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LE MISSISSIPI — LES GRIEFS OU SUD

\ bord du Robert-E.-Lee, 8 septembre 1S76.

Je quille 1 . i Nouvelle-Orléans Ie5 septembre pour remonter le Mississipi jusqu'à Vicksburg. Je m'embarque sur le Robert-E.-Lee, un des plus splendidcs bateaux du lleuve. C'esl un véritable palais Dottant. Il n'a pas moins de ."1 7 piedsde longueur sur 90 de largeur, cl trois étages, sans compter la cale. Ln premier est destiné aux marchandises, et l'on peul j empiler 6,000 balles de colon : le second esi occupe par un salon luxueusemenl décoré el enlièremenl couvert de lapis, de 240 pieds de long sur 18 I 2 de large. Des deux côtés s'ouvrenl les cabines de passagers, sans oublier deux bridai moins tendues (!«■ satin, .cl dans lesquelles un bon nombre d'Améi i< aios onl I habitude de i ommeni er i e voyage à

deux, plus ou moins accidenté et aventureux, qu'on appelle le mariage. Les cabines sont grandes comme des chambres à coucher, les lits peuvent contenir deux personnes. Ce détail me donne à réfléchir : je fais remarquer négligemment qu'ils tiennent beaucoup de place el qu'on pourrait sans inconvénient se contenter de couchettes moins larges. On me répond (pie les cabines sont pour deux personnes. — On couche donc à deux? — Oui, mais seulemenl quand il y a beaucoup de monde. — Ah!... Je constate avec une satisfaction intime que les passagers sont rares sur le pont. Cependant ils se recrulent d'une manière alarmante aux stations voisines. On m'explique que ces passagers de renfort se rendent à une Convention démocratique convoquée pour je ne sais quelles élections. Heureusement, il n'y a pas de Convention républicaine, ce qui me permet d'arriver à Vicksburg sans camarade de lit.

Le troisième étage du steamer est affecté aux logements du capitaine, des officiers et employés de l'équipage. Au-dessus s'élève le belvédère carré où se tient le pilote. Deux hautes cheminées accouplées dominent l'élégant steamer, peint de blanc, ornementé de fines découpures et de glands dorés. A l'avant, deux larges passerelles de douze à quinze mètre île longueur, prises dans des étriers suspendus à ui\ cordage que le jeu d'une poulie abaisse et relève en quelques secondes, servent à l'embarquement des passagers et des marchandises. Oncroirait voiries an-

tenues d'un insecte monstrueux. Le Robert-E .-Lee, Faisant le service des deux rives, s'arrête à chaque mille, plutôt deux fois qu'une. Le Mississipi, large, en moyenne, d'environ un mille, traverse une région presque entièrement boisée, entrecoupée de champs de cannes ou de maïs, et, plus haut, de champs de coton ; de loin en loin on aperçoit la maison blanche à colonnettes d'un propriétaire, et des cases de nègres en planches Imites. Les rives sont exhaussées par des levées que mord le profond et rapide couranl du fleuve. I a terre, d'un gris brun, sans une pierre ni même un caillou, s'éboule, entraînant avec elle des troncs d'arbres déracinés qui son! un des dangers de la navigation : ils s'enfoncent par la partie inférieure du tronc, naturellement la [dus lourde, dans. le lit du fleuve, et tonnent une e pèce de pic ou snag qui pénètre dans la carène des navire-. Lorsque le steamer a des passagers el t\vs marchandises a embarquer ou à débarquer, il s'approche de la rive et projette une de ses antennes .-m la levée. Aussitôt nue escouade de nègres dépenaillés s'élancent pour débarquer les colis ou les mettre à bord. Ce qu'ils ont de chemise laisse à découvert leur torse admirablement modelé, couleur de bronze florentin, .le dois dire qu'entre la couleur du torse cl celle de la chemise il n'y a pas une différence appréciable. La nuit, ce mouvement de va-elv e ni i fait à lu lueui de ton lies. I anlôl on aborde dans le voisinage d'un groupe d'habitations ou d'une

maison isolée, tantôt sur des points qui paraissent

complètement déserts et où les colis sonl aband es

àlagardede Dieu. Je vois débarquer les articles les plus divers, des caisses d'épiceries, des machines agricoles, une locomobile, une pirogue creusée dans un tronc d'arbre, des blocs de glace, une vieille dame impotente portée dans un fauteuil par quatre nègres robustes, destonneaux de whisky,, — beaucoup de tonneaux de whisky. En cette saison de l'année, le fleuve esl presque désert : on ne rencontre que des barques de pêcheurs et des trains de bois descendant le Mississipi avec une petite équipe logée dans une cabane. La traversée est monotone, mais le temps est magnifique, et, le soir, la nappe immense du fleuve, éclairée par les rayais de la lune, au milieu de sa sombre bordure de forêts, présente unspectai le d'une tranquille el incomparable majesté. Le servie» du steamer est l'ait par une légion de nègres attentifs et polis. Excellents serviteurs, ces noirs DlsdeCham, mais détestables maîtresl

Je profite îles loisirs de la traversée pouf rés c

les impressions de mon voyage dans le Sud. el je tâche de me rappeler les points essentiels des nombreuses conversations que j'ai eues au sujet de I es clavage, de l'émancipation et de la situation politique. Sur ces différents points, mes interlocuteurs, anciens confédérés pour la pluparl et purs démocrates, n'axaient qu'une opinion, et, quoique celte opinion puisse choque) à bien des égai I nos idées euro-

péei s, il osl bon que nous la connaissions. D'ailleurs, j'ai reproduit le réquisitoire du sénateur Morton contre le Sud; n'est-il pas juste que je mette sous vos yeux la défense du Sud?

ci On s'estfail en Europe, me dit-on, une idée complètement fausse du régime de l'esclavage loi qu'il existait dans nos États du Sud. On nous a représentés comme les oppresseurs et les bourreaux des nègres, représentés à leur tour comme des modèles de toutes les vertus. Si l'on s'étail donné la peine de pren Ire des renseignements sur l'esclavage ailleurs que dans des sermons ou dans des romans, on aurait été certainement moins prompt à nous condamner. Nous n'avons pas la prétention d'être des philanthropes, et nous obéissons, comme la généralité dr< hommes, à notre intérêt. Nous considérions

même, si vous voulez, uns nègres coi • une espèce

particulière de bétail ou d'animaux domestiques; mais est-ce qu'un propriétaire intelligent et connaissant son intérêt maltraite son bétail? Ne s'appliquet-il pas, .m contraire, à le tenir dans la meilleure condition possible? Nos nègres nous coûtaient fort cher, — un nègre robuste valait 1000 dollars, et davantage. — Qui donc s'avise de gaité de cœur de détruire ou d'endommager une propriété de l'inn dollars? Non-seulement nous nous gardions de les maltraiter, mais encore nous évitions de les surmener, el les tâches que nous leur imposions auraient paru légi rcs à vos ouvriers d'Europe. .Non.- mettions

262 LETTRES SUR LES ÉTATS-UNIS notre orgueil à les tenir en bon état ; vous avez vu les mses qu'ils habitaient avant l'émancipation et vous avez pu les comparer à celles où ils gîtent aujourd'hui. Chaque famille avait sa case avec un jardin, et souvent une petite pièce de terre. Les nègres laborieux et économes ne manquaient pas d'en tirer nu bon parti; nourris par le propriétaire, ils vendaient les produits de leur jardin et accumulaient un capital qu'ils employaient à améliorer leur condition ou à se racheter. Nous leur fournissions deux costumes paran : un costume d'été et un costume d'hiver; quelquefois même, en sus, une, toilette des dimanches. Nos daines étaient perpétuellement occupées à tailler des étoffes et à distribuer de la besogne aux couturières pour vêtir ces grands enfants. Nous les obligions à tenir leurs ensos en ordre et à se tenir propres. En ce temps-là, ils prenaient des bains. Étaient-ils malades, il y avait un médecin attaché à toutes les grandes plantations, et, dans les autres, la maîtresse de l'habitation s'empressait d'accourir avec sa pharmacie, en attendant l'arrivée du médecin. On contraignait les indolentes négresses à soigner leurs enfants, et l'on punissait celles qui négligeaient leurs devoirs île mères. Enfin, on prenail soin des vieillards, et c'est dans la population de couleur que se rencontraienl les cas les plus nombreux de longévité. Saris doute, il \ avait de mauvais maîtres, mais ils élaienl rares : la plupart n'appartenaicnl pas au pays, cl ils iraignaienl pas d'af-

fronterla réprobation de l'opinion publique. C'étaienl des Yankees, habitués à surmener leurs ouvriers, et qui transportaient dans le Sud les habiludes de rapacité du Nord; ou bien encore dans la Louisiane, par exemple, où il était permis aux mens de couleur de posséder des esclaves, c'étaient des mulâtres : les maîtres les plus impitoyables qui existent. En général , l'esclavage avait conservé dans le Sud un caractère patriarcal; c'était en quelque sorte la forme primitive de l'assurance sur la vie : le nègre nous donnait son travail, nous lui assurions en échange son entretien et celui de sa famille. Ceux qui se sentaient capables d'assurer eux-mêmes leur existence amassaient un pécule et se rachetaient; mais c'était le petit nombre. La plupart d'entre euxse montraient satisfaits de leur sort, et on n'entendail dan- la campagne que le bruil deleurschansons. On disait d'eux qu'ils étaient la joie du Sud. Us chanlenl moins aujourd'hui! — Comme, après tout, c'esl une lionne race dévouée et fidèle quand elle n'est point pervertie par l'abus de la liberté ou par des suggestions malfaisantes, nous nous étions attachés à nos esclaves, et ils nous le rendaient. En voulez-vous une preuve décisive? S'ils avaient été, comme on le suppose, les victimes d'usé oppression impitoyable, n'auraient-ils pas profité de la guerre de la sécession pour secouer violemmenl le joug? Que s'est-il passé alors? Tons les blancs valides étaient à l'armée ; il ne restai! dans les habitations

que clos femmes, des enfants et des vieillards. Les nègres se sont-ils révoltés? Ils n'y mil pas songé, quoique les excitations du dehors ne leur aient pas manqué; jamais ils ne se sont montrésplus paisibles et plus soumis. Quand l'émancipation est venue, ils se sont enfuis comme des écoliers le jour des vacances ; mais plus tard, lorsqu'ils se sont aperçus que la liberté ne leur donnait pas le pain île chaque jour, le plus grand nombre d'entre eux sont revenus demander du travail à leurs anciens maîtres, el chaque fois qu'il leur arrive une maladie ou un événement fâcheux, chaque fois qu'ils nul besoin d'un secours ou d'un conseil, c'est à eux qu'ils s'adressent.

« Maintenant, ce serait une erreur de croire que nous regrettions l'esclavage et que nous voudrions le rétablir si nous en avions le pouvoir. Non ! Si paradoxale que vous semble cetteopiuion, l'esclavage était aussi nuisible aux blancs qu'il était favorable aux noirs. Ce n'est pas impunément qu'une race supérieure se trouve perpétuellement en contact avec nue race inférieure. Le nègre importé d'Afrique était un animal sauvage dont nous avons l'ait un animal domestique et parfois un homme, eu lui inculquant des habitudes régulières de travail, des besoins el, dr< goûts plus ou moins raffinés ; mais, en vivant au milieu de ses nègres et de >es négresses encore à demi-barbares, le propriétaire blanc devenait, en revanche, moins civilisé. Il prenait les défauts et les

vices de ses esclaves; le relâchement de leurs mœurs, les habitudes de promiscuité qu'ils avaient apportées d'Afrique et auxquelles ils sont en train de retourner devenaient contagieuses: la proportion considérable des sangs mêlés en fait foi; aujourd'hui quece contact a cessé, aujourd'hui qu'il n'y a plus entre le blanc et le nègre d'autres rapports que ceux de l'entrepreneur et de l'ouvrier, du maître et du domestique à gages, chacun vit dans sa sphère naturelle, et la barbarie nègre a cessé de déteindre sur la civilisation blanche. Il n'y a plus guère de mélange entre les deux races et il j en aura de moins en munis ; si le nègre y perd, Le blanc ne peut manquer d'\ gagner.

« Vous êtes étonné d'entendre soutenir que l'esclavage, malgré ses défauts el ses abus, était à l'avantage des nègres. Ces! que vous jugez des nègres par les blancs. Vous partez de ce principe européen que tous les hommes sont égaux, par conséquenl également dignes d'être libres, et capables d'user utileraenl de leur liberté. Il est possible que ce principe suit vrai pour les hommes appartenant à la rare caucasienne, il esl visiblement faux en ce qui concerne la race nègre. C'est, quoi qu'en puissenl dire les philanthropes qui n'ont jamais vu de nègres, nue Pacc inTéi ieure, ou i vou voulez, arriérée. Le nègre est nu grand enfant, el il n'est pas pins capable de

se gouverner lui-mc que ne le serait un enfant.

Supposons qu'on s'avise d'affranchir, à partir de

l'âge de sepl ans, les jeunes Européens des deux sexes de l'esclavage injustifiable où les retiennent leurs parents; supposons qu'on leur accorde les droits civils sans oublier même les droits politiques, qu'en adviendra-t-il au bout de quelques générations? N'y a-t-il pas apparence que la liberté accorr dée à des mineurs incapables d'en user tournera à

leurdétri nt, que les enfants trop tôt émancipés

ne deviendront jamais des hommes, et que les nations au sein desquelles ce « progrès » aura été réalisé courront le risque de s'éteindre '.'Telle a-été la destinée des nègres dans tontes les colonies où ils sont devenus libres, et particulièrement à Saint-Domingue, où cependant ils sont les maîtres, où il est même interdit aux blancs de posséder des terres et d'acquérir des droits politiques. Ils étaient 400,001) à l'époque de l'émancipation, ils sont à peine 50,000 aujourd'hui, et, au lieu de s'élever à la civilisation européenne, ils sont retournés à la barbarie africaine. Car c'estlà ce qui différencie complètement le nègre du blanc: en supposant que les classes que vous appelez dirigeantes viennent à disparaître du jour au lendemain et qu'il ne reste eu Europe que l'ouvrier el le paysan, la civilisation subira certainement un temps d'arrêt; mais au bout d'un temps plus ou ins long une nouvelle classe dirigeante se formera, et la civilisation reprendra son essor. Au sein de la race nègre, les individualités capables de s'élever sont trop peu nombreuses pour constituer une classe

dirigeante : c'est pourquoi le nègre abandonné à lui-même retourne à la barbarie, et, comme toutes les races à l'étal barbare, il ne résiste pas, en l'absence d'une tutelle, au contact de la civilisation. Au lieu de s'assimiler les qualités et les vertus conseres îles nues civilisées, il emprunte leurs vices destructeurs. C'est ce qui est arrivé à l'Indien, c'est ce qui arrive aujourd'hui au nègre. Consulte/ les relevés de l'étal civil dans le Sud, et vous verrez que I,, mortalité des enfants de la race nègre est, proportion gardée, double nu triple de celle dçs enfants tjela race blanche. Ceux qui survivent, abandonnés à leurs instincts, sans surveillance e1 sans discipline, forment une pépinière de vagabonds et de voleurs. La nouvelle génération vaut moins que l'ancienne. élevée sous l'esclavage; In prochaine vaudra moins encore. Les nègres ne soignent ni leurs enfants, m leurs parents, ni eux-mêmes; ils sont incapables d'ob-

- [es lois les plus nécessaires del'éc mieel <\r

l'hygiène domestiques, l'auto d'une force moralesuffisanle pour résister aux appétits brutaux et désordonnés dont la nature les a richement pourvus. Voilà pourquoi, le whisky aidant, avant un siècle ils auront disparu de la terre américaine sans y laisser plus de traces que l'Indien Peau-Rouge. La tutelle ,„,!,. mais indispensable de l'esclavage seule leur permettait d'\ vivre, en s'élevanl peu à peu dans l'échelle des races. La liberté les tuera.

« Mais, encore une fois, nous ne regrettons pas

l'esclavage, nous en avons fait notre deuil, et nous n'en voulons pas au Nord de l'avoir aboli. Seulement, était-il équitable de l'abolir par voie de confiscation, sans allouer auci indemnité aux propriétaires?— C'étail une mesure de guerre, disait-on; mais le droit des -vus n'interdil ii pas la confiscation des propriétés privées, même comme mesure de guerre? Nos esclaves constituaient la plus forte part de notre capital ; c'esl une valeur de deux ou

trois milliards de dollars 1 10 à 15 milliards de l'rj s)

qui nous a idé soustraite du jour au lendemain. N'était-ce pas un abus flagrant ri. odieux do la victoire? Ne faudrait-il pas remonter aux lemps les plus barbares pour rencontrer un pareil attentat contre la propriété? Dos milliers do familles opulentes ont été réduites à la misère pour expier ce prétendu crime d'avoir possédé des esclaves, dont l'import ition était, ilya un siècle à peine, la principale branche de commerce île Boston, cl, noire économie rurale on a été bouleversée. Iles propriétés hypothéquées au dixième de leur valeur oui dû être vendues parce que la valeur du lorrain dégarni do son cheptel avail cessé de couvrir l'hypothèque ; les grandes exploitations mil été morcelées, et il a fallu, faute de capital, recourir au métayage pour continuer la culture. Le propriétaire a fourni la terre et ce qui lui restait Ac cheptel à des petits entrepreneurs noirs ou blancs, auxquels il a abandonné le tiers ou le quarl de la récolte; mais que devient la terre dans

ce système? Elle ne larde pas longtemps à s'épuiser, le métayer ou le fermier à court lerme n'ayant aurun intérèl à l'entretenir en bon état; aussi voyonsnous la culture du colon se déplacer rapidement : clic abandonne la région de l'Est pour les terres neuves de l'Ouest, jusqu'à ce que celles-ci soient épuisées à leur tour. Et qu'a gagné le Nord à notre ruine? Avant l'émancipation, le Sud était par excellence le marché du Nord, sa vache à lait! Depuis que le Sud est ruiné, la santé du Nord est-elle devenue meilleure? Demandez à ses manufacturiers le compte de ce qu'ils nous vendaient avant la confiscation de nos esclaves et de ce qu'ils nous vendent aujourd'hui : La crise dont souffre le Nord n'est-elle pa le l'uni amer de sa politique destructive à l'égard du Sud?

« Remarqui / encore à ce propos la prol le ini-

],i i, ^iiiie douanier auquel la prépondérance politique des États manufacturiers du Nord a assujetti le Sud agricole. Notre production était, avant la guerre, exclusivement agricole, et c'est seulement depuis peu 'd'années qu'on a établi dan- le >u<\ un ; m Europe notre colon, notre sucre, notre i iz, notre tabac ; en vertu du cours naturel des cl nous devions demander en retpur à l'Euro| produits manufacturés. Mais nos frères du Nord ne l'entendaient pa ainsi. Il avaient établi des manui ii lures ils ont troui nm ml ux de

les protéger à nos dépens ; tous les articles que nous recevons d'Europe ou que l'Europe pourrait nous fournir sont assujettis à des droits de 55 à 75 0/0;

— sur les vins, 1rs droits s'élèvent jusqu'à 500 0/0. Qu'en résulte-t-il ? C'est que le Nord peut nous l'aire payer ses produits de r>.'> à lh (I/O plus cher qu'ils ne nous coûteraient en Europe. C'est un tribut pur cl simple qu'il prélève sur nous, et un tribut sans compensation d'aucune sorte. En Europe, la protection peut encore se couvrir de prétextes plus ou moins spécieux. Si telle région l'ail les Irais de la protection accordée aux industries d'une autre, en revanche elle a, de son côté, des industries à protéger. Chez nous, rien de pareil. Les manufactures de la Nouvelle-Angleterre mais achètent nos produits aux prix de la concurrence. Ils nous vendent les leurs aux prix du monopole. C'est comme si le Nord prenait dans nos poches la différence qui existe entre les articles de consommation qu'il nous force à lui acheter el ceux des marchés d'Europe. Il nous traitecommé ses tributaires; il a aboli chez nous l'esclavage domestique, qui obligeait les mures à" travailler pour nous, niais il ne se fait aucun scrupule de nous obliger à travailler pour lui ; il maintient à son profit et à nos dépens la servitude économique.

« Ce n'est pas tout. Nos frères du Nord ne se sont p, . contentés de nous ruiner par La confiscation de tlOS nègres et de uou.s achever par leur taril' prohi-

Ki LE CANADA. ïll

bitif, ils "ut envoyé dans le Sud l'écume de leurs politiciens radicaux pour nous gouverner. A peine la guerre était-elle unie qu'un a vu s'abattre chez nous, comme une nuée de sauterelles affamées, tout ce que le Nord comptait de politiciens discrédités et tares, ils se sont empares de l'esprit de nos nègres en trompant leur ignorance et en flattant leurs appétits cupides ; ils ont capte leurs votes en leur promettant le partage de ce qui nous restait de nos biens, et l'allocation d'une portion de terre de quarante acres a\ic deux mules à chacun. Ils ont poussé L'audace jusqu'à délivrer a leur.- dupes de prétendus titres de propriété en vertu desquels nos est laves de la veille venaient envahir nos terres, qu'il nous a fallu défendre le revolver au poing, tiràce au ciel omis en sommes venus à bout ; mais le- carpet /»(;/gers, de leur côté, n'en étaient pas moins arrivés a leurs lins. Ils avaient envahi les positions officielles , que nous avions eu peut-être le tort de ne pas assez leur disputer ; ils avaient entre les mains le gouvernement des États, c'est-à-dire la machine à lever des taxes et à contracter des emprunts, et vous savez déjà comment ils en mit use. La Sicile n'avait pas été pillée par Verres comme le Sud l'a été par les carpet baggers du Nord, car on ne connaissait pas, au temps de Verre-, le merveilleux mécanisme du crédit: on en ('lait réduit à piller la richesse actuelle, eu ne pouvait pas anticiper sur la richesse à venir. A la lin. nous uou omme limités contre celle bande de

<■'■>- LETTKliS SUR LES ETATS-1 SIS

vautours, et nous avons réussi à nous en débarrasser, non sans qu'ils soient retournés chez eux chargés de nos dépouilles. Mais, sauf dans la Caroline du Sud et dans la Louisiane, nous avons ressaisi le pouvoir, nous sommes redevenus les maîtres chez nous.

« Maintenant, que demandons-nous? Voulons-nous revenir sur le passé, comme on le prétend dans le Nord? Prétendons-nous réclamer une indemnité pour la confiscation de notre propriété esclave, ce qui serait pourtant rigoureusement équitable? Voulonsnous replacer nos nègres sous le joug de l'esclavage, comme on le fait croire à ces pauvres gens? Non! nous ne voulons pas revenir sur le passé; nous acceptons même l'égalité politique avec nos anciens esclaves, si monstrueuse qu'elle soit; nous acceptons tout, sachant aujourd'hui par expérience que l'intelligence unie au capital, saus parler de l'ascendant de la race, a toujours raison du nombre. Nous ne demandons rien au Nord, rien, si ce n'est de ne pas intervenir dans nos affaires et île s'abstenir de transformer les troupes fédérales en agents électoraux. La seule requête que nous lui adressions est celle que Diogène adressait à Alexandre : « Ote-toi de mon soleil! »

relie est l'opinion et tels sont les griefs que j'ai mtendu formuler uniformément dans nu langage plus ou moins vif, de Charleston à la Nouvelle- Orléans. Il est impossible de ne pas reconnaître, dans mu' tcii, une mesure, la validité de ces griefs.

Sur l'opinion relative à l'esclavage j'aurais naturellement des réserves à faire. Que la question de l'émancipation ait reçu, comme toutes les questions qui sont ici du ressort de la politique, la solution la plus désastreuse possible, soit que l'on considère l'intérêt delà population blanche ou celui du peuple de couleur, je l'accorde; mais à qui la faute? Je me souviens d'une loi de la Caroline du Sud qui interdisait, sous les pénalités les plus rigoureuses, d'apprendre à lire aux nègres; je un; souviens aussi d'un aphorisme d'un politicien du Sud déclarant que a les nègres n'ont aucun droit que les hommes de race Manche soient tenus de respecter » ; je me souviens enfin du mode d'argumentation que l'on employai! naguère dans le Sud pour convaincre les abolitionnistes de la légitimité île l'esclavage. On les enduisait de goudron, on les roulai! ensuite dans de In plume et quelquefois on niellait le l'eu à la plume. Ce genre d'argument avait le mérite d'être sommaire et de ne pas laisser (rainer la discussion en longueur; m. lis ne péchait-il pas visiblement contre les lois les plu- élémentaires de la logique? D'un autre côté, les honnêtes quakers qui oui pris l'initiative du mouvement en faveur de l'abolition de l'esclavage connaissaient^ suffisamment le naturel et le tempérament particulier <\u nègre? Ils se le représentaient volontiers ici qu'ils étaient eux-mêmes, sobre, prévoyant, économe et, par conséquent, aussi capable qu'eux-mêmes de pratiquer à la lois dans la vie pri-

vcc et dans la vie publique le self-government. Si le nègre ne donnait pas l'essor à toutes ces vertus caractéristiques du quaker, c'esl qu'il en était empêché par l'esclavage. L'esclavage seul le retenait dans une condition inférieure à celle du blanc. D'ailleurs, Dieu n'a-t-il pas créé tous les hommes égaux, et, par conséquent, égalemenl capables de joui] des inappréciables bienfaits delà liberté ? Tel était le raisonnement du quaker. Ce raisonnement pouvait être irréprochable, mais le bon quaker ne connaissait pas Tommy. 11 lui prêtait la nature et le tempérament du quaker. Or, s'il est en ce monde un être qui ressemble peu au quaker, c'est Tommy. Tommy a pardessus tout un naturel et mi tempérament d'artiste. C'est un musicien et un conteur; il retient à la première audition les airs les plus compliqués et il a l'oreille d'une justesse incomparable; il chante de naissance comme le rossignol ou l'oiseau moqueur, il est éloquent et plein d'imagination. Mais il a les défauts de ses qualités : il est paresseux, il est gourmand et il n'a pas une notion bien claire de la distinction essentielle du lien cl du mien. Il se promène la nuit comme les chats, et dans des intentions analogues. C'est un bohème l Au fond, il est bon, serviable, aimant; il dépensera jusqu'à son dernier sou pour acheter des colifichets à sa femme et des jouets à ses entants, ce qui ne l'empêchera pas do les laisser mourir de faim, car il n'a pas la notion du lendemain. Je sais bien ce qu'il faudrait à ce grand

enfant, incapable de se gouverner lui-même, et

encore plus de gouverner les mitres. Il lui faudrait non des droits politiques, dont il est aussi peu apte à se servir que le seraient les mules ses compagnes de travail, niais une tutelle à la l'ois ferme et douce qui suppléerait à son incapacité à pratiquer les devoirs et les obligations de la vie civilisée ; une tutelle qui le mettrait en garde contre le juif et le sauverait du whisky; une tutelle qui l'obligerait à prendre soin de sa femme, de ses enfants et de lui-même, tout en établissant une distinction, nécessaire à son amour-propre, entre lui et ses mules. Voilà ce qu'il faudrait à Tommy. Mais ai-je besoin de dire que ni au Nord ni au Sud on ue s'occupe du tempérament particulier de Tommy, non plus que du régime qui conviendrait à Tommy? Au Sud. on prévoit l'extinction prochaine et inévitable de sa race, et on songe à le remplacer par des éniigrants allemands OU chinois. Au Nord, on croit avoir assez, l'ait pour lui en lui donnant la liberté. S'il se montre incapable d'en user, c'est sa faute. S'il ne peut pas vivre libre, qu'il meure! Mieux vaut la mort que. l'esclavage! Pourtant, la mort, c'est dur. Pauvre Tommy! Me voici arrivé à Vicksburg, la célèbre forteresse dont la prise a décidé de la chute de la Confédération du Sud. Vicksburg est situé à l'extrémité d'une série de hauteurs, dans un coude du Mississipi. C'est une petite ville de 16,000 habitants, bâtie en amphithéâtre. J'y quitte le Robert-E.-Lee pour passera

bord de Y Minois, qui me conduira à Memphis, où je prendrai le train de Saint-Louis. J'ai été recommandé au commandant de V Minois par si bligeanl

collègue du Robert-E.-Lee. Non-seulement cet excellent homme — un vétéran mutilé de l'armée du Sud — me cède sa propre cabine, mais encore il me comble de prévenances et de whisky cocktails. Braves gens, ces gens du Sud; seulement un peu trop darwiniens à l'endroit de leur frère cadet le nègre, et trop prompts à mettre la main sur leurs revolvers!

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