QUE LES JESUITES SONT LA FRAUDE ET LE MENSONGE INCARNES
Je demande ce que c'est que les jésuites? La conscience publique répond depuis des siècles à ma question, en infligeant une flétrissure infamante à des religieux qui ont osé se dire les disciples par excellence de Jésus-Christ. Un jésuite est un homme qui parle autrement qu'il ne pense, pour tromper ceux à qui il parle : cela est synonyme d'hypocrite et de tartufe. Est-ce une injure gratuite, est-ce une calomnie? On le pourrait croire, si l'accusation émanait des ennemis du catholicisme, dont les jésuites se prétendent les plus fermes soutiens. Mais qui ne sait que c'est un défenseur du christianisme qui le premier a stigmatisé la compagnie de Jésus? Je dis mal. Pascal fut le plus éloquent adversaire des jésuites ; il ne fut point le premier. C'est dans le sein même de l'Eglise que l'ordre de Loyola a trouvé ses ennemis les plus acharnés. Le cri de réprobation qui s'est élevé contre eux est donc le cri de la conscience chrétienne : c'est une injure.
certes, mais c'est si peu une calomnie, que l'ont peut affirmer que let fraude et le mensonge sont de l'essence de la compagnie; c'est une condition de son existence.
Cela est clair comme le jour pour tous ceux qui connaissent le but qtie poursuivent les jésuites. Eux-mêmes se vantent que leur compagnie a été fondée pour combattre le protestantisme. Or qu'est-ce que le protestantisme dans son essence? C'est la revendication de la liberté de conscience pour l'individu, et de l'indépendance pour les Etats La domination de la papauté détruisait tout libre mouvement. Elle pliait les consciences sous un dogme de fer; la liberté de penser était à ses yeux le plus grand crime, elle la poursuivait par le fer et par le feu, par l'inquisition et par les bûchers. La papauté ne respectait pas davantage l'indépendance des princes : elle les déposait, quand ils osaient résister à ses exigences. C'est contre ce despotisme des papes que les réformateurs s'insurgèrent; et ils trouvèrent tant d'appui dans ceux à qui la liberté était chère, qu'en peu d'années ib enlevèrent à la cour de Rome la moitié de l'Europe. Les jésuites se donnèrent pour mission de combattre la réforme; ils parvinrent à l'étouffer en Italie et en Espagne, ils la détruisirent en Belgique et dans une grande partie de F Allemagne. Comment ramenèrent-ils dans le sein de l'Eglise les populations qui l'avaient désertée ? Leur arme de prédilection, ce fut la fraude et le mensonge; il faut dire plus, ils n'en avaient point d'autre. La raison en est évidente. Ils voulaient foire violence à la société, en la forçant à se soumettre à un joug qu'elle détestait. La tendance de l'humanité était de séculariser l'Etat, en l'affranchissant de la domination de l'Eglise; la tendance de