‹ Lettres sur les Etats-Unis et le Canada [microforme]Chapitre 74 sur 81 · SHARE · texte numérisé non relu

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318 LETTRES SUR LES ÉTATS-UNIS médical et dental, collége de législation, collége de théologie, collége des sciences. On peut toutefois entrer d'emblée dans les collèges spéciaux ; il suffit de deux ans pour obtenir un diplôme de médecin, de deutiste ou d'avocat, et, dans ce pays où l’on est généralement pressé de faire de l’argent, c’est le cas le plus fréquent. Le collége médical de l’Université a été installé à Boston même, à proximité des hôpitaux; les autres colléges sont à Cambridge. L'Université proprement dite compte une cinquantaine de professeurs, d’assistants et de tuteurs, — les professeurs payés à raison de 4,000 dollars par an, — et environ 800 élèves. Elle en aurait probablement davantage si elle était en meilleure odeur auprès du monde dévot; mais c’est une Université libérale et laïque : les matières religieuses sont laissées en dehors de l’enseignement général, et ni les professeurs ni les élèves ne sont astreints à la. pra tique régulière d’un culte. Les églises ne manquent pas toutefois dans le voisinage, et elles sont convenablement fréquentées le dimanche. Il y a des Sociétés d'étudiants où ceux-ci se délassent en faisant de la musique et de la gymnastique, et aux environs de cet atelier de la science s'élèvent, au milieu des jardins, les paisibles habitations des professeurs, remplies de vieux livres et d'objets d’art authentiques. Rentré à Boston, je vais visiter l’Athenæum, autre fondation particulière dont la bibliothèque de 80,000 volumes et les collections de journaux sont

collége de à la disposition du publie, et la Bibliothèque de Bost toutefois ton, qui possède une des collections les plus com-

: il suffit plètes des éditions de Shakespeare et des commenmédecin, taires sur les œuvres du grand poëte anglais ; il y en a s où l’on bien 5,000 volumes. L'administration de la Biblioent, c’est thèque a fait dernièrement un coup d’État que les

de l’Uni- respectables Dodges du Massachussetts ne lui ont pas ximité des encore pardonné : elle a décidé qu’une de ses salles mbridge. de lecture serait ouverte le dimanche, et, jusqu’à cinquan- présent du moins, cet acte de scandaleuse immorateurs, — lité n’a pas attiré sur Boston le feu dévorant de So- Ilars par dome ct de Gomorrhe. Inutile de dire qu'à l’Atheit proba- næum et à la Bibliothèque de Boston comme à Harre odeur vard, le personnel se compose en majorité d’agréaniversité | bles et laborieuses misses. Elles sont en majorité sont lais- aussi dans l’enseignement primaire et même seconet ni les daire ; enfin, dans un Girls’ high school, école supéà la. pra- rieure de filles de West Newton street, dont les pornanquent tes me sont gracieusement ouvertes, le personnel t conve- |, | enseignant se compose de 20 dames et d’un seul les Socié- ! homme. Cet établissement contient 5 à 600 élèves iisant de de 14 à 20 ans, et son programme est des plus étenirons de dus: il comprend le latin, le grec, le français, l’alledes jar- mand, la physique, la chimie, la géographie, la rs, rem- trigonométrie, l’algèbre et la photographie, sans nliques. parler de la rhétorique et de Péthique. Je n’y m, autre trouve rien à redire ; seulement je constate que les que de dames américaines savent très-mal les langues iux sont vivantes, l’anglais seul excepté, et peut-être trou-

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920 LETTRES SUR LES ÉTATS-UNIS veraient-elles plus de profit et même d’agrément à savoir un peu mieux le français ou l'allemand, dussent-elles négliger le latin avec le grec. Ce n’est pas leur avis cependant, et je ne trouvais pas, Je l'avoue, grand'chose à répondre à cet argument ad hominem que me poussait une aimable Philaminte de Boston : —- Pourquoi enseigne-t-on les langues mortes aux enfants du sexe masculin ? Parce qu'on a re on . d'aucune étude n’est plus propre à développe: ice: esprit. Eh bien! serait-il juste de refuser aux femines l’usage de cet instrument supérieur de culture et de civilisation? Ne trouveriez-vous pas choquant qu’on nous interdit l’accès des chemins de fer ou l’usage du télégraphe ? De deux choses l’une : ou il faut enseigner le latin et le grec aux deux sexes, ou 1l faut ne les enseigner à personne. — L'argument n’était-1l pas sans réplique ? — Je reviens à la Girls” high school de West Newton street. L'instruction y est gratuite comme dans toutes les écoles publiques : riches et pauvres y sont confondus ; la couleur même n’est pas une cause d'exclusion, et j’aperçois avec plaisir une jolie mulatresse dans ce blanc troupeau. Le laboratoire de chimie est dirigé par une « miss » ; et c’est une autre miss, terriblement maigre et nerveuse celle-ci, qui enseigne la gymnastique. On reconnaît généralement aux femmes une aptitude particulière pour l’enseignement, et on les préfère encore aux hommes pour un autre motif : c'est qu’elles coûtent moins

’agrément ‘allemand, c. Ce n’est ais pas, JC rument ad Philaminte es langucs ‘ce qu'on à re à dévete de relut supérieur Z-VOUS pas es chemins eux choses le grec aux

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ET LE CANADA. 321 cher. Les professeurs féminins de la Girls high school sont payés à raison de 800 à 1,200 dollars seulement ; des professeurs du sexe masculin coûteraient le double. Cependant, cette préférence provoque des jalousies, et dans l’État de New-York, par exemple, où l’on compte 2,500 professeurs féminins sur 300 masculins, un certain M. Fulier vient de commencer une campagne en règle contre l'invasion féminine de l’enseignement. Ce M. Fuller est un tacticien redoutable, et il procède avec une habileté vraiment machiavélique. Il s’est bien gardé de demander qu’on diminuât la part des femmes dans l'éducation publique. A Dieu.ne plaise ! Seulement, il. est d’avis qu’il existe une incompatibilité naturelle entre les devoirs de la maternité et les fonctions de l’enseignement, et il demande, en conséquence, que les professeurs féminins soient tenus de rester célibataires. « J’estime, disait-il dans une séance récente du Bureau d'éducation, qu’on doit raisonnablement s'attendre à ce qu’une femme mariée soit obligée chaque année de s’absenter de l’école pendant trois mois; de plus, dans les mois suivants, l’accomplissement de ses devoirs maternels ne peut manquer de présenter des inconvénients sérieux dans les salles de classes. En ce moment, la situation est encore tolérable, parce que les dames professeurs sont peu nombreuses ; mais elles tendent à se multiplier, et nous sommes exposés à voir avant peu nos écoles remplies de femmes mariées. Non-seule-

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ment l’enseignement en souffrira, mais, — et c'est ici qu'apparaît dans toute sa noirceur le machiavélisme de cet ennemi de l’enseignement féminin, — mais les femmes mariées tiendront la place des nombreuses et intéressantes jeunes filles qui ont besoin de se créer une position sociale. De deux choses l’une : ou une femme professeur doit épouser un homme capable de pourvoir à son entretien, ou elle ne doit pas se marier. » Il est cértain qu’en renvoyant les femmes mariées on fera de la place aux jeunes filles, mais l’obligation d’observer la loi rigide du célibat sous peine de destitution n’écartera-t-elle pas les jeunes filles de la carrière de l’enseignement ? Les moins énergiques et les moins capables se résigneront seules à subir cette « servitude », et alors, en présence de l'insuffisance intellectuelle et morale du personnel féminin, ne faudra-t-1l pas ouvrir à deux battants les portes de l’enseignement à la horde masculine ? Le comité n’a pas admis les conclusions de ce perfide et doucereux ennemi des femmes professeurs, mais 1l a laissé la question en suspens, et c’est un gros point noir à l’horizon de l’enseignement féminin.

Le vieux Boston se compose d’un réseau de rues tartueuses où se concentre le mouvement des affaires ; mais la ville est en train de s'étendre indéfiniment au delà des Commons, magnifique parc qui sépare les vieux quartiers des quartiers neufs. On s'aperçoit, à une foule d'indices caractéristiques, qu'on se trouve

— et c’est le machiaéminin, — e des nomont besoin

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pas ailleurs. Les gares des chemins de fer, si négligées aux États-Unis, sont vastes, commodes et élégamment décorées ; les cars sont propres, les rues sont presque payées ; on rencontre à chaque pas non-seulement des églises, cela va sans dire, mais des magasins de vieux livres et d'objets d’art. Parmi les églises, en voici une, Old South, qui est toute tapissée d'immenses pancartes d’où s’échappent des cris d'indignation et des appels véhéments au patriotisme des Bostonnais. O!d South est sur l’emplacement désigné d'une rue nouvelle, et l’on doit démolir prochainement ce vénérable débris du vieux Boston. Il s’agit d'empêcher cette profanation et de sauver Old South des atteintes des Vandales. — Il y a un siècle, disent les affiches, un incendie qui venait de détruire le quartier des affaires s’est arrèté devant Old. South, ce qui prouve que Dieu avait encore ses desseins sur cette église. — Napoléon luimême, dit une seconde affiche, a fait exécuter un détour à la route du Simplon afin de respecter un arbre mentionné dans les Commentaires de César. Serez-vous moins respectueux pour une église remplie des souvenirs de votre passé, que Napoléon ne l'a été pour les Commentaires de César ? Une troisième affiche adresse un appel suprême aux hommes et aux femmes du Massachussetts pour les conjurer d’épargner cette souillure ineffaçable à l'honneur

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