CIFALES CAUSES DE CE MAL EST QUE LÀ SOCIÉTÉ A LA
• CHARGE DE CES ÉTUDES. Que si le monde Savait bien le H préjudice qui en provient, je ne fais nul doute qu^on ne M nous ôtât par arrêt public les écoles, comme on en a déjà ir parlé (1)?
Quand les jésuites furent chassés de l'Espagne, l'enseignement fut confié à des maîtres séculiers. Je lis dans le règlement qui organisa les nouvelles écoles, absolument les mêmes reproches que je viens de transcrire : * La déca- « dence des lettres date de la domination exclusive des jé- » suites dans l'enseignement. Aussi les études latines sont- « elles retombées dans l'état où elles étaient au treizième » siècle. » Le règlement nous apprend les raisons pour lesquelles les collèges de jésuites sont nécessairement médiocres ou mauvais : » On sait que les jésuites ne restent que peu d'années dans renseignement : ils sont mis ensuite dans les divers emplois de la Société. Cet exercice passager sert plutôt à perfectionner les professeurs qu'à l'utilité des élèves; car à peine sont-ils dressés qu'ils
(1) Mercure Jésuite, l. il, pag. 116. {MaHnnn, Discours des défauts du gouvernement des jésuites, ch. vi.)
abandonnent l'instruction. C'est an obstacle aux études, partout où des réguliers y dominent. Il faut des maîtres séculiers qui, d'office et par état, se vouent à l'enseignement, et ambitionnent une réputation qui seule peut, en leur procurant des élèves, leur fournir des moyens de faire subsister leur famille. «
Le Portugal était le paradis terrestre des jésuites, et c'est le Portugal qui prit l'initiative de leur expulsion. Cela paraît étrange, inexplicable. C'est un hasard, dit-on, un accident. Non, rien n'est abandonné au hasard, dans les choses humaines : il y a une providence, une justice divine qui gouverne tout. C'est précisément parce que les jésuites étaient tout-puissants au Portugal, que leur chute devait commencer là où ils abusaient le plus de leur influence. Je vais citer quelques témoignages qui prouveront que je ne parle pas au figuré, quand je dis qu'ils aspirent à la domination universelle. Pombal, qui les chassa, les accuse 1 d'être les ennemis incorrigibles de tout pouvoir temporel, » de la puissance suprême et légitime établie par Dieu, du « repos et de la vie des princes chrétiens, de la paix'publique 1 des royaumes et des £tats. • Le roi de Portugal répond RU pape qui lui reprochait l'édit d'expulsion : « Ce n'est n pas à moi que l'on doit s'en prendre, si un ordre de reli- » gieux a pour objet la conquête du monde, pour système ' l'assassinat des souverains, et la sédition des peu- » pies (1). ' Voilà ce que disent les ennemis de la compagnie. Voici ce que dit un jésuite. Je lis dans les Mémoires de Georgel (1) : » Il n'existait en Europe, ni
(1) ThMner, Clément XiV, 1. 1, pag. 99403.
(2)T. I,pag.l6.
LES JÉSUITES ET L'ÉDUCATION. i^H
M même dans les deux hémisphères, aucune contrée où la ' Société fût plus révérée, plus puissante que dans le Por- « tugal. Ils étaient à la cour, non seulement directeurs « de la conscience et de la conduite de tous les princes, M mais le roi et les ministres les consultaient encore dans les » affaires les plus importantes. Nulle place ne se donnait ' pour le gouvernement de V Église ou de V£tat, sans leur • aveu ou leur influence. «
Tout puissants, usèrent-ils de leur puissance pour le bien du pays? Que firent-ils pour l'instruction, pour l'éducation ? Ils commencèrent par demander la ^'5^^/ d'enseigner. On la leur accorda, et ils partagèrent l'instruction avec l'université de Coïmbre. Au bout de sept ans, ils chassèrent r université. Les voilà seuls maîtres. Voyons-les à l'œuvre. Un avocat portugais, José de Seahra de Sylva, publia une justification du décret qui avait expulsé les jésuites du Portugal. Le savant et pieux Theiner fait un grand éloge de cet ouvrage. Je puis donc le citer comme un témoin de la vérité. L'oratorien allemand dit quc/SS^o^ra attaqua la société de son côté le plus vulnérable, en démontrant qu'au lieu de favoriser les sciences, elle avait plutôt entravé et même étouffé l'essor qu'elles prenaient vers le commencement du seizième siècle. Au concile de Trente, on avait admiré la doctrine aussi bien que la sainteté des théologiens du Portugal. Depuis que les jésuites furent les maîtres de l'enseignement, on ne vit plus aucun théologien de grand renom. Si la théologie tomba en décadence, que dire des connaissances séculières? Le règne de la compagnie de Jésus fut , à la lettre, le règne de l'ignorance.
Le cardinal Torregîani, blessé du reproche que lesjé* suites auraient favorisé l'ignorance dans le Portugal, prétendît que la vraie cause de la décadence des lettres dans ce royaume était la défense faite aux Portugais d'étudier dans les universités étrangères. Je laisse à Theinei'le soin de répondre à cette singulière justification. Il a de la peine à cfoire, dit-il, qu'elle vienne d'un si grand homme d'État : ' C'est avec ces illusions absurdes que les jésuites avaient l'habitude de couvrir et de justifier leurs défauts. La justification même constate leur incapacité. Et qui donc avait défendu aux Portugais de fréquenter les universités étrangères? n'étaient-ce pas les jésuites (1)? Et pourquoi les révérends pères nourrissaient-ils les Portugais dans Tignorance ? Pourquoi avaient-ils si peur qu'ils ne visitassent les universités étrangères? Afin que, dit le décret d'expulsion, là compagnie jpt^^ toujours retenir les Portugais dans une sujétion et une dépendance aussi injuste que pernicieuse (2).
Voilà, en tout,, la confirmation de mon acte d'accusation. La domination est le but : tout le reste est un moyen. Tantôt c'est la liberté, tantôt c'est le monopole, pour mieux dire, la liberté est le premier pas vers le monopole. Et quand les jésuites ont le monopole, qu'en font-ils? Us cultivent Vignorance au Portugal comme au Paraguay.
(1) Theiner, Clément XIV, 1. 1, pag. 94-95.
i2) Recueil des pièces snr les jésaites dn Portngal, t. Il, pag. 252.
TREIZIÈME LETTRE