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où la bande des musiciens de l'hôtel a commencé son lapage.
Je vais faire un tour dans le « Broadway » de Saratoga, — toutes les villes américaines ont leur Broadway. Celui-ci est garni de magasins de marchandes de modes, de confections, de coiffures, alternant avec des tobacconists, presque tous juifs, et des offices de marchands de tickets de chemins de fer. Sur le trottoir, un transparent orné d’un gigantesque pied rouge m’apprend que le docteur Pray extrait sans douleur les cors, les durillons ct les molaires. Voici un coiffeur parisien venu de New-York à Saratoga pour la saison. La saison ne dure que sept semaines, et il paie 400 dollars de loyer pour son étroit magasin. C'est cher, mais on vend assez bien les cheveux, sur lesquels on réalise un bénéfice honnête. Les cheveux sont importés d'Europe, moyennant un droit de 50 0/0, Les Américaines refusant généralement de se laisser «tondre, » en dépit de la protection que le tarif leur accorde. Les cheveux châtains viennent de la Normandie, de la Bretagne et de l'Auvergne; les cheveux noirs, de l'Italie ; les cheveux blonds, de l'Allemagne et de la Suède. Certaines élégantes ont sur la tète pour 300 dollars de cheveux importés, et
re vieille lady a payé 200 dollars deux tresses de cheveux blancs, les plus chers. Je compte bien juger, le soir même, de l’eflet des cheveux importés sur les tés des charmantes misses qui se donnent
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rendez-vous de tous les points de l’Union à ce grand marché matrimonial. Il y a bal au Grand Union hotel et à l'hôtel des États-Unis, son rival. Je n’ai garde d'y manquer; mais c’est une double déception : on y rencontre certainement de très-jolies misses et des ladies somptueusement vêtues qui ont convenablement encouragé le commerce d'importaon des cheveux; mais je n’aperçois pas un seul « kauguroo », et c’est à peine si quelques couples se décident à faire un tour de valse. Cavaliers el dames dansent sans gants! A minuit, l'orchestre disparait. — Nous sommes au samedi, et l'on ne danse pas le dimanche. Me revoici au n° 1515. Ma chambre n'est pas faite, et le lendemain matin mes bottes ne sont pas cirées. Est-ce une négligence accidentelle, ou serait-ce une mesure générale de revanche de nos serviteurs nègres contre la race blanche ? Quoique là sonnette soit électrique, je sonne et je resonne en vain pour approfondir ce mystère. J’en suis quitte pour confier mes bottes à un des pauvres petits va-nu-pieds de race blanche qui encombrent le trottoir avec leur boîte à noircir, blacking; je passe le dimanche à boire l’eau ferrugineuse et sulfureuse des fontaines et à me promener sous les ombrages de Congress Park, où jaillit la plus célébre des sources de Saratoga, Congress Spring. Le soir, je demande ina note à l’un des quatre caissiers du Grand Union hotel. J'en suis quitte pour 10 dollars, à dollars par jour, — et c’est réellement pour
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ET LE CANADA. 155 rien. Songez donc : deux milles de salons, dix acres de tapis, quatre ascenseurs, trois repas par jour, quatre-vingt-cinq plats au dîner, plus un concert dans la journée et un bal le soir pour 5 dollars ! Il est vrai qu’on n’a pas changé mes assiettes, que ma serviette ressemblait à un mouchoir, qu'on n'a pas fait ma chambre et qu’on à négligé de cirer mes bottes. Mais ce sont des détails, et Grand Union hotel n’en est pas moins une colossale manufacture de confort et une des créations les plus caractéristiques du génie américain.
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