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IV. Crise dans les maladies affectives chroni

(1) Lordat , De la perpét. de la méd,, p. 194.

(2) Un récent exemple de cette solution vient d’être publié par ' Ivi. Sirus-Piroudy, chirurgien en chef de l’Hôlel-Dieu de 3Iar-

seille. Il s’agit d’une femme souffrante depuis long-temps d’une affection scrophuleuse, avec tumeur blanche abcédée au genou gauche et guérie radicalement par une atteinte de choléra grave. ( Revue ihérop, du Itfidi, N° du 20 mars 1852 , p. 138 et suiv.)

ques. — Qu’est-ce qu’une maladie chronique? A cette question quelques Médecins modernes s’empresseraient de répondre : C’est une maladie qui a duré plus de quarante jours ; tandis que d’autres, moins exigeants en apparence, pousseraient jusqu’au 60® jour la limite assignée à la maladie avant qu’elle atteigne à la chronicité.

Il est évident , pour celui qui réfléchit et qui observe , que cette définition incomplète et’ restreinte ne peut s’appliquer au genre de maladie dont nous avons à parler maintenant. En effet , combien d’affections dont le caractère aigu s’observe même au-delà du 60® jour de leur développement! Combien d’états pathologiques aussi qui , au début, sont essentiellement chroniques ! Il faut donc chercher ailleurs que dans la durée totale seulement , la différence qui se manifeste entre ces deux grandes classes de maladies , celle qui les range dans l’une ou l’autre des deux larges divisions établies en nosologie , qui leur imprime , enfin , le caractère d'acuité ou de chronicité.

Ce caractère distinctif et radical se dessine dans la physionomie propre qui résulte de la force et de la rapidité d’évolution des phénomènes des maladies aiguës , et dans la lenteur, la nonchalance , la faiblesse , la débilité particulières à l’état chronique. La maladie chronique est donc celle dans laquelle la durée est plus longue, il est vrai , mais

où les symptômes aussi sont moins prononcés, moins vifs , moins accentués, plus languissants.

Plusieurs causes peuvent produire cette inertie fâcheuse de la chronicité : 1 ° la nature même de la maladie qui peut naître essentiellement chronique; 2° les dispositions natives ou acquises du sujet, telles que les conditions d’hérédité, d’habitude, etC; ; 3° la négligence du malade , la privation ou le défaut de soins; 4° enfin, une médication aveugle ou inopportune dans les cas morbides soumis à l’observation.

L’état particulier du sujet est une circonstance favorable, non-seulement au développement de la maladie en général , mais encore à sa prolongation indéfinie dans l’économie qui la recèle. Personne n’ignore les modifications profondes et durables imprimées au corps vivant par la multitude des agents hygiéniques au milieu desquels nous puisons les éléments immédiatement nécessaires à. notre existence. Quelquefois les dispositions nouvelles qui en résultent , lentement acquises , mais solidement établies , affectent des rapports d’existence tellement intimes avec les divers états pathologiques dont nous pouvons être accidentellement atteints et les secondent si merveilleusement dans leur prolongation et leur durée, qu’ils semblent avoir pris droit de domicile, et l’on ne peut que très-difficilement en débarrasser l’économievivante.

Cette conséquence est surtout fréquente chez les individus nativement faibles , d’une constitution primitivement chétive ou acquise à la suite de maladies successives, de longues privations, de souffrances morales, de travaux pénibles, d’une alimentation peu ou point réparatrice, etc. , causes qui ont complètement ruiné la santé et dérangé l’harmonie de l’état normal ; mais la gravité est particulièrement augmentée quand la chronicité est la conséquence d’une condition morbide native , d’une disposition pathologique héréditaire. C’est alors que l’art est appelé à lutter , le plus souvent sans succès, contre un état morbide dont le germe a été transmis avec le sang de l’un ou de l’autre parent et quelquefois de tous les deux. Dans ces cas rebelles à la thérapeutique , la cause morbide s’est infiltrée dans toutes les parties de l’économie ; les solides, comme les liquides, en ont été profondément modifiés , elle semble faire partie intégrante de l’individu , et constitue même quelquefois une des conditions nécessaires à la prolongation de l’existence et à l’exécution de certaines fonctions. C’est, dans ce cas, une véritable habitude pathologique, ainsi que Raymond de Marseille nous en a cité de nombreux exemples (1) , et elle ne saurait être supprimée sans un danger réel pour

(1) Dominique Raymond, Traité des inalad. qu’il est dang. de guérir. Paris, 1816.

le sujet: ce sont , comme on le dit vulgairement , des ennemis avec lesquels il faut savoir vivre.

Dans ces circonstances , il faut reconnaître aussi que la nature propre de la maladie est le plus souvent la cause qui favorise puissamment la chronicité. Dans ces maladies , primitivement et essentiellement chroniques , bien qu’elles affectent quelquefois quelque acuité dans leur marche, le développement des effets se prononce profondément. Elles ne résident pas seulement, comme les RÉACTIVES, dans les forces superficielles de la vitalité, si nous pouvons nous exprimer ainsi; mais, à l’exemple des affectives, dont elles font partie, elles ont porté leur action sur l’économie tout entière : totius substantiœ. Dans les maladies chroniques de la nature de celles dont nous parlons, l’infiltration morbide dans l’agrégat vivant semble remonter à la période initiale elle- même. Aussi ces circonstances donnent-elles à ces maladies un caractère de ténacité qui désole le médecin , rend l’art le plus souvent impuissant et leur a valu la désignation de maladies incurables en thérapeutique , et en nosologie l’épithète d'indéfinies que leur a appliquée M.le professeur Lordat (1) : tels sont le cancer, la syphilis , etc.

Enfin , deux autres causes peuvent aussi donner indirectement lieu à la chronicité dans les mala-

(I) Lordat, De la perpét. de la inéd., p. 194.

(lies : c’est la négligence du malade et la médication intempestive , le défaut ou l’exagération des secours thérapeutiques.

Dans le premier cas, une confiance aveugle dans les secours de la Nature laisse progresser la maladie et ne s’oppose point aux tendances vicieuses qui résultent de ce progrès nuisible (1). La Force Médicatrice , qui n’a pas été aidée dans le travail de réparation qu’elle a essayé et pour lequel elle se montre maintenant impuissante , peut moins encore par ses seuls efforts quand le mal a duré quelque temps : il ne fait alors que se prolonger davantage, et devenir de plus en plus chronique.

D’autres fois c’est de l’impuissance de l’art, c’est de l’exagération dans ses procédés thérapeutiques, c’est de la multiplicité et de l’inopportunité des moyens artificiels que résulte le danger, la chronicité de la maladie. Alors la marche régulière de la fonction pathologique a été troublée; la Nature, accablée, pour ainsi dire, sous le nombre et le poids des armes accumulées pour la secourir, ne peut pas s’en servir utilement en face du mal. Affaiblie ou gênée dans ses mouvements , elle ne

(1) «Qui ne sait», dit le savant Bibliothécaire de notre Faculté de médecine , « que bien des maladies ne deviennent plus ou moins promptement mortelles, que parce que les médecins, appelés trop lard, n’ont pu alors employer cfücacement les remèdes qui, plus tôt, eussent clé réellement utiles.» (H. Kühnholtz, Cours d’hist. de la tnéd. , p. 78.)

peut réagir efficacement, et ne tarde pas à être vaincue.

La conséquence de cet échec est la chronicité , nous l’avons dit. Nous venons d’en signaler les principales causes; mais il est évident que toutes ont un résultat identique : c’est la durée prolongée de la maladie, la lenteur de ses principaux phénomènes symptomatiques , lenteur produite par l’affaiblissement radical et graduel de la Force Vitale Médicatrice. Elle est loin, bien loin , en effet, de cette réaction prompte et efficace manifestée dans les maladies purement réactives. Là , une sensibilité intacte et physiologique rendait vive et instantanée la sensation vitale , et permettait à cette Réaction d’être prompte et salutaire. La Force Médicatrice est loin encore de cette marche régulière , périodique et curative qu’elle affectait dans la maladie affective aiguë , de ce travail fonctionnel et médicateur qui , par l’élaboration de la coction et l’évacuation critique, conduisait à la solution spontanée. Dans la maladie chronique, au contraire, tout est lent, morne, presque insensible. La cause a pénétré peu à peu dans l’économie , et chacune de ses actions isolées n’ayant pas été assez puissante pour déterminer de la part de la Force Vitale une répulsion active et médicatrice, leurs conséquences réunies et collectives rendent maintenant impossible toute manifestation efficace.

Néanmoins gardons-nous de croire que, dans les maladies chroniques , la Force Vitale Médicatrice soit absolument et constamment impulsante. Les observations nombreuses de Médecins distingués , parmi lesquels nous pouvons compter Bordeu et Dumas, viendraient s’opposer à l’admission de cette proposition contraire aux faits et aux données pratiques de la science.

Bordeu , qui n’a pas développé l’histoire des crises dans les spécialités qui les constituent , mais qui s’est contenté d’établir les principes de cet effort admirable de l’économie sur des bases inébranlables, en fait le parallèle avec l’action excrétoire des glandes, et le signale dans les maladies chroniques par de nombreux exemples (1).

Dumas, qui se montre injuste à l’égard du spirituel Écrivain , en disant qu’il s’est borné à des assertions vagues sur la manière dont les crises peuvent s’opérer dans les maladies chroniques, nous apprend aussi que celles-ci se terminent spontanément par quatre voies différentes : 1° l’évacuation spontanée du sang ou de quelque humeur; 2® la formation des dépôts et des abcès qui modifient et transportent les matières dont la présence entretient ces maladies; 3° le développement d’une affection contraire à celle dont la maladie chronique se compose et qui tend à la combattre par

(I) Bordeu, loc. cit., T. II , p. 797 et suiv.

son opposition ; 4® la succession d’autres maladies qui font disparaître les affections précédentes en les remplaçant (1). Adoptons , avec quelques développements , les divisions établies par cet illustre Professeur de l’École de Montpellier.

A. L’évacuation spontanée du sang ou de quelque autre liquide de l’économie n’est due , selon nous, dans les maladies chroniques , qu’à un travail critique , dont la période de coction a échappé à l’observation , à cause de la lenteur et de la faiblesse avec lesquelles elle s’opère dans ces maladies.

Cette évacuation , à laquelle on a attaché plus (Spécialement le nom de crise, et qui n’est, comme nous l’avons déjà démontré, que le dernier terme de l’élaboration médicatrice , amène une détente favorable dans les maladies chroniques où dominent le spasme , l’irritation et le resserrement. Ces évacuations spontanées se font par divers organes suivant une proportion convenable, corrigent ainsi les mouvements irréguliers des Forces Vitales et rétablissent l’ordre naturel de leur distribution et de leur exercice. Enfin , un autre genre d’utilité par lequel les évacuations peuvent servir de crise aux maladies chroniques, c’est d’enlever, dit

(I) Ch. L. Dumas, Doclr. gén. des malad. ciiron., édil., T. I, p. 179 à 182.

Dumas, les fluides et les matières dont la présence et la reproduction entretiennent ces maladies (1 ).

D. Aussi , la formation des dépôts et des abcès salutaires dans les maladies chroniques ne peutelle être attribuée , d’après nous , qu’au même travail critique dont le produit, n’ayant pu être évacué par les voies ordinaires de la Nature, se porte et se fixe sur différents organes. Nous n’envisageons donc pas , d’après ce principe , la matière morbide au même point de vue que certains Pathologistes. Elle n’est pas pour nous la cause de la maladie, elle n’en est que le produit ou plutôt le résultat de l’élaboration médicatrice opérée par la coction : moyen de résolution spontanée, dont l’influence est aussi évidente dans les affections chroniques que dans les aiguës.

Pour dissiper les doutes qui pourraient s’élever dans quelques esprits sur ces deux ordres de faits, il suffirait de rappeler les exemples cités par Stahl (2), Hoffmann (3), Baglivi (4), Piquer (5) et Pinel (6), qui prouvent que la manie, la mélancolie , l’hypochondrie , l’hystérie , l’épilepsie et d’autres maladies spasmodiques ou nerveuses ,

n) Dumas, loc. cit., T. I, p. 182-186-100.

(2) Slahl , Dissert, de mot. tonie, vital. 20. Theor. iiied. ver.

(3) Hoffmann, loc. cil., I, 409-410.

(4) Baglivi, loc. cit., lib. Il , cap. IX. 80.

(à) Piquer, Prax. med. Amslel., 1775. 22.

(6) Pinel, Trait, sur l’alién. ment, ou la manie. 266.

durant depuis longues années , ont rapidement cédé à des évacuations critiques de différente nature. Les mêmes observations ont été faites par Morgagni (1), Thomas Bartholin (2) , Fabrice de Hilden (3) , le ProF Lordal (4) et d’autres Médecins célèbres , à l’égard des mêmes affections ou d’autres plus spécialement humorales ou chroniques.

C. Mais de tous les modes critiques qu'emploie la Nature pour la solution spontanée des maladies chroniques , le plus remarquable est certainement le développement d’une affection contraire à celle dont la maladie est formée ; telle est le plus souvent l’utilité de la Fièvre. Nous nous sommes assez longuement étendu sur l’avantage de ce phénomène morbide pour nous dispenser d’en parler ici ; néanmoins , on ne saurait trop le redire pour ceux qui considèrent ce moyen médicateur comme toujours à craindre et devant être sans cesse combattu , de toutes les affections qui peuvent se développer à l’avantage des maladies chroniques , « il n’en est point dont l’effet soit plus assuré et plus puissant que celui du mouvement fébrile (5). »

(1) Morgagni, De sed. et caus. morb., I, epist. 8.

(2) Thom. Barlholin , Oist, anat. curios. , cent. II, hist. 97. 312-12. Ainsi., 1654.

(3) Fabricii Hildani observ. et curât., centur. II , obs. 9.

(4) Lordal, Traité des hémorrhagies, p. 212.

(5) Dumas , loc. cit., T. 1 , p. 220.

Cependant, la fièvre n’est pas indistinctement utile dans toutes les maladies chroniques. Celles où elle se montre le plus souvent efficace s’annoncent par la langueur et l’atonie : la circulation y est lente, paresseuse, comme dit Pujol (1); la chaleur du corps est habituellement au-dessous de la température normale ; les humeurs s’embarrassent dans les capillaires; il y a des stagnations dans les mailles .du tissu cellulaire , ou des épanchements de sérosité dans les principales cavités. L’hydropisie, la paralysie, les hémorrhagies passives , les scrofules sont dans ce cas.

Les maladies chroniques oü l’irritabilité et la mobilité nerveuse sont très-prononcées et constituent le fond même de l’état pathologique, trouvent aussi leur solution dans la production spontanée de la fièvre. En effet, dans les maladies nerveuses idiopathiques, sine materie, où l’éréthisme et la discordance nerveuse ne dépendent pas d’une affection primitive à laquelle la fièvre peut être utile aussi suivant son génie particulier, que se passe-t-il généralement? Dans toutes ces affections qu’on est convenu d’appeler maux de nerfs, état, nerveux, spasmes, vapeurs, etc. , le système nerveux qui préside aux fonctions naturelles et aux principales opérations de l’économie vivante , étant détourné par diverses causes mor-

(1) Piijol, /oc. cit., T. Il , p. •i-2.

bides, dont nous n’avons pas à nous occuper ici, de l’objet principal de ses opérations; l’innervation viscérale, n’ayant plus de but, ne trouvant plus à consumer son activité dans un exercice normal et régulier, suscite dans l’économie mille troubles consistant en-sensations et en mouvements vicieux et désordonnés (1). « Alors, dit Pujol (2), le genre vasculaire semble languir et perdre de sa vigueur naturelle , dans le temps que le genre nerveux est surchargé de vie et de mobilité. La fièvre, dans ces cas, en augmentant l’énergie vasculaire et celle des fonctions assimilatrices qui en dépendent , rétablit entre les deux systèmes l’équilibre qui a été rompu. » Ce but heureux peut être atteint quelquefois, d’après Dumas (3) , par une simple augmentation de l’énergie vitale, d’où résultent le sthénisme, la douleur et l’irritation inflammatoire, et assez souvent l’excès d’absorption et le mouvement fluxionnaire qui agissent de la même façon.

L’utilité de la fièvre dans les maladies chroniques , suivant le mode que nous venons d’indiquer, résulte de l’observation la plus simple de l’homme malade. Elle abonde en faits qui attestent la vérité de cette loi posée par Hippocrate (4) ,

(1) Trousseau et Pidous , loc. cit., T. I , p. 58.

(2) Pujol, loc. cit., T. II , p. 53.

(3) Dumas , loc. cü., T. I , p. 21 1.

(4) Â convulsione aut distensione nervorum vexato, febris accedens morbum solvit. (Aphor. 57, sect. IV.)

proclamée ensuite par Sydenham (I) et admirablement reprise par MM. Trousseau et Pidoux. « Aussi, disent ces deux habiles Écrivains, il n’est peut-être pas en physiologie , en pathologie générale, en médecine- pratique , de fait plus grand, plus culminant et plus fécond que celui formulé en plusieurs endroits des Œuvres d’Hippocrate, et sur lequel ce grand homme revient avec une sorte de complaisance qui prouve combien il en mesurait l’étendue et la profondeur. Quelle portée dans cette simple observation : Sangcis modebator nervorüm ! Comme, de suite, elle a eu ses fruits, lorsque Hippocrate en a déduit cette conséquence si vraie et si large , qu’on est embarrassé de dire laquelle des deux, de l’observation première ou de la conséquence, est principe ou application , tant l’une et l’autre embrassent de faits : Febris spasmos SOLVIT (2) ! »

Mais , suivant la judicieuse observation de Pujol (3), il faut que la fièvre, pour amener la solution spontanée des maladies chroniques , ne soit autre chose, comme cela arrive souvent, qu’un conatus nalurœ , un mouvement plus ou moins véhément, mais simple et régulier, que fait la Force Vitale Médicatrice , qui cherche , par ce

(1) Sydenham, Opéra medica , T. I, p. 266.

(2) Trousseau et Pidoux , loo. cit., T. I , p. 55. '

(3) Pujol, loc. cit., p. 72.

moyen qu’il sait mieux gouverner que nous, à se débarrasser de la maladie chronique en suscitant la coction et la crise. Aussi doit-on s’assurer si la fièvre qui survient pendant le cours des maladies chroniques nerveuses, n’est pas un effet immédiat de la cause même de ces maladies , devenue plus intense et plus irritante. Dans ce cas, cette fièvre , qui ordinairement est du nombre des lentes, n’offre rien que de symptomatique et tend naturellement à augmenter le danger de l’affection primitive. Quelquefois encore cette fièvre est essentielle , c’est-à-dire existant per se , comme disent les Anciens. Sa cause affective, qui existe, nous est seulement inconnue ; elle peut être différente de celle qui a produit la maladie chronique. Toujours aiguë et plus ou moins dangereuse par sa nature, cette fièvre concomitante, ainsi que l’appelait Torti , devient incomparablement plus nuisible par la mauvaise disposition du sujet.

D. Cependant, véritable moyen médicateur, cette fièvre essentielle peut être comprise quelquefois dans ce que dit Dumas de la succession d’autres maladies qui font disparaître les affections précédentes en les remplaçant. Les maladies chroniques pour lesquelles ces affections rapides sont une crise naturelle qui les termine promptement . peuvent se rattacher aussi , dans ces cas, à la

grande loi d’antagonisme morbide. La succession et la transformation des maladies, aussi bien que l’antagonisme pathologique, récemment exposé par la plume intelligente de M. le professeur F uster (1 ), sont deux questions trop vastes et trop complexes pour que nous nous permettions de les traiter dans ce travail où elles manqueraient de lumière et d’espace. Nous nous bornons donc à signaler seulement le parti que la Force Médicatrice retire de la formation de nouvelles maladies pour la solution des affections chroniques , que ces maladies soient opposées ou non par leur nature à celles qu’elles ont pour but de faire disparaîti’e de l’économie.

Toutefois, les maladies nouvelles dont nous venons de parler ne sont réellement efficaces que lorsqu’elles participent des caractères du genre inflammatoire simple, et que , localisées, elles siègent sur des organes moins essentiels à la vie que ceux atteints par l’affection primitive. Les engorgements lymphatiques, les tumeurs froides, les congestions muqueuses , comme dit Dumas (2) , les excroissances charnues , les vieux ulcères , les phlegmasies lentes , sont principalement celles où ces inflammations sont salutaires.

(1) Fuster, Des antagonismes morbides, des applicat. que l’on peut en faire en thérapeutique. In-S», Montp., 1848.

(2) Dumas, loc. cit., p. 216.

C’esl par cette opposition naturelle et les dispositions nouvelles imprimées à l’économie, qu’on peut s’expliquer l’influence salutaire des âges , de la puberté, de la grossesse, des saisons, des climats, etc., et, en général, des modifications capitales subies par l’organisme vivant et assez antipathiques à certaines maladies chroniques , pour produire la guérison spontanée. Mais , il faut le dire , ce résultat heureux que poursuit la Thérapeutique, le plus souvent sans succès, n’est quelquefois que la conséquence de l’énergie plus grande imprimée à la Force Vitale par ces différentes causes ou d’autres, tels que l’exercice et le mouvement. Aussi Sydenham , ce grand et habile observateur, était si bien convaincu de la vérité que nous avançons , qu’il a dit que celui qui découvrirait un remède vraiment fortifiant et digestif , aurait , dans le traitement des maladies chroniques, des succès qui l’étonneraient lui-même et dépasseraient de beaucoup ses propres expérances. Dico eum qui remedium ad hanc intentionem ( robo- RANDi et DiGERENDi ) satisfaciendum potentissimum invertir e poterit , longé majora in sanandis morbis chronicis prœstare posse , quàm ipse se posse existimet ( 1 ) .

(I) Sydenham, Tract, de podag.

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