LA SITUATION POLITIQUE — L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE
A bord ,lu City of Atlanta, le 12août 1876.
J'ai quitté hier New-York pour me rendre à Charleston. Quoique la voie de mer soit ])lus longue que In voie de terre, je l'ai prise de préférence. Nous sommes en pleine mer, le temps est magnifique ; les passagers, tous purs Américains, sont assis sur le pont dans les altitudes les plus variées, et comme ma conversation avec eux est fort limitée, j'ai tout le loisir nécessaire — jusqu'au moment où le bruit formidable d'un gong chinois m'annoncera que le dîner esl servi — pour vous entretenir des affaires publiques des Etats-Unis. Je ne serai pas dérangé : je n'ai pour voisin à la table du fumoir qu'un vieil Américain, entièrement absorbé par la lecture de
LETTUES SUR LES BTATS-1MS ET LE CANADA. 151 T Imerican Grocer, journal des épiciers, qui a bien trois ou quatre fois le volume du Journal des
Débals.
Le peuple américain a certainement des qualités intellectuelles et morales hors ligne. Il est entreprenant actif, ingénieux, plein de bon sens pratique, et plus sur dans les affaires privées et commerciales qu'on ne le croit généralement en Europe. Ses ingénieurs, ses mécaniciens, ses négociants, ses industriels, ses agriculteurs, sans parler de ses hôteliers, seraient partout au premier rang ; il voit juste en affaires, il a « l'œil américain », il embrasse avec san '-froid le. difficultés .l'une entreprise elil Home presque toujours, pour les résoudre, le procédé le mieux adapte à la circonstance. Mais cette supériorité qu'il possède dans la conduite de ses affaires et dans l'aménagement de sa vie, il la perd dans les affaires publiques. Au lieu de se perfectionner, le .rouvemement de la grande république va, depuis une trentaine d'années surtout, se dégradant et se corrompant, et l'on ne pourrait pas citer, à dater de la guerre delà sécession, une seule question politique", économique, administrative ou Bnancière, a laquelle les Américains n'aient donné la solution la plus mauvaise qu'elle put comporter. A quoi cela tient-il' Cela tient principalement, autant que j en puis juger, sinon à l'absence d'une haute culture intellectuelle - il y a des branches élevées des connaissances humaines : la leg.slal.ou civile et pénale,
le droit international, les sciences physiques et naturelles, dans lesquelles les Américains excellent—du moins aux intérêts, aux préjugés, et plus encore a l'infatiiatioii d'eux-mêmes qui empêchent chez eux les progrès et la vulgarisation des sciences politiques et économiques, lis ont des ■politiciens et même des économistes, mais ils ne paraissent pas se douter que la politique et l'économie politique soient des sciences ayant, comme la mécanique elle-même, des principes invariables, et auxquels il n'est pas plus permis de déroger en Amérique qu'en Europe. Si les conceptions politiques, économiques et financières pouvaient être brevetées comme les machines, les procédés industriels, les emplâtres et les pilules, et si l'on pouvait les appliquer de même sans avoir besoin de les faire agréer préalablement par le peuple souverain, je crois bien qu'elles ne tarderaient pas non plus à se perfectionner, et que j'aurais trouvé au Niagara et ailleurs des annonces illustrées de toute sorte de systèmes et de méthodes de gouvernement, d'une qualité tout à fait supérieure et garantie. Mais, pour me servir de l'expression consacrée, les inventions politiques, économiques et financières « ne paient pas » ; et d'ailleurs, comment les faire accepter par un peuple à qui on a enseigné dès la mamelle qu'il est le premier des peuples et que les institutions américaines sont le dernier mot de la sagesse humaine?
Dans la vie privée, l'Américain est intelligent,
sensé et même modeste ; dans la vie publique, son intérêt, ou ce qu'il s'imagine être son intérêt, ses passions, et par-dessus tout son amour-propre national, L'aveuglent absolument et le mettent à la merci des politiciens, société de renards organisée pour vivre aux dépens de la démocratie des corbeaux. La vanité nationale a certainement jeté des pousses vigoureuses chez tous les peuples civilisés : l'orgueil méprisant de l'Anglais est proverbial; le Français est fier de ses institutions que « le inonde lui envie », ce qui ne len.pèche pas de les renverser en moyenne tous les quinze ans ; l'Allemand n'a pas dégonflé depuis Sedan ; le Belge luimême répète avec complaisance que la Belgique esl petite par sou étendue, mais grande par le génie et les vertus de ses habitants, et le cri favori du Flamand c'est : « Vivan ons ! Vivent nous! » L'Italien est persuadé qu'il ne peut manquer de reconquérir avant peu ses frontières naturelles, — les frontières de l'Empire romain; le Russe n'ose pas encore se dire le premier des peuples, mais il le sera, et l'avenir du monde appartient indubitablement à la race slave. Le Chinois ne dissimule pas son dédain pour les barbares aux cheveux rouges, et le sauvage australien, qui se nourrit de vers et de grenouilles crues, manifeste hautement son dégoût pour la civilisation et la cuisine européennes. Mais toutes ces vanités et ces orgueils amoncelés ne formeraient qu'une simple motte de terre en comparaison du
mont Blanc de l'orgueil américain. Et comment l'Américain ne serait-il pas orgueilleux? Si on ne lui enseigne qu'imparfaitement les langues étrangères dans ses écoles publiques, — on les enseigne aux Etats-Unis aussi peu et aussi mal qu'en France, c'est tout dire, — on lui met incessamment sous les yeux les grands exemples que l'Amérique a donnés au monde ; on lui incruste dans la tète, jusqu'au fond de la nuque, cette vérité historique, incontestable, que l'univers était plongé dans une épaisse barbarie avant l'apparition du peuple américain et de la Constitution américaine. Plus tard, les orateurs des meetings et •les Conventions se chargent d'achever une éducation si bien commencée. Ce n'est pas qu'ils craignent de dire au peuple ses vérités. Non! Ils n'ont pas l'habitude de dissimuler leur pensée. Ils sont Américains, et comme tels, ils ont sucé la franchise avec le lait de leurs nourrices. Ils reprochent donc au peuple américain sa bonté, sa générosité, son détachement trop complet des intérêts de ce monde, qui le rendent dupe de tous les intrigants et qui l'empêchent, par exemple, dans ses différends avec les peuples avides et corrompus de la vieille Europe', de l'aire valoir suffisamment son droit ; ils le supplient, au nom de ses intérêts les plus chers, de corriger ••es défauts qui font obstacle à l'accomplissement de sa « destinée manifeste. » Comment n'écouterait-on pas des gens qui s'expriment avec cette brusque franchise? Comment ne suivrait-on pas leurs cou-
seils désintéressés? J'ai entendu, à la vérité, îles jeunes gens parodier avec humour ces discours des Smith et des Joncs des meetings, à la grande jubi- [ation de leur auditoire ; niais les Smith et les Joncs n'en ont pas moins conservé l'oreille du peuple, et ils n'ont pas cessé de gouverner les Etats-Unis.
Pendant longtemps les événements ont semblé donner raison aux Smith et aux Joncs. La population et la richesse avaient aux États-Unis un taux d'accroissement jusqu'à présent sans égal dans le monde , et qui n'axait pas baissé même pendant la guerre de la sécession et dans les années suivantes. — Voyez ! reprenait Smith bientôt après dépassé par Jones, nous avons soutenu la plus effroyable guerre civile dont le monde, ait jamais été témoin.... une guerre américaine, c'est assez dire ! Nous avons perdu I million d'hommes et dépensé L4 milliards; nous avons émis des quantités énormes île papiermonnaie, lavé et surtaxe toutes les branches du revenu et de la consommation, et, bien loin d'entamer la prodigieuse vitalité du peuple américain, il semble, au contraire, que nous l'ayons surexcitée et accrue. Ce qui aurait ruiné tout autre peuple nous a enrichis, et nous suivons plus triomphalement que jamais le cours «le nos glorieuses destinées. Hurrah ! hip! hip! hurrah! pour la grande république! Ccpendant, voici qu'on apprend, par une belle soirée
,1 octobre 1875, qu'il y a i lébâcle dans Wall
Street, que 1rs faillites succèdent aux faillites, et
que les maisons auxquelles on aurait tlonné du crédit pour des millions ne valent plus 1 dollar. Grand émoi dans le monde financier et commercial. Mais, après tout, n'est-ce pas un événement assez ordinaire qu'une crise? Celle-ci passera comme ont passé les autres, et quand l'horizon aura été balayé par l'ouragan, le glorieux vaisseau de l'Union reprendra sa course majestueuse. On se rassure donc, et l'on attend la reprise des affaires ; on l'attend depuis trois ans, et aucun signe n'est venu encore annoncer que ce cataclysme ait cessé. Aucune colombe n'est sortie de l'arche. En même temps on annonce qu'une bande de voleurs s'est emparée des administrations publiques; qu'il y a des concussionnaires jusque dans les postes les plus élevés ; que le Sud est mis au pillage, par les carpet-baggers ; que le revenu des accises et des douanes passe pour les deux tiers dans les poches de ceux qui sont charges de le percevoir ; que la marine marchande, dont le tonnage dépassait naguère celui de la marine britannique, est en pleine décadence. On s'étonne, on s'inquiète, le cri de informe sort de toutes les bouches, et les Smith du parti républicain aussi bien que les Jones du parti démocrate crient plus haut que tout le monde.
On en est là aujourd'hui; mais il ne suffit pas, nous le savons par expérience, décrier sur les tons les plus variés le mot réformel réforme! pour remédier aux maladies politiques et économiques d'une nation. Il faut savoir préalablement ce qu'il faut ré-
former et comment il faut réformer. 11 faut savoir d'où vient le mal, connaître le remède propre à le guérir, et ne pas ignorer non plus à quelle dose il convient de l'appliquer. 11 faut, en un mot, posséder les rudiments des sciences politiques et sociales, et voilà malheureusement ce qui fait défaut aux Etats- Unis plus encore que dans notre vieille Europe. Au moins, les expériences malheureuses que nous avons faites n'ont-elles pas été tout à fait perdues; si nous ne connaissons pas toujours les remèdes qui guérissent, nous avons appris, à nos dépens, à discerner ceux qui ne guérissent pas ; nous savons, par exemple, qu'un changement de gouvernement ou même le renversement d'un cabinet n'est pas une panacée. Aux Etats-Unis, où l'on est plus jeune et où l'on est naturellement convaincu que l'on n'a rien à apprendre de la vieille Europe, qu'il est par conséquent superflu d'y chercher des exemples ou des leçons, — aux Etats-Unis, dis-je, on est resté persuadé que le remède aux maux dont on souffre réside uniquement dans le remplacement ou dans le maintien aux affaires de tel ou tel parti. Écoutez les démocrates : ils vous diront que le mal vient de ce que le parti républicain gouverne l'Union depuis seize ans, et que l'avènement du parti démocrate rendra indubitablemenl au pays son ancienne prospérité. Ecoutez, au contraire, les républicains : ils vous affirmeront que le mal, singulièrement exagéré d'ailleurs, a pour cause unique l'ambition clfrénée des démocrates el
i6i LETTRES SUR LES ÉTATS-UNIS
leur prétention injustifiable de remplacer l'administration républicaine.
La question sera décidée avant peu, vous le savez. Les pouvoirs du Présidenl Granl expirent au mois de mars 1877, et le 7 novembre prochain, l'Union procédera à la nomination des électeurs présidentiels, avec mandat impératif. Les deux partis entre lesquels se divise l'Union , les républicains et les démocrates, se sont réunis, ceux-là à Cincinnati, où ils ont élu pour candidat à la présidence M. Hayes, à la vice-présidence if. Wheeler; ceux-ci à Saint-Louis, où ils ont choisi M. Tilden, le célèbre gouverneur de New-York, et M. Hendricks. A ce propos, quelques mots sur l'organisation des partis aux États-Unis ne seront pas inutiles. Les Etats-Unis sont, comme personne ne l'ignore, l'Etat le plus démocratique qui fût jamais : tous les citoyens, les nègres compris, sont électeurs et exigibles, toutes les fonctions importantes, politiques, administratives et judiciaires, sont non-seulement soumises à l'élection, mais encore renouvelables à court terme, un an, deux ans, quatre ans au plus. En droit, le gouvernement américain est donc, à tous ses degrés et dans toutes ses brandies, la chose des 10 millions d'électeurs américains, et jamais souverain plus absolu n'a régné sur les bords de l'Euphrate ou du Gange. En fait, le gouvernement des Etats-Unis, à tous ses degrés et dans toutes ses branches, appartient à une classe de
ET LE CANADA. lfô
•2 ou 300,000 politiciens, divisés en deux camps irréconciliables, et qui trouvent, dans la politique et l'administration de l'Union, des États et des villes, leurs moyens d'existence. Ils font de la politique comme les manufacturiers font des étoffes de lame ou de coton, et comme les cordonniers font des souliers. Ce n'est point un mal, et je dirai même que celle division du travail a été aux É tats-Unis, comme ailleurs, un progrès nécessaire. Au temps où nous sommes, tous les citoyens ne peuventpas plus s'adonner aux besognes de plus en plus difficiles et compliquées que comportent le gouvernement et l'admiuistration, qu'ils ne peuvent fabriquer eux-mêmes leurs habits et leurs souliers. Mais que dirait-on d'une manufacture de draps ou de souliers dont les consommateurs, réunis dans leurs comices, sechargeraienl tous les ans, tous les deux ans ou tous les quatre ans, de renouveler le personnel? 11 est vraisemblable que la fabrication de ces articles de première nécessité laisserait à désirer, et que les consommateurs courraient même le risque de payer de plus en plus cberdes habits el des souliers déplus en plus mauvais Tel est pourtant lerégipe politique des États-Unis, et, n'eu déplaise aux Smith et aux Joncs des deux mondes., je ne puis le considérer comme le dernier mot de la science politique et de la sagesse humaine.
Les deux partis (iui se disputent ici l'exploitation de la « manufacture » sonl organisés comme l'était,
au moyen âge, la milice féodale. Dans chaque district, dans chaque ville, dans chaque comté, dans chaque État, et finalement dans l'Union elle-même, il y a une série de comités qui se chargent de convoquer les réunions de cette milice politique chaque fois que l'intérêt du parti l'exige. Lorsqu'il s'agit d'une élection présidentielle, le han et l'arrière-han sont mis en branle ; on nomme dans toute l'étendue de l'Union, des délégués qui se réunissent en Convention nationale et désignent, à la majorité des suffrages, le candidat du parti. Le candidat désigné, on convoque des meetings, on organise des processions, on répand des journaux et des pamphlets ; on ne recule, en un mot, devant aucune démarche et aucune dépense pour assurer son succès. Et, vraiment, la chose en vaut la peine ! Le prix de ce concours politique, ce n'est ni plus ni moins que le budget. Le parti vainqueur s'empare invariablement, par droit de conquête, de toutes les fonctions rétribuées qui dépendent de l'administration. II y a trente ans, on n'en comptait guère que 5,000 ; depuis la guerre de la sécession et le développement énorme des services qu'elle a exigé, soit pour la recelte, soit pour la dépense, le nombre en a été porté, assure-t-on, à 80,000 et même à 100,000. Sans doute, la masse électorale conserve le droit imprescriptible de disposer de ses votes comme bon lui semble ; mais, en fait, chacun, sous peine de perdre sa voix, est obligé de voter pour l'un des
deux candidats désignés par la Convention nationale des politiciens républicains ou des politiciens démocrates. Sans doute encore, chacun a le droit, de s'enrôlerparmi les politiciens ; ils ne forment pas une oligarchie fermée, mais c'est un métier que les hommes de loi et les faiseurs d'affaires peuvent seuls combiner, sans dommage, avec leurs occupations habituelles. C'est d'ailleurs un métier qui exige une certaine élasticité de conscience, et dont les profits sont trop aléatoires pour attirer les gens honorablement et solidement établis. Ceux-ci font volontiers profession de mépriser les politiciens, et ils s'éloignent même de plus en plus de la politique active. Il en résulte que le pouvoir des politiciens va s'accroissant chaque jour, et que le contrôle des classes éclairées sur la direction des affaires devient, chaque jour aussi, naoins attentif et moins efficace.
Cette esquisse, assurément fort incomplète de l'organisation des partis, vous expliquera la violence des luttes électorales aux États-Unis, et j'ajoute aussi, do [a stérilité de leurs résultats. Dans la lutte actuelle, par exemple, les deux partis ont l'ait assaut de promesses. J'ai >nus les yeux les platforms (programmes) des Conventions de Cincinnati et de Saint- Louis, ainsi que les réponses qu'] ont fait* candidats désignés; et certes, à part quelques lacunes, elles sont de nature à satisfaire les amateurs de réformes les plus exigeants et les plus difficiles.
168 LETTRES SU; LES El WS-UNJS
Une analyse sommaire de ces deux pièces importantes vous permettra d'en juger.
La platform républicaine débute naturellement par l'éloge de l'administration républicaine, qui a maintenu l'intégrité de l'Union et aboli l'esclavage ; elle déclare, en opposition avec la doctrine de la souveraineté des Etals invoquée |>ar les sécessionnistes, que les Etats-Unis sont une «nation)) et non pas une «confédération»; elle, justifie la politique du parti républicain à l'égard du Sud, en ajoutant que c'es.t le devoir du gouvernement d'écarter toutes causes de juste mécontentement de la pari des différentes classes de la société, et d'assurer à toul citoyen américain une complète liberté et une exacte égalité dans l'exercice de tous ses droits civils, politiques et publics. Pour ce qui concerne la grosse question de la corruption administrative jou de «la réforme du service civil », la platform républicaine n'est pas moins explicite. « La règle invariable pour les nominations doit être, avant tout, d'avoir égard à l'honnêteté, à la fidélité et à la capacité des candidats, louten attribuant au parti aux. affairés les places dans lesquelles l'intérêt de l'harmonie et de l'efficacité de l'administration exige que sa politique soit représentée, • mais en laissant toutes les autres ouvertes à des personnes eboisics seulement en vue de rendre le service public aussi efficace que possible, et de montrer une juste déférence au droit de tous les citoyens à participer à l'honneur de servir fidèlemen! leur
|m,„ De plus, les auteurs de la platform fouissent delà sensibilité quemanifestelaconscxeuce
'publique à l'égard de la gestion des affairesdu pays «Noi ferons peser disent-ils- pour repondrea ce sentiment -sur tous les fonctionnaires une responsabilité rigide, etnous tiendrons lamam a ce que les poursuites et le châtiment de tous ceux qui trompent la « onscience publique soient prompts, sévères kinévitables.»Quantàla reprise des paument en espèces, «la prospérité commerciale les besoin
,,,,nn,n,au,1,n,rn,n,uUlurn>,,l,1l«,nu1 o^
(idèlement accomplie par un acheminement continu et sûr vers la reprise des paiement en espèces « - Sur la question des tarifs, lapa^om qm es ob gée de rassurer les protectionnistesdesEtat de Est, outiens, sans décourager les hbreéchangistes du Sud ou de l'Ouest, est d avis que le
revenu doit être large ot tiré des droits d importo-
tion combinés de manière à protéger les intérêts du travail américain et favoriser la prospérité du pays tout entier. La platform déclare encore que le sy - ,-,,„. des écoles publiques est le boulevard de a
république américai * qu'elle soppose a toute
subvention des écoles ondes institutions placée sous
la direction d'une sa br sectana ncon troV)
.Uesepro, nergiquement contre 1 allocation
aes terres publiques à des corporations et a des ■ duopoles; elle demande des modifications au,
170 LETTRES SUR l,ES ÉTATS-UNIS
traités existants avec les gouvernements européens, afin d'accorder aux citoyens adoptifs de l'Amérique la même protection qu'aux Américains de naissance, ainsi que les lois nécessaires pour protéger les émisants; elle réclame une enquête immédiate sur l'immigration des Mongoliens (Chinois) ; elle s'applaudit des progrès qui ont été faits dans ces derniers temps vers la reconnaissance de l'égalité des droits des femmes, et elle ajoute que toutes les demandes lion- . notes qui pourront être laites dans ce sens seront prises en respectueuse considérai ion ; elle est d'avis que c'est le droit et le devoir du Congrès de prohiber et d'extirper dans les Territoires ce reste de la barbarie : la polygamie ; elle recommande au gouvernement de tenir fidèlement les promesses de récompenses laites aux soldats et aux marins qui ont exposé leur vie pour le salut du pays. Enfin elle appelle l'attention publique sur le grave danger auquel le succès du parti démocrate ne manquerait pas d'exposer l'Union en faisant renaître les luttes intestines, en mettant en péril l'honneur national et les droits de l'humanité, car l'esprit et le caractère du parti démocrate n'ont pas changé : il esl resté ce qu'il était à l'époque où il sympathisait avec la trahison. Telle est, en substance, la platform des républicains.
La platform des démocrates est d'un ton plus vigoureux encore, et elle est aussi plus abondante en promesses. Ses auteurs débutent par repousser le reproche de vouloir rouvrir la question de la séces-
sion en affirmant « leur foi dans la permanence de l'Union fédérale, leur dévouement à la Constitution des États-Unis avec ses amendements universellement acceptés comme un règlement dennilif des controverses qui ont engendre la guerre civile »» Us acquiescent d'une manière absolue au principe de la soumission à la volonté de la ma,onte, ce principe vital des républiques, - et a ces nôtres principes non moins vitaux de la suprématie do l'autorité civile sur l'autorité militaire, de la séparation de l'Église et de l'Etat, de l'egahte de tous les citoyens devant de justes lois. Mais ils pensent que, pour maintenir les liens de l'Union et soutenir
la grande Charte de ses droits, un peuple libre doit piner aussi cette éternelle vigilance qm est le pris do la liberté. La réforme est nécessaire pour reconforter le cœur du peuple de l'Union qui a heureusement échappé, il y a onze ans, au danger de la
ion, mais qui doit être sauvé maintenant d un<
centralisation corrompue, laquelle, après avo.r in- ,!,„, à dix États de l'Union la tyrannie rapace des Jrpet-baggers, a rempli les bureaux du gouvernent fédlal de l'incapacité, du gasp^^^^^^^ fraude, infecté les États et les municipalités de a ,-ontagion du mauvais gouvernement, et arrête la prospérité d'un peuple industrieux. La réforme est nécessaire pour rétablir une circulation ^saine, rester le crédit public et maintenu- 1 honneur national. Ici les auteurs de la plalform dénoncent
l'imprévoyance qui, pendant onze années de paix, a soutiré au peuple, en taxes fédérales, treize ibis le montant de la totalité du papier-monnaie, et dilapidé quatre fois cette somme en dépenses inutiles sans accumuler aucune réserve pour la reprise des paie-" ments en espèces. Ils dénoncent l'imbécillité financière et l'immoralité de ce parti, qui non-seulement n'a pas fait un pas vers la reprise des paiements, mais qui l'a entravée « en gaspillant nos ressources et en épuisant l'excédant de nos revenus..» Ils dénoncent encore — et ceci n'est pas la partie la moins raisonnable de la platform des démocrates — ils dénoncent le tarif actuel, levé sur près de 4,000 articles, comme un chef-d'œuvre d'injustice, d'inégalité et de faux calculs. Ce tarifa appauvri une foule d'industries, pour en subventionner un petit nombre; il prohibe l'importation qui pourrait acheter les produits du travail américain ; il a dégradé le commerce américain du premier rang pour le reléguer à un rang inférieur dans les hautes mers ; il a arrêté la Mute des produits des manufactures américaines à l'intérieur et au dehors, et empêché les retours de l'agriculture américaine, — une industrie qui occupe la moitié de la population ; il coûte au peuple cinq fois plus qu'il ne rapporte au Trésor, empêche les progrèsde la production et, gaspille les fruits du travail; enfin il encourage la fraude et la contrebande, enrichit des employés malhonnêtes et conduit à la banqueroute d'honnêtes négociants. Us demandent.
en résumé, que les taxes de la douane naient pas d'autre objet que le revenu.
« La réforme cstnécessa.re > pour «^^"J lcs dépenses publiques de la Fédération, des Etats l
"teïSdpSitéi .Les taxes fédérales .monte de
60 Sons en or en 1860 à 450 milhons en papierlnnlenl870,c'esU-dire,enune.d1,amedan- S de moins de 5 dollars par tête a plus de 18 Ss la paix, le peuple apayé aux collecteurs de
Ssplus ?de troisï le montant de la dette na- ,1 et plus de deux fois cette somme pour le ,;s i garnement fédéral. Ils demandent
ment et chez tous les fonctmnnaires du gouverne. Tnent Us demandent aussi que les fautes et le
les étrangers naturalisés soient comgees et que la le du Pacifique soit préservée de l'invasion d un
e qui ne provient pas de la même souche que nou8ttàqui,enfait,laloirefusemaintenantlad.
Son^iTuroits de citoyen par la naturalisation.
[U dénoncent la prétention d'encourager les école
B^iresauxdépeLdesécoles publiques quele part.
démocrate a toujours protégées depuis leur fcmcUv lion et qu'il est résolu à maintenir sans partial* ni préférence pour aucune classe, secte ou croyance, et sans allocation du Trésor pour aucune délies.
. La réfon ->t nécessaire dans le service civil.
L'expérience démontre qu'une conduite efficace et
économique des affaires du gouvernement n'est pas possible si le personne] du service civil est exposé à changera chaque élection, en devenant le prix d'un vole, la récompense du zèle de parti, au lieu d'être le prix de la capacité et de la fidélité au service public; ils demandent que la dispensation du patronage ne soit ni une taxe levée sur le temps de nos hommes publics ni un instrument de leur ambition. « La réforme est même encore plus nécessaire dans les échelons élevés du service public. Le Président, le vice-Président, les juges, les sénateurs, les représentants et tous les autres qui exercent l'autorité sont les serviteurs du peuple. Leurs fonctions ne sont pas des propriétés privées, elles sont un dépôt public. Quand les annales de cette république nous montrent la démission et la censure infligées à un vice-Président des États-Unis, un présidence la Chambre des Représentants trafiquant de l'usage de ses prérogatives, trois sénateurs tirant profit de leurs votes- comme législateurs, cinq présidents de comités dans la dernière chambre des Représentants pris en flagrant délit de simonie, un secrétaire du Trésor faussant les balances des comptes publics, un attorney général donnant une destination indue aux- fonds de l'État, un secrétaire de la marine enrichi et enrichissant ses amis en prélevant un tantième sur les profits des fournisseurs de son département, un ambassadeur en Angleterre blâmé pour avoir pris part à une spéculation déshonorante, le
secrétaire privé du Président échappant à peine à une condamnation de complicité dans les fraudes commises aux dépens du revenu, un secrétaire de la guerre accusé de crimes publies et convaincu de corruption, la démonstration n'est-elle pas complète, et n'est-il pas évident que le premier pas à faire dans la voie de la réforme, c'est de confier le pouvoir a d'honnêtes gens d'un autre parti? Car du moment où la gangrène d'une organisation départi vient a infecter le corps politique, s'il n'y a pas de changement d'hommes ou de parti, il ne peut y avoir aucun changement dans les choses, aucune réforme ! Tous ces abus, ces maux et ces .rimes, prodmt de seize années de domination du parti républicain, créent une nécessité de réformer, confessée par les républicains eux-mêmes; mais leurs réformateurs .,„) exclus de leurs Conventions et renvoyés du cabinet. La masse des honnêtes votants du part, est impuissante a résister aux 80,000 détenteurs dos fonctions publiques, à leurs chefs et à leurs guides. La réforme peu! être obtenue seulement par une grande et paciBque décision populaire. Ils demandent donc un changement de .système, un changement d'administration, un changement de parti, pour avoir un changement dans 1rs choses et dans
|,> hommes. »
En lisant cesdeux plalforms, l'une et 1 autre si franchement et s, résolûmenl réformistes, comment , Imiter .pie la réforme ne suive de près la prochaine
élection présidentielle? — Si Hayes est élu, la réforme est assurée, se dit la masse des bons votants du parti républicain. — Si Tilden l'emporte, la réforme se fera, répète à son tour avec conviction le peuple des démocrates. — Mieux encore, affirme le New-York Herald qui compte des acheteurs dans les deux camps : soit que l'on nomme Hayes ou que l'on préfère Tilden, la réforme est certaine.
Je ne puis, bien à contre-cœur, partager la confiance du Herald, et j'ai bien peur que ni Hayes ni Tilden ne soient capables de réformer un état de choses qui provient de l'assiette vicieuse et des défectuosités flagrantes des institutions américaines. Et comme ni les politiciens, ni la masse passive des citoyens ne me paraissent disposés à chercher et à reconnaître les vraies sources du mal, le cours naturel des choses ne peut manquer d'aggraver cette situation critique au lieu de l'améliorer. Faut-il tout dire? Je ne puis m'empècher de craindre qu'avant peu d'années la crise ne se dénoue, à la mode d'Europe, par la dictature d'un « général » qui se char7 géra, avec l'appui du parti républicain, de rétablir un ordre quelconque dans cette démocratie en désarroi.
Les platforms que je viens d'analyser serviront de thème inépuisable aux milliers de discours qui se prononceront dans les meetings et aux dizaines de milliers de leading-articles qui se publieront dans les journaux d'ici à l'élection présidentielle, .le ne
puis mieux faire, pour vous donner une idée de la nature et de la qualité de ces flots d'éloquence politique, que d'analyser encore le discours par lequel le sénateur Morton a inauguré la campagne républicaine dans l'État d'Indiana, à un meeting réuni dans la Musical Hall d'Indianapolis. Cela vous donnera le diapason du jour.
L'orateur commence parfaire l'éloge du parti républicain, odieusement calomnié par les démocrates. Le parti républicain, dit-il, peut se rappeler ses actes avec orgueil et satisfaction : l'Union préservée. l'esclavage aboli, l'établissement de l'égalité devant la loi, le gouvernement bien administré et conforme dans ses principes avec la civilisation avancée de nulle siècle. Le parti démocrate, au contraire, essayant de faire oublier sou passé, cl incapable de trouver dans l'histoire aucun arg ml en sa faveur, se présente sous le masque de la réforme; il l'ail profession d'une moralité supérieure et s'en targue pour attaquer l'intégrité et le patriotisme des républicains. Dans une pareille campagne, où la calomnie est la seule arme de leurs adversaires, 1rs républicains ont bien le droit de parler à bouche ouverte du caractère politique, de l'histoire et des desseins du parti démocrate.
L'orateur faii remarquer que si les peuples de l'ancien monde ajoutaient foi à toutes les infamies que les chefs du parti démocrate débitcnl sur l'administration républicaine, les États-Unis seraient
considérés comme le plus corrompu et le plus dégradé des peuples, que l'émigration s'arrêterait et qu'ils perdraient tout crédit sur les marchés financiers. Il cite à ce propos un passage de la lettre d'acceptation du candidat démocrate, M. Tildén, dénonçant les abus et la corruption de l'administration, et il s'écrie avec indignation :
« Le fait qu'un candidat à la présidence ait pu porter de pareilles accusations est la preuve la plus forte que l'on puisse produire de notre dégradation politique. On ne pourrait rien trouver qui approche de cet état de choses, si ce n'est peut-être à New-York, sous sa propre administration et parmi la tourbe des démocrates qui lui ont donné la majorité. Bien loin que la moralité officielle se soit détériorée, que le service public se soit corrompu et que le pays se trouve sur le penchant de la ruine, je déclare que c'est le contraire qui est la vérité. La vérité est qu'en dépit de mécomptes et d'accidents imprévus qui se sont présentés et se présenteront toujours, il y a plus de moralité oflicielle, les revenus publics sont plus fidèlement perçus, et les services publics sont mieux gérés qu'ils ne l'ont été en aucun temps. Pendant la dernière année fiscale Unissant le 30 juin 1870, l'excédant du revenu a été de 29 '249 000 dollars, qui ont été appliqués à la réduction de la dette nationale. Dans les dix dernières années nous n'avons pas remboursé moins de 579 127)284 dollars de notre dette. Au 50 juin, 18(36, la dette nu-
tionale /tait de '2 040 348 000 dollars ; elle est maintenant, en chiffres ronds, de 2 060 625 000 dollars. En 1866, le revenu provenant des taxes intérieures s'élevait à 509226 813 dollars. En 1876, il n'était plus que de 110 millions de dollars, c'est-à-dire qu'il avait été réduit des deux tiers, ou de 200 mil- Lions de dollars par an, Es^ce que ces chiffres indiquent que nous marchions à la paralysie et à la banqueroute nationale? Voilà les résultats de 1 administration républicaine. Maintenant . si vous voulez vous rendre compte de ce que serait une administration démocrate, examinez la situation et. les éléments influents de ce parti. L'homme qui s'attend à ce que les cormorans affamés, les ambitieux si longtemps déçus, les instigateurs gangrenés de la rébellion, les « sympathiseurs » du Nord qui se sont tenus sur un isthme étroit entre la trahison ouverte et la résistance au gouvernement combattant pour son existence, les conducteurs d'esclaves qui ont perdu leur emploi, et cette innombrable caravane de mendiants et d'aventuriers qui composent si largemenl le personnel actif du parti démocrate, — l'homme qui s'attend, dis-je, à ce que ces gens-là deviennent les réformateurs du pays ne peut être que le plus incurable des idiots. Aussi bien dans l'avenir que dans leur long et sanglant passé, les intérêts el les passions du Sud dirigeront la conduite r\ les actes du parti démocrate, Y> a-t-il pas, parmi s les membres de la majorité démocrate de la Chambre
ISO LETTRES SUR LES ETATS-UHIS
des Représentants, soixante-quatre personnes qui ont été officiers ou soldats de la Confédération? »
Passant à l'examen de la platform démocratique de la Convention de Saint-Louis, l'orateur s'arrête à cette déclaration par laquelle les rédacteurs de la platform affirment leur confiance dans « la permanence de l'Union, » et « leur dévouement à la Constitution. »
« Quand on pense, dit-il, que près de la moitié des auteurs de celte déclaration ont participé à une rébellion armée pour détruire l'Union, et qu'ils avaient alors les sympathies de l'autre moitié, on sait la foi qu'il faut avoir dans leurs déclarations en faveur de la permanence de l'Union; quand on sait que pendant quatre ans la moitié, avec les sympathies de l'autre moitié, a soutenu une guerre sanglante pourmettre la Constitution en morceaux, on mesure ce que peut valoir leur dévouement à la Constitution. Qu'ils aiment l'Union et la Constitution comme ils les ont toujours aimées, voilà ce qu'il nousest permis de croire. De pareilles déclarations ne sont-elles pas la plus hideuse des moqueries et le plus Qagrant des nsonges? »
Passant encore à cette autre déclaration de la Couvéntion de Saint-Louis, qu'il importe que le pays, après avoir été préservé des dangers de la sécession, le soit aussi des maux d'une centralisation corrompue : « Quand vous réfléchirez, s'écrie le bouillant
sénateur républicain, que la plupart des lioin s
qui ont t'nil celle déclaration son! les mêmes per-
sonnes, identiquement les mêmes, qui o'nl entrepris il y a onze ans de détruire l'Union, et qui ont imposé à la nation toutes les horreurs et tous les sacrifices de la guerre civile, vous pourrez comprendre toute l'audace et l'insolence de ce mansonge. Les auteurs de la guerre, les créateurs de la dette nationale, les artisans du désordre et de la révolution dans les États, directement responsables de tous les maux et de toutes les calamités qui ont été les conséquences du grand conflit,- les voilà qui ont l'effronterie d'imputer leurs propres crimes au parti républicain! Examinons un moment la composition de la Convention de Saint-Louis, qui a adopté cette remarquable platform et a choisi pour candidats ces deux réformateurs distingués : Tilden et Bendricks. Là se rencontrait le «eux propriétaire d'esclaves, le cœur gonflé d'amers souvenirs, convaincu que l'éman- ,.,,,,,;'„„ étaii un vol, et dont l'unique espoir réside dans l'allocation d'une « indemnité » par un gouvernement démocrate. Là m. trouvait, le vieil agitateur ssionniste qui avait précipité les États dans la rébellion et rédigé lesactes de sécession. Là étaient les officiers et les soldats qui avaient fait flotter le
drapeau confédéré sur lesch ps de bataille teints
du sang de leurs compatriotes, el qui se glorifient de leurs exploits comme de titres légitimes à la députation et aux emplois. Là étaient les membres du Congrès rebelle de Richmond qui avaient débattu, portescloses, la question du drapeau noir. Là étaient
les architectes et les défenseurs de Belle-Isle, Libby, Andcrsonville et Salisbury, lieux témoins de scènes d'horreur que les Indiens Modocs, dans leurs forteresses de lave n'ont jamais rêvées. Là étaient les sympathiseurs du Nord, à double face, dont les cœurs et les espérances étaient dans le Sud, si leurs corps étaient dans le Nord. Là étaient un petit nombre de soldats de l'Union qui avaient porté leurs lauriers fanés sur le marché confédéré, où l'offre en était rare en présence d'une demande abondante. Là étaient les épaves du parti républicain, auxquelles le rejet de leurs demandes de places a ôté leur foi dans la civilisation et donné la conviction de la nécessité d'une réforme. Là étaient assemblés, en un mot, les soutiens de l'esclavage, les organisateurs de la rébellion, les membres du Ku-Klux et de la « Ligue blanche, » les sympathiseurs du Nord à face de Janus, les avocats de la souveraineté des Etats et les représentants de tous les éléments de désordre qui ont précipité le pays dans la guerre civile, qui l'ont teint du sang de ses enfants et inondé des larmes des veuves et des orphelins. »
Abordant ensuite la question de la reprise des payements en espèces, l'orateur démontre la complète impuissance du parti démocrate à accomplir cette réforme, et il termine en jetant un coup d'œil sur la situation du Sud et sur les massacres de nègres qui y sont devenus un moyen ordinaire d'intimidation électorale.
« Cinq, dix ou vingt nègres ont été tués, et parfois aussi un blanc, voilà ce qu'on entend dire tous
les jours ; mais chaque annonce d'un fait de ce genre est suivie du mensonge stéréotypé que les nègres ont commencé l'attaque et que les blancs se sont bornés à se défendre. Les nègres, pauvres, ignorants, presque désarmés et sachant à peine se servir de leurs armes, sont toujours représentes comme se précipitant eux-mêmes sur leurs adversaires bien annés, exercés et intrépides, et se faisant tuer dans Punique but de préparer un petit supplément de capital politique à leurs amis du Nord. Le massacre commis, il y a peu de jours, de dix nègres, à Hamburg, dans la Caroline du Sud, avec des particularités d'une atrocité extraordinaire, n'est que le début de la campagne en faveur de Tilden dans cet Etat. C'est le commencement de l'œuvre d'intimidation, un coup terrible destiné à porter la terreur dans les âmes de la population de couleur. Sous un prétexte futile et scandaleux, environ 500 hommes blancs envahissent cette petite ville, habitée presque exclusivement par la population de couleur, y exécutent lems meurtres, chassent les femmes et les enfants dans les bois el saccagent leurs humbles demeures. Si une bande d'Indiens Sioux avait ainsi envahi un
paisible village hlaue el v avait commis de pareilles
horreurs, un cri d'extermination aurait retenti dans
le pays tout entier. On se vante ouvertement de dé-
Snolirla majorité de 35000 kvoix qui est acquise
dans la Caroline du Sud au parti républicain et de faire tourner le vote de l'Étal en faveur de Tilden, et ce résultat no peut être obtenu qu'en écartant du scrutin les électeurs de couleur ou en les contraignant, par la violence ou la fraude, à voler pour le candidat démocrate. Dans le Mississipi, depuis la reconstruction de cet Etat en 18G9, la majorité républicaine avait été, en moyenne, déplus de 50 000. En 1872, Grant y avait été nommé par 54 887 voix. L'année dernière, après une campagne d'horreurs, le parti démocrate y est revenu au pouvoir avec une majorité de 49 000 voix; et si complète et si abjecte a été la terreur, que, dans le comté de Yazoo, où les républicains avaient auparavant recueilli 2127 voix, ils n'en ont plus eu que 7, et encore ces 7 voix ne leur ont été laissées que pour qu'on pût dire qu'il avait été permis aux républicains de voter. Les « ligueurs blancs » étaient militairement organisés par compagnies dans chaque comté, bien armés, et ils parcouraient le pays en faisant des démonstrations menaçantes. Les meurtres et toutes les formes de la violence étaient à l'ordre du jour , et les républicains influents, blancs ou noirs, étaient avertis d'avoir à déguerpir sous peine de mort. Le résultat a été ce que l'on pouvait prévoir : une révolution sanglante, effrénée, dans laquelle une immense majorité a été opprimée et assujettie par une minorité grisée el familière avec le meurtre. Les massacres de Hamburg, Vicksburg, Clinton, Couchatta, Coll'ax,
ET LE CANADA. 1sr'
Red River, Mechanic's Institute, et de cent autres endroits que je pourrais nommer, ont tous le même caractère; tous ont eu le même but politique et ,-„„ , généralement essayé de les excuser par les mêmes infamies et par d'outrageux mensonges.
aLeSénéralSheridan,pendantsoncommandement à la Nouvelle-Orléans, a fait dresser avec grandsoin
(l, relevé des actes .le violence comrms pour des motifs politiques dans lé seul État de la Louisiane de
1866 à 1874, et il l'a porté à la connaissance de la Chambre des Représentants. Ce relevé comprend : tues 2141; blessés, 2115; total : 4256. C'est un nombre d'hommes plus considérable que celui qui 5UCcomba dans la bataille de RullRun,avecla déférence mie dans cette bataillela mort ne frappait pas dun seul côté. Cette effroyable statistique, qui comprend un plus grand nombre de victimes quenen ontfaitenvingl ans le tomahawk et le couteau a scalper des Indiens, on la dissimule, on essaye delà dérober à l'attention publique, et, de même que les [ndiens mutilent les corps de leurs ennem.s morts, |,, meurtriers calomnient la mémoire de leurs victimes en les chargeant de toute espèce de cr.mes. Que ces hommes, leurs soutiens et leurs avocats, soienl pla,- plu. bas dans l'échelle de l'humanité ouelesSiouxoules Modocs, c'est une proposition
ion évidente pour qu'il soit nécessaire de la dé n-
„.,.,. Dans 1,. Sud, les arguments dont on se serl contre le parti républicain son) le fusil, le revolver
186 LETTRES SUR LES ÉTATS-UNIS ET LE CANADA, et le couteau; clans le Nord, c'esf l'accusation decorruption et le cri de réforme. Le premier est bref et meurtrier, le second est faux et hypocrite, et le même parti les emploie l'un et l'autre indifféremment, alors que le lieu ou l'occasion le denande. » Ce discours, saupoudré de poivre de Cayenne, ne sera pas, ai-je besoin de le dire ? seul de son espèce. On n'est qu'au début de la campagne, et les esprits ne sont pas encore montés. Ce n'est guère que dans un mois que l'affaire deviendra sérieuse et que l'on brûlera les planches. Les « démocrates » n'ont garde naturellement de se laisser distancer par leurs adversaires, et, si cette lettre n'était point déjà beaucoup trop longue, après vous avoir mis sous les yeux ce que les républicains disent des démocrates, je vous montrerais ce que les démocrates disent des républicains. Mais vos compositeurs doivent s'apercevoir à mon écriture que la mer devient terriblement houleuse, et voici d'ailleurs le gong qui recommence sou vacarme. Je vous quitte pour aller prendre un lunch.