‹ Lettres sur les JésuitesChapitre 20 sur 36 · LES JÉSUITES ET LES RELIGIEUSES BEBNARDINE8, PRAUDB ET IMPOSTURE · texte numérisé non relu

LES JÉSUITES ET LES RELIGIEUSES BEBNARDINE8, PRAUDB ET IMPOSTURE

En vertu de Védit de restitution de Tempereur Ferdinand II, Tabbé de Yalenciennes remit les religieuses bernardines en possession de l'abbaye de Voltigerode^ dans la basse Saxe. L'évêqae d'Osnabriik , Tun des commissaires impériaux, les y établit, et elles y demeurèrent plusieurs mois, faisant le service divin et tous les autres services de la vie religieuse. C'était une des abbayes que les jésuites convoitaient. J'ai dit que le père Lamormain, confesseur de Ferdinand, avait forgé un grossier mensonge pour colorer le brigandage de la compagnie : une cession volontaire faite à la Société de Jésus par les députés des anciens ordres. Les jésuites confirmèrent ce premier mensonge par un second, c'est que l'abbaye de Yoltigerode était déserte, que personne ne l'avait demandée; ils ajoutèrent qu'elle serait très commode aux pères de la Société, qui voulaient y établir

un noviciat. Grâce à cette insigne mais pieuse fraude, ils obtinrent des lettres impériales qui firent droit à leur demande. Ces lettres constatent les mensonges que je viens de raconter.

Un saint docteur dit que les démons prophéiisent ce qt^ils veulent faire. Ainsi firent les jésuites. Ils avaient menti en disant que l'abbaye était déserte, mais une fois qu'ils eurent leur commission en pocbe, ils travaiilèirent à rendre vrfii ce qu'ils avaient faussement allégué. « Le premier moyen qu'ils employèrent fut la fourberie, » Ce sont les propres termes de mon auteur. Us persuadèrent aux religieuses qu'elles n'étaient pas en sûreté dans cette abbaye, située à la campagne, qu'elles y étaient exposées aux courses des soldats et aux violences de la guerre, et qu'il était à propos qu'elles la quittassent pour un certain temps. Ces bonnes filles crurent ce que de si saintes gens leur firent accroire : comment se seraient-elles défiées des religieux de la Société de Jésus? Elles se retirèrent donc à Gbslar, dans un monastère. Toutefois elles laissèrent leurs meubles dans l'abbaye, ainsi que leurs bestiaux, leurs serviteurs et tons leur ménage.

Tel fut le premier acte de notre tragi -comédie. Cette pieuse fraude ayant si bien réussi, les jésuites vinrent se mettre en possession de l'abbaye. Quand les religieuses apprirent qu'elles avaient été si malicieusement trompées, l'indignation leur donna du courage. Elles trouvèrent moyen de rentrer secrètement dans leur couvent et s'installèrent dans le chœur, où elles demeurèrent nuit et jour, en célébrant les offices divins. Les révérends ne s'attendaient pas à tant d'audace. Ils tentèrent d'abord de calmer les religieuses par de douces et mielleuses pa-

rôles. Les bernardines furent inexorables : alors les disciples de Jésus montrèrent leurs griffes, ils menacèrent les pauvres filles, ils tempêtèrent. Fuis ils essayèrent de les réduire par la famine. Ils y seraient parvenus, si des paysannes protestantes, touchées de pitié, n'avaient apporté en cachette du lait aux prisonnières. Comme les jésuites ne parvenaient pas à affamer la place,' ils se décidèrent -à l'emporter par la force. Ayant fait venir des soldats, un des novices se mit à leur tête, et la bande arracha par la violence, de l'église même, la veille des Rameaux, des vierges consacrées à Dieu.

Les religieuses adressèrent une plfunte contre ce brigandage à Tofficial d'Osnabriick. Je leur laisse la parole. On ne dira plus que c'est un libre penseur qui calomnie la Société de Jésus, ce sont des religieuses qui accusent les brigands qui les ont trompées et dépouillées : « Nous ne pouvons pas, étant de pauvres H pupilles abandonnées, ne point élever notre voix, pour nons » plaindre de l'état misérable où nous a réduites l'étrange et

• cruel procédé que les pères jésuites ont exercé contre nous la « veille des Rameaux. Car étant venus avec des sergents qui « sont les ministres ordinaires pour prendre les voleurs et les » scélérats, et nous trouvant dans le chœur, où nous faisions

• nos prières, ils nous ordonnèrent de sortir. Nous répondîmes <r que nous étions sous l'obéissance de notre saint ordre, et qu'il « ne nous était pas permis de sortir de notre maison sans le » commandement de nos supérieurs. Après cela, moi religieuse » professe, Marie Roger ^ prenant un siège avec mes deux » mains, je m'y attachai de toutes mes forces; mais les sergents « et le jésuite m'arrachèrent par violence, et me traînèrent

» hors da chœur, moi criant : Violence/ Jésus! Violence! Je

• crois que vous me tuerez. Pais ils me jetèrent hors de la clôture,

• où je fus conduite entre deux sergents, comme une larron- « nesse et une méchante... Après moi, suivit la noble vierge » Anne-Lucie de BernbacJi^ proche parente du vice-chancelier « de l'empereur, qu'ils enlevèrent de la même sorte. Il en fut « de même de AnneSidonie de DernbacJi à laqbelle ils arra- « obèrent ses mains des chaires du chœur avec la même violence, « et le jésuite la serrant de ses deux bras par le milieu du corps. « Fendant qu'on la traînait hors de Tabbaye, la religieuse criait » au jésuite, si c'éiait là la reconnaissance des grands biens que » son cousin avait faits à leur collège de Fuld, Us firent le même

• traitement à deux autres religieuses. Et nous assurons devant

• toute la cour céleste, que ce que nous Tenons de dire est la

• pure vérité. «

• On ne peut entendre le récit d'une histoire si pitoyable, sans être également touché de compassion envers de religieuses de piété et d'une naissance illustre, si cruellement traitées dans leur propre monastère, et d'indignation contre une si barbare violence. • C'est la réflexion que mon auteur fait sur cet exploit de nos brigands tonsurés, de nos disciples de Jésus-Christ. Le père bénédictin qui rapporte tous ces faits, avec les pièces authentiques à l'appui, ajoute : « Autrefois, dans la vieille loi, les criminels qui s'enfuyaient dans le temple, trouvaient leur sûreté dans cet asile, s'ils pouvaient prendre la corne de l'autel. Et aujourd'hui, dans la loi nouvelle, des religieux de la Société de Jésus ne font pas conscience de se servir des sergents qui servent de ministres aux bourreaux, pour s'emparer avec inso-

lence des temples dédiés au Dieu virant, consacrés par les redoutables mystères de Jésus-Christ, et d'en arracher par force d'innocentes religieuses, des religieuses auxquelles appartient le monastère d'où on les expulse par la violence. Quelle honte et quelle infamie ! «

Four mettre le comble à leurs attentats, les jésuites employèrent encore la force pour chasser de l'abbaye le confesseur des religieuses et leur supérieur. Témoin de l'exploit des révérends, il leur reprocha l'indignité de leur conduite. Les jésuites lui ordonnèrent de vider les lieux. Gomme le père se retira au cimetière, pour chercher un refuge parmi les morts, deux soldais jetèrent aux dés à qui le chasserait. Tout cela se fit au vu et au su et sur les ordres des révérends pères. Croirait-on, en présence de ces faits, qu'un de ces dignes disciples de Jésus-Christ, eut l'impudence de soutenir que l'établissement des jésuites dans l'abbaye de Yoltigerode avait été canonique F Y a-t-il encore dans ces hommes une ombre de sens moral P

Les jésuites étaient puissants. Mais quand les puissants abusent de leur puissance, ils se perdent eux-mêmes. C'est-ce qui arriva à la société de Jésus. L'administrateur de l'abbaye, que les jésuites avaient envahie comme des brigands, adressa au père Lamormain la lettre suivante ; je la donne textuellement. C'est une flétrissure infligée à la compagnie par un homme d'Eglise, et la flétrissure est ine&çable : • J'ai appris des • choses qui sont pour moi tristes et funestes; l'événement « apprendra avec le temps, si elles sont utiles et avantageuses Ê pour ceux qui n'y ont regardé que leur profit et leur avantage. M Vous avez joué, mes pères, un jeu bien étrange dont je vous

' envoie la relation : s'étant rencontré dans le temps de la

• passion de Jésus Christ, il nous en a malheureusement repré-

• sente l'image et la forme. Mais il s'y trouve deux différences

• remarquables. L'une que c'eût été des filles qui ont représenté « la personne de ^ésus Christ : l'autre, que cewp gui prennent » le nom de Jésus, n'en oni pas joué le personnage, mais plutôt,

• eux et leurs satellites ont joué le rôle des Juifs qui persécutèrent

• le Sauveur-, SociirrÉ de Jésus ! est-ce la la société que

• vous avez avec Jésus P Je conjure Votre Révérence, par

• les entrailles de la miséricorde du Rédempteur, qu'elle fasse

• rendre les abbayes, dont la compagnie s'est emparée, sous le

• PRÉTEXTE d'une pausse CESSION, de pcur que les anges de » paix, selon le langage de l'Écriture, ne continuent toujours » leurs gémissements et leurs larmes. Que si Von ne fait pets » cette restitution, nous ne manquerons pas de mof/ens pour la faire » faire, »

Les jésuites n'eurent garde de restituer leur proie. Mais l'ordre de Cîteaux prit fait et cause pour les religieuses expulsées de leur abbaye par un brigandage inouï. La justice l'emporta sur le crédit du père Lamormain. Il fallut que les révérends délogeassent honteusement de l'abbaye qu'ils avaient usurpée. Leur établissement canonique était une intrusion violente, pour laquelle ils méritaient d'être châtiés sévèrement. C'est la réflexion de mon auteur. Elle est trop modérée. Il faut dire qu'il y a dans nos bagnes des forçats qui sont des hommes, vertueux, en comparaison des révérends pères. Leur usurpation réunit tous les crimes imaginables. Ils commencent par un mensonge qui peut passer pour un faux, puisqu'ils alléguaient une

fausse cession, Ib expalsent les religieuses par un nouveau mensonge, pour mieux dire, par un vrai tour d'escroc. Ces révérends sont ingénieux! Ils inventent des crimes : Ton n'avait pas encore vu l'escroquerie d'un immeuble. Gloire aux jésuites qui l'ont imaginée et exécutée ! Puis vient le brigandage, coupable aux yeux de la loi civile, et mille fois plus criminel encore aux yeux de la loi canonique. Là où des malfaiteurs trouvent un asile, des religieuses furent arrachées par la violence ! Le tout est couronné par cette fine fleur d'hypocrisie qui caractérise les prétendus disciples du Christ : ces saints personnages commettent des crimes, pour la plus grande gloire de Dieu!

DOUZIÈME LETTRE

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