‹ Lettres sur les Etats-Unis et le Canada [microforme]Chapitre 75 sur 81 · RER STE LP GA · texte numérisé non relu

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de Boston. Un tronc entouré de drapeaux est placé à l’entrée de l'édifice, et les passants qui ont la religion des souvenirs sont invités à contribuer au salut d’Old South en y déposant leur offrande. Un bon nombre répond à l’appel, ét il est permis d’espérer qu’Old South — entre nous, une assez vilaine masure — échappera à la rage impic des Vandales. Voici encore d’autres affiches qui offrent aux amateurs des arts et des plaisirs de l'esprit les attractions les plus variées. Devant la galerie de Bramart, où s'étale, par parenthèse, un superbe portrait de Béranger, on annonce que la merveilleuse Barque de Cléopâtre, de Henri Picou, sera encore visible pendant trois jours. Plus loin, ce sont les portraits juxtaposés du célèbre acteur Sothern, en ce moment de passage à Boston, et du pasteur Murray, de l'Eglise d'Angleterre, qui prononcera incessamment son premier sermon à Music Hall. A Tremont Temple, c’est une série de lectures et de concerts jortant en vedette les noms les plus attractifs ; en tête apparaît le célèbre homme d’État irlandais John O'Connor Power, membre du Parlement anglais, suivi du pasteur Lorimer et du fameux humoriste E.-M. Barley, plus connu sous le nom du nouvelliste de Dambury. Cependant il n’est pas permis à tout le monde d'aller à Corinthe ; ne figure pas qui veut sur les affiches de Tremont Temple ct de Music Hall : la fameuse mistress Woodhull en sait quelque chose. Pendant mon séjour à Boston. mistress Woodhull,

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l'apôtre le plus notable de l’émancipation des femmes, y était venue pour ouvrir une série de conférences sur le «corps humain, temple de la Divinité »; mais, qui le croirait? toutes les salles lui étaient demeurées fermées. En vain un de ses admirateurs, dans unelettre adressée au Boston Daily Globe, s'était-il efforcé de la justifier de l'accusation d’avoir préché le « libre amour » ; rien n’a pu vaincre l’intolérante obstination des propriétaires bostonnais, ct la pauvre mistress Woodhull a été obligée de rapporter à New-York son « temple de la Divinité.» A ce propos, je ferai remarquer que les excentricités religieuses, morales et autres, n’ont pas aux États- Unis l'importance qu'on s'est plu à leur attribuer, sur la foi de certains écrivains à sensation, M. Ilepworth Dixon entre autres. Elles n’y trouvent aucune faveur auprès de la masse du public, et souvent même aucune tolérance. On ne les supporte guère qu’à la condition de les ignorer; les persécutions auxquelles les Mormons ont été et sont encore en butte, pour avoir adapté à la Bible un article du Coran, en fourniraient au besoin la preuve. Il s'est créé en Russie, par exemple, sous le régime de l’autocratie politique et du monopole religieux le plus absolu, des sectes autrement immorales et anti-s0ciales que celles auxquelles la liberté politique et religieuse a donné naissance dans l’Union américaine. Il n’y a point de nihilistes aux États-Unis, et j'y ai même cherché en vain un journal socialiste,

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Quant'aux Revivals et aux Camp Meetings, ces pàlerinages méthodistes resse:nblent singulièrem aux nôtres, et les free lovers eux-mêmes sont des agneaux sans tache auprès des affreux skopsi. Ce n’est pas ici le pays des rêves, et, si l’excentricité n'y fait pas défaut, elle se garde bien de se dépenser en utopies « qui ne paient pas. » Elle a, comme tout le reste, un cachet pratique. Elle s’est mise au service des dentistes et des marchands de pilules ; elle rédige des prospectus et des affiches, et elle en tire plus de dollars que la Théorie des quatre mouv ments et le Nouveau Christianisme n’ont rappo

de centimes à Fourier et à Saint-Simon.

Le soir, les délassements ne manquent pas, surtout en ce moment d’agitation électorale. J’ai le choix entre une douzaine de meetings, démocrates ou républicains, et trois ou quatre théâtres. Dans Harvard square, il y aura un flag raising (plantation d’un drapeau) républicain. Le bataillon des cadets. de Hayes et Wheeler sera présent, suivant la promesse de l'affiche, dans ses uniformes neufs, et des orateurs de premier ordre se feront entendre au L.yceum Hall. Les démocrates, renchérissant encore sur leurs adversaires, auront deux flag raising, une procession avec des torches, et un mass meeting sous les auspices du Tilden Reform Club. Dans le voisinage, les républicains de Taunton annoncent une « campagne de drapeaux » qui défiera toute concurrence. Leur drapeau est le plus grand qui

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existe dans l’État de Massachussetts : il ne mesure pas moins de 42 pieds sur 35. Deux mâts de 60 pieds de haut seront érigés, l’un en face de Machinist Bank, l’autre au coin du square, et réunis par une corde à laquelle sera attachée la bannière. Il y aura une procession aux torches de cent cavaliers et une infanterie considérable. Enfin les prohibitionnistes (apôtres de la tempérance) et les partisans du suffrage des femmes tiendront un meeting à Lower Hall dans le but d'organiser un club pourla campagne présidentielle. D’un autre côté, voici les affiches non moins remplies de promesses du Boston Theater, du Boston Museum, du Globe Theater, du Howard Athœneum ct des Little Mac’s California Minstrels. Je me laisse séduire par la splendide affiche jaune du Boston Museum. Deux pièces nouvelles, les derniers grands succès de Paris et de Londres, constituant ensemble une attraction of exceptionnal brilliancy, y sont offertes tous les jours, et même deux fois par jour, le mercredi ct le samedi, au public de cet heureux théâtre. L’une, l’Indian Summer, l'Êté indien, est tirée de la comedietta, l’Été de la Saint- Martin, de MM. Meilhac et Halévy, dramatisée par un gentleman de cette ville; l’autre, Wanted a divorce (On demande un divorce) est empruntée au Procès Vauradieux, de MM. Delacour et Hennequin, dont une traduction a obtenu récemment un immense succès à Londres, sous ce tire : le Grand Cas de divorce ! et qui a été expressément dramatisée

pour le Boston Museum par Fred. Williams esq., avec des scènes nouvelles appropriées au sujet par Gliffing. — Acte 1" : Une consultation légale, en présence d’une belle-mère. — Acte 2 : Incidents judiciaires inattendus. — Acte 3 : Triomphe de l’éloquence du barreau. Trois causes gagnées, une bellemère perdue, et tout le monde heureux! Every body made happy.

Combinaison charmante!

Gaîté délirante!

Applaudissements frénétiques !

Comment résister à une affiche aussi séduisante? J'entre donc. Au guichet, on me montre le plan de la salle : toutes les places sont numérotées. On me donne pour la modique somme d’un dollar une excellente stalle d'orchestre. La salle est complétement dépourvue d'élégance; en revanche, on y est fort à son aise. En France, nous avons presque partout dans nos théâtres du luxe sans confort; en Amérique, on a du confort sans luxe. On arrive à sa place par des allées spacieuses; les bancs sont convenablement espacés; enfin, les billets numérotés se vendant avec les tickets des chemins de fer et des bateaux à vapeur dans les principaux offices, on n’est pas réduit à faire queue. Que voulez-vous ? En France, cest une vérité admimistrative consacrée par l’expérience des siècles que « le public aime à être gêné »; en conséquence, partout, dans les bureaux des administrations publiques, aux gares des

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chemins de fer, aux stations des omnibns, aux guichets des théâtres, on lui prend son temps, on le réglemente, on le gêne sans le moindre scrupule. En Amérique, au contraire, où c’est une vérité non moins bien établie que « le publie aime à être à son aise », on s’évertue à le traiter suivant ses goûts, et c'est pourquoi on ne sait pas ce que c’est que d'attendre un car ou un omnibus, d’être expulsé des compartiments réservés d’une gare ou inséré dans une queue. Au premicr abord, cela gêne un peu les voyageurs français de n'être pas gênés, mais à la longue ils s’y accoutument et ne se plaignent plus qu'avec modération d’un état de choses si peu conforme à leurs habitudes.

La salle du Boston Museum est comble, et la troupe n’est vraiment pas trop mauvaise. L’Indian Summer n’a peut-être pas été suffisamment dramatisé par le gentleman de cette ville, et il laisse le public froid. En revanche, On demande un divorce est enlevé avec entrain : Fauvinard — on prononce Vauvenard, — Gatinet et Tardivaud obtiennent un succès de fou rire. On pourrait reprocher aux acteurs bostonnais d'émailler leur dialogue d’un trop grand nombre de : No, Mossier, et de Mon Dié, Madam! Mais le lieu de la scène est à Paris, et il faut bien faire un peu de couleur locale. Rentré à Tremont house, je trouve, — pour la première fois dans un hôtel américain, — une bible sur ma table. Cela me fait souvenir que

Boston a été pendant longtemps le foyer ardent du protestantisme et le sanctuaire des mœurs puritaines. On y brûlait jadis les papistes, et on y marquait les adultéres d'une lettre rouge. Le Procès Vauradieux a pénétré, hélas! dans ce sanctuaire, et les flammes de ce foyer ne brûlent plus personne. Les passions religieuses se sont attiédies, sinon éteintes. Ce n’est plus qu’un été de la Saint-Martin.

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LES MEETINGS — LE PARTI DES GREENBACKS — LES COURS DE JUSTICE — LA PRISON DES TOMBES

New-York, le 29 septembre 1876.

A New-York comme à Boston, les deux partis en présence déploient une activité de plus en plus fébrile; à chaque pas, d'immenses bannières suspendues en travers de la rue signalent le voisinage d’un « Campaign Club » républicain ou démocrate. Le plus souvent, les portraits des candidats rivaux, Hayes et Wheeler, Tilden et Hendricks, sont photographiés. sur la bannière ; dans les magasins de Political goods, marchandises politiques, où l’on peut se procurer des uniformes de fantassins et de cavaliers, cliemises rouges ou bleues, manteaux vénitiens, toques ou casques emplumés, casquettes de jockeys, torches brevetées, etc., etc., les images de

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