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Ensuite^ il indique comment pourrait se constituer cet avenir meilleur, si la physique expérimentale cultivée et la science du gauternement méditée et approfondie faisaient naître un nouvel ordre de choses : « Un génie heureux, ajoute-t-il, peut changer la forme des esprits de son siècle, comme une révolution change souvent le gouvernement d'une nation. »» Enfin, il va jusqu'à pressentir les éléments . de la société spontanément appelés à devenir les promoteurs de cette grande transformation, à cause de leurs habitudes et de leurs mœurs, à cause de leur utilité sociale et de leur disposition plus grande à TafTec^ tion désintéressée, savoir : les philosophes et les prolétaires, dont l'union systématique doit, en effet, consommer la rénovation moderne (1).
^ (1) C'est en 1781 que de telles choses étaient écrites. Or, il est bon de remarquer que Georges Leroy, comme Hume, Diderot, et plus tard Condorcet, avait non-seulement le pressentiment de Vétat^oii/t/de l'Humanité, mais qu'il parlait des sciences positives et avait même énuméré les trois termes élémentaires de la série encyclopédique (mathématique , astronomie et physique) , en opposant les progrès constants de ces sciences et leur inébranlable fixité aux contradictions et à la décadence des divers systèmes religieux provisoires. C'est une preuve de plus qu'on ne doit point attribuer la première aurore de la régénération positive à l'intrigant incapable auquel elle fut si inutilement dévoilée par
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Quant aux erreurs que présente une telle œuvre, on peut dire qu elles étaient pour la plupart inévitables. La principale est sans doute d'avoir considéré, avec Condillac, les opérations intellectuelles comme de simples transformations de la faculté de sentir. De même, Leroy confondit trop les besoins et les passions. Enfin, nous avons dit qu'il ne se préoccupa nullement du rapport qui existe entre la vie et l'organisation. Mais il ne pouvait guère plus qu'il ne fit, et c'est beaucoup, assurément, d'avoir tant fait.
L'auteur des Lettres sur les animaux était, on le pense bien, intérieurement aflfranchi du joug théologique , et les concessions qu'il fut obligé de placer dans ses écrits, comme tous les penseurs de ce temps, ne sauraient infirmer cette émancipation. Si le caractère pleinement positif de ses opinions ne suflîsait pas pour établir, à son égard, la désuétude complète des croyances arbitraires, nous pourrions renvoyer à la correspondance de Diderot, précé* demment invoquée. Mais un fait lèvera tous les doutes.
Dans l'article Instinct des animaux, de YEn-
d'Alembert, son précepteur, et que Saint-Simon ne peut être regardé comme le précurseur d'Auguste Comte que par des gens mal instruits ou mal intéressés.
cyclopédÂe niéthodique (1), rédigé par Georges Leroy, à la sollicitation de Naigeon, son ami, et publié trois ans après sa mort, tous les passages théologiques et môme métapl\ysiques des Lettres sur les animaux ont été supprimés par Tauteur. La comparaison de ces deux ouvrages est aussi intéressante à faire que décisive.
M. Roux-Fazillac insiste beaucoup à ce sujet, et confirme les assertions de Naigeon dans la préface dont nous avons parlé.
Ajoutons que la crainte ne nous semble pas être le seul motif de ces concessions aux nécessités du temps. Autrement émancipés en philosophie et en politique que des négateurs incomplets comme Voltaire et Rousseau, les penseurs de la grande école (Diderot, Hume, Montesquieu, Turgot, Leroy, Condorcet, etc.) se préoccupaient surtout de constituer les bases théoriques de la réorganisation moderne. Ils pouvaient donc, sans s'abaisser, ménager des croyances qui, en attendant mieux, servent à maintenir Tordre indispensable à l'existence et au développement de toute société. C'est pourquoi leurs
(1) Encyclopédie méthodique^ philosophie ancienne et moderne, par le citoyen Naigeon, t. III, p. 5-47. — Paris, l'an ii de la République française une et indivisible (1793).
critiques, bien que plus complètes, furent toujours plus bienveillantes, et leurs concessions honorables.
Quoi qu'il en soit, nous devons nous hâter de terminer cette trop longue préface, en appelant toute l'attention du lecteur sur un livre où le charme du style et la richesse des observations relèvent encore les conceptions principales. Tout esprit sérieux y découvrira facilement les motifs qui ont engagé le fondateur du positivisme à recommander au public la méditation d'un travail trop peu apprécié jusqu'ici et à placer son auteur dans le calendrier moderne (1).
(1) Voir la Bibliothèque positiviste au xix« siècle, par Auguste Comte, dans Tappendice du t. IV de lo. Politique positioe, et le Calendrier positivisiey ou système général de commémoration publique, destiné à la transition finale de la grande République occidentale composée des cinq populations avancées, française, italienne, espagnole, britannique et germanique, toujours solidaires depuis Cliarlemagne ; aussi composé par Auguste Comte, et publié au nom de la Société positiviste. — Brocli. in-ô». Paris, 1849 (soixante-unième année de la grande crise).
LETTRES
LETTRE
AMADAIIE***
EN LUI IKVOVAIHT 1,11 LimU Hl LU ARIMAUX
Vous me demaudez, madame, depuis long-?
teînps, les Lettres du Physicien de Nuremberg sur les animaux et sur l'homme. J'ai eu beaucoup de peine à trouver ce petit ouvrage, qui est devenu rare ; mais enfin j'ai l'honneur de vous l'envoyer, Vous prétendez que j'ai fait ^ussi des observations et des réflexions sur l'intelligence des bêtes, et vous exigez que je vous en fasse part. II faut bien f^ire tout ce que vous voulez, au hasard, peutêtre, de répéter une partip de ce qui a été dit. J'ajouterai donc quelques lettres à celles duPhysipien, et vous ferez de cet ensemble l'usage qu'il vous plaira. Mais je vous prie de considérer qu'il a pris toute la fleur de ce siyet, qui ne comporte pa§ beaucoup plus d'étendue qu'il ne lui en fi
donné ; et qu'il est difficile d'avoir là-dessus des idées saines qu'il n'ait au moins indiquées. Vous savez, madame, que je soutiens qu'il n'appartient qu'aux chasseurs d'apprécier l'intelligence des bêtes. Pour les bien connaître, il faut avoir vécu en société avec elles ; et la plupart des philosophes n'y entendent rien. Or, je parierais que ce Physicien de Nuremberg est ou était, ainsi que moi, un chasseur déterminé, et que c'est dans les bois qu'il a fait son cours de philosophie. Je pense comme lui que, pour faire connaître les animaux, il ne faut pas tenir compte des faits isolés. Ce qu'il est important d'examiner, c'est leur conduite journalière ; c'est l'ensemble des actions modiiSées par les circonstances, qui concourent au but qu'elles doivent se proposer, chacune suivant sa nature. Mais tout est dit lorsque cet examen est fait sur un petit nombre, d'espèce, d'organisation, de mœurs et d'inclinations différentes. Je pense encore qu'il ne faut parler que des espèces qu'on a sous les yeux, et dont on peut suivre toutes les démarches; qu'il est même nécessaire, entre celles-ci, de choisir celles qui, par leur organisation ou leurs mœurs, peuvent avoir avec nous quelque analogie. Les insectes, par exemple, sont trop loin de nous pour que les détails de leur industrie n'échappent pas, en grande partie, à nos observations, et pour qu'on sache précisément
quel degré d'intelligence ils mettent dans leurs ouvrages. La république des lapins, Tassociation des loups, les précautions, les ruses bien caractérisées des renards, la sagacité que montrent les chiens dans leurs rapports multipliés avec nous, sont plus instructives que tout ce qu'on nous dit de l'industrie des abeilles.
On pourrait sans doute accumuler les faits qui déposent en faveur de l'intelligence des animaux. Mais les faits particuliers sont souvent mal observés et suspects; rarement ils concluent d'une manière à laquelle il n'y ait rien à répondre. Mais lorsque vous aurez suivi un grand nombre d'individus dans des espèces différentes, que vous aurez reconnu les progrès de l'éducation dont ils sont susceptibles, en raison de leur conformation, de leurs appétits naturels, des circonstances dans lesquelles ils se trouvent; lorsque vous les aurez vus, se traînant sur les pas de l'expérience, ne devoir qu'à des méprises répétées et à l'instruction qui en résulte, la prétendue sûreté, de leur instinct, il est impossible, ce me semble, de ne pas rejeter bien loin toute idée d'automatisme. C'est ce qu'a fait, madame, en grande partie, le Physicien de Nuremberg. Il ne me reste donc qu'à vous exposer quelques développements et à répondre avec plus d'étendue à quelques objections. Je le ferai, à ce que j'espère, d'une manière qui ne
délaissera âucùii douté. MàiJi iî fàtlt Que Vôiis Bie pevmtiièt d'uset* de là liberté dti côitiitierôê ôpiS-» tokîi*e. Sans m'assujettit* à alicUri ordre, je Vôtii^ ferai JJàrt de hiës idées, à mesufê c[ù(3 j'ëii §êfâi frappé. Je vous répéterai peut-être quelqueâmnêë de celles du Phj^sicien. II rtiê suffit de lêë aVôîf* adoptéespour que je m'eti sérVë Cbltlfiiê dé môfl bien. La vérité appartient à toUt le niôiidê; D'ailleurs, je vous envole son ouvragé dans son intégrité. Je ne me suis pas permis d'y cliàiiger k moindre chose, et je ne lui ôôntesté pas son droit d^aihessë; permis â lui de fee ressaisir, qUand il voudra, de tout ce qu'il Croir^à lui appartenir; hous ti'aUroiis point de cofitëstâtiOniâ lâ-déSsus.
J ai l'honneur d'être, étd.
LETTËES
DU PHTSIOIEN DB NURfiMBBRO