LES JÉSUITES FABRICATEUÊ8 DE MIRACLES
Les libres pensears sont des ingrats ; ils devraient savoir gré aux jésuites d'aroir fait tout ce qui dépendait d'eux, pour rendre les miracles ridicules. On accusait le nouvel ordre de ne s'être point illustré par des prodiges, comme avaient fait les autres ordres. Les jésuites virent qu'il leur fallait à toute force des miracles, mais ils en imaginèrent de tellement bêtes, qu'on serait telité de croire qu'ils y mirent delà malice. » -Vous vou- • lez des miracles, se dirent les révérends. Eh bien ! nous vous » en ferons, mais de façon à vous en dégoûter ! n Croient-ils aux miracles? n'y croient-ils pas? Dieu le sait. Ce qui est certain, c'est que pour peu que l'on ait de bon sens, on n'y peut plus croire, quand on lit les prodiges saugrenus inventés par les jésuites.
Voici un missionnaire qui prêche l'Evangile aux sauvages de l'Amérique. On sait que les saurages ont leurs jongleurs qui ri-
valisent de tours de force, tours de prestidigitateurs, qu'avec un peu de /o«, on peut prendre pour des miracles. Notre révérend fit comme les jongleurs. Il va sans dire qu'il l'emportait autant sur les jongleurs, que sa compagnie l'emporte sur les autres ordres. A en croire le père Jouvenei, toute la nature lui était soumise, la mer, les poissons, les tempêtes', les oiseaux, les éléments. La grande chaleur le gênait ; tout autre missionnaire aurait supporté cette incommodité pour la plus grande gloire de Dieu, Notre jésuite se dit : les miracles sont faits pour s'en servir. Il convoque des poules d'une grandeur extraordinaire, comme il y en a au Brésil, et leur ordonne d'étendre leurs ailes au dessus de lui afin de lui, procurer de l'ombre : parasol vivant, qui fait honneur au génie inventif de la compagnie. Notre missionnaire vivait surtout en bonne intelligence avec les singes. Un mauvais plaisant dira : qui se ressemble, s'assemble. A en juger par le miracle que je vais rapporter, ce n'est pas faire compliment aux singes. Je laisse la parole au père Jou* venci.
. Les sauvages ne brillent point par leur humanité. Notre missionnaire voulut leur faire honte, en leur montrant que les bêtes brutes avaient plus de charité qu'eux. Un Brésilien tua un singe qui était perché sur un arbre, et qui écoutait sans doute le sermon du missionnaire; l'animal tomba, et le bruit qu'il fit attira les autres singes. Anchietra, c'est le nom du révérend, leur parla, et leur ordonna d'aller avertir les petits, le père, la
mère, les parents et amis du défunt, pour célébrer ses obsèques.
• Tous ces animaux accoururent aussitôt, faisant de grandes lamentations, les uns se frappant la poitrine avec leurs pattes, les
tu LES JÉSUITES.
antres s'arrachant la barbe et se roulant dans la poussière, le tout accompagné de grimaces effroyables. Puis les singes portèrerif le corps du défunt sur leurs épaules, tandis que d'autres suivaient le convoi d'arbre en arbre. Le père Jouvenci a oublié de nous dire si l'on ensevelit le singe dans un cimetière bénit, et quelles cérémonies le curé des singes ou leur pasteur remplit, car on ne sait s'ils sont catholiques ou protestants. Les Brésiliens étaietit accourus pour donner la chasse aux singes. Le père Anchietra ordonna à ses bons amis de retourner dans les bois, à quoi ils obéirent de suite. On comprend le beau sermon que fit sur cela le jésuite : « Voyez, dit-il, comme ces bêtes sont sen- « sibles à la mort d'un animal de leur espèce, tandis que vous H vous réjouissez de la mort de vos semblables, et que vous les H dévorez même quelquefois tout vivants. » Qui ne s'attendrait à voir les sauvages convertis par les miracles et par l'ébquence du jésuite? Du tout; le père Jouvenci dit qu'ils s'en moquèrent. Sont-ce les sauvages qui se moquèrent du missionnaire? Ou est-ce le père Jouvenci qui se moque de ses lecteurs? Le proverbe dit : a beau mentir qui vient de loin. C'est dans les pays lointains que se passent les miracles. U en faudrait plutôt pour nous autres Européens, afin de ranimer notre foi qui se fuit vieille et décrépite. Les jésuites se donnèrent pour mission de ramener les protestants dans le sein de l'Eglise. C'était le cas ou jamais de faire preuve de leur puissance miraculeuse. Cependant en Allemagne, je ne vois pas qu'ils aient fait beaucoup de .prodiges : la violence y fit plus de conversions que l'éloquence des révérends pères, et les dragonnades leur tinrent lieu de miracles. En France, je trouve un prodige opéré par les révérends;
il est si joli, que je n'en veux point pjriver le lecteur. Quand les calvinistes prirent le dessus à Dieppe, les harengs émigrèrent dans d'autres mers, et les pauvres pêcheurs manquèrent de mourir de faim.. Pourquoi les harengs s'étaient-ils enfuis? L'histoire des jésaites ne nous lé dit point. Sans doute que Dieu voulait punir l'hérésie des Dieppois. Les jésuites arrivent et convertissent 1,500 hérétiques en un jour.. C'était en carême. prodige ! On vit les harengs revenir en gros bataillons, pour se jeter dans les filets orthodoxes. Et les filets deç jésuites se remplirent par la même occasion. Double coup 1
Jusqu'ici, ce sont les historiens de la compagnie qui parlent. Voici un des plus rudes adversaires des jésuites qui leur reproche d'être confits en imposture. Ces maîtres fourbes, c'est le pseudonyme Alphonse de Vargas^ protestant converti, partant zélé catholique, qui traite les révérends, d'une façon si irrévérencieuse ; ces maîtres fourbes, dis-je, attribuent à saint Ignace, leur fondateur, des miracles qui n'ont d'existence que dans leur imagination, ou qu'ils inventèrent pour le besoin de la bonne cause. Des miracles intéressés ! L'histoire vaut la peine d'être écoutée. L'an 1626, au mois de juillet, un bourgeois de Florence, notaire de profession, surprit un révérend père dans un entretien par trop amoureux avec un jeune garçon. La chose s'ébruita, et les mauvaises langues accusèrent les révérends d'enseigner la sodomie dans leurs établissements et de donner des leçons pratiques de cet art, qu'ils comptaient sans doute parmi les sciences sacrées, puisqu'il tire son nom de la Bible. Calomnie que tout cela, il n'y a point de doute. Mais il fallait convaincre le calomniateur. Un miracle vint donner raison aux jésuites. Yioci com-
ment les choses s'étaient passées. Un jésuite avait fessé un de ses élèves. Quoi de plus légitime et de plus salutaire? 'Qui aime bien, fesse bien. L'enfant accusa son msaire d'un crime infâme. Fuis, sous l'inspiration du diable, dit l'historien jésuite, par crainte ou par remords, il se coupa la gorge.
Là-dessus, grande clameur dans la cité de Florence ; les jésuites, disait-on, avaient tué l'enfant qui avait accusé son maître de pédérastie. Un crime aussi atroce souleva le peuple contre les révérends ; ils auraient passé un mauvais qui^ d'heure, si le grand duc ne s'était hâté de leur envoyer un bataillon pour les protéger contre la fureur populaire. On conçoit les tribulations des pauvres pères. Que faire pour prouver leur innocence P Ils se jetèrent aux pieds de l'image de saint Ignace, et invoquèrent son appui par d'ardentes prières. miracle! L'enfant qui s'était suicidé ressuscita et raconta la vraie vérité. Nouveau miracle. La haine du peuple se changea subitement en amour : les largesses, les donations, les legs, plurent sur la compagnie. Enfin, dernier miracle ! Le jeune homme ressuscité, qui devait la vie du corps et ee qui est bien mieux, la vie de l'âme, à saint Ignace, ne pouvait pas moins faire que de devenir son disciple. On voit ce que la persécution vaut aux jésuites. Avis à nos magistrats, et qu'ils ne se mêlent plus d'accuser un révérend de sodomie ou d'un crime quelconque. A défaut de miracle, notre cour d'appel est là pour protéger l'honneur dea jésuites ! Je viens de raconter l'histoire du miracle de Florence à la façon des révérends. L'histoire a son revers, Alphonse de Varg as soutient qu'il n'y a pas moins de dix mensonges dans leur récit, et qu'en définitive ils ont menti sur tous les points ; une
seule chose reste vraie, l'accusation de sodomie dont les révérends prétendirent se laver en forgeant un miracle (1) !
Je passe à un sujet plus grave, toujours à propos de miracles. Le dix-neuvième siècle a été témoin d'un miracle : le pape a proclamé un nouveau dogme, l'immaculée conception de la sainte Vierge. J'appelle cela un miracle et pour plus d'une raison. Qui aarait cru qu'en plein dix-neuvième siècle le pape oserait faire de l'immaculée conception un dogme, alors que l'ignorante crédulité du moyen âge avait reculé devant une pareille énormité? Premier prodige. Qui aurait cru que les dominicains, adversaires obstinés de la conception-immaculée, pendant des siècles, finiraient par y applaudir, de concert avec les jésuites leurs ennemis ? Second prodige ! Les jésuites avaient leurs bonnes raisons pour sout^iir l'immaculée conception. D'abord c'était une nouvelle superstition, et une .superstition profitable à la compagnie. La sainte Vierge était leur fondatrice; si elle était conçue sans tâche, les jésuites aussi étaient immaculés, ce qui leur fournissait une défense péremptoire contre les accusations de sodomie, de pédérastie et autres calomnies de ce genre. Puis, il y avait une rivalité de moines : saint Thomas, l'ange de l'école, l'illustre docteur de l'ordre des dominicains ne voulait pas entendre parler de l'immaculée conception, ce qui excuse tant soit peu ceux qui ont de la peine à y croire aujourd'hui. Eaison décisive pour les jésuites de se faire les champions de l'honneur de leur patronne céleste.
Libre à eux. Mais restait à répondre aux arguments que saint
(i) De Vargas, Relatio de stratagematis jesuitarom, pag. 22-27.
«18 LES JÉSUlfES.
Thomas opposait à cette croyance superstitieuse. Ceci était moins facile. A défaut de raisons, les jésuites eurent recours à des rêvélations, à des miracles. On m'arrête à mon début, et on me demande pourquoi je prétends que ces miracles étaient fabriqués. Je réponds que ce n'est pas moi qui le dis : tout mon acte d'accusation contre les révérends pères repose sur des témoignages orthodoxes. C'est un écrivain catholique qui dit en toutes lettres que les révélations et les prodiges invoqués parles jésuites étaient de leur invention (1). Mon historien ajoute que les jésuites d'Espagne fanatisèrent si bien la populace avec leurs contes, avec leurs congrégations de l'immaculée conception, avec leurs images et leurs petits livres de dévotion, qu'il y eut un soulèvement de l'opinion publique contre les dominicains ; les pauvres disciples de saint Dominique, jadis les prédicateurs favoris, n'osaient plus se montrer dans les rues de crainte d'être lapidés. Que dis-je? il y eut une émeute contre le docteur angélique; on mit l'image de saint Thomas sur un âne, et on la promena par les rues des villes en criant : Sans péché originel! sans péché originel ! La sainte Vierge ne manqua point à^ apparaître pour donner gain de cause à ses chevaliers. Mais les mauvaises langues soutiennent que ces visions étaient de la même fabrique que les miracles.
J'ai débité mes miracles tout d'une haleine , et j'en suis tout essoufflé. Arrêtons-nous un instant. Toute fable a sa morale. Les fables miraculeuses, les pieuses fraudes doivent aussi avoir leur signification. Réfléchissez un instant, cher lecteur, sur X^faux
(1) Serr^, Historia congregalionis de anxiliis, lib. nr, c. xxvn, pag. 766 t Fiais reveUUionibus ac miraculis. »
miracles y sur les fausses révélations que les jésuites mirent en ayant pour soutenir rimmaculée conception. Voilà de nouveau les révérends pères en flagrant délit de supercherie et de mensonge. Et dans quelle occasion ! Il s'agit de ce que les hommes ont de plus sacré, de leur foi. On fabrique un dogme à Taide d'un crime ! Et ce dogme finit par être proclamé par le pape comme un article de foi ! Il est commandé à tout catholique de le croire, sous peine de damnation ! Il faut croire, sous peine de la mort étemelle, l'immaculée conception, inventée par la superstition et répandue par des/aux/ Et ce sont les jésuites, les disciples du Christ, qui fabriquent les miracles ! Et il se trouve des dupes pour acclamer ! Oh ! bêtise humaine, tu mérites qu'il y ait des jésuites pour t' exploiter !
HUITIÈME LETTRE
LES JÉSUITES PBOFHÈTES.
Tant va la cruche à Peau qu'à la fin elle se casse. Les proverbes sont la sagesse des nations ; je recommande celui-ci aux jésuites. Ils en ont déjà une fois fait Texpérience. La cruche s'est brisée; on Ta raccommodée tant bien que mal, comme on peut raccommoder une cruche. Gare à la cruche si elle se casse de nouveau ! Il n'en restera plus que de misérables débris. Il ne faut point abuser des bonnes choses. Encore un proverbe ! Les révérends pères usèrent et abusèrent tant de leur domination, 'qu'à la fin ils excitèrent contre eux une haine universelle. Expulsés de tous les Etats catholiques, ils furent abolis par le pape. Ils se vengorept en se faisant prophètes. Ce que je vais raconter est si odieux, et partant si incroyable, que je dois d'avance indiquer mon autorité ; il n'y en a point de plus respectable : c'est un prêtre de l'Oratoire, le savant Theiner, qui rapporte les faits (1).
(1) Tiieiner, Histoire de Clément XIY, 1. 1, pag. 480, ss
Tkêiner est aussi pieux que savant ; je transcris ses titres, pour que le lecteur sache qu*il entendra un témoin on ne peut plus digne de foi. Notre oratorien est consulteur d'une demi-douzaine de sacrées congrégations, entre autres de celles de V Index et du Saint' Office ; il est membre de la congrégation de \* Immaculée Conception; il fait partie du collège théologique de la Sapience. En voilà asse2, je passe le reste et j'entre en matière.
Que les jésuites aient été furieux de leur suppression, rien de plus naturel. On donne au plaideur un quart d'heure pour maudire le juge qui l'a condamné. A la rigueur, on aurait pardonné aux révérends pères d'avoir souhaité à tous les diables les rois qui les chassèrent et le pape qui les abolit. Les jésuites ne s'en tinrent point là ; ils voulurent se venger, et ils se vengèrent en jésuites, c'est à dire en calomniant. On les a accusés d'avoir empoisonné Clément XIV; il est certain que, s'ils l'avaient pu tuer par la calomnie, le pape n'aurait pas vécu longtemps. Ils répandirent-, en langue portugaise, un pamphlet en vers intitulé : Allégresse des pasteurs, puis on le publia en italien. Mon savant oratorien dit que ce pestilen/.iel écrit fut composé en Italie, mais que l'auteur le fit paraître d'abord à l'étranger pour cacher la main d'où partait le trait empoisonné. Ruse de jésuite. Qu'est-ce que cette Allégresse des pasteurs^ « Une hideuse diatribe contre B le pape et contre les souverains, de même que contre les car-
* dinaux et les prélats qui avaient pris quelque part à la sup-
• pression de la Société de Jésus. « On trouve aussi dans cette œuvre de pestilence les prophéties qui se débitaient à Rome, depuis 1771; elles prédisaient le jugement sévère de Dieu, qui devait infailliblement s'appesantir sur tous les ennemis de la
Société. Chose étrange, dit Theiner, on y parle de la mort prockaine de Clément XIY, en la saluant d'avance avec des cris de joie sauvage. On voit que, si les jésuites ont été accusés d'avoir donné du poison au pape, ce n'est pas tout à fait sans raison ; s'ib sont innocents de sa mort , ils sont du moins coupables de l'avoir désirée.
En Portugal, on ne prit pas le libelle des jésuites en plaisantant. L'évéque de Béjar, président du tribunal de censure, porta un édit sévère contre les auteurs ou distributeurs du pamphlet jésuitique ; il y parlait des jésuites en termes si durs, que mon auteur n'a pas voulu les rapporter, quoique, dit-il, Tindignalion du prélat soit justifiée par la gravité des circonstances. Quant aux prophéties invoquées par les révérends pères, elles s'accordaient en tout avec celles que faisait, depuis 1771, sœur Marie- Thérèse du Cœur de Jésus, Quel saint nom ! Qeiit pauvre créature (c'est mon oratorien qui parle) était une folle qui prétendait recevoir de célestes visions; la sainte Vierge en personne lui faisait des révélations ; elle recevait même des visites, de la nuit, de son divin Fils, le réparateur du monde. Quelle bonne fortune pour les révérends ! C* était un excellent sujet à exploiter. Quelques jésuites de Rome s'en emparèrent pour en faire un instrument de leur haine. Ils allèrent en pèlerinage au couvent qui avait lé bonheur de posséder la prophétesse. Ils répandirent partout le renom de sa sainteté et de ses dons prophétiques. On s'adressa à cette visionnaire pour apprendre d'elle l'avenir de l'Eglise . Les jésuites servirent d'Esprit- Saint à la pauvre idiote. Ils lui communiquaient un tas de faussetés et de calomnies que la prophétesse débitait ensuite soiis forme d'oracles. Une paysanne
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prit goût à ce métier, et se mit aussi à prophétiser. Les révérends avaient donc deux prophétesses à leur service; il plut des prophéties, les unes plus injurieuses que les autres pour le pape et pour les souverains de la maison de Bourbon qui avaient pris l'initiative de l'expulsion.
Clément XIV, après avoir longtemps souffert ces pieuses infamies, ordonna, en 1774, de mettre les deux prophétesses en prison et d'instruire leur' procès. L'instruction fut longue et minutieuse. Elle prouva les intrigues coupables des jésuites; ils avaient fabriqué des prophéties comme jadis ils fabriquaient des miracles. Aveuglés par la haine, les jésuites faisaient maintenant contre l'Ëglise, contre le pape les saintes fourberies' qu'avant leur abolition ils avaient faites au profit de l'Eglise et du pape. Nous citerons quelques-unes de leurs prophéties, en regrettant que notre oratorien ne les ait point rapportées dans lear niaiserie originale. Elles annonçaient que le pape qui supprimerait les jésuites aurait une fin terrible et imprévue; que le roi de Portugal serait étranglé à l'endroit même où il avait fait périr les jésuites ; que le roi de France mourrait comme il avait vécu; que le roi d'Espagne serait tué dans une émeute. Quel massacre ! Ainsi il ne fallait rien moins aux jésuites que la mort violente de tous les princes qui les avaient expulsés, la mort violente du pape que les prophétesses traitaient de ^^r««:«^^«r/ Heureusement que le fanatisme du tyrannicide s'était éteint. Sans cela on aurait vu ces horribles prophéties se réaliser!
A côté de ces prédictions inspirées par la rage, il y en avait • d'autres 'tellement niaises, que je n'ai pas le courage de les transcrire, car elles sont démesurément longues. Que le lecteur entre
dans la première maison d'aliénées venue, et qu'il écoute le radotage des pauvres folles , il aura une idée exacte des révélations de nos deux prophétesses. Ajoutez aux prophéties les reliques, car déjà de leur vivant nos prophétesses jésuites étaient en odeur de sainteté ; les révérends distribuaient les cheveux, des linges teints de sang et d^ autres choses que les convenances ne "permettent pas de nomm^. Comment comprendre, s'écrie mon oratorien, que des hommes intelligents se prétassent à de pareilles ^o^^/^rï^*/' Il y a bien d'autres choses qui sont faites pour étonner. Quel était l'objet de cesjongileriesF Des révélations miraculeuses, des prophéties inspirées par l'Esprit- Saint. Que penser de la foi de religieux* qui exploitent la crédulité des fidèles en fabriquant de fausses prophéties ? S'ils éiedenijonçleurs en faisant prophétiser deux folles, ils étaient aussi jongleurs en célébrant V immaculée conception , et en faisant de faux miracles pour accréditer cette nouvelle superstition; ils étaient encore jongleurs en se disant disciples de Jésus-Christ et de la sainte Vierge; ils étaient ^o»ffleurs en reniant à la Chine l'Homme- Dieu qu'ils prêchaient en Europe ; ils étaient," en définitive, jongleurs dans leur doctrine, jongleurs dans leurs faits et gestes. Il n'y a plus à accuser de calomnie ceux qui font la guerre aux jésuites, moi compris, car c'est un prêtre, un consulteur des saintes congrégations de V Index et de l'Inquisition qui prononce ce terrible mot àe jongleries que je répète dans toutes mes Lettres, et sous toutes les formes. Qu'est-ce qu'il y a donc de vrai, de réel chez ces hommes qui sont l'incarnation de l'esprit de mensonge? L'ambition. Dans leur ambition même, il y a une supercherie. Ils se disaient* très obéissants miliciens du pape, et voilà qu'ils se mettent
en révolte contre le pape quand le saint-père veut licencier sa milice. Que reste- t-il donc de vrai, de réel dans la compagnie? La domination pour son compte, Tégoïsme, Thorrible ogoïsme ! •