TOUJOURS DES VIOLENCES ET DE LA RAFACITÉ
J'accuse les jésuites d'avoir poussé la cupidité cléricale jusqu'au brigandage. Dira-t-on, pour les excuser, que les faits que j'ai rapportés dans ma dernière lettre ne doivent pas être imputés à l'ordre^ que s'il y a des bandits dans la Société, cela ne prouve pas que la Société soit une bande de brigands ? C'est l'étemelle excuse de l'Eglise ; elle a toujours ses boucs émissaires sur lesquels elle se décharge de ses péchés. Je laisse là l'Eglise et je m'en tiens aux révérends pères. Il y a un moyen bien simple de répondre à leurs apologistes : ce sont les faits. Le mauvais succès qu'ils avaient eu dans leur criminelle entreprise contre les religieuses de Yoltigerode, ne les découragea point. Quand on a Dieu pour soi, qu'importent les persécutions des hommes? Or les jésuites volent et pillent pour la plus grande
gloire de Dieu. C'est l'auteur de la Morale pratique qui le dit, et il cite ses témoignages.
Les jésuites poussèrent les choses au point que la noblesse catholique des provinces rhénanes crut devoir adresser une plainte officielle au pape. On y lit : ' Nous voyons, très saint- ' père, non sans grand étonnement, que les pères de la Société « de Jésus, par diverses flatteries envers les princes de Pempire, » outre leurs grandes richesses, se veulent encore emparer des » abbayes, des fondations et des monastères, principalement de » ceux des vierges nobles, sous ditbrs prétextes de propaga-
■ TION DE LA PCI, et de TaVANCBMENT du salut des AMES, m
La noblesse catholique mit ces prétextes à néant. « Les jésuites, dit- elle, travaillent singulièrement au salut des âmes! Nos ancêtres croyaient que le meilleur moyen de faire son salut était de fuir le monde et ses séductions. De là le grand nombre de couvents qu'ils fondèrent surtout pour les vierges. Les révérends pères ont changé tout cela. Ils chassent les religieuses de leurs abbayes. Eespectent-ils au moins la volonté des fondateurs? Ceux-ci voulaient que l'on priât pour eux dans les monastères qu'ils établissaient. Que font les jésuites? Ils laissent périr les abbayes, bien entendu les bâtiments qui ne rapportent rien, les lieux sacrés , ils n'ont souci que des fermes dont les revenus augmentent leurs richesses déjà excessives. » Voilà comment la compagnie de Jésus pourvoit au salut des âmes !
Il ne faut pas croire que ces brigandages ne se passaient qu'en Allemagne. Les jésuites sont les mêmes partout. Ils professaient un mépris superbe pour les autres ordres religieux. Eux seuls pouvaient sauver l'Eglise et la religion. Dès lors ne va-
LES JÉSUITES ET U PAUVRETÉ ÉVANGÉfcIQUE. 301
lait-il pas mieax que les biens des monastères fussent dans les mains de la Société? A quoi bon, par exemple, desohartreuxP Il y avait une riche chartreuse à Lucerne. Les jésuites firent accroire au pape que les biens de la chartreuse profiteraient infiniment plus an salut des âmes, s'ils appartenaient à la compagnie. Clément YIII était près décéder à leurs importunités, quand le cardinal d'Ossat prit le parti des chartreux (1). Chose singulière î Les jésuites, grands vantards, se proclamaient les sauveurs du catholicisme ; et ils n'étaient pas même catholiques. Eien ne le prouve mieux que la guerre acharnée qu'ils faisaient aux moines et surtout aux religieuses. Qu'on lise l'éloge enthousiaste que les Pères de l'Eglise et les conciles font de la vie monastique. Ils l'exaltent comme le type de la perfection chrétienne, ib célèbrent surtout les religieuses comme les fieurs odoriférantes de l'Eglise. Et voilà les jésuites qui expulsent les bonnes sœurs, en disant qu'elles sont inutiles. Qu'est-ce que cette tnrçiniié solitaire, reeliuâyOmveF ômieni'ih. Ils oubliaient que les vierges priaient, et que la prière est la vraie arme du chrétien, la seule que Jésus-Christ connaisse. Les jésuites remplacèrent la prière par l'intrigue. Preuve qu'ils n'avaient pas grande confiance dans l'efficacité des armes spirituelles. C'est dire qu'ils n'étaient point chrétiens, mais des spéculateurs en religion.
U n'y a point de pays dans le monde catholique oil les jésuites n'aient cherché à déposséder quelque ordre religieux. A Rome, ils vinrent à bout, par la voie ordinaire de la calomnie, de se
(1) La Monarchie de$ SolipseSj pag. 353, note.
faire donner par Grégoire XIII, le monastère des religieux bénédictins de Saint- Paul. Mais les religieux italiens n'étaient pas d'humeur à se laisser chasser ; ils maniaient le fusil aussi bien que le chapelet. Quand les révérends arrivèrent avec leur bulle, pour prendre possession du couvent, ils reçurent des coups de fusil en guise de Beo grattas. Les jésuites, lâches comme tous les hypocrites, n'osèrent plus revenir à la charge. A Anvers, les carmes , qu'ils prétendaient égî^lement expulser pour la plus grande gloire de Dieu, leur firent à peu près le même accueil. Cela n'est-il pas édifiant? Les, disciples de Jésus -Christ , re-. courant au mensonge poui dépouiller des religieux qui pratiquent dans la solitude de leurs cloîtres les conseils de la perfection évangélique ! et les moines, race pacifique par excellence, obligés de prendre les armes pour défendre leur bercail contre ces loups ravisseurs, couverts de peaux de brebis !
Même spectacle en France. Seulement les jésuites y furent plus heureux dans leurs entreprises. Je lis dans les notes de la Monarchie des Solipes : n Personne n'ignore que les meilleures abbayes de France sont entre leurs mains, et que de toutes les maisons qu*ils y possèdent, il n^y en a presque pas qiiils riaient enlevées à d* autres religieux. En voici quelques exemples. Ils employèrent \a fourberie et la calomnie pour s'emparer du couvent des religieuses du Saint-Esprit de Béziers, dans le Languedoc, en représentant à Clément VIII que ces filles menaient une vie déréglée et scandaleuse. Elles se virent obligées, par une bulle du pape, de céder leur monastère aux révérends pères. Ils enlevèrent par le même artifice l'abbaye de la Flèche, près d'Angers, aux chanoines réguliers de Saint- Augustin. Ils chas-
sèrent de l'abbaye de Belle-Branche, dans la province du Maine, des religieax de l'ordre de Citeaux (1). «
On voit que les moines ont leurs bonnes raisons pour ne pas aimer les jésuites. On voit encore que les captations de successions ne sont qu'une bagatelle dans Thistoire de la cupidité jésuitique. Qu'est-ce qu'un héritage de quelques millions, en comparaison des riches abbayes que les révérends envahirent par la fraude et la violence au dix -septième siècle? Les abbayes ne donnaient j pas seulement la richesse, elles procuraient aussi le pouvoir, que la Société aime encore plus que les écus. En Allemagne, il y avait des abbés-princes. Les jésuites comptaient bien devenir princes également (2). N'étaient-ils pas déjà les conseillers des rois et des empereurs ? Ceux qui dirigeaient les destinées des empires, ne pouvaient-ils pas gouverner euxmêmes ? Comparez ces prétentions ambitieuses avec les paroles que Jésus -Christ adresse à ses disciples, cher lecteur, et dites-moi si les jésuites ne sont pas des hypocrites fieffés. Le Christ ne veut point que ses disciples s'appellent maîtres, et les jésuites aspirent à èiïQ princes. Vous êtes des princes, mes pères, princes des comédiens !
L'intitulé de ma lettre surprendra plus d'un lecteur. Se peutil que des disciples du Christ commettent un faux par esprit de cupidité, eux qui font profession de pauvreté évangélique? Hélas ! les jésuites ne sont pas les seuls coupables. Il y aurait une histoire curieuse et instructive à écrire, c'est celle des faux et des falsifications qui ont été pratiqués par les gens d'Eglis
(1) La Monarchie desSoUpses, pag. 352, note.
(2) De Yargas, Reiatio de stratagematis jesnilaram, pag. 128.
et BU profit de l'Eglise. Le faaz par cupidité, le faux par ambition, y occuperaient une belle place, pour mieux dire la place tout entière. Je ne vois rien là qui doive surprendre ni scandaliser le lecteur. C'est tout simplement la pratique de la morale jésuitique. S'il est permis de mentir pour la plus grande gloire de Dieu, s'il est permis de voler et de piller, fôt-ce des religieuses, pour la plus grande gloire de Dieu, pourquoi ne seraitil pas permis de fabriquer un hux^pour la plus grande gloire de Dieu?
TREIZIÈME LETTRE
LES jiUSUITES FAUSSAIEES ET DÉPEÉDATETJES , DANS LE BUT DE s' AMUSEE FOUE LA PLUS QEANDE GLOIEE DE DIEU.
Là-dessus, cher lecteur, yoas aurez vos apaisements, et vous écouterez mon histoire, sans sourciller. Il y avait un prieuré en Alsace qui tentait beaucoup les révérends pères. Depuis 1578, ils le convoitaient, et ils préparaient leurs batteries. C'est le pape qui, en vertu de sa toute-puissance, dispose des biens ecclésiastiques. Voilà pourquoi les jésuites exaltejit tant le pouvoir du souverain pontife, sûrs qu'ils sont que ce pouvoir s'exercera à leur profit. Il est facile d'obtenir des bulles pontificales pour n'importe quelle méchante entreprise, facile, bien entendu pour ceux qui ont de l'argent, et de l'influence à la cour de Rome. Or l'argent ne manque pas aux révérends, ils sont d'ailleurs les maîtres. Que pourrait- on leur refuser? Ils facilitèrent la décision, par de faux eivposés de faits : c'est mon auteur, la Morale jpratique des jésuites, qui l'affirme, et il écht sur des té-
moignages authentiques. Les bulles se succédèrent depuis 1578, avec une merveilleuse rapidité. Il manquait encore à la Société un collège auquel on pût annexer le prieuré de Saint-Valentin de Ruiach. Ils l'établirent, en 1615, à Selestat. Alors ils réunirent toutes leurs bulles, surprises à la bonne ou à la mauvaise foi de la cour de Rome, et ils supposèrent que cette bulle avait été donnée au profit de leur collège. La supposition était tant soit peu hardie. Des bulles datant du seizième siècle, accordées au profit d'un collège, qui ne fut fondé qu'au dix-septième, cela touchait au miracle. Mais les jésuites aiment les miracles, quand ils leur sont profitables.
Jj annexion étant si bien préparée, les jésuites procédèrent aux voies d'exécution. Ils représentèrent au roi de France, que ledit prieuré était uni, depuis l'an 1578, à leur collège de Selestat, que par conséquent l'abbé qui l'avait occupé, et qui venait de mourir, avait été un usurpateur, un intrus ; peu s'en allait que les jésuites ne le traitassent de luthérien. Le roi donna des lettres patentes à la Société, sur o&faux exposé de ûiits. Ainsi à chaque pas, de nouveaux faux, de nouvelles fraudes : le pape est trompé, Iç roi est trompé. Les jésuites pratiquèrent les mêmes menées pour s'emparer de deux autres prieurés. On ne peut pas dire que l'appétit vient aux pères en mangeant ; grâce à Dieu, ils ont toujours bon appétit, et ils seraient gens à avaler un prieuré par jour, sans compter le menu fretin des donations et des legs pies.
Il y a cependant un petit obstacle à cet appétit dévorant. Les prieurés n'étaient pas des établissements isolés, comme qui dirait une ferme ; ils appartenaient à l'ordre de Saint-Benoît, et les
bénédictins n'étaient point disposés à se laisser avaler par les jésuites. Une lutte s'établit entre les vrais propriétaires et les usurpateurs. La victoire se prononça tantôt pour les uns, tantôt pour les autres. A la fin, les révérends l'emportèrent. On ne ae battait point à coups de fusil, mais à coups de bulles. Sur ce terrain, l'avantage devait rester aux jésuites. Je ne dirai pas tous les tours et les détours, tous les artifices auxquels les révérends eurent recours pour surprendre, peut-être pour acheter les bulles qui leur étaient favorables ; je ne pourrais rendre la fraude intelligible qu'en entrant dans des détails et des explications qui me conduiraient trop loin. L'auteur qui me sert d'autorité s'écrie : Quanta in unofacinore sunt crimina! Que de crimes dans un seul attentai/
Les jésuites se plaignent de ce qu'on leur fait tort en les accusant de chiper les successions. Que voulez-vous, mes révérends pères? Vous connaissez le proverbe qui dit que l'on ne prête qu'aux riches. C'est parce que vous êtes convaincus d'avoir pratiqué le brigandage en grand, que l'on vous croit aussi capables de petites voleries. Je trouve dans la Morale pratique des jésuites une petite histoire intitulée : Insigne fourberie des jésuites pour enlever une abbaye de tordre de Cîteaux, appelée Jula Beçia (maison royale). Je vais la conter à mes lecteurs. En 1664, les jésuites du collège de Prague représentèrent à l'empereur, n qu'ils auraient bien besoin d'une maison de réu création pour reprendre leurs esprits pendant les vacances , a après s'être employés et donnés toute l'année au public. » Ces bons pères ! Ils enseignent gratis; il est juste qu'ib se délassent et s'amusent ausai gratis. Or il se présentait une occa-
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sion excellente d'avoir gratis une maison de campagne. Il j avait, disaient-ils dans leur supplique, une petite abbaye, appelée Aula Regia^ maison royale, de Tordre de Gîteaux, à une lieue de Prague, qui leur convenait admirablement pour prendre leurs ébats. Elle était, à la vérité, occupée par une demidouzaine de religieux; mais c'étaient de mauvais moines, comme tous ceux qui se trouvent dans les couvents convoités par la compagnie, dissolus, scandaleux, négligeant le service divin, et ne songeant qu'à se divertir à la chasse et à se donner de bons temps. Ainsi le grand crime des moines, c'est qu'ils s'amusaient. Mais vous aussi, mes pères, vous vous amusez. Oui, répondent les jésuites, mais avec cette différence, c'est que nous nous amusons pour la plus grands gloire de Dieu,
Va pour la plus grande gloire de Dieu ! L'empereur trouva cette façon de s'amuser très religieuse. Il envoya un commissaire aux jésuites pour se mettre en possession de l'abbaye, sans s'informer davantage : remplacer des moines chasseurs et ivrognes par des révérends qui s'amusent pour la plus grande gloire de Dieu, n'était-ce pas un profit tout clair pour le salut des âmes ! Le commissaire arrive, et mande devant lui les siic moines disciples de saint Bacchus et de saint Hubert. Quel fut son étonnement quand, au lieu de sue biberons, il vit arriver soixante et un religieux profès, et treize novices ! Il s'informa de leur vie ; elle lui parut régulière. Il voulut s'en assurer lui-même, en assistant au service divin, ainsi qu'à la table commune du réfectoire. Il n'y avait pas plus de Bacchus que sur ma main ! Qui fut penaud, ce furent les deux jésuites qui accompagnaient le commissaire. Celui-ci, brutal, comme Test un commissaire autrichien, leur
dit : • Ah çà! mes pères, vo«s avez doue menti, menti à i'emn pereur, menti pour envahir nne abbaye régulière, menti en « calomniant ces bons pères, menti pour les dépouiller ! Et vous » vous dites disciples de Jésus-Christ ! Et vous professez l^pau-
• vreté évangélique! « Les jésuites eurent le temps de se remettre, pendant que le commissaire impérial leur lisait ce chapitre. Ce n'est pas nous qui sommes des trompeurs, dirent- ils, c'est » l'abbé de ce prétendu monastère qui n'est qu'un bouge. Il a « eu vent de votre commission, et qu'a-t-il fait? Il a fait venir
• quelques centaines de paysans, et les a habillés en moines. • Le commissaire ébahi, s'écria : » Dans quelle bande de brigands
• suis-je tombé ici? Sont-ce les jésuites qui sont des maîtres
• firipons, ou sont-ce les moines qui sont des maîtres fourbes? » L'abbé qui entendit le dialogue, jura ses grands dieux qu'il n'y avait pas au monde des fourbes comparables aux jésuites. Je vais vous le prouver par acte authentique, dit -il. El il alla chercher les actes de profession de tous ses religieux. « Ah ! les
• coquins ! dit le commissaire. Ils me le payeront, de m'avoir
• berné deux fois ! « Il retourna à Vienne, accompagné de l'abbé et des jésuites, et raconta à l'empereur ce qui s'était passé. L'abbé fut renvoyé avec honneur dans son abbaye. Quant aux jésuites, ils perdirent une maison de campagne où ils comptaient si bien s'amuser pour la plus grande gloire de Dieu» Mais ils se consolèrent en pensant qu'ils n'en continueraient pas moins à tromper le monde pour la plus grande gloire de Dieu,
Encore un petit trait de chenapan, mes pères, et puis je vous laisserai en repos sur l'article brigandage. On se lasse d'être en si mauvaise compagnie; et comme je veux me faire écouter de
mes lecteurs, il &ut qne je me g^rde de les ennayer. En parlant de mon chenapan, j'ai le regret de ne pouvoir dire ses nom et prénoms. L'auteur de la Morale pratique des jésuites dit qu'il a ses raisons pour les passer sous silence. C'est donc un révérend père, tout court, qui va trouver Tempereur Ferdinand III et lui expose comme quoi il a le dessein d'écrire la vie de Ferdinand II, grand ami et grand protecteur de la Société de Jésus. Il lui demande une grâce, un lieu de retraite, plaisant et récréatif, pour appliquer le précepte d'Horace qui recommande de joindre l'agréable à l'utile; il lui nomme une abbaye de Saint- Benoît, d'un site très pittoresque. L'empereur lui accorde cette faveur. Notre historiographe s'installe : l'abbé et ses moines rivalisent de soins et de prévenances pour bien traiter leur hôte. C'était d'abord leur devoir d'exercer l'hospitalité; puis les bons pères y mirent aussi un peu de calcul. Il est toujours bon d'avoir des amis en cour, se dirent-ils : » Or, un historiographe impé- H rial doit être un grand personnage. Ce sera un protecteur de » notre couvent, v
les nigauds d'Allemands ! Un abbé gaulois se serait dit tout de suite : » Il ya anguille sous roche/ Un jésuite ne viendrait « pas s'établir chez nous, par amour de la belle nature! Il a t sans doute encore un autre amour. £n tout cas, un foéné- » dictin doit toujours se défier d'un jésuite ! » Peut-être notre abbé était-il un libéral, et les libéraux, comme chacun sait, sont faits pour être trompés et dupés par les jésuites.
Bref, le révérend père fut si bien traité, il se trouva si bien dans son abbaye, qu'il ne pouvait plus en détacher son âme. XI quitta les religieux, avec de grandes marques de reconnais-
sance, comme cela se fait toujours quand on quitte une maison hospitalière ; les maîtres engagèrent leur hôte à revenir, et le révérend déclara qu'il ne demandait pas mieux. Sur ce dernier point, il disait vrai : un jésuite ne peut pas toujours mentir! Notre révérend se rend à la cour : présente son ouvrage, lequel est bien accueilli; l'auteur n'avait pas épargné l'encens, moyen sûr d'être le bienvenu chez les princes. L'empereur lui demande comment il s'est trouvé dans son abbaye. • Je suis au regret, dit le jésuite, de ne pouvoir répondre ; comment le ferais-je sans blesser la vérité, ou sans paraître ingrat ? « L'empereur, piqué de curiosité, lui commande de parler. « Hélas! dit le révérend, je croyais entrer dans une maison de religion et je suis tombé dans une maison de scandale et de débauche ! « i II faut la réformer, • dit l'empereur. Les jésuites sont ennemis nés de tout ce qui s'appelle réforme. » Impossible, répliqua le révérend ; le désordre est arrivé trop loin. • — » Mais que faire ? • — • Je ne vois qu'un moyen, c'est de donner l'abbaye à notre Société, qui en fera un lieu d'édification pour la plus grande gloire de Dieu* » L'empereur consentit. Mais la fraude se découvrit, parce que les bénédictins avaient aussi des amis à la cour. Le jésuite avait calomnié ses hôtes, trompé l'empereur, et chipé une abbaye. Est-ce, oui ou non, un trait de chenapan? Si le lecteur est curieux d'en lire d'autres, de même force, qu'il parcoure tout le tome I*' de la Morale pratique des jésuites : il s'y trouve toute une collection de friponneries jésuitiques, toutes pratiquées pour la plus grande gloire de Dieu .