‹ Lettres sur les mathématiques et l'enseignementChapitre 13 sur 15 · ROMANS · texte numérisé non relu

ROMANS

Le Lutrin René Lélia Obermann —

Adolphe Volupté Le Lys dans la Vallée Pic-

ciola Jocelyn Notre-Dame-de Paris Confessions d'un Enfant du Siècle Barnave Rodolphe

Robert-Robert — — etc. etc. etc.

Le Lutrin , c'est l'esprit fin dans la plus froide raison.

René, Lélia, œuvres de passion, de doute, se rattachent au mouvement que je résume par le nom de Gœthe ; le premier est plus riche en descriptions, le second en tortures morales.

La lecture d'Obermann est une de celles que Ton doit rarement se permettre ; mais j'apprécie la hauteur du talent par la force de l'impression.

Adolphe, Volupté, sont deux fines analyses, et malgré le

Hosted by

respect des morts, je n'hésite pas à placer le second bien au dessus du premier. Le titre doit égarer plus d'un lecteur; c'est de la psycologie peut-être un peu microscopique, de la dissection , de l'anatomie moléculaire ; le burin est une aiguille d'acier finement trempée; mais l'œuvre est riche , belle , et pour moi l'une des plus sérieuses études de l'époque.

Le Lys dans la Vallée, le chef-d'œuvre d'un homme avec qui l'avenir comptera , reproduit sur le cadre de Volupté un tableau plus largement tracé ; on n'y compte point les astragales et les balcons. L'opposition idéalisée entre le tumulte des sens de la vie réelle et la pureté extatique des instincts délicats de la jeunesse se trouve admirablement reproduite dans Arabelle et M. me de Morsault ; à trente ans , la poésie cède la place prépondérante qu'elle avait conquise aux jeunes années. Ce petit volume est pour moi le fleuron le plus beau de la couronne du romancier.

Picciola prend un point de départ inacceptable; son héros, son mythe n'a pas tout appris; ilignore, quoi qu'en dise son peintre, toutes sortes de sciences; il n'eût pas attendu jusqu'au lever d'une plante pour sentir en lui l'admiration déborder en face des splendeurs naturelles; le culte du beau ne ramène à la croyance que les esprits qui l'ont fuie par caprices ; mais le voile est si gracieux pour adoucir l'éclat de ces grands yeux noirs qui éclairent les rêves du prisonnier , qu'un sourire Athénien quitte peu les lèvres tant que dure la lecture.

Pour Jocelyn, cette musique écrite sur l'idéal du dévoue-

Hosted by

ment et de l'amour, je n'y puis songer sans comparer le style de M. Lamartine à celui de Jean Racine; le vers est si naturel que pour tous deux l'on se prend à douter s'il est plus facile d'écrire en prose. L'un plus raisonnable, l'autre plus vaporeux, l'un plus réel dans ses tendresses-, plus humain, l'autre plus mystique; maîtres les plus mélodieux delà forme , ils n'ont guère de rivaux s'il s'agit de l'art pour l'art; M. Victor Hugo est le plus riche, M. Guizot le plus haut, M. de Lamartine le plus harmonieux des talents d'expression de cette époque; mais s'il fallait juger plus profondément , il serait pour moi pareil à cette statue de Nabuchodonosor dont la tête était d'or et les pieds d'argile; ni Bulbul, ni Elvire ne le conduiront aux âges futurs ; Nicétas sauvera peut-être Ossian , et le barde s'abritera sous l'historien. Comme vie politique, il y a loyauté, noblesse, dévouement, abnégation , sacrifice quoique faiblesse ; si j'étais chef, je lui écrirais : je puis être hostile, mais la France doit compter avec votre magnifique nature ; au nom du pays, je vous assure le traitement d'un maréchal de France; Lamartine ne doit pas connaître les mauvais jours.

Notre-Dame-de-Paris; étude multiple, érudite, philosophique, à portraits saillants, à contrastes terribles et heurtés, drame coloré , antithèse de la suprême laideur et de la suprême beauté.

Les Confessions d'un Enfant du Siècle; ébauche vigoureuse, d'un esprit dont la vigueur est en ébauche. La littérature française doit s'honorer des pages du début; cette incroyance du siècle, ce bruit de ferrailles qui retentit dans les chaumières quand il s'agit détrône et d'autel, tout cela est peint avec grandeur. Mais il y a avortement de toutes les œuvres;

Hosted by

la Goupe et les Lèvres ont un portique haut , puis rien. On croit voir Caïn surgir de sa tombe , on prête l'oreiîle,|Caïna disparu. Sur le piédestal il n'y a qu'une ronce, et le souvenir d'une grotesque ballade; en un mot , Rolla n'est qu'un acteur, et de lui je n'aime que les proverbes.

Barnave renferme le plus beau portrait de Mirabeau qui fut jamais; on y fait assister une cousine germaine des Césars à une représentation de cette ironie mordante, vivante, que l'on appelle Figaro, et le contraste est saillant.

Rodolphe est une étude grave , et quoique pensant dans un camp ennemi, je ne puis méconnaître la hauteur des vues et le mérite du livre. ^

Robert-Robert; je compte ne point eiciter ta surprise en classant cette charmante Odyssée de l'enfance parmi les productions contemporaines les plus remarquables ; en dehors même de la difficulté très grande d'orbiter dans d'étroites limites , il y a dans cet écrit tout ce qui peut mériter la faveur et la vogue, sauf une origine étrangère. Si j'avais l'honneur d'être des amis de M. Louis Desnoyers, je l'engagerais à reprendre ce thème heureux, à développer quelques aperçus lunaires ou mozambiques, et assurer une sérieuse rivalité à Gulliver, ainsi qu'aux deux Robinsons. Malgré la trop grande jeunesse du héros , qui de nous a négligé les charmantes leçons du cousin Laroutine? Je m'étonne que les éditeurs de luxe n'aient point songé à embellir de vignettes un beau volume d'etrennes; pour moi je l'eusse offert aux enfants de ceux que j'aime pour le faire lire aux parents.

Hosted by

II me faut du courage pour me borner à si peu ; je néglige Zadig et Micromegas, la Fée aux Miettes, les Nouvelles Genevoises du français Topeîer, je néglige Hélas! J'ai

un but et n'effleure que ce que je crois nécessaire.

Si je parlais des romans historiques, je ne pourrais omettre Télémaque, le voyage du jeune Ànacharsis , et celui de son parent, moins célèbre, moins heureusement doué, le jeune Anténor. Pardonne mon irrévérence envers le tendre archevêque ; sans doute que les souvenirs du collège impriment leur teinte assombrie sur les aventures du fils d'Ulysse; pour moi il obtint le premier prix de sagesse au grand concours de Crète, et c'est d'aussi loin que date une louable institution.

Je cours aux tragiques en m'inciinant devant La Fontaine, le poète du bon sens , le génie de l'apologue , en lui adressant un humble et ferment hommage. Pour être rapide , je m'abstiens de toute division.

Page 1