet état se soutient, dit Boërhaave , tant que les premiers symptômes de la maladie persistent avec la même vigueur, et à plus forte raison tant que le même trouble des fonctions intérieures subsiste et augmente. Lorsque , après un temps plus ou moins long, cette matière maladive, comme dit M. Pariset (2) , a été changée par les actions assimilatrices ou séparatrices ; si de crue et d’irritante elle devient cuite; si le travail dont il s’agit la sépare pour la rendre mobile, c’est-à-dire propre
(1) Àphor. 22, lib, I.
(2) Parisel, Dict. dos scien. inéd., T. V, p.4ll.
à l’évacuation , ou bien , si elle est en partie assimilée et en partie mobile , et si , à raison de cette mobilité , les mouvements intérieurs par des lois de conservation incompréhensibles , mais réelles , la dirigent vers tel ou tel émonctoire , la poussent vers la peau, les poumons, les reins, le ventre, etc. , pour la dissiper au-dehorssous forme de sueurs, d’éruption, de crachats, d’urines, de selles, etc. ; si les vaisseaux s’ouvrent pour lui donner issue par des hémorrhagies; si la nature l’accumule dans un foyer sous forme d’abcès (maladie nouvelle, qui a elle-même ses temps de crudité et de coction ) , etc. ; alors , ajoute le même Auteur, tous les symptômes alarmants diminuent, la fièvre cesse, il y a coction, ou, comme le disaient les Anciens en d’autres termes, il y a maturation , pépasme.
Néanmoins , dans certains cas , ce travail de coction n’aurait aucune utilité pour l’économie , s’il n’était suivi et complété par la troisième période que nous avons admise dans l’état morbide , c’est-à-dire la crise, proprement dite.
C. Période de crise. — C’est en vain que quelques Systématiques , dédaignant avec Van-Helmont les données de l’expérience et méconnaissant la période critique dans les maladies , ont refusé le titre de médecin à quiconque ne sait pas guérir
sur-le-chaiiip ; c’est en vain que quelques autres , aussi aveuglément amoureux de leur art , se sont persuadé que cette phase pathologique , vraie au temps où vivait Hippocrate , n est plus qu une erreur ou une illusion à notre époque. H suffit d’opposer à ceux-ci les paroles de Baglivi que nous avons citées en commençant ; quant aux premiers , ils ne peuvent ignorer que Piquer, Espagne (1) , Dulaurens , L. Rivière, Sennert, Bordeu, Barthez, Fouquet , Lherminier, Landré-Beauvais (2) , Bricheteau (3) et bien d’autres, en France ; Forestus, Boërhaave , Van-Swieten (4), en Allemagne; Sydenham et Grant , en Angleterre ; enfin , Hoffmann , De Haén f5) , Zimmermann (6) et tous les grands Praticiens , que nous pourrions facilement ajouter à ceux qui précèdent , ont démontré l’évidence de la crise dans les affections aiguës.
Cependant, il faut le reconnaître, la doctrine des crises, qui comprend les périodes de crudité et de coction, est une des questions les plus difficiles et les plus élevées qui aient été soulevées en médecine. Aussi Bordeu, qui en avait sondé toute la
(1) Traité des fièvres, p 134 el suiv. ; Irad. Monlp., 1776.
(2) Séméiotique, 3« édit., p. 5l8 et suiv.
(3) Mém. sur la crise cl les jours dit., el la nécesB. do tenir compte de leur infl. Broch., 1849.
(4) Loc. cit., Comment, in aphor. 587 et 741.
(5) Ratio med., pars I, cap. IV.
(6) De l’expér. en méd., T. I.
profondeur et toute l’obscurité , disait que pour terminer cette question sur laquelle on a longtemps discuté , et d’une si grande importance en médecine-pratique, il fallait un esprit au-dessus du commun (1). Il l’agitait lui-même avec une sage réserve. Une insuffisance autrement puissante que celle qui arrêtait le spirituel Écrivain, nous conseille, on le comprend , la même conduite. Toutefois, si l’explication du phénomène a soulevé des difficultés dans l’esprit de Bordèu et de ceux qui l’ont tentée, il n'en est pas de même du fait : il n’a été contesté par aucun Praticien , et son observation est aussi pour nous un motif de conviction.
Hippocrate, le premier qui nous ait parlé de crise dans les maladies , avait établi sa physiologie sur un état particulier de l’économie qu’il appelait crase, et qui dépendait d’une disposition normale des humeurs, ce qui constituait la santé (2). La maladie survenait quand cette crase des humeurs était troublée, et durait jusqu’à ce que, par un effort naturel , la Force Médicatrice l’eût apaisée. Or, ce succès , dont la coction était un moyen , n’était complet que lorsque la crise s’opérait et s’effectuait par différentes voies.
Hippocrate ne donnait donc le nom de crise qu’à
l’évacuation qui se manifestait et aux mouvements
(1) Bordeu, loc. cit., p. 252.
(2) OEuv. d’Uipp., Irad. Liltré. Introd., T. I, p. 446.
vitaux qui la préparaient immédiatement; Galien, au contraire, conservait ce nom à tout le mouvement médicateur et spontané depuis la réaction fébrile. Il rapportait plus particulièrement l’évacuation critique à l’influence de la lune , et la considérait comme nécessaire au rejet d’une cause morbifique matérielle.
Ses idées ont été suivies par la plupart des humoristes anciens. Nous ne reviendrons pas sur cette étiologie grossière , dont nous avons parlé en commençant et à propos de la coction ; mais nous croyons qu’elle a beaucoup nui à l’adoption de la période critique.
Ce caractère matériel et tangible donné à la cause morbide, objet de l’élimination critique, et la difficulté de la saisir dans les matières évacuées , ont suscité de graves oppositions à ce mode de solution des maladies. Parmi les dissidents, nous citerons surtout Reil , qui disait à la fin de ce siècle : Doctrina de coctionibus et criticis evacuationibus , quemadmodùm eam medicorum scolœ tradunt, omninà ad hypothèses casque futilissimas pertinere censeo (1).
Cependant Reil lui-même, si explicite dans son opposition , ne fait que modifier l’opinion générale sur les crises , en admettant que ce mouvement
(1) Joan. Christ. Reil. memorab. clin,,med.-prat., T. II, fasc. IV, p. 148. Uallæ, 1792.
doit être étendu aussi aux solides ; de ces considérations il déduit les solutions critiques sans évacuations, et donne pour exemple les maladies nerveuses, qui, comme on le sait, ont été jusqu’ici considérées comme des maladies sans matière , et constituàntleplussouventdesaffectionschroniques.
Néanmoins l’opinion de Reil n’est pas sans fondement, si l’on réfléchit que, dans ces maladies (maladies nerveuses), l’évacuation critique importe moins , comme véhicule , si nous pouvons nous exprimer ainsi , que comme résultat du travail de coction opéré sous la direction et avec le secours de la Force Vitale Médicatrice.
Le rejet de la cause morbifique hors de l'économie, avec la matière critique créée exprès à cet effet, est donc une idée que rien ne porte à admettre. Nous demeurons plutôt dans le vrai en disant, contrairement à ce qui a été écrit, sur la période critique , par des auteurs tels que MM. Landré- Beauvais (1), Coutanceau (2) et Andral (3), que la coction est un travail particulier et inexplicable de la Force Vitale Médicatrice pour la solution spontanée de la maladie , dont la crise est le dernier terme et la terminaison.
On nous fera , sans doute , le reproche de ne
(1) Loc. cit.
(2) Dict. en 30 vol., T. IX , p. 305 , art. Crise.
(3) Andral, Thèse de conc agrég. In-i», Paris, 1824.
rien expliquer sur la crise, par cette délinitioii vague et générale. Mais explique-t-on mieux, avec les données ordinaires , le calme qui survient chez une personne vivement impressionnée et émue , après qu’elle aura répandu quelques larmes? Estce que dans cet état moral , ayant plus d’analogie qu’on ne croit avec la disposition morbide, on aura la prétention de croire que la cause a été éliminée avec les pleurs qui ramènent le bien-être? On ne peut dire autre chose , si ce n’est que les pleurs étaient nécessaires à rétablir l’état normal.
Quoi qu’il en soit , que l’on considère la crise comme la fin d’un travail particulier pour la guérison spontanée de la maladie , ou qu’on l’envisage comme un effort de la Nature pour chasser de l’économie une cause matérielle morbifique , dans un cas et dans l’autre elle apparaît toujours comme le résultat de l’action de la Force Vitale Médicatrice.
Quelques auteurs ont considéré la crise comme un simple et dernier symptôme de la maladie , soit que celle-ci se termine par un retour à la santé , ou qu’elle dégénère en une autre maladie (1 ). Cette considération n’a pas prévalu , et , généralement ,
(I) Les auteurs désigueiil ce dernier changement sous le uom de métastase , et le considèrent on général comme le résultat du transport do la prétendue matière morhilique d’un point à un autre de l’économie. Nous avons déjà surabondamment exprimé notre pensée à l’égard de celle hypothétique matière morbide. Non» ne verrions donc aucun inconvénient à considérer la métastase
la crise est demeurée synonyme d’une opération salutaire de la Nature. On a ensuite observé deux espèces de crises salutaires. Les premières sont ordinairement précédées et accompagnées de symptômes alarmants : ainsi , dans le temps que le malade éprouve les agitations les plus vives , une fièvre très-forte, une grande chaleur, un délire frénétique , la maladie est quelquefois subitement terminée, jugée, comme disait Hippocrate, par une abondante hémorrhagie nasale ou toute autre évacuation. Les crises salutaires de la seconde espèce se font ordinairement sans que les symptômes de la maladie paraissent s’aggraver dans le temps qu’elles s’opèrent ; les évacuations utiles qui sont produites durent souvent plusieurs jours , jusqu’à ce que la maladie soit entièrement terminée. C’est cette terminaison heureuse qui s’observe très-souvent dans les inflammations de poitrine , quand une médication intempestive n’est pas venue troubler la marche de la maladie (I).
suivant les lois tie sympathie da corps vivant, et quelquefois du principe signalé par Hii)pocrate dans son 46« aphor. (2® sect.) :
Aûo TTOvwv ctfiK yivoyJvuv fit) xarà tov olÙtov , o trtfoâporepoa a^aopot TOV erspov.
Cette loi , comme le dit, avec raison , M. le docteur Chrestien, no se borne pas aux différentes douleurs que peut éprouver un sujet, mais embrasse tous les travaux qui ont lieu dans l’économie. (Chrestien , Ce Vimmunité et delà susceptibilité morb., au point de vue de la clin. tnéd. 1852, p. 18.)
(1) Ce dernier motif nous fait comprendre pourquoi M.Bouillaud
M. Landré-Beauvais, pour éviter toute confusion, a proposé de conserver le mot de crise aux évacuations avec mouvement vital exagéré , et d’appliquer le nom de lysis aux crises lentes et partielles. Nous pensons, au contraire, que ce terme ne doit être appliqué et ne s’applique, en effet, qu à la terminaison spontanée de ces maladies qui disparaissent sans évacuation apparente. Autre preuve que le travail médicateur critique ne consiste pas seulement dans l’évacuation de la matière morbifique.
Les crises ont été divisées aussi en régulières et irrégulières, complètes et incomplètes, etc., etc., désignations qui entraînent avec elles leur explication et leurs développements.
Il faut conclure de tout ce qui précède , que la doctrine de la crudité, de la coction et des crises
observe si rarement la crise dans les fluxions de poitrine, qu’il jugule impitoyablement et qu’il poursuit de saignées coup sur coup. Ceux qui n’ont pas usé et abusé , comme lui , de la lancette , ont pu recueillir de nombreuses observations qui prouvent incontestablement le pouvoir de la Force Médicatrice pour la solution spontanée des pblegmasies aiguës du poumon. Nous nous contenterons de citer, à cet égard , l’éminent éditeur des Fièvres de Grimaud , Demorcy-Dellellre , dont le remarquable travail résume sur ce point les idées de l’Antiquité*. Quant aux modernes, on peut consulter avec fruit, sur Vinutilité de la saignée dans la pneumonie, le mémoire de M. le docteur Dietl , de Vienne, dont une analyse a été publiée dans le journal de M. Malgaigne**.
J.-B.-E. Demorcy-Dellctlrc. Thèse inauQ. , in-4°. Monip., an XI.
De l’inulililé do la saignée dans ta pneumonie, par le docteur Diell, de Vienne. — Journ. midico-chir. de Parie, T. IX, p. 33 (Juillet 18S1,'.
est un fait d’observation et depuis long -temps admis dans la science. Il n’est pas moins évident, pour nous , que ces trois périodes de la maladie résultent de la part que prend la Force Vitale à la médication de l’état morbide, et démontrent incontestablement l’influence de la Puissance Médicatrice pour la solution de l’affection pathologique.
Comment le méconnaîtrait-on, lorsque nous voyons nos méthodes les plus heureuses et les plus rationnelles , en thérapeutique , basées sur cette considération si féconde et si pratique?
C’est aussi à cette triple source de la marche et du développement morbide, qu’Hippocrate puisait ses idées si exactes sur la prognose, c’est-à-dire cette connaissance générale de la maladie, tant dans les phénomènes antérieurs que dans ceux qui allaient survenir, cette association savante du diagnostic et du pronostic que la science moderne a séparés ; c’est cette doctrine qui avait donné à Galien une si grande assurance dans cette dernière branche des connaissances médicales , et lui permettait d’annoncer , au grand étonnement des méthodistes , cette hémorrhagie nasale critique qui soumit l’ignorance de ses confrères à sa sagacité et à son talent ; c’est , enfin , l’étude des périodes de la crudité , de la coction et des crises , qui donne une triple et solide base à la science du pronostic et des indications , et répand, comme dit
Richter, quelque chose de divin sur la science des maladies : Tria ilia præsagii medici inslruendi momenta , quibus ars nostra nihil divinius habet , cruditas , coctio et crisis (1).
Nous n'entrerons pas dans le détail des signes qui annoncent l’accomplissement des actes critiques, ni des différentes voies que la Force Vitale Médicatrice se choisit pour arriver à son but ; nous ne parlerons pas non plus longuement des jours critiques qui furent le sujet de vives et longues discussions, et dont l’observation est tombée maintenant dans une indifférence complète.
On ne saurait méconnaître, cependant, que non-seulement la Force Médicatrice choisit les voies par lesquelles elle peut opérer facilement la solution spontanée de l’affection aiguë , mais encore que sa marche régulière et déterminée s’effectue à des jours marqués. Pourquoi ne l’admettrait-on pas à l’égard de la Force Vitale Médicatrice, lorsque tant d’actions s’opèrent dans nous périodiquement , comme , chez les femmes , le flux menstruel , comme le besoin des excrétions , des nourritures à heures fixes , ou comme les révolutions des âges, la durée de la gestation, etc., etc. ? Pourquoi les mouvements fébriles n’auraient-ils pas des mouvements déterminés? Ne le voyons- nous pas dans les fièvres intermittentes
(I) Richler, /oc. cit., T. III , p. 16.5.
tierces et quartes, si régulières dans le retour des accès (1 ) ?
Avouons toutefois que , s’il est facile à un esprit non prévenu d’observer l’existence des crises et d’en reconnaître la réalité dans les maladies dont la marche est régulière, il n’en est pas de même des jours critiques , à cause de l’impossibilité où se trouve souvent le médecin de savoir l’époque précise du début de 1 affection, sur lequel le sujet ne donne le plus ordinairement que des renseignements vagues , ou bien encore à cause de l’obscurité que jette sur la marche de la maladie une médication contre-indiquée et le plus souvent intempestive.
De là des contradictions nombreuses , et qu’il serait trop long de rapporter, sur la manière de compter ces jours et sur leur réalité et leur importance critique ; contradictions qui s’expliquent quelquefois cependant par les exemples allégués en faveur de la non-existence des jours critiques de la part des médecins qui leur sont le plus opposés , et choisis dans certaines classes de maladies , comme la fièvre maligne ou l’apoplexie, par exemple , qui évidemment ne suivent pas les règles ordinaires. Aussi gardons-nous de croire que la Force Vitale Médicatrice intervient toujours, comme nous venons de l’exposer, dans toutes les maladies
(1) J. -J. Virey , l)icl. dos sc. méd., T. XXVI , p. 445 , art. Jours critiques.
aiguës affectives, pour leur solution spontanée. Il en est de rapidement mortelles, soit par une cause inhérente au sujet , soit par la violence avec laquelle agit la cause morbide. Dans ces cas, la Force de réaction ou de puissance conservatrice est si rudement atteinte , si promptement frappée , que toute action médicatrice de sa part devient impossible. La vie est subitement et radicalement éteinte. Telles sont ces morts promptes, causées surtout, en temps d’épidémie, de peste, de fièvre jaune , de choléra, etc. , chez des sujets pleins de santé en apparence et saisis loin de leur domicile, dans les rues et pendant les occupations que nécessitent leurs affaires ; Sed et magni , quorum furore vitales sedes confestim occupante , oppressa Natura nihil in corporis sui tutelam molitur. Ita tetrœ pestis adflatus quosdam ex sanissimis et nihil periculi metuentihus , in viâ coi'reptos celeriter instinxit (1).
D’autres fois la Force Vitale Médicatrice est impuissante encore contre la maladie. Dans ces cas , elle ne devient pas tout-à-coup inhabile et sans utilité pour le salut de l’économie ; mais cette faiblesse s’acquiert peu à peu , à mesure que l’affection fait des progrès et s’infiltre dans l’économie. C’est ce qui arrive dans les maladies diathésiques, ou, comme les appelle le professeur
(I) Richler, loc. oit., p, 167.
Lordat , dans les maladies indéfinies (1). 11 semble alors véritablement que la maladie et la Force Vitale Médicatrice soient deux champions qui s’observent et résistent également pendant un temps où semble durer encore la santé. On dirait que celle-ci n’est que la résultante de deux forces égales et contraires agissant en sens opposé. Mais si , progressivement , l’affection a gagné en puissance tout ce qu’a perdu en force la Faculté Vitale Médicatrice , la maladie se manifeste. Alors elle devient chronique , à moins que , par des circonstances étrangères ou fortuites , comme la production d’un état aigu, ou bien un effort sublime, la Force Médicatrice , en rallumant une fièvre salutaire, ne vienne mettre fin à la maladie diathésique (2).
Les maladies chroniques peuvent donc se terminer heureusement par les seuls efforts de la Nature Médicatrice ; tâchons d’en donner les raisons , en nous appuyant de quelques exemples.