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tion. On conçoit que, dans un État tel que la Caroline du Sud, où les blancs sont exposés à être jugés par des jurys nègres, 1ls aient recours au juge Lynch ; mais telle n’est pas la situation dans la Géorgie. Les services publics y sont entre les mains des blancs, et le coupable n'aurait pas échappé aux rigueurs de la justice. A la vérité, on ne l’aurait peut-être pas pendu. Or, dans l'opinion du juge Lynch, tout nègre qui porte la main sur une blanche doit absolument être pendu, et voilà pourquoi ce magistrat expéditif a cru nécessaire d'intervenir dans l'affaire d’Augusta. Aï-je besoin d’ajouter que l'opinion du juge Lynch est partagée par la généralité de la population blanche? Je n’y contredis point; seulement, j'ai beau me raisonner, j'ai quelque peine à m'accoutumer à l’idée qu’on puisse tuer un nègre, füt-il trop galant, sans plus de façon et de remords que s’il s’agissait d’un lapin.
D'Augusta, je vais en une nuit à Atlanta, capital de la Géorgie et point de jonction des principales lignes de chemins de fer du Sud. Atlanta a été complétement détruite par l'armée de Sherman; il ne restait debout que trois magasins et quelques maisons; sa population s’est trouvée réduite alors de 27,000 habitants à 700. Depuis Savannah, je n'ai aperçu que des ruines laissées par ce dur homme de guerre qui porte ici le surnom significatif d’Attila du Sud. Sur la foi des « Instructions pour les armées américaines en campagne », rédigées par le docteur
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Licher, qui sont annexées au « Traité du droit des gens » du savant docteur Bluntschli, et qui méritent assurément d’être citées comme un modèle, j'avais cru que l'armée fédérale avait respecté religieusesement les propriétés privées dans la guerre de la sécession. Hélas ! c’est encore une illusion qu’il me faut perdre. D’après tous les témoignages que j'ai recueillis — et quelques-uns sont absolument dignes de foi — l’armée de Sherman, recrutée, à la vérité, dans la lie de l’émigration européenne, aurait renouvelé dans le Sud les exploits des lansquenets et des compagnies noires. Non contents de piller, les soldats détruisaient tout ce qu'ils ne pouvaient pas emporter. — On les accuse même d’avoir violé les tombes des cimetières pour dépouiller les morts des bijoux avec lesquels on a la coutume pieuse, mais imprudente de les enterrer. Il faut croire que Sherman avait oublié de prendre avec luiles « Instructions » du docteur Licber! Cependant Atlanta s’est relevée de ses ruines, et c’est même la ville de l’Union où il m'a paru que le bâtiment marchait le mieux. Ce ne sont partout que bàtisses neuves ou en construction. Les juifs arrivés en foule depuis une vingtaine d'années d'Allemagne et de Pologne, sont particulièrement nombreux à Atlanta. La plupart d’entre eux se sont enrichis pendant la guerre de la sécession, en faisant le commerce du papier, et finalement en échangeant leur stock de bons confédérés contre des terres, des
colporteur juif le guette le jour de sa paye, il lui offre des boîtes de sardines et d’huitres conservées