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ET LE CANADA. 219 de station dans le voisinage de la plantation, mais peu importe ! Nous ne sommes pas dons un pays où le règlement fait loi. M. L... prie le conducteur d'arrêter le train en face de la plantation, et c’est fait! La plantation à 2,200 acres de superficie, mais on n’en cultive que 750 en cannes, mais et riz. Elle valait, avant la guerre et l'émancipation, 556,000 dollars avec son cheptel d'esclaves; elle n’en vaut plus aujourd’hui que 60,000. La maison d'habitation, carrée, à un étage sans compter le rez-dechaussée, surmontée d’un belvédère et entourée de sa véranda en bois, a dû être fort jolie. Malheureument le propriétaire a cessé d'y résider, et les mauvaises herbes foisonnent dans le jardin. À côté se trouve le bâtiment de la fabrique, où se fait la roulaison ; un peu plus loin le « camp », comprenant une douzaine de cases avec leurs jardins où sont logés les nègres attachés à la plantation. de visite les champs de cannes situés à portée de l’habitation, entre le Mississipi et une forêt marécageuse. C’est un lieu que hantent volontiers les alligators et les serpents à sonnettes, sans oublier le redoutable mocassin, le plus venimeux des serpents aquatiques; mais ces hôtes malfaisants ne cherchent point la présence de l’homme, et ils se tiennent ordinairement sur la défensive. Plût à Dieu que la bête rouge, animalcule imperceptible qui s'attache aux jambes des promeneurs, ct le moustique, l'odieux, linfernal
moustique, usassent de la même réserve ! Qui donc
a dit que la création a été faite exclusivement à l'usage de l’homme? A coup sûr le moustique n’a pas été fait pour l’homme ; on pourrait soutenir bien plutôt que l'homme a été fait pour le moustique. Je reviens à mon champ de cannes. La canne à sucre est un grand et lourd roseau qui atteint communément 5 ou 6 pieds de hauteur, et quelquefois jusqu'au double. Elle est partagée en nœuds placés à deux ou trois pouces de distance, et qui mürissent successivement à partir du pied. Quand ils sont mûrs, 1ls. prennent une teinte violette. Le feuillage est dru et d’un beau vert. Comme les champs de coton, les champs de cannes ont besoin d’être travaillés avec grand soin; il faut, en outre, y pratiquer une série de fossés reliés les uns aux autres, afin de drainer le sol aussi complétement que possible. On plante la canne dans les mois de janvier et de février, et ce n'est qu’au mois de juin qu’on abandonne la récolte à elle-même. On coupe les cannes au mois d'octobre ; alors commence la roulaison, c’est-à-dire la fabrication du sucre : elle dure jusqu’en décembre, deux mois ou deux mois et demi environ. On apporte la canne à la sucrerie ; un plancher mobile l’amène sous les rouleaux, mus par une machine à vapeur, — autrefois on se contentait d'un simple manége; — le jus se sépare de la bagasse et s'écoule dans un réservoir où 1l dépose, puis dans une série de chaudières où il est purifié au moyen de la chaux et cuit au degré voulu. Ces
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chaudières ont chacune leur dénomination spéciale : la grande, la propre, le flambeau, le sirop, la batterie. Au sortir des chaudières on le laisse refroidir, puis on le verse dans des boucauts percés de trous, d’où la mélasse, se séparant peu à peu du sucre, s'écoule dans un réservoir. Au bout d’une vingtaine de jours la roulaison est terminée, le jus de la canne est transformé en sucre. On estime qu’un, acre de cannes fournit un boucaut de 1,200 livres de sucre et deux barils de mélasse. Une plantation comme celle-ci produit de 2 à 500 boucauts de sucre et 1,800 barils de maïs qui est consommé par les mulets. Le maïs semé avec des fèves sert d’assolement. On ne sépare pas, comme dans l’industrie du sucre de betterave, la production de la canne de la fabrication du sucre. Chaque propriélaire se borne à rouler ses cannes, et la nécessité de resserrer les opérations dans un espace d’une soixantaine de jours à fait obstacle jusqu’à présent à l'établissement de grandes sucreries à la mode d’Europe. La sucrerie de M. L... n’a pas coûté plus de 25,000 dollars. C’est déjà beaucoup dans un pays où l'intérêt est à un taux exorbitant.
Arrivons au régime du travail. On emploie un nègre libre pour 7 acres. Un nègre esclave suffisait pour 10 acres. C’est la même proportion que pour le coton, Les salaires ont beaucoup baissé depuis quelques années. Îl y a trois ans, on donnait aux nègres 20 dollars par mois, la nourriture et le logement;
aujourd’hui, leur salaire n’est plus que de 138 dollars pour vingt-six jours de travail, soit environ 70 cents par jour, avec le logement, mais sans la nourriture. On leur en paie les deux tiers mensuellement ; le tiers restant, à la fin de l’année. La journée va du lever au coucher du soleil; elle est, en moyenne, de quatorze heures dont il faut déduire deux heures pour le diner et le déjeuner. Pendant la roulaison, époque où le travail est particulièrement rude, elle n’est que de huit heures ct demie ; mais on demande aux ouvriers un quart en sus de travail de nuit, qu’on leur paie à raison de 50 cents. Les femmes, employées aux mêmes travaux que les hommes, à l'exception du labour ct du creusement des fossés d'écoulement, reçoivent 50 cents par jour. Le nègre a, de plus, la jouissance d’un jardin et même d’un morceau de champ où il cultive des légumes et du mais. Ces salaires seraient fort suflisants pour répandre l’aisance dans le « camp », si l’ordre et l’économie n'étaient des vertus généralement inconnues à Tommy, et s’il n'éprouvait pas une passion de plus en plus prononcée pour le whisky. Un store assorti de toutes sortes d'articles de consommation, les sardines ct le wiisky compris, est attenant à l’habitation, ct les nègres s’y pourvoient de préférence ; chaque semaine on leur remet un «ticket de travail » constatant le nombre de journées qu'ils ont faites et, par conséquent, la somme qui leur est due; en échange de ce ticket, le gérant du store leur donne
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une série de bons de À dollar, 50 cents, 25 cents et même 40 cents, qu'il reçoit ensuite en paiement des articles de consommation qu’on lui achète; les bons non présentés — on n’en compte ordinairement qu'un tiers, ce qui veut dire que les deux tiers du salaire des nègres entrent dans la caisse du store, — les bons non présentés, dis-je, sont échangés, partie à la fin du mois, partie à la fin de l’année, contre de l’argent. Ce système, qui s’est généralisé dans les plantations de sucre, de riz et de coton, rapporte aux planteurs de notables bénéfices, et il leur permet, en outre, de réduire sensiblement leur capital roulant ; il peut donner lieu à des abus, — on en sait quelque chose en Angleterre, où il est connu sous le nom de truck system ; — mais dans les endroits où les stores n'existent pas, le salaire de l’imprévoyant Tommy n’en passe pas moins, pour la plus grande part, entre les mains des juifs, et sa condition n'est pas meilleure. Les cases du « camp », en planches brutes, ressemblent à celles que j'ai vues en Géorgie ; leurs habitants flânent le long de la levée, — c’est un dimanche. — Une vicille négresse fume sa pipe ; un charpentier mulâtre, garçon économe et rangé, qui vient d'acheter un morceau de terre sur ses économies, tient ses enfants sur ses genoux ; un nègre à laine blanchissante, à qui son maitre fait des remontrances bienveillantes sur sa passion pour le whisky, lui répond en pur nègre du boulevard: « Whisky, plus fort
que li. » L'heure du retour est arrivée, on signale au loin le convoi. Mon compagnon agite un mouchoir blanc; le train s'arrête, et deux heures plus tard nous rentrons à la Nouvelle-Orléans.
J’allais oublier la soirée de la veille, samedi, — jour où les deux partis tiennent de préférence leurs meetings suivis de promenades à la lueur des torches. Canal street et les rues adjacentes présentaient
le spectacle d’une animation extraordinaire. I y avait foule au pied de la statue de Henry Clay, foule aussi dans les maisons de jeux tolérées de la rue de Chartres et dans les bureaux de la loterie louisianaise, — une loterie d’État qui a un « petit tirage » par jour, sans compter les gros, et à laquelle les cuisinières de la Nouvelle-Orléans ne manquent pas d'apporter le tribut quotidien des 25 cents qu'elles « économisent » sur leurs marchés, À neuf heures, les processions des clubs républicains et démocrates commencent à se former et à parcourir la ville sur deux files, chaque membre portant sa torche avec laquelle il exécute des évolutions variées. À mesure que les clubs du même parti se rencontrent, ils fusionnent ; en sorte que les deux processions rivales finissent par s'allonger en une queue non moins interminable que flamboyante. En tête de la procession démocratique, un homme à cheval porte un transparent sur lequel apparaissent en grosses lettres les noms de Tilden et de Hendricks. Un orchestre précède les membres des clubs, en casquettes
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blanches de jockeys avec collet noir sur la chemise. Les républicains ont un aspect encore plus pittoresque s’il est possible. Leur procession s'ouvre par une grande voiture où deux blancs et deux nègres correctement vêtus sont assis fratcrnellement côte à côte ; puis vient un immense drapeau étoilé avec une couronne à la hampe; puis un transparent avec les noms de Ilayes et de Whecler ; puis un orchestre qui exécute, avec accompagnement de fifres et de tambours, l’air des Conspirateurs de la Fille de M"° Angol; puis un club blane, chapeaux de paille et manteaux vénitien en calicot vert, bleu, rouge, orange sur la chemise ; enfin, un club nègre, sévèrement vêtus de courtes redingotes noires, avec casquettes et ceintures blanches. Chaque club à sa bannière spéciale. Les deux processions se côtoient au milieu des cars et des voilures d’un train dont la vapeur siffle ; démocrates et républicains agitent leurs torches en se jetant des regards médiocrement fraternels; quelques briques et d’autres menus projectiles sont lancés au détour d’une rue obscure ; les journaux démocrates dénoncent le lendemain cet outrage en lattribuant aux républicains; le journal républicain, de son côté, ne manque pas de l’attribuer aux démocrates. Ils ont probablement raison des deux parts. Je remarque une douzaine de gamins armés de transparents spéciaux qui essayent de se faufiler dans les rangs; d’abord, on les laisse faire ; mais bientôt on les expulse avec indignation.
Je m'approche : les transparents représentent un homme de solide encolure avec cette inscription en légende : Holman's cures without medicines !
(Guérisons sans médecines!) Pourtant, n’e:t-ce point aussi la devise des politiciens de tous les partis et de tous les pays : Gutrisons sans médecines ?
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