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Étatsel, où n et si omINne | 13 AS IG - ï it aux latin, IX +4) j Cr LA SITUATION POLITIQUE DU CANADA — LE CLERGE pb CANADIEN — LA VIE RURALE “A “ fr Québec, le 2 août 1576. La Presque aussi étendu que Îles États-Unis, mais ne | | j | possédant encore qu'une population de # à 5 mil- È
lions d'habitants concentrés à l'est et au midi dans les provinces d'Ontario, de Québee, de la Nouvelle- Écosse, du Nouveau-Brunswick, de l'ile du Prince- “ Édouard, le Canada forme une Confédération nomih nalement dépendante de l'Angleterre, mais, en réalité, parfaitement maîtresse de ses destinées. La ni reine se borne à nommer le gouverneur général, | qui est actuellement l’aimable et populaire lord 04 Dufferin, auquel le Canada paie 50,000 piastres à (250,000 fr.) d’appointements, et le gouvernement anglais entretient à ses frais une garnison de 2,000
hommes à Halifax. Voilà tout! Outre ces 2,000 hommes, le Canada possède des milices que je n’ai pas vues, mais qui ont, à ce qu'on m'assure, un air de parenté avec feu notre garde. nationale, et quelques centaines d'agents de police. Cela suffit à garantir sa sécurité, que personne, au surplus, ne
s’avise de menacer. Le siége du gouvernement fé-
déral, du Dominion, comme on le nomme, est dans la ville neuve d'Ottawa. Il yaun Sénat de 72 membres pris dans chaque division (les provinces se partasent en divisions, les divisions en comtés, les comtés en paroisses ou townships) ct nommés à vie par le ministère, sous la signature du gouverneur général; à côté du Sénat, une Chambre des Députés de deux cents membres, dont soixante Canadiens français, élus par un corps électoral limité par un cens de 25 piastres de loyer ou d'autres conditions analogues (la piastre ou le dollar canadien équivaut au dollar américain en or, le papier-monnaie n’existant pas au Canada). Est-il nécessaire d’ajouter que les deux langues sont admises sur le pied de l'égalité dans le Parlement canadien, et que l’unité du Dominion ne s’en trouve pas compromise, au contraire ? Cette manie doctrinaire qui consiste à imposer la mème langue à tous les habitants du même pays en attendant qu’il soit possible de leur imposer la même instruction, le même costume et la même manière
de se faire la barbe, — cette manie, la plus sotte ct
la plus insupportable des manies politiques, n’a pas
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ET LE CANADA. 121 pénétré au Canada, et C’est précisément parce que Français et Anglais parlent chacun librement leur langue sans être obligés d’écorcher officiellement une langue imposée, qu'ils demeurent volontiers unis. Les sessions ne durent guère plus de trois mois par an, et les membres du Parlement, séna-
teurs ou députés, reçoivent une indemnité de 1,000
piastres. Il n’y a pas moins de treize départements ministériels, avec un nombre, hélas! croissant de fonctions de tout ordre, que se disputent les « conservateurs » et les «{ibéraux. » Les conservateurs ont été obligés, il y a quelque temps, d'abandonner le pouvoir par suite du goût trop prononcé que quelques-unes de leurs notabilités avaient manifesté pour les pots-de-vin ; et c’est actuellement le cabinet libéral Mackensie-Cauchon qui à la direction des alfaires.
Au-dessous du gouvernement fédéral, qui s'occupe des travaux d'intérêt commun, chemins de fer, canaux, etc., des pêcheries, des postes et des douanes, en s’efforçant naturellement d’arrondir ses attributions, 1l y a les gouvernements des provinces. Chacune forme un État qui se gouverne lui-même, déduction faite des attributions réservées au Dominion, avec un lieutenant-souverneur nommé par le gouverneur général, un Sénat, une Chambre des Députés, un ministère, une bureaucratie, sans oublier les deux parts de rigueur, tout ce monde-là émargeant au buduet ou aspirant à y émarger. Mais
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122 ETTRES SUR LES ÉTATS-UNIS je ne veux parler que de la province de Québec, la seule que j'aie visitée.
À l'époque où le Canada a été cédé à l'Angleterre, en 1765, 1l y à à peine un siècle, on n’y comptait que 60,000 colons français, venus pour la plupart de la Normandie et de la Bretagne. Quoique l’immration française se soit complétement arrêtée à partir de la cession, la population franco-canadienne s'élève aujourd’hui à bien près de 1,500,000 âmes, et l’on estime, de plus, à environ 500,000 le nombre des Canadiens français établis aux États-Unis, principalement dans la Nouvelle-Angleterre. En supposant que le même taux d’accroissement se maintienne,—et on ne voit pas pour quelle cause il baisserait d’ici à longtemps, — 1l y aura avant la fin du siècle prochain de 50 à 40 millions de Français au Canada. La place n'est pas près de leur manquer. La province de Québec, où ils sont principalement concentrés, est aussi grande que la France, et quoique l'hiver y dure sept mois, d'octobre en avril, elle abonde en ressources naturelles, La masse de la population se compose de cultivateurs qui parlent français avec un accent bas-normand et vivent paisiblement sous la direction morale et politique de leurs curés.
C’est le moment de parler du rôle que joue au Canada le clergé catholique. Ce rôle est considérable, et, comme toute chose en ce monde, il à ses bons et ses mauvais côtés. Les bons côtés —pourquoi
ec, la ne le dirais-je pas?—me paraissent l'emporter sur les ñ mauvais. À l'époque où le Canada a été cédé à l'An- À terre, gleterre, la colonie s’est pour ainsi dire trouvée dé- ia ptait capitée. Les familles scigneuriales et les fonction- ‘# lupart naires sont, pour la plupart, rentrés en France. Le NL. immi- clergé seul est resté, et c'est grâce à son influence 1 * êtée à que l'élément français a pu soutenir, sans se laisser x lienne entamer, la concurrence de l'élément britannique. ñ âmes, C’est dans les écoles et dans les Universités fondées ù nom- par lui ou sous son patronage que s’est conservé, fe -Unis, avec la langue, le culte de la vieille patrie française, Re ». En landis qu’il maintenait dans les paroisses rurales la ne nt se pureté des vieilles mœurs en prêchant d'exemple. 1 use il | Nulle part on ne trouverait un clergé d'une conduite Ê la fin plus exemplaire. Il possède de grands biens, car #, nçais nous sommes ici dans un pays de mainmorte, et dans nie quer. la seule ville de Québec il a entre les mains le tiers ls ment de la propriété foncière ; de plus, il a conservé la quoi- dime, qui se paic en argentou en nature, et qui est du À , elle vingt-sixième de la récolte en blé. La récolte faite, 5 a po- la vingt-sixième gerbe appartient au curé, et, dans ï d *
fran- ” ce fécond pays, le revenu qu'il en tire n’est pas fo
sible- mince, Il ya des cures de campagne qui rapportent
leurs 15,000 francs et davantage. Mais il ne semble pas que le fardeau soit trop lourd et que le développe- #
Joue | . ment de la prospérité du pays en soit entravé. La
sidé- 3 mainmorte et la dime, ces têtes de Turc du libéra-
| ses i lisme européen, n’empêchent pasplusl'accroissement js
quoi L de la richesse au Canada qu'elles ne Pont empêché î
124 LETTRES SUR LES ÉTATS-UNIS en Angleterre. Le clergé et les corporations religieuscs n'ont garde de conserver en friche leurs biens de mainmorte ; ils les louent, — et généralcment ils sont des propriétaires moins durs au pauvre monde que les enrichis de fraiche date; enfin, ils appliquent la presque totalité du revenu qu'ils en tirent à des œuvres d'éducation ou de bienfaisance. L'Université de Laval à Québec, qui ne coûte pas un denier aux contribuables de la province ou de la ville, est entretenue sur le revenu du séminaire de Saint-Louis; c’est une institution qui ferait bonne ligure même en Europe. Elle n’a pas moins de 700 étudiants ct, qui le croirait? elle compte dans le corps très-distingué de ses professeurs des Anglais protestants.
Voilà pour ce qu'on pourrait appeler l'actif de la domination du clergé, c’est-à-dire les services qu'il rend et le bien qu’il fait. Mais 11 y a un passif, ct, l'école de l'Univers aidant, j'ai bien peur que ce passif ne soit en train de s’accroitre avec rapidité. J'ai déjà signalé le dommage que cause à la population canadienne française, en présence de l'active concurrence de l'élément anglais, la routine de son enseignement demeuré presque exclusivement greco-latin.Je pourrais ajouter que les délassements intellectuels ou autres, mème les plus inoffensifs, ne trouvent point grâce à ses yeux. Il y a à Montréal un Institut canadien qui avait fondé un cabinet de lecture et ouvert une salle de conférences. On la
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excommunié, et l'excommunication n’est pas ici une arme inoffensive, telum imbelle sine ictu. L'Institut canadien a été déserté, ct il ne parvient même pas à louer sa salle de conférences sux entrepreneurs de concerts. C'est une salle maudite, et l’on s'expose pour le moins, en y entrant, à passer par les flammes du purgatoire. La valse est proscrite, on ne tolère tout au plus que le cotillon; et je ne pouvais entendre, sans y compatir du fond du cœur, les doléances d’un jeune Canadien qui se plaignait à moi de l'absence de toute espèce de délassements honnêtes pendant les longues soirées du long hiver du Canada. — Nous en sommes réduits, me disaitil, à boire et à jouer aux cartes. Que dire enfin de l'intervention du clergé dans la lutte des partis et de son rôle de plus en plus militant dans les élections ? On me cite des curés terribles, abonnés de l'Univers ou du Monde, qui dénoncent en chaire comme des suppôts de Satan leurs adversaires électoraux, et qui mènent leur troupeau au doigt et à l’œil. Malheur à qui leur résiste! Le moindre mal qui puisse arriver à ces brebis égarées, c’est d’être mises à l'index dans la paroisse et finalement d’être obligées d’aller cacher leur turpitude dans les viiles.
C’est, bien entendu, contre le libéralisme et les libéraux que se déchainent au Canada comme ailleurs les tempêtes cléricales. Ces pauvres libéraux canadiens, ils appartiennent cependant à la variété la plus inoffensive de l'espèce, Pas un ne manque à
la messe le dimanche, et ils font régulièrement leurs pâques. Je demandais à l’un d'eux en quoi ils différaient des conservateurs. [Il hésitait et paraissait embarrassé de me répondre. — Je crois bien, finitil par me dire naïvement, que c’est une question de places. — Sans doute, c’est une question de places ; s’il n’y avait point de places, il n’y aurait point de partis ; mais vous avez du moins des principes et un programme; vous Inttez contre l’influence cléricale? — Oui, contre l’influence indue. — Qu’entendez-vous par influence indue? — C’est l'influence qu’un curé exerce sur ses paroissiens en faisant de la politique en chaire. Nos adversaires prétendent, au contraire, quec’est une « influencedue », et ils ont malheureusement presque tous les évêques de leur côté. Nous en avons respectueusement : àpelé à Rome; mais Rome ne'se presse pas de ‘vus répondre. Le Ganada est si loin !
La ligne de démarcation entre les deux partis n’est pas bien épaisse, comme on voit; mais les journaux et les faiseurs de brochures s’efforçent tous les jours de la grossir. Jai sous les yeux une brochure publiée récemment à Montréal, et dans laquelle l’auteur s'applique à démontrer la parfaite identité du libéralisme curopéen et du libéralisme canadien. Les libéraux canadiens y sont même qualifiés de rouges. Dans la presse, la polémique n’est pas moins acerbe. Quoique moins développée que la presse anglaise, la presse française du Canada ne
leurs Ë manque pas cependant d'importance. Il ya à Mont- Var liffé- | 4 réal et à Québec une douzaine de journaux publiés
ssait | en français, la Minerve, le Nouveau-Monde, l'Événe-
finit- | 4 ment, le Canadien, le Journal de Québec, etc.,
n de : autant dans les villes de second ou de troisième ï
\ de ordre, et les deux partis y sont presque également \ urait représentés. Les feuilles cléricales ont généralement 1 r'in- pris l'Univers pour modèle. M. Veuillot est leur pro- ta l’in- fesseur de littérature ; mais, comme il arrive d’ha- 1 due. bitude, elles ont emprunté les défauts plutôt que les | St qualités du maitre. Voulez-vous quelques échantil- ; s en lons de leur manière? Voici un article du Nouveau-
pré- Monde, intitulé « le Cri des faméliques. » C’est une IC», dénonciation contre les grits-libéraux( terme de mé- de ques pris local) « qui ne peuvent souffrir d’autres qu'eux ide « dans les bureaux du service civil... » — « Écoutez
LUS : « poursuit la feuille catholique, écoutez ce cri du
; « ventre; 1l est long et aigu comme celui d’affamés 4
irlis « enragés.» Passant aux affaires de France, le | les É même journal annonce avec une satisfaction peu déous | guisée que « le Sénat à rejeté la loi de l'anglais
)r0- À! « Waddington contre la liberté de l’enseignement
elle 4 « supérieur, » — «Ainsi se trouve défaite, conclut- a tité k « 11, par un acte d’honnèteté et de justice, l’œuvre
en. 1 « malhonnête et injuste de la majorité jacobine de 14 de hi « la Chambre des Députés. » La Minerve publie 1 pas 4 une correspondance de Paris renfermant des ap- ï la F préciations non moins intéressantes. Le correspon- L ne 3 dant a assisté à l’enterrement de M. Casimir Périer,
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et il décrit le cortège : « Voilà, par exemple,
M. Thiers, ce petit vicillard qui tient les cordons du poële. Il est venu, lui, un des derniers survivants de la secte voltairienne, rendre hommage à son ami défunt. Malgré tout ce qu’il a vu depuis trois quarts de siècle, il en est toujours au Dictionnaire philosophique et à l'Encyclopédie.
Cette génération cest remplacée maintenant par les positivistes, qui veulent une action violente contre Dieu, l’âme, les dogmes, les cultes. On les a vus à l’œuvre pendant la Commune. Si la guerre éclate ct si la France est entrainée dans l'orbite de la Russie, ils profiteront du moment où les forces de la patrie seront engagées contre l’ennemi du dehors pour s'emparer du pouvoir. » Le
correspondant de la Minerve déclare, au surplus, qu’il ne lui convient pas de s'occuper du régime actucl de la France. « Le moindre mal qu'on puisse
en dire, c’est de n’en rien dire du tout. La majorité est libérale ; la force fait le droit; l’énonciation des principes religieux est accueillie, du côté de la gauche, par des ricanements diaboliques. »
— « J'ai entendu une foule de personnes, conclut ce
correspondant b'en informé, parmi les meilleurs esprits, manifester le désir suprême qu’un homme revêtu de la cuirasse et armé du glaive prenne.en main la cause de la France, entre botté et la cravache à la main dans les salles législatives, et en chasse cette bande de législateurs en goguette. La
emple, cordons S SurvImage à depuis au Dicpédie.… nt par iolente . On les Si la e dans nent où ce l’enr. » Le urplus, me acpuisse | majo- 1oncialu côté ques. »
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