‹ Lettres sur les JésuitesChapitre 24 sur 36 · BNCOEE UN VOL D ENFANT · texte numérisé non relu

BNCOEE UN VOL D ENFANT

Que pensez-rous, cher lecteur, du vol eTenfant que je vous ai raconté dans ma dernière lettre? Direz- vous que c'est de l'histoire ancienne? Soit; elle prouve au jnoins de quoi les jésuites sont capables, quand ils ont la puissance pour eux. Dans le plagiat de Kené Hérault, ils faussèrent leur foi; peccadille! les révérends sont coutumiers du fait, et à force de devenir usuel, le péché, aux yeux des jésuites, perd de sa gravité. La Société tout entière fut en cause, et tout entière, elle foula aux pieds la puissance paternelle. C'est cependant cette puissance que l'on invoque pour lui donner le monopole de l'enseignement. Les jésuites méprisèrent l'arrêt du parlement de Paris, la première cour de justice de la France. Ils se moquent des lois, pourquoi respecteraient-ils les magistrats chargés de les exécuter? Ils ne

r.r»i LKS JÉSUITKS.

tinrent aucun compte des recommandations du roi très chrétien, pas même des ordres du saint-siége. Qu'ils se mettent çu dessus de l'autorité royale, quoi d'étonnant? Mais ne prêtent-ils pas un serment spécial d'obéissance au pape? Oui, mais avec une réserve mentale, c'est qu'ils obéissent au souverain pontife j pour autant que la plus grands gloire de Dieu n'exige point qu'ils lui désobéissent. Restait leur général auquel ils désobéirent également, mais comme le général ne s'en plaignit point, j'aurais mauvaise grâce d'être plus exigeant que lui. Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Toutes les puissances du monde ne parvinrent pas à arracher aux jésuites l'enfant de seize ans qu'ils avaient volé. Ce plagiat ayant si bien réussi, pourquoi les jésuites n'auraient-ils pas continué à voler des enfants? Au commencement du dix-septièn^e siècle un sieur Jean Lurechon, médecin ordinaire du duc de Lorraine mit son fils unique au collège des jésuites de Pont-à-Mousson. Le père désirait, comme il le dit luirmême, • que son fils fût bien institué aux lettres,

• pour le rendre capable de lui succéder en sa profession, 1 et de lui rendre l'assistance qu'il pouvait justement

• attendre de lui sur ses vieux ans. » Mais les jésuites, au lieu de suivre l'intention du père, persuadèrent le jeune Zwreckon, par inductions secrètes ^ de se reudre de leur société. Le docteur ayant appris que les révérends cherchaient à embaucher son son fils, le retira de leur collège et l'envoya à Bar.

Les jésuites ne lâchent point facilement prise. Ils continuèrent leurs relations avec le jeune homme âgé seulement de dix-huit ans. Son maître de philosophie, qui était aussi son confesseur f lui écrivit lettres sur lettres, dans le genre

de celles de saint Bernard que j'ai rapportées : il le menaçait des feux de l'enfer, « s'il préférait les commandements de * ses père et mère à la vocation et inspiration divines. • Ne faut-il pas obéif à Dieu, plutôt qu'à son père? Évidemment, si Dieu nous parlait et nous faisait connaître sa volonté. Mais si Dieu a jamais parlé aux hommes, il y a longtemps qu'il ne le fait plus. La prétendue inspiration de Dieu consiste tout simplement dans la captation religieuse exercée par les révérends pères.

La grâce de Dieu, paraît-il, ne fut pas assez puissante pour toucher le jeune Lurechon. Alors les révérends pères Tinrent en aide au Saint-Esprit ; ils envoyèrent un domestique de leur collège pour enlever leur prosélyte récalcitrant. On le conduisit d'abord à Luxembourg, puis à Nancy, où il fut reçu novice. Le père porta plainte de cet acte de violence, et demanda à prouver les faits tels que je viens de les exposer. Il fallait pour cela recevoir la déposition des jésuites de Font-à-Mouseon : mais tel était le crédit de la compagnie, que les magistrats instructeurs n'osèrent pas même pénétrer dans ce saint lieu que l'on appelle collège de jésuites ; on n'entendit que les témoins que les révérends voulurent bien faire entendre.

L'affaire arriva au parlement Paris. Mais comment obtenir justice contre ces brigands cosmopolites? Le jeune homme était à Nancy, et à cette époque la Lorraine n'appartenait pas encore à la France. On s'en prit aux jésuites de Paris qui formaient une même province avec ceux de Nancy. Le parlement défendit à la Société de recevoir le fils de Lurechon dans leur ordre. Vaines défenses ! L'arrêt fut signifié au provincial des jésuites de Paris. Mais

en définitive la procédure n'aboutit à rien. Le père en fui pour ses frais, et les jésuites, comme d'habitude, triomphèrent de la justice (1), et se moquèrent de la puissance paternelle, pour la plus grande gloire, de Dieu,

(1) Mercure Jésuite, 1. 1, pag. 670-673^

HUITIÈME LETTRE

COMME QUOI l'Éducation des jésuites ne forme que

Page 1