AVANT - PROPOS
Toute science faite a des principes fondamentaux bien établis. A ce titre , la médecine est-elle une science faite? Non assurément, et il est du devoir de chacun de faire ses efforts pour arriver à un résultat si désirable.
Je ne pense pas que l’on doive se contenter pour la pratique de la médecine, je ne dirai pas de l’empirisme routinier qui est le necplus ultrà du plus grand nombre, mais même de ces données, si précieuses du reste, qui sont le résultat de l’analyse appliquée aux faits secondaires. Au-delà de tout cela on sent le
besoin d’autre chose ; et ne voyons-nous pas dans chaque médecin ce que l’on appelle l’instinct médical , c’est-à-dire , ce sentiment plus ou moins confus résultant des impressions que laisse l’habitude de voir les malades, et de constater les effets des remèdes ; sentiment instinctif qui est pour nous comme une lueur que, trop souvent, nous sommes réduits à t suivre à tâtons dans le dédale obscur des faits pathologiques.
Evidemment cet instinct médical indique un besoin, . il est à la vraie science médicale ce que l’instinct | intellectuel est à la raison et n’est pas de nature à contenter un esprit sérieux.
Nous éprouvons le besoin de lois générales et absolues, et il n’y a, ce me semble, qu’un moyen d’obtenir sur ce point des résultats positifs; c’est d’établir les propriétés de la force vitale et de constater les lois élémentaires suivant lesquelles elle agit, en analysant avec une logique serrée les faits vitaux primordiaux qui sont le résultat de l’action de cette force.
C’est surtout, en effet, avec la force vitale que nous avons à compter dans la pratique de la médecine; puisque c’est cette force qui non-seulement a formé les organes et a créé leurs fonctions, mais qui encore les conserve et les maintient en continuant à les produire; de sorte que les diverses fonctions ne sont ! que des manifestations diverses de son action dans I des appareils divers. Semblable en ceci à la force \ physique que le révérend docteur Debreyne a appelée |
force kiininique, (a), à cet esprit de Dieu (b) auquel a été donné la mission non-seulement de former l’onivers, mais encore de le maintenir et de continuer à le produire avec tous les détails infinis des faits physiques, dont la production est le résultat des manifestations de cette force que la science rassemble en groupes divers sous les noms de lumière, de calo- I rique, d’électricité, de magnétisme, d’attraction, etc. t II faut avant tout reconnaître le terrain sur lequel ; on marche; et les lois élémentaires et positives qu’un obtiendrait par cette voie, seraient évidemment de nature à donner à la pratique de la médecine un degré de sûreté et de précision dans l’établissement des indications et dans la détermination des moyens propres à les remplir, auquel il est impossible que le médecin atteigne sans cela, quelque soit la perfection de son instinct médical et dont il chercherait en vain les éléments dans l’érudition la plus étendue. Car de lois élémentaires et par conséquent générales et absolues on en voit peu dans les livres, où l’on ne rencontre guère que des données secondaires, très précieuses assurément, mais qui trop souvent sont vagues et peu précisesparce qu’elles sont basées surtout sur l’analyse des faits secondaires dont l’appréciation est sujette à des erreurs, à des déviations faciles, à cause de la diversité des aspects sous lesquels les faits secondaires peuvent être examinés, et à cause de leur complication.
(a) Théorie biblique de la cosmogonie.
(b) Et spiritux Dei ferebatnr super aqnits. Dixitque üens : fiai lux, et farta est lux. (Genèse, cbap. I).
Pour donner une idée de la facilité qu’il y a de i tomber dans la confusion en interprétant les faits, sans être guidé par des données élémentaires précises, ' je citerai, entre autres, un passage de Kécamier, médecin éminemment judicieux cependant, où pour obéir à un arrangement systématique des faits auquel il a recours pour faire ressortir la loi d’intermittence ou plutôt de remittence des faits vitaux , il dit : « La température, l’action vitale et la nutrition des tissus on des parenchymes, s’élève par la chaleur atmosphérique depuis le printemps jusqu’à la fin de l’été, et. I diminue par le froid depuis l’automne jusqu’au printemps. » (c).
Il y a plus d’une erreur dans cette proposition : L’auteur admet ici que la température intime du corps augmente par la température extérieure, et il sait cependant que cette température reste toujours à peu près la même, comme il ledit trèsbien ailleurs, et qu’elle est d’environ 31° Réaumur. Il donne en outre, comme conséquence de cette erreur qu’il semble admettre ici, une autre erreur qui est que la nutrition augmente dans les chaleurs de l’été , en conséquence de l’augmentation de l’action vitale par la concentration plus grande du stimulus radical , le calorique.
Sans doute l’action de la force vitale augmente par une plus grande concentration de son stimulus radical; mais ce n’est pas sur les fonctions nutritives que porte cette augmentation d’action, pendant les
(c) ncchcrches sur le trailemcnl du cancer, l. 2, p. 3Gü.
chaleurs de 1 été, mais sur les fonctions de la peau qui alors deviennent exagérées. Cette augmentation fonctionnelle se traduit par la sueur dont l’évaporation produit le réfroidissement et dont l’humidité produit la désélectrisation de l’organisme. Tout le monde sait d’ailleurs que pendant les chaleurs de l’été l’appétit diminue et que l’on maigrit plutôt qu’on n’engraisse, ce qui prouve que les fonctions nutritives sont diminuées, loin d’être augmentées, et la raison en est dans l’épuisement que la force vitale éprouve parla surac tivité incessante à laquelle elle est forcée par l’exagération des fonctions de la peau; et la nutrition n’est pas seule négligée, les autres fonctions le sont aussi plus ou moins; la contraction musculaire est moins énergique, on est paresseux, le travail intellectuel est plus pénible, il en est de même du travail de la digestion , etc.
Barthez est aussi de ce sentiment quand il dit : « Il faut regarder comme un fait général et qui ne peutêtre démontré par des raisons physiques, mais qui l’est par l’observation, que chez les habitants des pays chauds, comparés à ceux des pays froids, les forces radicales du tempérament sont constamment dans un état de langueur relative; que l’exerciec des forces motrices y est généralement plus faible, et que l'action des forces sensitives s’y développe avec plus de vivacité. » (d)
(d) Nouveaux éléments de la science de l’homme, 2'- édition, t. 2, p. 263.
Ceci il lieu en vertu de cette loi élémentaire, que : l’action de la force vitale étant exagérée sur un point de l’organisme, elle diminue forcément d’énergie sur les autres points ; \oi que les faits forcent à admettre et qui découle de l’unité et de la divisibilité de la force vitale et de ce que cette force a un maximum d’aetion déterminé, puisqu’en effet elle cesse d’agir quand elle est sursaturée d’action, autrement dit, quand la puissance des stimulus dépasse sa capacité réactionnelle.
La diminution de l’énergie d’action de la force vitale dans ses fonctions, autres que celles de la peau qui sont exagérées, dépend encore de la déperdition | de l’électricité libre de l’organisme par l’humidité de la peau, car l’électricité est un puissant stimulus de la force vitale. i
Les conditions contraires existent dans les temps froids; l’appétit est robuste, la digestion est énergique, ainsi que la nutrition qui est d’ailleurs, circonstance ü bien convenable en hiver , une source de calorification qui augmente en proportion de l’activité des fonctions \ nutritives; la locomotion ou contraction musculaire et i la plupart des autres fonctions sont plus énergiques. | Mais en revanche les fonctions de la peau sont répri- ’-j mées , il n’y a plus de sueurs incessantes qui épuisent i la force vitale; toute l’activité de cette force se con- i centre par conséquent sur les autres fonctions, et de plus, la peau n’étant plus humide, le corps conserve ' davantage d’électricité libre, qui est pour la force i vitale un tonique puissant.
Il résulte de tout ceci, comme on le voit, que le froid qui est le sédatif par excellence, devient dans ' ces circonstances un puissant moyen de tonification ; tandis que par un mécanisme opposé le calorique qui est le stimulus radical devient un moyen de sédation de la plupart des fonctions.
Si, suivant le même auteur, la médecine recommence pour chaque homme qui l’étudie et même à chaque malade qu’il s’agit de traiter, (e), cela vient précisément de ce que la médecine n’est pas une science faite et qu’elle ne repose pas sur ses bases véritables, c’est-à-dire, sur l’étude des faits vitaux élémentaires ; étude de laquelle sortiraient naturellement des lois élémentaires et par conséquent générales et absolues.
Récamier dit aussi, dans le même ouvrage j que son but n’est pas d’expliquer le mécanisme inaccessible des phénomènes organiques de la vie (f). 11 me semble, au contraire, que c’est là ce qu’il faudrait s’efforcer de faire, si l’on veut sortir du chaos et travailler à constituer la science médicale sur une base véritablement solide.
Les considérations qui suivent montreront suffisamment, je pense, que ce mécanisme n’est pas tout-àfait inaccessible, et qu’il y aurait avantage à explorer cette voie.
(e) Hec.herches sur le trailcincnl du cancer, I. 2, ji. d'27.
(f) Ouv. cil , t. “2, |). ,S70.
*> -fi
'-■ii
,. >■ tv',i ..r
c ••>,'i‘f^« -’ tr^ V *'•,.
•* *^ »^*-^**' ‘ <ri
i.‘-<-.'f -\ -vO' %4jr-., ' •'>: . l'••' :•'*; '"*
,V«‘ - «4>.= ■ '■.fy'o ‘'•■■'yi t! '■ V '
9*^ s ^ 'ix-* ' • - - . ■ -W "* T •
■ •■- Vr- ■ • ■-- ^‘-- ■
.•: ■ V- f*.jU»5'.î ’■-' ■? -i-.'. t Kl -j
t. ■sy'
if>.
-•'iîiry'
~Si>
MttlWI