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« France baiserait les mains de ce sauveur, et, « pourvu que cet homme voulüt s'appuyer sur la « religion et sur l’armée, toute la nation l’acclame- « rait et commencerait à espérer son salut. Mais où « est-il cet homme? Exoriare aliquis. » Voilà le diapason de la presse cléricale du Canada.
Heureusement la presse canadienne ne s’occupe
pas uniquement de la politique intérieure ou étrangère. Sauf en temps d'élections, elle ne donne même aux questions politiques que la petite place. Les feuilles de province s'occupent de préférence des questions agricoles, et je note par exemple, dans la Gazette de Sorel, cette recette pour la destruction des sauterelles, qu'un correspondant naïf lui envoie des États-Unis. « Je voyais, dit-il, dans le milieu des champs des carrés de pierres plates. Je m'adressai aux fermiers et leur demandai ce que signifiait cela ; ils me répondirent que c'était pour détruire les sauterelles; ils répandent une couche de tabac en poudre sur le carré de pierre, et comme les sauterelles sont extrèmement avides de tabac en poudre, elles se jettent sur la pierre et c’est à qui aura sa place pour prendre la prise; du moment qu’elles éternuent, elles se frappent le front sur la pierre et se tuent roide. Un fermier m’a dit en avoir ramassé 30 minots par jour, qu’il vendit 50 centins le minot pour faire de l'huile ou pour nourir les dindes. » Et probablement aussi les canards! Voici encore une annonce,
Nec: S +.
pleine de couleur locale, de la grande loterie du Sacré-Cœur. Une croix flamboyante surmontant un cœur couronné d’épines la signale aux regards des lecteurs de la avatrième page. Elle nous apprend que cette loterie hautement approuvée par Sa Grandeur Myr l’évêque de Montréal, est destinée à venir en aide à trois grandes œuvres catholiques : le Carmel, le Collége commercial des Frères des écoles chrétiennes et l’église de l'Immaculée Conception ; elle offre aux fidèles disposés à venir en aide à ces bonnes œuvres une série de bourses d’or contenant de 250 jusqu’à 10,000 dollars, 500 lots de terrain à bâtir d’une valeur moyenne de 500 dollars, 500 chasubles de toutes les couleurs, plusieurs en drap d’or, 20 ciboires, 42 calices, 12 paires de burettes, des garnitures d’autel, ete., en tout pour une valeur de 272,782 dollars. Les plus sages précautions ont été prises pour garantir la stricte honnêteté du tirage. Le directeur-gérant à fourni un cautionnement considérable. Prix du billet, 1 dollar. — Voici enfin une annonce tout à fait dans le goût américain, qui pourrait faire pendant aux cartes d’adresse de MM. Schuyler et Armstrong, les exposants des délicieux cuskets de Philadelphie. « Nouveaux corbillards. M. X. Cusson, le plus ancien entrepreneur de pompes funèbres, annonce au public qu’il a reçu deux corbillards, un grand et un petit, d’un genre tout nouveau. Ces corbillards sont à cinq étages, faits avec une grande richesse, et l’on peut y exposer les
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corps de quatre manières différentes, visibles ou invisibles. Ces corbillards sont recouverts en étoffe riche et représentent une tombe dans un cimetière. »
Près des neuf dixièmes de la population française de la province de Québec s'occupent d’agriculture et habitent les paroisses rurales. J'ai voulu aller la voir chez elle, et j’ai été passer le dimanche dans la commune de V..., à une quinzaine de milles de Montréal, sur les bords du Saint-Laurent. Je descends dans une petite hôtellerie en bois, proprement tenue. Dans le salon, un portrait de la reine Victoria fait pendant à un Chemin de la Croix et à une carte féniane de l'Irlande. Au haut de la carte, un fénian en uniforme de franc-tireur, l'épée d'une main, le drapeau vert à la harpe d’or de l’autre, s’élance sur des débris enflammés; plus bas sont les portraits des grands patriotes Robert Emmet, O’Connell et le colonel Burke, avec cette légende :
Free from the grasp of british power Our own dear isle must be Or we will die in the holy cause
Of Irish liberty !
« Notre ile chérie doit être délivrée des chaînes de la puissance britannique, ou nous mourrons pour la sainte cause de la liberté de l'rlande. »
On m'explique que l’exhibition de cette carte séditieuse ne tire pas autrement à conséquence. Les Irlandais sont nombreux au Canada, et il y a apparence que la vue de ce fénian en grande toilette
réjouit le cœur des habitués du bar. Les Anglais loyaux peuvent, en revanche, contempler les traits de la reine. Il y en a pour tous les goùts. Mais l'heure de ia grand’mess: approche. Des chars découverts à quatre roues, des cabriolets, des bogueys attelés de chevaux vigoureux, amènent à l'église les propriétaires et les fermiers des points éloignés de la paroisse, avec leur famille. D’autres habitants (c’est le mot consacré, a; : est mal venu) suivent à pied le trottoir en bois 1: l'urde le très-mauvais chemin du village. Tout ce monde-là est confortablement vêtu : les hommes, de hellc: :ed'ugotes ou de vestes neuves ; les femmes, de fraiches robesd'été; point de casquettes et de bonnets, rieu que des chapeaux ; les enfants, coquettement atüfés; les fillettes en robe de mousseline, avec des ceintures en soie. Beaucoup de bonnes figures, bien ffaiches ; parmi les anciens, quelques types de paysans madrés : on se croirait dans un riche village de la Normandie. L'église est vaste et dans le style des jésuites, très-dorée, avec force images. Elle est remplie. La messe est commencée. Le curé monte en chaire. C’est un gros personnage. La cure lui rapporte 3,000 piastres au moins (15,000 fr.), desquelles il n’a à décompterque les modiques appointements de son vicaire, 50 piastres par an, la paroisse se chargeant de l'entretien de l’église. Il prend pour thème la parabole de l’économe infidèle, en rappelant à ses auditeurs en de lort bons termes, mais avec un accent déplorable,